Partout en France, les grandes villes partagent une même structure : les constructeurs français, tels que Renault, Peugeot et Citroën, possèdent des concessions gérées en filiales. Les marques étrangères, quant à elles, sont représentées par des acteurs indépendants.
À Bordeaux, trois groupes familiaux, représentant notamment Fiat (Sipa-famille Guitaut), Ford (Palau) et Opel (Pigeon), se disputent un marché juteux et convoité. « Nous sommes des prédateurs », admet Jean-Charles Palau, figure influente de l'échiquier bordelais.
L'Ascension du Groupe Palau
Petit-fils du fondateur de la première concession Ford de l'agglomération, Jean-Charles Palau a récemment réalisé un coup de maître en acquérant la concession Ferrari, auparavant propriété d'un homme d'affaires toulousain. Plusieurs candidats étaient en lice, dont Sipa, le plus grand concessionnaire indépendant d'Aquitaine, basé au Bouscat. Cependant, c'est Jean-Charles Palau qui a remporté la mise grâce à une offre foncière ambitieuse le long de la nationale 10 au nord de Bordeaux.
Ferdinand Palau, un Ariégeois d'origine catalane, a ouvert le premier garage Ford de l'agglomération à Bordeaux-Bastide. Son fils, Julien, père de Jean-Jacques Palau, a obtenu la première concession, initialement située à Pauillac en Médoc. La deuxième génération a développé l'entreprise, d'abord sur la rive droite, avant de s'implanter à Bruges dans les années 1970, près de la sortie 7 de la rocade, où André Pigeon avait installé sa première concession Opel.
Rivalités et Émulations
« Nos deux pères se sont alors un peu chauffés », se souvient Jean-Charles Palau. L'émulation et la force collective des concessionnaires de ce « boulevard de l'automobile », route du Médoc, n'ont pas empêché les tensions. Les deux groupes se sont affrontés dans les années 1980 lorsque Julien Palau a obtenu la plaque Opel pour le sud de l'agglomération à Villenave-d'Ornon, une provocation pour le groupe Pigeon. Palau a finalement renoncé à cette acquisition. « Aujourd'hui, les relations sont apaisées et confraternelles », assure Caroline Guérin-Pigeon, directrice générale du groupe Pigeon, qui investit dans une concession dernier cri à la sortie 7 de la rocade.
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L'Évolution du Marché Automobile Bordelais
L'ambition des acteurs bordelais se joue désormais au-delà de la rocade. Le groupe Sipa-famille Guitaut a mis le cap au sud en absorbant le Toulousain Boussac et ses huit concessions en 2010. La même année, Pigeon a acquis les trois Nissan d'Angoulême, d'Angoulin et de Royan. Déjà présent à Saintes sous l'enseigne Mitsubishi, le groupe Palau n'exclut pas une croissance en Aquitaine plus à l'est.
La Fin d'une Époque pour l'Avenue de la Libération
Le temps où les Bordelais se rendaient sur l'avenue de la Libération, au Bouscat, jusqu'à la route du Médoc, à Bruges, pour choisir leur voiture est révolu. Les habitudes des acheteurs ont changé, notamment à cause d'Internet. De plus, l'arrivée de la ligne D du tramway a modifié la donne.
Benoît Carpentier, président départemental du Conseil national des professions de l'automobile (CNPA), parle de « la mort de l'avenue de l'automobile » et regrette que « les pouvoirs publics n'aient pas anticipé cette transformation en amont, au début des années 2000 ».
Le premier grand changement a eu lieu en 2015 lorsque Renault a quitté le Bouscat pour s'installer à Bruges, en bordure de rocade (sortie 6). Peugeot a rejoint le site de Citroën, toujours au Bouscat sur l'avenue de la Libération. Audi est parti depuis plusieurs années à Mérignac. Seat pourrait quitter bientôt l'avenue de la Libération pour laisser place à un programme immobilier. Idem pour Honda.
Les Projets de Palau et l'Avenir du Secteur
Les établissements Palau (Ford) situés à Bruges, route du Médoc, envisagent également de s'en aller. « J'aimerais déménager mais je veux être certain de rentabiliser mon terrain pour pouvoir m'installer à Mérignac, près de l'aéroport », annonce Jean-Charles Palau. « Désormais la vocation de cette avenue, c'est le logement, dit-il. Notre métier n'a plus sa place ici. »
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Benoît Carpentier reste persuadé que l'avenir de cet axe ne rime plus avec commerce automobile. « Les concessionnaires ont besoin de place, or le prix du mètre carré dans cette zone urbaine en intrarocade est devenu très cher, argumente-t-il. Nous avons aussi besoin d'espace pour que les gros camions qui nous livrent, porteurs de huit ou de douze véhicules, puissent manœuvrer. Avec le tramway, ce n'est pas possible. »
Le président départemental du CNPA affirme que le secteur du cours de l'Argonne, à Mérignac, serait l'endroit rêvé pour créer un nouveau village automobile. Il met en avant les ressources foncières dont dispose ce quartier situé non loin de l'aéroport. Un site que vise justement la société Palau…
Impact des Travaux du Tramway
En ce moment, il faut vraiment avoir envie d'acheter une voiture pour se rendre chez Guarnieri, route du Médoc à Bruges. Les travaux de construction du tramway prennent beaucoup de place et rendent difficile l'accès à l'établissement. Pourtant le gérant Dominique Monge veut garder le moral. « Les temps sont durs mais nous avons décidé de parier sur l'avenir et de rester. En ce moment, nous accueillons toujours nos clients les plus fidèles et nous travaillons beaucoup via Internet », affirme-t-il, tout en regrettant d'avoir perdu, pour un temps, les automobilistes de passage, qui poussaient la porte simplement par curiosité, après avoir aperçu un modèle exposé susceptible de les intéresser.
Le revendeur automobile a rempli un dossier d'indemnisation auprès des services de Bordeaux Métropole et devrait percevoir prochainement les premiers versements. « Pour l'année 2017, nous pensons avoir perdu environ 20 % de notre chiffre d'affaires, précise-t-il. Après la construction du tramway, nous devrions pouvoir fonctionner sans difficulté puisque la circulation, devant chez nous, se fera à double sens pour les voitures comme pour les rames de tram.
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