La Ford Sierra Cosworth a marqué au fer rouge l’histoire de Ford, et il était logique de voir apparaître à leur tour une quatre-roues motrices.
Turbo, propulsion, aileron d’avion et moteur de feu : la Ford Sierra Cosworth n’avait rien d’une simple familiale. Née pour briller en compétition, elle a fini par s’imposer sur la route, dans les garages des passionnés, et dans le cœur des amateurs de sensations fortes. Une légende des années 80, entre folie mécanique et stratégie marketing bien huilée.
L'ADN de la Sierra Cosworth
Quand elle apparaît en 1982, la Ford Sierra remplace la vieillissante Cortina. Ligne profilée, aérodynamique poussée, propulsion : c’est une voiture familiale conçue pour être moderne et efficace. Mais chez Ford Motorsport, l’idée germe : transformer cette sage berline en voiture de course homologuée.
Résultat ? En 1985 débarque la Sierra RS Cosworth, développée avec l’aide du motoriste britannique Cosworth. Un look ravageur, presque trop voyant pour la route. La star, c’est le moteur. Un 4 cylindres 2.0 turbo 16 soupapes, dérivé du bloc Pinto mais transformé par Cosworth (type YB). Puissance d’origine : 204 chevaux, mais un potentiel de préparation énorme.
Sur route, la Sierra Cosworth offre déjà des performances hallucinantes pour l’époque : 0 à 100 km/h en 6,5 secondes, 240 km/h en pointe. Le tout dans une berline cinq places. Autant dire qu’à côté, les GTI de l’époque font pâle figure. Côté châssis, la voiture reste en propulsion - pour les puristes, c’est un régal. Mais sur sol mouillé, mieux valait avoir de bons réflexes.
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La Compétition comme Raison d'Être
La raison d’être de la Sierra Cosworth, c’est la compétition. Pour homologuer le modèle en Groupe A, Ford doit en produire 5000 exemplaires. Mission accomplie, et avec succès : la voiture s’engage en rallye, en championnat britannique de voitures de tourisme, et surtout en DTM (championnat allemand). En rallye, elle brille surtout sur asphalte.
Mais c’est en circuit qu’elle entre dans la légende, avec des versions de plus en plus puissantes, emmenées par des pilotes comme Klaus Ludwig. En 1987, Ford pousse encore plus loin avec la Sierra RS500 Cosworth. Série ultra-limitée à 500 exemplaires, destinée à la compétition, mais homologuée pour la route. Mais surtout, elle sert de base à des préparations délirantes.
En configuration course, certaines RS500 dépassent 500 chevaux. Dans les paddocks, elle devient une légende vivante. Une RS500 bien conservée, c’est un billet à six chiffres.
L'Évolution vers la Sierra Cosworth 4x4
En rallye, après l'unique victoire internationale de la Sierra RS Cosworth menée par Didier Auriol sur le Tour de Corse 1988, les responsables de Ford n'ont d'autre option que de développer une quatre-roues motrices pour rester compétitifs dans le Groupe A du WRC. C'est ainsi qu'est née la Sierra Cosworth 4x4, destinée à être commercialisée en 1989.
Ford proposait déjà une mécanique époustouflante avec sa Sierra sportive. Le retour officiel de l'équipe Ford se fait au rallye des Mille Lacs 1990. Penti Airikkala et Malcolm Wilson, mais les résultats sont décevants. Mais paradoxalement, lors de cette première saison c'est sur asphalte que la nouvelle Sierra 4x4 se montre la plus à l'aise, notamment grâce à François Delecour, pour sa part troisième du Tour de Corse 1991. Sur circuit, la Sierra Cosworth MkII aura peu l'occasion de s'illustrer.
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Caractéristiques Techniques et Performances
Le moteur déjà vigoureux de la Sierra Cosworth développe 16 ch de plus sur la Sierra Cosworth 4x4, soit 220 ch au total, pour 1300 Kg. Ce rapport poids/puissance de 6 Kg/ch la classe parmi l'élite des berlines sportives du moment.
Le système intégrale très sophistiquée BorgWarner de la RS Cosworth comprend un arbre secondaire qui traverse le carter d'huile. La répartition du couple est proche de 50/50 entre l'avant et l'arrière, avec également un viscocoupleur. En usage normal, la transmission favorise la sécurité au quotidien. Mais à la limite, elle révèle un caractère de propulsion.
Elle conserve sa fabrication tout en gardant la même cylindrée, les même valeurs et les mêmes performances, pour le 1000m DA et des reprises stupéfiantes de vigueur. Sur la terre, l'utilisation d'un différentiel avant est limitée, comme c'est le cas aux rallyes de Catalogne ou de Sanremo. Elle servira de base à la future Escort-Cosworth.
La Sierra Cosworth Aujourd'hui
Pendant longtemps, la Sierra Cosworth traînait une image sulfureuse. Utilisée par des jeunes énervés, tunée jusqu’à l’absurde, elle avait fini dans les petites annonces à prix cassés. Mais le vent a tourné. Dans les années 2010, l’engouement pour les youngtimers remet la Sierra au centre du jeu. Aujourd’hui, une Cosworth d’origine, en bel état, dépasse facilement les 50 000 €. Quant à une RS500 authentique, elle peut atteindre plus de 150 000 € aux enchères.
Sans elle, il n’y aurait pas eu d’Escort Cosworth, ni plus tard de Focus RS. Elle a aussi montré qu’une marque généraliste pouvait produire une voiture capable de tenir tête aux Porsche et BMW M3 de son époque. La Sierra Cosworth, c’est l’ancêtre des missiles sol-sol à cinq places.
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La Ford Sierra Cosworth, c’est le pari fou de transformer une berline banale en machine de guerre. Avec son turbo hargneux, son comportement joueur et son look de hooligan en costard, elle a imposé sa loi sur la route et sur piste. Plus qu’une voiture : un coup de génie mécanique devenu culte. Une Ford pas comme les autres. Avec son aileron digne d’un avion de chasse et son turbo prêt à mordre, la Sierra Cosworth a mis tout le monde d’accord. Une familiale ? Non.
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