L'industrie automobile dans le Nord/Pas-de-Calais est une conséquence du déclin de la mine et, dans une moindre mesure, de la sidérurgie. Face à la fin programmée de l'extraction de charbon, les politiques d'aménagement du territoire, dès les années 1960, « mettent l'accent sur le développement de l'industrie automobile dans la région », note l'ancien ministre Philippe Vasseur.

Parmi les facteurs explicatifs, figurent aussi une forte densité de population, une main d'œuvre disponible, une offre foncière avec des prix avantageux par rapport à la région parisienne, un tissu académique d'ingénieurs et de techniciens, une tradition industrielle ancrée ou encore une situation géographique favorable au cœur de l'Europe du Nord industrialisée.

De surcroît, la région « est située entre l'Angleterre et le Nord de l'Allemagne qui fabriquent 50% du Premium mondial (haut-de-gamme, ndlr). Ca sert beaucoup d'équipementiers sur notre territoire », souligne Luc Messien.

D'après Olivier Silva, directeur de l'usine Renault de Maubeuge où sont fabriqués des Kangoo, « la force du Nord tient aussi de la motivation du personnel : j'ai tourné dans différents sites Renault et on sent ici les gens vraiment investis à 200% », avec un des meilleurs taux de productivité de la marque au losange.

Le constructeur a signé un accord social permettant la création d’ElectriCity, un complexe de production de voitures électriques entre le Nord et le Pas-de-Calais. Luciano Biondo, le directeur industriel du pôle électrique et véhicules utilitaires de Renault, dans le nord de la France, a mené à bien les négociations qui ont abouti à la signature, d’un accord avec l’ensemble des partenaires sociaux pour la création d’un grand complexe de production de véhicules électriques, « le plus important et compétitif d’Europe », selon l’entreprise, et baptisé Renault ElectriCity.

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Le groupe au losange va regrouper, au 1er janvier 2022, ses usines de Douai, Maubeuge (Nord) et Ruitz (Pas-de-Calais) au sein d’une seule entité juridique, filiale à 100 % du groupe, d’après le texte signé - fait rare - avec l’ensemble des syndicats, y compris SUD et la CGT. Ce sont donc près de 5 000 emplois des trois usines qui sont sauvegardés et, aux termes de l’accord, 700 postes supplémentaires qui seront créés entre 2022 et 2024, dont la moitié à Maubeuge (véhicules utilitaires) et l’autre moitié à Douai (véhicules particuliers) et Ruitz (usine de mécanique).

À 115 kilomètres de là, le site de Ruitz (Pas-de-Calais) s’apprête à fabriquer les bacs en aluminium qui enveloppent les batteries automobiles. Renault a vendu 140 hectares de terrain, soit 40 % de la surface du site nordiste, au groupe chinois Envision pour qu’il y installe une usine de cellules de batteries.

Dans un autre effort de relocalisation, Renault s’est allié au groupe chinois Minth pour fabriquer des bacs de batteries à Ruitz à partir de 2023. Ce composant est aujourd’hui sous-traité en Serbie.

L'usine Renault de Maubeuge continuera à produire les utilitaires Nissan destinés au marché européen. L'annonce de Nissan, lié à Renault depuis 1999 à travers "l'Alliance", devrait donc pérenniser la production automobile à Maubeuge. L'usine Renault de Douai devrait bientôt produire un nouveau modèle de voiture électrique inspiré de l'antique Renault 5.

Pour la première fois depuis sa construction en 1970, l’usine Renault de Douai (Nord) assemble un véhicule 100 % électrique, la Mégane E-Tech. Au même instant, à Maubeuge (Nord), des bras robotiques s’abaissent de concert sur des pièces de tôle pour former le squelette d’un Kangoo Electric.

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Situé à Guyancourt (Yvelines), le Technocentre rassemble, depuis son ouverture en 1998, tous les acteurs impliqués dans la conception et le développement des véhicules de l’Alliance et du Groupe Renault, soit environ 12 000 personnes. Le site Sofrastock de Saint André de l'Eure (Eure) emploie environ 400 personnes pour l'approvisionnement, le regroupement et le conditionnement de pièces à l'importation et l'exportation, pour les usines de l'Alliance et les clients. Le site Fonderie de Bretagne de Caudan (Morbihan) emploie plus de 400 personnes et produit diverses pièces nécessaires aux moteurs et boites de vitesses. Doté d'une expertise dans la rénovation d'organes mécaniques, le site de Choisy le Roi (Val-de-Marne) produit moteurs, boîtes de vitesses mécaniques, turbo, pompes d’injection et collections de culasses et emploie plus de 250 personnes. Le site de Cléon (Seine-Maritime) emploie plus 3 300 personnes pour la production de moteurs et de boîtes de vitesses pour la gamme Renault. Il fournit également des organes à Dacia, Renault Samsung Motors, Nissan dans le cadre de l’Alliance, Fiat et Daimler. Emmanuel Macron a annoncé le 26 mai que l'usine développerait le nouveau moteur électrique de l'alliance. Le site STA de Ruitz (Pas-de-Calais) emploie plus de 460 personnes pour la production de boîtes de vitesses automatiques. Le site ACI de Villeurbanne (Rhône) emploie plus de 200 personnes. Le site Sovab de Batilly (Meurthe-et-Moselle) emploie plus de 2 000 personnes pour l'assemblage de l'utilitaire Master dans plus de 350 versions. Le site Alpine de Dieppe (Seine-Maritime) emploie plus de 405 personnes pour l'assemblage et le montage des véhicules de la célèbre marque sportive française. Le site de Douai (Nord) emploie plus de 3 000 personnes et assemblait jusqu'à présent différents modèles de Renault, comme l'Espace, le Talisman et le Scénic. Depuis bientôt 50 ans, ce sont plus de 10 millions de voitures qui sont sorties de ses lignes de production. L'usine doit commencer la fabrication de véhicules électriques à partir de 2021. Le site de Flins (Yvelines) emploie plus de 2 600 personnes et assemble différents modèles de Renault et de l'alliance, comme anciennement les Renault 4 et 5 et la Dauphine, et dernièrement la Nissan Micra et la Zoé électrique. Le site MCA de Maubeuge (Nord) emploie plus de 1 600 personnes et se consacrait, jusqu'à présent, à l'assemblage du Kangoo et de sa version électrique du Kangoo Z.E. Renault envisagerait de transférer ces activités au site de Douai (Nord). Le site de Sandouville (Seine-Maritime) emploie plus de 1 900 employés et est spécialisé dans le montage de véhicules utilitaires légers. L'usine produit actuellement le Trafic dans toutes ses versions. Renault compte également en France neuf centres d'ingénierie (en comptant les deux intégrés au Technocentre et au site du Mans), où sont développées les architectures logicielles et les systèmes embarqués intégrés dans les voitures connectées, autonomes et électriques. Des centaines d'ingénieurs y travaillent.

L'usine doit équiper 180 à 200.000 véhicules par an d'ici à 2026 avec 950 employés. Cette première phase représente 1,3 milliard d'euros d'investissement. AESC est une ancienne filiale de Nissan, partenaire de Renault. Le groupe taïwanais ProLogium prévoit de lancer sa production de batteries en 2027 à Dunkerque (Nord). Retardés, les travaux devraient démarrer au printemps prochain. L'investissement est estimé à 1,5 milliard d'euros. Verkor vise d'ici à 2027 une production de batteries lithium-ion capable d'équiper 300.000 véhicules électriques par an. Orano, le spécialiste français du cycle du combustible nucléaire, s'est associé au chinois XTC New Energy pour construire un site dans le Dunkerquois intégrant recyclage et production de matériaux pour batteries. Le groupe français Axens a confirmé en novembre son intention de construire une usine de matériaux actifs de cathodes, un composant clé pour les batteries, avec 400 emplois à la clé. Près d'Arras, l'entreprise française Battri prévoit de démarrer son usine de "prétraitement" (tri et broyage des matériaux de batteries en fin de vie) au premier trimestre 2025.

Après une mise en service au printemps, la gigafactory AESC de Douai commence à équiper les véhicules Renault. En septembre, plusieurs centaines de véhicules R5 ont été équipées grâce à ces batteries. Ces véhicules sont produits à l'usine Renault située juste à côté. Les batteries équiperont aussi pour la R4 ainsi qu'un véhicule de marque Nissan.

"L'usine d'AESC va comprendre six lignes de production à terme, pour le moment la moitié fonctionne. L'intégralité devrait être en action d'ici au premier semestre 2026. Il ajoute : "Le site est en plein développement. La difficulté a été de créer de toutes pièces un espace de travail inédit en France. Alors que la première ligne a ouvert il y a quelques mois, il a fallu "essuyer les plâtres" : "Nous sommes dans les temps, mais nous constatons que nous devons réduire le temps de fabrication. Nous avons besoin de plus de personnes par ligne qu'initialement prévu. Lancer des lignes en Europe, notamment en France, est plus complexe qu'en Asie." Selon ce cadre de l'entreprise : "la vitesse de montée en compétences est différente ici. Comme on lance plusieurs lignes en simultanée ou presque, il est assez difficile de prendre des personnes expérimentées pour les placer sur une autre ligne. À chaque ligne, nous avons besoin de nouvelles personnes qu'il faut former".

Dans les allées de ce labyrinthe de béton, beaucoup de nationalités se côtoient, difficile de se croire dans la campagne du Douaisis ! Certaines affichettes sur les murs sont rédigées en français et en mandarin : "On a beaucoup d'experts venant d'Asie, plus précisément de Chine et du Japon, près de 130 sont sur place", explique Ayumi Kurose. "En tout, on a des employés d'une trentaine de nationalités ici. Nous avons une aide de l'agglomération pour les intégrer, le welcome desk. Une structure dédiée à l'accueil de personnes venues de l'étranger à la fois sur les logements et les papiers.

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Brogan Fasciaux, l'un des salariés du site nous explique : "je travaillais avant dans le secteur de l'automobile fonctionnant avec moteurs thermiques, ici cela n'a rien à voir ! C'est moins physique, mais il faut être tout le temps attentif et concentré." En effet, il faut veiller à ce que les lignes robotisées fonctionnent bien, notamment aux bruits des machines.

Au sujet de la comparaison avec les batteries fabriquées en Asie, Ayumi Kurose explique que le site de Douai est concurrentiel.

Investissements et emplois dans le secteur des batteries
Entreprise Localisation Production prévue Investissement Emplois
AESC Envision Douai (Nord) Équiper 180-200k véhicules/an d'ici 2026 1,3 milliard d'euros 950
ProLogium Dunkerque (Nord) Production de batteries 1,5 milliard d'euros N/A
Axens N/A Usine de matériaux actifs de cathodes N/A 400
Battri Près d'Arras Usine de "prétraitement" de batteries N/A N/A

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