Un terrible accident s'est produit lors des 24 heures du Mans, où la Mercedes de Pierre Levegh s'est encastrée dans la zone de ravitaillement avant d'exploser. Cet événement tragique a coûté la vie à 82 personnes et a fait plus de 100 blessés. Soixante-dix ans après, ce carnage demeure la plus grande catastrophe de la compétition automobile.

Le Contexte de la Course

Les 24 heures du Mans 1955 réunissaient tous les ingrédients d'un combat titanesque. Parmi les participants, on retrouvait des marques prestigieuses telles que Aston Martin, Alpine, BMW, Cadillac, Ferrari, Peugeot et Toyota, sans oublier Jaguar et Porsche. La compétition dans la Sarthe se déroulait sur un circuit routier où les protagonistes roulaient pied au plancher. Durant la première heure, la course était magnifique, opposant dans une bataille rageuse Jaguar, Mercedes et Ferrari.

Le début de course est sensationnel. Castellotti dans une Ferrari, Fangio dans une Mercedes qu'il partage avec Moss, et Hawthorn dans une D-TYPE ne se lachent pas.

Le Drame

En fin d’après-midi, lors du 33eme tour, aux alentours de 18h28, le drame survient. Hawthorn, sur Jaguar, est à la lutte avec Fangio, à quelques secondes derrière lui. Quatre voitures s'apprêtent à aborder la ligne droite devant les stands roues dans roues. Macklin, au volant d'une Austin Healey, suivi de l'anglais Hawthorn, en tête de la course sur la Jaguar n° 6, précèdent deux Mercedes, celle de Levegh et celle de Fangio.

La Mercedes passe à hauteur du point kilométrique zéro, la marque de chronométrage. "On admet, écrit Pierre Trouillé, que la Jaguar d’Hawthorn, voulant s’arrêter devant son stand de ravitaillement, aurait amorcé ce que l’on appelle une queue de poisson. L’Austin-Healey de Macklin, qui suivant la Jaguar de Hawthorn, fut gênée par cette queue de poisson et déboita à gauche."

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Coincé sur la gauche de la piste, le pilote français a le réflexe de lever le bras. Derrière, Fangio comprend le danger. « Je lui dois la vie » déclarera-t-il. La puissante Mercedes, plus rapide que l’Austin qui roule, selon Macklin, à 200 km/h, freine brutalement, puis s’envole sur le tremplin qu’offre l’arrière plongeant du petit roadster. La Mercedes de Pierre Levegh s'est encastrée dans la zone de ravitaillement et a explosé.

L’explosion déchiquète la carcasse de la voiture pilotée par Levegh, qui participait à ses septième 24 Heures depuis 1938. Ce n’est pas par manque d’expérience qu’il vient de se tuer. Les débris de la Mercedes, certaines parties du moteur en fusion, tracent un sillon mortel dans les tribunes. On relève 81 morts, des dizaines de blessés.

Une Mercedes 300 SL a décollé, est descendue vers la foule, se disloquant ensuite sur le muret en béton qui borde le souterrain permettant de traverser la piste. Un commissaire de police décrit une scène rappelant celle « consécutive à un bombardement ». De la masse inerte de la voiture se sont détachées des dizaines de pièces métalliques, provoquant un carnage. Pierre Trouillé, préfet de la Sarthe, indique que le moteur, un huit cylindres de 250 kg, a été retrouvé à 50 mètres de la carrosserie, tout comme le train avant et les réservoirs, écrasés, à 80 mètres, sous une tribune.

On entend des explosions. Les secours s’organisent et transportent les victimes sur les lieux de l’accident. Les spectateurs sont démembrés et gravement mutilés ; des enfants hurlent. Le plus jeune a 6 ans et 12 victimes ont moins de 20 ans. Quatorze sont décapités, et 178 blessés.

La Décision Controversée de Continuer la Course

Charles Faroux, directeur de la course, décida de continuer l'épreuve. « Malgré l'horreur de la situation, je n'ai pas jugé que l'épreuve sportive dût, ipso facto, être interrompue. Même quand il arrive une catastrophe, la loi du sport impose de continuer. La ronde continue, mais comme l’ont écrit certains biographes de la course : "le reste, désormais, n’a plus d’importance".

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Fangio et Hawthorn se sont engagés dans un coude à coude palpitant, se dépassant sans cesse. Vers deux heures du matin, Mercedes, toujours en tête avec Fangio, abandonne sur ordre de Stuttgart. Hawthorn et Ivor Bueb remportent la dramatique édition 1955 des 24 heures du Mans.

Les Conséquences Immédiates

Les secours se précipitent. Le préfet Trouillé relève que l’accident est survenu dans une zone du circuit « particulièrement favorable à l’évacuation des blessés, puisqu’un souterrain se trouve à quelques mètres. De plus, à proximité, se tenaient des pelotons de CRS et leurs camions vides, ainsi qu’un poste de secours avec médecins et infirmières. »

Les cliniques et le centre hospitalier sont mobilisés, le préfet relatant que « dix salles d’opération ont été utilisées par les praticiens. »

La direction de la marque allemande a décidé de retirer toutes ses voitures de la course, en signe de deuil. Les camions sont prêts à rentrer à Stuttgart, siège de Mercedes.

L'Enquête et les Zones d'Ombre

Le juge d’instruction Zadoc-Kahn est désigné pour établir le nombre exact de victimes décédées et déterminer les causes de l'accident. Le magistrat instructeur confie des investigations approfondies aux gendarmes. L'enquête a fait l'objet de transactions et dédommagements rapides par les assureurs, mais il reste encore bien des zones de mystère.

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Les pilotes, tant le vainqueur Hawthorn que feu Levegh, ne peuvent être contrôlés puisqu'ils repartent précipitamment en Allemagne.

Fin 1956, un non-lieu est prononcé.

Les Répercussions sur la Sécurité et la Réglementation

Après cet accident, les instances internationales ont renforcé la sécurité des circuits, pour éviter qu'un tel drame ne se reproduise, au Mans et ailleurs. On est beaucoup plus rigoureux sur les zones où le public est maintenant protégé, sur les largeurs de piste, la mixité des voitures en piste, les vitesses maximales devant les zones de concentration de public. Toutes ces choses-là datent de cette époque-là.

Cette même année est menée la refonte complète des stands qui comprennent désormais une zone de décélération. Les bâtiments perdurent jusqu’en 1991. Pour l’édition suivante des 24 Heures du Mans, la piste est élargie au niveau des tribunes. Cinq ans plus tard, deux rangées de rails viennent séparer la piste de la voie menant aux stands.

Cette tragédie sera également à l’origine d’innovations. Le pilote américain John Fitch, qui concourrait ce funeste 11 juin 1955, inventera par la suite un système de barrière absorbant les chocs.

Aujourd'hui, des grilles hautes de plusieurs mètres séparent les voitures en piste du public, alors qu'à l'époque, il n'y avait que quelques bottes de pailles.

Hommage et Mémoire

Aujourd'hui, il ne reste presque plus de traces de cet accident à l'exception d'une plaque, avec la mention "In memoriam. 11 juin 1955", pour rappeler que la course automobile a été marquée au fer rouge à l'entrée de la ligne droite des stands, il y a 70 ans. Même avec un circuit plus sûr, depuis sa première édition en 1923, 22 pilotes sont morts sur le circuit des 24 Heures du Mans.

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