La Renault 4CV est bien plus qu'une simple voiture, elle est un symbole de la reconstruction française après la Seconde Guerre mondiale. Conçue dans un contexte difficile, cette petite voiture populaire a été une des premières automobiles à offrir à une large partie de la population française la possibilité d'accéder à la mobilité individuelle.
Produite entre 1947 et 1961, la 4CV est devenue un véritable best-seller pour Renault avec plus d’un million d’exemplaires vendus. Son design compact, ses performances suffisantes pour l’époque, et surtout son prix accessible en ont fait l’un des piliers de la motorisation de masse en France.
Contexte historique et genèse du projet
À une époque où la France se remettait des ravages de la guerre, la Renault 4CV est arrivée comme une réponse aux besoins de mobilité de la population. Pensée pour être accessible à tous, elle a permis à de nombreux foyers français de goûter aux joies de l'automobile. Avec son moteur à l'arrière, ses quatre portes et ses faibles coûts de production, elle a marqué une rupture avec les modèles plus onéreux et encombrants d'avant-guerre. Elle représentait la voiture pratique, robuste, et surtout économique que les Français attendaient.
Le projet de la Renault 4CV est né dans un contexte historique très particulier. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Renault, nationalisée en 1945, se devait de relancer rapidement la production automobile pour soutenir la reconstruction du pays. La vision de Fernand Picard, ingénieur en chef de Renault, et de Pierre Lefaucheux, le président de l’époque, était de créer une voiture accessible, capable de répondre aux besoins des Français en pleine période de restrictions économiques.
Les ingénieurs de Renault, contraints par les pénuries de matériaux et les restrictions imposées par l'occupant, ont dû faire preuve d'énormément de créativité pour concevoir un modèle simple, efficace et bon marché. Le moteur de la 4CV fut ainsi basé sur celui de la Juvaquatre, une voiture plus ancienne. Avec son moteur placé à l'arrière, une innovation à l'époque pour une petite voiture, la Renault 4CV offrait une excellente maniabilité, notamment dans les rues étroites des villes françaises.
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Il faut remonter avant-guerre pour comprendre la genèse de cette petite motte de beurre, surnom affectueux que les Français donneront à cette adorable petite voiture ronde dans sa teinte jaune-crème. Dès la fin des années 30, Louis Renault, le tout-puissant fondateur de l’entreprise, perçoit les changements infimes du marché, même s’il n’est pas encore totalement convaincu. La crise de 1929 a profondément touché la France dès le début des années 30 et modifié la structure du marché automobile. Les grandes heures des automobiles françaises, luxueuses et/ou sportives, magnifiquement carrossées par des orfèvres, sont d’ores-et-déjà comptées.
Son concurrent André Citroën l’a lui aussi pressenti en lançant une voiture standardisée, plus abordable (toutes proportions gardées) et plus moderne aussi : la Traction 7CV, puis 11 et 15. Malgré la perte de contrôle de son entreprise au profit de Michelin, Citroën avait vu juste. Louis Renault, quant à lui, lance en 1937 la Juvaquatre, une 6CV abordable, un peu contraint et forcé. C’est la première pierre d’une démocratisation des produits Renault.
Une gestation secrète
L’entrée en guerre puis l’Occupation vont accélérer le processus. Alors que l’entreprise doit se recentrer sur la production d’utilitaires (les ventes d’automobiles particulières deviennent anecdotiques pendant ces années de guerre), Louis Renault envisage la suite : la paix revenue, le marché s’offrira aux petites voitures, comme semblent le penser aussi les Allemands avec le projet de KdF-Wagen (qui deviendra la Volkswagen Type 1, plus connue aujourd’hui sous le sobriquet de Coccinelle).
Pour le patron français, il s’agit juste d’une intuition, et il est encore hésitant sur la marche à suivre. Aussi lance-t-il ses ingénieurs dans deux directions : la première consiste à améliorer la Primaquatre 11CV et la moderniser ; la seconde envoie les ingénieurs vers une toute nouvelle voiture de 4CV populaire, pratique et abordable.
Rappelons tout de même que ces deux projets sont menés en secret, l’occupant interdisant l’étude de voitures particulières aux constructeurs français. Ce deuxième projet est mené par deux ingénieurs, Charles-Edmond Serre et Fernand Picard (mais aussi Maurice Amise). Dès la fin 1940, ils se mettent à étudier cette toute nouvelle voiture avec enthousiasme, avec la bénédiction du grand patron mais de façon très discrète.
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Durant l’année 1941, les premiers prototypes moteurs sont réalisés, tandis qu’en 1942, c’est au tour de prototypes roulants de voir le jour. Ces derniers sont au départ à deux portes, mais ils sont déjà dans le “style 4CV”, arrondis et sensuels. Grande nouveauté pour une Renault : le moteur se trouve à l’arrière (à l’instar de la KdF-Wagen). En outre, sa cylindrée s’avère riquiqui, avec 757 cc (mais une puissance de 20 chevaux tout de même).
Malgré ces progrès encourageants, le verdict du grand patron va tomber en septembre 1943 : les espoirs de la marque se porteront sur une 11CV et non cette petite 4CV. C’est la douche froide pour l’équipe “4CV” qui décide de poursuivre en secret ses travaux. Au fil de cette fin de guerre, la petite voiture va évoluer passant d’une carrosserie “coach” à une petite berline à quatre portes bien plus dans l’air du temps (et lui conférant un avantage non négligeable face à la future concurrence).
Entre-temps, la situation a bien évolué : le débarquement en juin 1944, la libération de Paris fin août, l’inculpation de Louis Renault fin septembre, la réquisition des usines Renault début octobre et enfin la nomination de Pierre Lefaucheux comme administrateur le même mois.
Pierre Lefaucheux choisit la 4CV
Ce dernier va s’avérer être le patron qu’il fallait pour Renault en cet immédiat après-guerre. Industriel devenu résistant, il n’en reste pas moins un homme charismatique, visionnaire mais aussi pragmatique. En phase avec le général de Gaulle sur ce point, il préfère la réconciliation (pour le bien de l’entreprise) en favorisant les compétences plutôt que le parcours politique des hommes.
Il a aussi fortement conscience de la nécessité de préserver les activités automobiles de Renault. En effet, le plan Pons, alors en préparation, prévoit de limiter Renault dans le domaine de l’utilitaire, des poids lourds et des tracteurs. La découverte du projet 4CV mené par Picard et Serre est une aubaine lui permettant de défendre la cause du constructeur désormais national. Renault obtient le droit de produire une voiture populaire.
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Pierre Lefaucheux, premier patron de la RNUR, lancera la 4CV. Il décèdera en 1955 au volant d’une Frégate. Désormais, toutes les forces vives de l’entreprise vont être employées autour du projet 4CV. La Juvaquatre reprend du service provisoirement (enfin presque, puisqu’elle restera en production en berline jusqu’en 1952 et dans ses versions utilitaires jusqu’en 1960 sous le nom de Dauphinoise).
Les usines de Billancourt ayant bien souffert, il faut remonter l’outil industriel pour pouvoir produire la 4CV. Si Lefaucheux ne vient pas de l’automobile, c’est un centralien doublé d’un industriel. Dès la fin 1944, il a fait le choix de la 4CV au détriment du projet 11CV porté par Louis Renault, et c’est lui qui obtient qu’elle passe à quatre portes au lieu des deux prévues initialement.
Enfin, les choses ne sont pas aussi nettes que cela : Lefaucheux voit en la 4CV le moyen de relancer la machine au plus vite, mais n’exclut pas de produire la 11CV un jour. Il faut dire qu’il existe encore, au sein de la nouvelle RNUR, des fidèles de Louis Renault qui envisagent de poursuivre le projet 11CV aux côtés d’une Juvaquatre abaissée à 4CV. Mais pour Lefaucheux, le renouveau de Renault doit passer par une toute nouvelle voiture, et la 4CV l’emporte grâce à sa modernité et à l’absence de filiation avec “l’ancien Renault”.
Le pragmatisme l’emporte, d’autant plus que le nouveau patron a obtenu de Paul-Marie Pons la quasi-exclusivité sur le marché de la petite voiture dans le fameux plan éponyme. Avec le temps (et le succès, imagine-t-il), il sera alors possible de revenir sur d’autres marchés.
C’est au Salon de l'automobile de Paris en 1946 que la Renault 4CV est officiellement dévoilée au grand public, et dès sa mise en vente en 1947, elle connaît un succès immédiat.
Design et caractéristiques techniques
Le design de la Renault 4CV est reconnaissable entre mille. Surnommée la "motte de beurre" en raison de ses formes rondes et douces, elle est caractérisée par une carrosserie monocoque légère et compacte, qui pèse moins de 600 kg. Ses dimensions modestes (3,6 mètres de long) en font une voiture idéale pour la ville, mais aussi parfaitement capable d’affronter les routes de campagne.
Sous le capot arrière, la Renault 4CV est équipée d'un moteur quatre cylindres refroidi par eau, d'une cylindrée de 760 cm³ dans sa version initiale. Ce moteur, relativement modeste, délivrait 17 chevaux, ce qui permettait à la petite Renault d'atteindre une vitesse maximale de 90 km/h, une performance suffisante pour l'époque. Ce choix de moteur à l’arrière permettait non seulement de libérer de l'espace à l’avant pour les passagers et les bagages, mais aussi d’améliorer la traction sur les routes humides ou glissantes.
Évolutions mécaniques
Au cours de ses 14 années de production, la Renault 4CV a connu plusieurs évolutions mécaniques. Si les premières versions étaient équipées du moteur 760 cm³, des améliorations ont rapidement suivi pour répondre aux attentes des conducteurs. En 1950, la puissance du moteur fut augmentée à 21 chevaux, ce qui permit d'améliorer légèrement les performances. En 1954, une version "Sport" fut lancée, avec un moteur de 747 cm³ développant jusqu’à 35 chevaux, ce qui permettait d'atteindre une vitesse de pointe de 115 km/h.
Parmi les autres innovations apportées à la Renault 4CV, on note l’introduction d’une boîte de vitesses à quatre rapports dans les versions plus récentes, ainsi que des améliorations en termes de suspension et de freinage. Grâce à sa simplicité mécanique, la 4CV était non seulement peu coûteuse à produire, mais elle se révélait aussi très facile à entretenir.
Tableau récapitulatif des caractéristiques techniques
| Caractéristique | Version Initiale (1947) | Version 1950 | Version Sport (1954) |
|---|---|---|---|
| Cylindrée | 760 cm³ | 760 cm³ | 747 cm³ |
| Puissance | 17 chevaux | 21 chevaux | 35 chevaux |
| Vitesse maximale | 90 km/h | N/A | 115 km/h |
| Poids | Moins de 600 kg | N/A | N/A |
La 4CV et les personnalités
Bien qu’elle fût une voiture populaire et abordable, la Renault 4CV n’a pas échappé à l’intérêt de certaines célébrités. L’un des utilisateurs les plus célèbres de la 4CV fut l'acteur et réalisateur français Jean Gabin, qui appréciait particulièrement sa robustesse et son aspect pratique pour ses déplacements quotidiens.
De plus, la 4CV a été adoptée par de nombreuses personnalités du monde de la politique. Pierre Mendès France, Premier ministre de la IVe République, utilisait fréquemment une 4CV pour ses déplacements officiels, renforçant l'image de cette voiture comme véhicule du peuple, proche des citoyens.
Présence dans la culture populaire
La Renault 4CV a également marqué sa présence sur le grand et le petit écran. Elle est apparue dans de nombreux films français des années 50 et 60, illustrant souvent le quotidien de la France d’après-guerre. L’une des apparitions les plus notables de la 4CV est dans le film *Le Corniaud* (1965) de Gérard Oury, avec Bourvil et Louis de Funès.
À la télévision, la 4CV a été fréquemment utilisée dans des séries d’époque, illustrant la France en pleine modernisation. Elle est souvent associée aux personnages modestes, représentant le véhicule accessible à tous.
Anecdotes et héritage
La Renault 4CV regorge d’anecdotes fascinantes. Saviez-vous que cette voiture a été un des premiers modèles de Renault à être produit sous licence à l’étranger ? En effet, la 4CV a été fabriquée au Japon par Hino Motors, sous le nom de Hino Renault, dès les années 1950.
Une autre anecdote intéressante concerne les premières courses automobiles. Bien que la Renault 4CV n'ait jamais été conçue comme une voiture de course, elle a tout de même participé à plusieurs compétitions, dont les 24 Heures du Mans.
La Renault 4CV a marqué de son empreinte l’histoire de l’automobile française. Véritable voiture du peuple, elle a permis à de nombreuses familles d’accéder à la mobilité à une époque où l’automobile était encore un luxe pour beaucoup. Son succès commercial et son impact culturel en font un modèle incontournable dans l’histoire de Renault.
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