L'Alliance Renault-Nissan ne sera bientôt plus jamais telle qu'elle a été. Un plan, porté depuis des mois par la direction du Losange, et qui marque la fin de l'ère Carlos Ghosn. L'occasion de revenir sur les étapes marquantes d'une alliance à l'équilibre inégal.
Naissance d'un géant automobile (1999)
Le 27 mars 1999, Louis Schweitzer et Yoshikazu Hanawa, respectivement PDG de Renault et Nissan, scellent l'alliance des deux groupes, donnant naissance au 4e constructeur automobile mondial de l'époque. Pour 643 milliards de yens (6,4 milliards d'euros), le groupe français s'offre 36,8 % du capital du japonais, qui devait à l'origine signer avec Daimler.
L'opération industrielle et commerciale est inédite. Les deux partenaires formeront une alliance binationale au sein duquel chacun conservera son identité mutuelle tout en partageant pièces, moteurs, usines voir même développeront des modèles communs vendus sous l'une ou l'autre marque selon les marchés.
Elle suscite le scepticisme aussi car Nissan croule alors sous les dettes. Mais c'est sans compter sur la détermination de Carlos Ghosn, nommé patron opérationnel de l'Alliance et bientôt connu dans tout l'archipel nippon comme le « cost killer ».
Avec des comptes redressés dès la première année, le constructeur japonais prend 15 % du capital de Renault (sans droit de vote), dès 2002. De son côté, Renault porte sa participation dans Nissan à 44,3 %, comme le lui permettait l'accord de 1999.
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Carlos Ghosn seul au volant (2005)
Le 2 mai 2005, l'assemblée générale de Renault entérine le début du passage de relais entre Louis Schweitzer et Carlos Ghosn. Ce dernier devenant directeur général du Losange. « Dès notre première rencontre, j'ai su que Carlos Ghosn était un dirigeant exceptionnel, déclare alors Louis Schweitzer . Il peut mener Renault et l'Alliance plus loin que n'importe qui d'autre. »
Lors d'un conseil d'administration de Renault, fin 2008, Louis Schweitzer confirme qu'il ne « sollicitera pas un renouvellement de son mandat » en mai 2009 ; La présidence du groupe est alors confiée à Carlos Ghosn. A la fois PDG de Nissan et PDG du Losange, le polytechnicien est désormais seul aux manettes.
Renault perd du terrain chez Nissan (2015)
L'année 2015 est le théâtre d'un bras de fer entre le constructeur japonais et l'Etat français (qui détient 15 % du constructeur tricolore). Le Rama (Restated Alliance Master Agreement), l'accord-cadre ultrasecret qui régit les relations entre les deux partenaires depuis 2002, fait l'objet d'amendements qui ont considérablement limité les pouvoirs du Losange chez Nissan.
L'Etat français, et notamment Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie, impose à Renault des droits de vote double, en vertu de la loi Florange. Carlos Ghosn et Nissan s'insurgent. Au terme de plus de huit mois de discorde, l'accord que les deux parties finissent par trouver s'avère largement défavorable à Renault. Les amendements au Rama limitent les pouvoirs de l'Etat chez Renault, mais aussi considérablement ceux de Renault chez Nissan. Malgré ses 43,4 % au capital de Nissan, le constructeur français pèse en réalité peu au Japon.
Premier constructeur mondial (2017)
Au sommet, Carlos Ghosn annonce que l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi est désormais numéro un mondial de l'automobile en 2017. Un titre que Carlos Ghosn revendiquait déjà dès les résultats semestriels. Le PDG avance un chiffre de 10,6 millions d'immatriculations sur l'ensemble de l'année 2017.
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De quoi le classer devant ses concurrents Volkswagen et Toyota. Les deux annoncent pourtant respectivement 10,74 et 10,35 millions de véhicules vendus sur l'ensemble de l'année. « Mais cela inclut les ventes de poids lourds », conteste Carlos Ghosn, estimant qu'elles ne devraient pas être comptabilisées.
Arrestation de Carlos Ghosn au Japon (2018)
Le 19 novembre 2018, Carlos Ghosn est arrêté au Japon. Les métaphores choisies à l'époque par toute la presse nippone et française traduisent assez bien la stupeur provoquée par l'arrestation de Carlos Ghosn, le lundi 19 novembre alors qu'il s'apprêtait à descendre de son avion à Tokyo. La chute du « samouraï », soupçonné de diverses malversations financières, marque d'autant plus les esprits qu'il avait été élevé au rang de patron star, pour ne pas dire de demi-dieu au Japon.
Les enquêteurs du bureau du procureur de Tokyo sont venus attendre le dirigeant de l'Alliance Renault-Nissan à sa descente de l'avion. Ils lui reprochent notamment d'avoir dissimulé, entre 2011 et 2015, près de la moitié de ses revenus aux autorités financières nippones.
Du fond de sa cellule, où il découvre un système carcéral japonais particulièrement sévère, Carlos Ghosn nie les accusations faites contre lui. Il a notamment indiqué n'avoir jamais eu l'intention de dissimuler des revenus.
De son côté, Renault est également forcé de changer de dirigeant. Le volant du groupe est confié dans un premier temps au duo Philippe Lagayette-Thierry Bolloré. Le premier, administrateur référent, assure l'intérim en tant que président non-exécutif, tandis que le second devient directeur général du groupe. Finalement, c'est Jean-Dominique Senard, président du Groupe Michelin, qui prendra la présidence de Renault.
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Thierry Bolloré, dernier proche de Carlos Ghosn, sera finalement évincé de la direction générale du Losange en octobre 2019. Les commandes du constructeur français seront finalement confiées à Luca de Meo, l'ex-patron de Seat, trois mois plus tard.
Échec de la fusion Renault-FCA (2019)
Un drame en plusieurs actes s'est déroulé dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 juin 2019 au siège de Renault, à Boulogne-Billancourt. Invités à statuer sur l'offre de fusion présentée par Fiat-Chrysler Automobiles (FCA) il y a dix jours, les 19 membres du conseil d'administration du Losange sont passés par tous les états. La réunion a duré six heures, pour finir sur une non-décision peu après minuit - et surtout par le retrait une demi-heure plus tard de l'offre italo-américaine.
En réalité, c'est à un véritable jeu de dupes que se sont livrés les acteurs de cette pièce rocambolesque, au détriment de Jean-Dominique Senard, le président du Losange, pensait son projet de grand mariage à 50-50 avec Fiat Chrysler Automobiles sur les rails. L'Etat français, détenteur de 15 % de Renault, a commencé à remettre en cause le bien-fondé de la fusion, surtout après l'ultimatum de FCA.
John Elkann, le patron du groupe italo-américain ayant déclaré un peu plus tôt dans la semaine, dans « Les Echos » : « C'est à prendre ou à laisser ! » De son côté, Nissan n'entendait pas valider une opération à laquelle il n'avait pas été associé. Or, sans l'aval du groupe nippon, le rapprochement n'avait pas de sens.
Rééquilibrage des pouvoirs (2023)
Le 17 janvier 2023, après plusieurs mois de négociations serrées, Renault et Nissan sont enfin parvenus à un accord pour la restructuration de leur alliance. La direction de Nissan a enfin validé ce plan porté depuis des mois par son actionnaire français.
Les grandes lignes de ce rééquilibrage de leurs participations croisées étaient connues depuis octobre : Renault accepte de passer progressivement de 44,3 % à seulement 15 % du capital de son partenaire nippon. De son côté, Nissan récupère les droits de vote sur les 15 % de participation qu'il possède dans le constructeur français et dont il était privé jusque-là.
En quête de liquidité, le Losange va donc céder au fur et à mesure ces 28,4 %, privés de droit de vote et placés dans un trust. Renault pourra les céder au fil de l'eau sans contrainte de temps, Nissan détiendra un droit de premier regard, et le Losange ne pourra pas céder une part supérieure à 5 % en un coup.
La validation définitive de ce nouveau partenariat sera faite par les instances de l'alliance et les conseils d'administration, fin janvier.
L'évolution des parts de capital
Au fil des années, la répartition du capital entre Renault et Nissan a évolué, reflétant les dynamiques changeantes de leur alliance :
| Année | Participation de Renault dans Nissan | Participation de Nissan dans Renault |
|---|---|---|
| 1999 | 36,8 % | 0 % |
| 2002 | 44,3 % | 15 % (sans droit de vote) |
| 2023 (après rééquilibrage) | 15 % | 15 % (avec droit de vote) |
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