La Fiat 2300 S Coupé se pose en valeur sûre. Cette GT de l'âge d'or italien, belle, performante, fiable et bien construite attire les collectionneurs avisés qui ont compris sa supériorité dynamique sur ses concurrentes.
Genèse et Contexte Historique
Après être allé jusqu'à étudier un modèle à moteur V12 avant-guerre, Fiat doit revoir ses ambitions à la baisse une fois la paix revenue. L'Italie est exsangue, détruite. Aussi la priorité va-t-elle d'abord aux utilitaires et aux véhicules peu chers. Mais le plan Marshall produit rapidement ses effets, et l'économie de la péninsule connaît un boom considérable dès les années 1950, à tel point qu'on parle de « miracle à l'italienne ».
À la fin des années 50 la gamme Fiat est déjà bien en bas et milieu de gamme. Ainsi du côté des petites autos on a les emblématiques Fiat 500 et 600. Au dessus on trouve la Fiat 1100 et le couple 1400/1900. On se lance alors dans l’étude d’une nouvelle gamme d’auto. Évidemment c’est le directeur technique maison, Dante Giacosa qui est supervise la conception de l’auto. En fait des autos car sur le même projet on développe deux autos.
Bien dans son époque, cette propulsion a droit à une boîte 4 entièrement synchronisée mais conserve un essieu arrière rigide, étrangement suspendu par des ressorts à lames et hélicoïdaux… À l'avant la suspension recourt à des barres de torsion, avec l'avantage de dégager de la place sous le capot. Deux versions sont proposées : la 1800 (1,8 l) et la 2100 (2,1 l), qui se révèlent relativement performantes.
En 1961, la Fiat 2100 est supplantée par la 2300 (2,3 l donc), plus rapide et dotée de 4 freins à disques. Entre-temps, rigoureusement conçue et construite, la 2100 a donné des idées aux designers Sergio Sartorelli et Virgil Exner Jr, alors employés chez le carrossier Ghia, qui en dérivent un très séduisant coupé. Ne partageant aucun panneau extérieur avec la berline, celui-ci se signale par un avant plus fin et surtout une originale lunette arrière panoramique en trois parties. Exposé au salon de Turin 1960, il tape dans l'œil de Vittorio Valletta, le brillant administrateur délégué (en gros, le patron) de Fiat.
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Collaboration avec Ghia et Abarth
Créé à l’initiative de Ghia alors sous la direction de Luigi Segre, le coupé Fiat 2300 S apparaît comme l’une des plus brillantes GT 2 + 2 européennes de moins de trois litres. Méconnue, cette superbe voiture mérite d’être tirée de l’injuste anonymat où elle est recluse. Son péché ? S’appeler Fiat. La même amnésie frappe le coupé Dino du constructeur turinois, magnifique voiture oubliée de la cote et des collectionneurs.
À la fin des années cinquante, Ghia cherche à sortir de la fabrication de séries confidentielles pour passer à la production de modèles pour le compte des grands constructeurs. Mais à la différence des concurrents Pinin Farina, Bertone ou Touring, le coupé Fiat 2300/2300 S sera l’une des rares Ghia construites en série par la firme (la Karmann-Ghia étant produite par le carrossier d’Osnabrück).
Fort de ses liens historiques avec Fiat, Ghia soumet au constructeur turinois un projet de coupé 2100 S 2 + 2 qu’il présente au salon de Turin 1960. Le carrossier saura convaincre Fiat de l’inscrire à sa gamme, grâce notamment à sa qualité de réalisation. Revisité par Carlo Abarth, qui en sortira 140 ch, le coupé 2100 S sera construit chez OSI. La carrière de cette voiture sera de courte durée, car dès la fin 1961, le coupé reçoit le moteur 2,3 litres de la berline 2300, qui succède à la 2100. Il est alors proposé en deux variantes de puissance, 2300 et 2300 S.
Design et Caractéristiques Uniques
La Fiat 2300 S, c’est d’abord un chef-d’œuvre d’élégance et d’équilibre. Originale et bourrée de caractère, sa ligne est due à Tom Tjaarda, un jeune designer américain formé à l’université du Michigan et arrivé chez Ghia en 1959 à l’âge de 25 ans. Ses lignes tendues et son profil étiré confèrent à la voiture une personnalité éminemment sportive, tout comme sa face avant aussi expressive que dépouillée. Le pavillon aux montants d’une grande finesse favorise une remarquable visibilité, tandis que le traitement de la custode offre à la lunette arrière un caractère hyper-panoramique. Le trait singulier de ce dernier tient aux montants qui retournent vers l’avant dans un mouvement parallèle au pare-brise. Cette formule sera reprise sur le coupé italo-américain Dual 6,4 litres (mais en moins développé).
Les berlines Fiat six cylindres lancées au salon de Turin de 1959 constituent la base du coupé 2300 Ghia. Cette génération de voitures bourgeoises, dessinées par Pinin Farina, sont proposées en cylindrées de 1800 cm3 et 2100 cm3. Conçu par le célèbre ingénieur Aurelio Lampredi, dont c’est la première réalisation depuis qu’il a quitté Ferrari, leur six cylindres en ligne à arbre à cames latéral bénéficie d’une technique assez sophistiquée. La culasse en alliage léger abrite notamment des chambres de combustion polysphériques.
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Performances et Motorisations
Lancé en 1961, le coupé Fiat 2300 se décline en deux variantes. La version standard, reprenant le bloc de la 4-portes (117 ch SAE - 105 ch DIN), et la S, forte de 150 ch SAE (136 ch DIN). Pourquoi ? Parce que le préparateur Abarth s'est occupé de son moteur : arbre à cames affûté, taux de compression relevé, allumage revu et installation de deux carburateurs Weber double corps. Du coup, la S pointe à près de 200 km/h, une vitesse extrêmement élevée en 1961.
La version de base hérite du moteur de la berline (117 ch SAE et 175 km/h). Elle sera peu diffusée et retirée dès 1964. Confiée à Abarth pour subir une cure de vitamines, la 2300 S bénéficie d’une culasse retravaillée et de deux carburateurs Weber double corps (au lieu d’un seul). Avec 150 ch SAE, soit environ 130 ch DIN, elle file à 195 km/h. Pour faire face à ce surcroît de puissance, les freins reçoivent le renfort de quatre disques.
Plus performante que le coupé Lancia Flaminia Touring 2,5 litres, la 2300 S est la concurrente directe de l’Alfa Romeo 2600 Sprint Bertone. Esthétiquement plus racée et plus rapide en accélérations que sa rivale italienne, elle offre l’agrément de son moteur pointu, puissant et souple. Sans parler de sa sonorité envoûtante…
Intérieur et Finitions
Cela dit, il s'agit plus d'une GT rapide que d'une pure sportive : son habitacle se révèle en effet assez luxueux, doté par exemple d'une instrumentation complète, d'un volant Nardi, d'une belle sellerie en vinyle et de vitres électriques.
Les qualités de la 2300 S ne s’arrêtent pas là. Elle jouit également d’une excellente finition, avec un superbe tableau de bord, un magnifique volant Nardi et un repose-pieds passager digne des plus luxueuses GT. Signalons encore qu’un cabriolet exposé au salon de Turin 1962 ne dépassera pas le stade du prototype.
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Production et Rareté
Initialement, c'est Ghia qui devait en assurer la production mais suite à des revers de fortune, le coupé sortira de chez OSI, société fondée par Sartorelli. Cela grève le prix de vente, qui atteint 29 000 F en 1963, soit 42 500 € actuels selon l'Insee. C'est presque le double de celui de la berline dont le coupé dérive. À titre de comparaison, une Peugeot 404 coûte alors 10 000 F. Aussi, même si elle se montre plus rapide et efficace qu'une Alfa Romeo 2600 Sprint ou qu'une Lancia Flaminia, autrement plus huppées (et lourdes, la 2300S Coupé s'en tenant à 1 290 kg), la Fiat ne se vend pas très bien, badge populaire oblige.
Pourtant, cette excellente GT bénéficie d'évolutions en mai 1965 : volets d'aération d'habitacle sur les ailes avant, enjoliveurs de roues redessinés et baguettes latérales notamment. En 1968, c'est la fin : le Coupé 2300 prend sa retraite, produit à environ 7 000 unités selon certaines sources, le chiffre exact n'étant pas connu.
Aujourd'hui
Aujourd'hui, cette GT de l'âge d'or italien, belle, performante, fiable et bien construite (elle souffre bien moins de la corrosion que les Fiat ultérieures) attire les collectionneurs avisés qui ont compris sa supériorité dynamique sur ses concurrentes.
Elégante, raffinée, vive et rapide, la 2300 S pâtira d’un traitement indigne de son talent. Mal vendue par le réseau Fiat, elle s’effacera en 1968 au profit du coupé Dino, un autre modèle bourré de qualités mais dont la carrière commerciale ne sera pas plus brillante.
Avec Giugiaro, Touring, Pininfarina et Bertone, Ghia est l’autre grand de la carrosserie italienne.
Caractéristiques Techniques de la Fiat 2300S Coupé Abarth
| Caractéristique | Détails |
|---|---|
| Moteur | 6 cylindres en ligne, 2279 cm³ |
| Puissance | 150 ch SAE (136 ch DIN) |
| Préparation Moteur | Abarth (arbre à cames affûté, taux de compression relevé, allumage revu, deux carburateurs Weber double corps) |
| Vitesse maximale | 195 km/h |
| Freins | 4 freins à disques |
| Poids | 1 290 kg |
| Design Carrosserie | Ghia (Tom Tjaarda) |
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