La Ford T, surnommée familièrement Tin Lizzie, est généralement considérée comme la première voiture accessible au plus grand nombre.

Celle qui « mit l’Amérique sur des roues », sortira de l’usine de Détroit le 27 septembre 1908. Cet article vous a plu ? Cette automobile produite de 1908 à 1927 par la Ford Motor Company a été considérée comme "celle qui mit l'Amérique sur des roues", mais également la première voiture accessible au plus grand nombre de personnes.

Les nombreuses innovations que Henry Ford a apportées pour sa mise en service se sont concrétisées avec la première fabrication à la chaîne et non plus individuelle, manuel d'instruction et salaire proportionnel au prix de la voiture pour les ouvriers.

Henry Ford et sa Vision

Henry Ford voulait fabriquer en grande série une auto simple, robuste et peu chère. Grâce à l’introduction du travail à la chaîne, il a gagné son pari et révolutionné l’industrie mondiale.

Henry Ford sentira très vite, que l’automobile ne sera pas réservée à une seule élite. Que la majorité des Américains ne demande pas des raffinements esthétiques ou de mécaniques sophistiquées.

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Ils recherchent avant tout, une voiture simple à entretenir, voire austère, leur permettant de presque « tout faire » avec et surtout bon marché. Les premiers modèles coûteront en moyenne la moitié des autres modèles disponibles sur le marché.

Dès lors, Henry Ford a l’ambition de démocratiser l’automobile, réservée jusqu’alors aux classes aisées, pour toucher un plus grand nombre de clients.

Il faut dire qu’à l’époque, les voitures sont construites sur-mesures, les châssis et les carrosseries étant vendus séparément et excessivement chers par rapport aux salaires des ouvriers.

Les Débuts Tumultueux

Lorsque naît le modèle T en 1908, la Ford Motor Company a 5 ans. Les débuts de Henry Ford ont été tumultueux.

Fils d’agriculteurs du Michigan, mécanicien doté d’un esprit méthodique, il a vu sa première firme, la Detroit Automobile Company, capoter parce que ses commanditaires n’avaient pas confiance en lui. En 1903, il a donc fondé, avec l’aide de l’aristocrate Alexander Malcomson, la Ford Motor Company.

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Quelques milliers de modèles A, B et C sont fabriqués avant la sortie de la K, une luxueuse torpédo à six cylindres que Ford construit sous la pression de son associé et qui se vend mal. Ford déteste cette voiture pour riches.

Il veut rationaliser la production pour commercialiser en grande série un modèle bon marché. «La seule façon de fabriquer des automobiles est de les faire sortir de l’usine toutes semblables », déclare-t-il, alors que l’époque est au sur-mesure artisanal.

L’idée d’une «voiture du peuple» avant l’heure a pris forme dans son esprit. Mais il doit être le seul maître à bord.

En 1906, il rachète donc, fort cher, les parts d’Alexander Malcomson et détient 51% du capital (ce n’est qu’en 1919, avec son fils Edsel, qu’il obtiendra la mainmise totale sur la compagnie).

John Gray, président en titre de la Ford Motor Company, meurt alors opportunément. Il le remplace et exerce les pleins pouvoirs. Le nouveau capitaine concentre ses efforts sur le modèle N, qui fait sensation par son prix modique, mais se vend moins bien que l’Oldsmobile.

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Soucieux de satisfaire une clientèle plus large, Henry Ford met alors en chantier la voiture qu’il imagine depuis si longtemps. Tout est prêt pour l’entrée en scène de la T.

Caractéristiques Techniques et Production

La nouvelle venue sera simple, pour pouvoir être assemblée rapidement, et robuste, afin d’afficher une grande fiabilité. Deux qualités qui lui permettront d’être peu coûteuse à l’entretien.

Un point essentiel, car Ford invente, avec sa voiture, le concept du service après-vente. Alors que les constructeurs ne se soucient pas de la nécessité d’entretenir sa voiture, il dispose dès 1908 d’un réseau d’agents triés sur le volet.

La réputation de la marque en sort grandie. Lorsque, le 3 octobre, le «Saturday Evening Post» annonce la sortie de la Ford T, les commandes affluent avant que le modèle ait été présenté !

La Ford T est une voiture humble. Son châssis rudimentaire est d’une solidité sans égale grâce à l’emploi d’un acier au vanadium. Ses suspensions sont à ressorts à lames, son moteur quatre cylindres à culasse amovible développe 20 chevaux.

L’accélérateur est situé au volant, et la transmission semi-automatique originale permet de passer presque instantanément de marche avant en marche arrière. Une curiosité dont Laurel et Hardy profiteront pour tourner sans trucage des scènes burlesques.

Le premier exemplaire sort des chaînes de l'usine Piquette à Détroit en septembre 1908. La "T" est une propulsion avec une transmission par train-épicycloïdal comprenant deux vitesses avant et une marche arrière. Sa conduite reste assez particulière et demande un petit temps d'adaptation.

Sa transmission est commandée par trois pédales, un levier à gauche du siège conducteur et deux autres à gauche et à droite du volant. L'accélérateur sous la forme d'un levier se trouve à droite du volant. Lorsque la pédale de gauche est enfoncée le premier rapport "dit court" est enclenché, si on la remonte la seconde "dit rapport long" passe.

En position centrale le véhicule est au point mort, ce qui peut aussi s'obtenir par le levier de gauche. La voiture peut également rouler à vitesse constante sans que son conducteur n'appuie sur aucune pédale, l'accélération étant commandée par la main droite.

Ne possédant aucun embrayage, la Ford T est l'ancêtre des véhicules à boite automatique. La pédale centrale sert à partir en marche arrière et celle de droite contrôle un frein sur la transmission.

Sa suspension est constituée d'un ressort semi-elliptique transversal pour chaque essieu, reposant sur le principe du pont-moteur, qui de nos jours est abandonné au profit des roues indépendantes. L'essieu provient d'une pièce coulée d'acier au vanadium.

Le système de freinage de la Ford T n'est pas comparable à celui des voitures modernes. La pédale du pied droit, tire sur un ruban qui enlace un tambour placé dans la transmission qui freine la roue arrière.

La manette du frein de parking tire quant à elle un ruban situé à l'extérieur des tambours des freins arrières. Les roues en bois sont similaires aux roues d'artillerie, des rayons d'acier feront leur apparition entre 1926 et 1927.

Introduction du Taylorisme et du Fordisme

La T séduit immédiatement l’Amérique. Alors que, depuis 1903, la Ford Motor Company a construit moins de 20 000 voitures, elle en assemble 10 607 en 1909 ! Vertes ou rouges, car le temps de la construction à la chaîne n’est pas venu.

Mais dans la nouvelle usine de Highland Park, un gigantesque temple industriel d’où sortent 18 864 Ford T en 1910 et 78 440 en 1912, l’assemblage traditionnel atteint soudain ses limites.

C’est alors que Henry Ford, inspiré par les théories de Frederick Taylor sur l’organisation du travail, imagine une chaîne mobile permettant à chaque ouvrier, rivé à son poste, d’accomplir une seule tâche.

Testée pour l’assemblage d’éléments mécaniques, la méthode est si efficace qu’elle est appliquée, dès août 1913, à la construction de voitures complètes. Le temps d’assemblage passe de 12 heures 30 à 1 heure 30.

En 1914, plus de 200 000 Ford T sortent de Highland Park. L’augmentation des cadences s’accompagne de celle des salaires. De 2,3 dollars par jour, la paie passe à 5 dollars, et on se presse pour travailler chez Ford.

Mais, déjà, certains s’insurgent contre cette mécanisation, dont les excès seront dénoncés vingt ans plus tard par Charlie Chaplin, ouvrier hagard, broyé par l’effroyable machinerie des «Temps modernes».

Henry Ford prend le parti pris que la voiture populaire n’a pas besoin d’être personnalisée, la solidité et la fiabilité étant les deux seules caractéristiques demandées. Et cela passe par la simplicité : une même voiture esthétiquement semblable aux pièces interchangeables, facile à concevoir ! Et cela doit commencer dès son montage !

Se basant sur la méthode industrielle de travail appelée « Taylorisme », qui demande des travailleurs spécialisés répartis sur des missions simples, chronométrées et répétitives, il réorganise ses usines en mettant en place ses propres méthodes de management.

Il décompose ainsi chaque étape de la production d’une voiture sur la chaîne de montage. En effet, la Ford T n’a pas attendu la mise en place du Fordisme pour être créée, le premier exemplaire étant sorti d’usine le 27 septembre 1908. Elle succède à la Ford S, elle-même s’inspirant de la Ford N, le modèle le plus vendu alors.

Fruit de plusieurs prototypes, elle est l’aboutissement de cinq ans de travail pour créer la voiture « universelle » imaginée par Henry Ford. Elle correspond en tout point à sa vision future de l’automobile : châssis standardisé en échelle rectiligne, moteur coulé d’un seul bloc, carrosserie unique constituée de plaques de tôle…

Ici tout est appliqué en série, même la couleur, tant qu’elle est noire, permettant un prix d’achat défiant toute concurrence : 850$ ! Et son succès est immédiat ! 10 607 Ford T sont produites en 1909, correspondant à la moitié des voitures construites par Ford la même année. Puis 18 864 exemplaires, en 1910 et 78 440 en 1912 !

Face à cette incroyable croissance, Henry Ford applique sa nouvelle méthode, le Fordisme, à l’usine d’Highland Park, à Détroit : en 1914, plus de 200 000 unités sortent de cette usine ! Avec cette nouvelle méthode où chaque ouvrier réalise la même tâche fixe sur une chaîne d’assemblage où un convoyeur central achemine la voiture de poste en poste, la durée de production passe de 12h à 90 minutes !

Ce seront près de 4000 voitures qui seront produites chaque jour ! Les incroyables cadences de production et le développement des usines font, à l’époque, de Ford, l’un des plus importants employeurs des Etats-Unis. C’est également l’un qui paie le mieux, à hauteur de 5$ par jour (contre 2,3$ avant 1913) !

En France, sa méthode inspire André Citroën qui ira même rencontrer Henry Ford afin d’appliquer cette « solution » à ses usines. Grâce à l’application du Fordisme, les pays du monde entier se mécanisent et l’automobile se voit scinder en deux avec, d’un côté, les constructeurs-artisans se réfugiant dans le luxe et de l’autre, les voitures produites à la chaîne !

Le Succès et l'Héritage de la Ford T

Henry Ford se moque des critiques. Son outil industriel tourne à plein régime et la T inonde la planète. Plus la cadence de production augmente, plus il baisse le prix de vente de la T, qui passe de 825 dollars en 1908 à 260 en 1927.

Pour survivre, ses concurrents doivent adopter la construction à la chaîne, qui s’exporte vite en Europe. Le génial Américain a donc démocratisé l’usage de l’automobile, mais aussi révolutionné l’industrie en faisant de l’avis des «parasites».

Un terme sous lequel Ford englobait tous ceux qui cherchaient à empocher rapidement des profits sans se préoccuper d’investir. «La négation de l’esprit industriel, c’est la spéculation », avait-il ainsi coutume d’affirmer.

Le succès de la Ford T est, à son époque, sans précédent, faisant d’elle, la voiture la plus vendue de la 1ère moitié du XXème siècle ! Il faut savoir qu’une voiture en circulation sur deux était une Ford T et ce quel que soit le pays ! Elle démocratisa la voiture « populaire » et permis au plus grand nombre d’acquérir une automobile !

Car, si à ses débuts, elle était affichée au prix de 850$, celle-ci se vendit à seulement 260$ après la mise en place du Fordisme ! Si son prix est bien sûr en lien direct avec son succès, cette automobile doit beaucoup à l’ingénieur américain Childe Harold Wills et son équipe hongroise qui surent imaginer une voiture fiable et simple !

Une recette gagnante puisqu’en 1914, Ford dépasse tous les constructeurs mondiaux en termes de voitures produites/an, devenant le premier constructeur mondial ! La Ford T franchit la barre du million d’exemplaire, en 1916, puis des deux millions, en 1923 ! En 1922, Ford produisit un million d’exemplaires, rien que cette année-ci ! Le 15 juin 1924, la dix-millionième Ford T sort des chaînes de production !

Henry Ford soutient les ventes en créant le premier « service après-vente » de l’industrie automobile, composé d’un réseau d’agents rigoureusement sélectionnés, pour assurer l’entretien des véhicules, affermissant l’excellente réputation de cette voiture et de la marque !

Cette voiture a profondément marqué l’Histoire automobile, portant son influence jusqu’à aujourd’hui et au-delà des cercles des passionnés ! Elle est avant tout la voiture des changements : première automobile construite sur des chaînes de production, première voiture populaire au monde et premier véhicule ayant passé le million d’exemplaires ! Elle est celle qui a « mis l’Amérique sur des roues » ! Elle est celle qui a fait, de la voiture, un incontournable !

Bien que ses premières réalisations dans le monde de l’automobile datent de 1896 avec la Ford Quadricycle, Henry Ford ne s’est jamais revendiqué comme un pionnier de l’automobile. Toutefois, son nom restera étroitement à l’innovation industrielle. On dit même de lui que c’est le père de l’automobile moderne !

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