La présentation du nouveau SUV coupé de Renault, le Rafale, fait irrémédiablement penser au chasseur omnirôle de Dassault Aviation qui porte le même nom. La firme au losange ne fait pas mystère de l’inspiration aéronautique de son nouveau modèle, mais met en avant sa propre histoire, datant d’avant-guerre, et les avions Caudron-Renault.
Le Renault Rafale trouve son origine dans un passé parfois oublié. En tant que porte-drapeau de la marque, cette dernière lui a attribué un nom audacieux, lourd de sens, et empreint de caractère : Rafale.
« Rafale évoque le vent, qui sculpte sa carrosserie aérodynamique. Il renvoie tout de suite à la silhouette fuselée et au caractère fort de notre véhicule », précise Sylvia Dos Santos, responsable de la stratégie des appellations à la direction global marketing de la marque Renault. « Ce nom Rafale est immédiatement associé à la technologie, à la performance, à l’audace, également au plaisir de conduite et à l’agilité, poursuit-elle. En s’appuyant sur notre histoire, Rafale est un nom résolument signifiant qui véhicule parfaitement le positionnement de notre futur SUV coupé haut de gamme.
Les Racines Aéronautiques de Renault
Pour comprendre ce qui relie Renault à l’aviation, il faut remonter le temps jusqu’au début du XXe siècle. À cette époque, Renault est pionnier dans la confection de moteurs à explosion pour les voitures, mais aussi pour les trains (autorail) et les avions.
Dès la fin de la décennie 1900, Louis Renault sent qu’il existe un nouveau marché dans l’aviation. Il se lance donc dans la production de moteurs d’avions et présente en 1908 son premier V8 destiné à cette application. Dès 1909, il convainc des constructeurs comme Farman ou Bréguet de se fournir chez lui.
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Alors qu’une voiture coûte 5 000 francs au maximum, un moteur d’avion débute à ce prix, et culmine même à 17 000 francs pour ses V12 les plus puissants au début des années 1910. La guerre va emballer la machine et Renault va fournir de nombreux constructeurs (y compris étrangers) et produire près de 14 000 moteurs jusqu’en 1918.
En 1917, la firme construit même une usine au Point du Jour pour produire des avions Dorant AR2 ou Bréguet XIV. La fin du conflit fragilise l’activité mais Renault n’abandonne pas : ses V4, V8 et V12 vont équiper de nombreux avions jusqu’en 1929 (11 000 moteurs produits entre 1920 et 1930).
Avec la perte de Farman, son principal client, Renault se réoriente vers des moteurs plus petits, adaptés à la course et aux avions légers. Le rachat progressif de Caudron à partir de 1933 permet d’assurer des débouchés.
L'Acquisition de Caudron et la Naissance du Caudron-Renault Rafale
Au début des années 30, la société Caudron est en difficulté. Louis Renault voit alors une opportunité pour s’assurer des débouchés pour ses moteurs. Caudron est alors spécialisé dans les avions légers, et dispose d’un vrai potentiel en compétition, voltige ou pour la formation.
En 1933, Renault rachète la société Caudron et crée la société Caudron-Renault. En 1933, Renault avance masqué, en rachetant 55 % des actions en son nom et via des hommes de paille. Dès 1934, une augmentation de capital permet de prendre pied plus encore dans l’entreprise, qui ne sera contrôlée totalement qu’en 1935.
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En tant que passionné d'aviation, Louis Renault, fondateur des automobiles éponymes, fait l’acquisition en 1933 des sociétés d’aviation Caudron. Dès 1934, une augmentation de capital permet de prendre pied plus encore dans l’entreprise, qui ne sera contrôlée totalement qu’en 1935.
Sous la direction de l’ingénieur Marcel Riffard, Caudron va renaître avec toute une série d’avions particulièrement aérodynamiques et légers, comme le C-360. Le moteur de ce dernier est dérivé du bloc “Bengali” 4 cylindres en ligne inversés développé en 1928. Pesant 135 kg, il offre jusqu’à 120 ch. de puissance en 1931 puis 170 ch. en 1933 (contre 95 ch. en 1928) avec à la clé le record international de vitesse avec 333.765 km/h sur 100 km.
Les avions dénommés Rafale sont destinés à la compétition et à la voltige. Plusieurs modèles seront produits entre 1934 et 1937 : C430, C450, C460, C530, C560, C580, C581, C660, C680, C690.
Caudron-Renault Rafale: Un "Racer du Ciel"
En 1934, Caudron-Renault conçoit le Rafale. Ce « racer du ciel », au nom inspiré du vent, était destiné à la compétition sportive. L’histoire du Rafale commence en 1933 quand la société Caudron construit le C 362. C’est un biplace de sport qui devient l’année suivante le C 430, évolution de son prédécesseur.
Monoplan biplace en tandem, le C 430 fait son premier vol le 22 mars 1934. Il est équipé d’une hélice à pas variable Ratier qui est entraînée par un moteur Renault type Bengali de 4 cylindres en ligne qui développe 140 ch. C’est à cette époque que les avions vont prendre des noms de vents.
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Imaginé par Marcel Riffard, ingénieur chez Caudron, le C 430, qui prend le nom de Rafale, est un monoplan biplace (ou monoplace en condamnant la place avant) conçu pour l'entraînement des pilotes devant utiliser les machines de course comme le Caudron C.362. Sa construction est similaire à celle des avions de vitesse construits par Caudron à l'époque : structure en bois, fuselage entoilé (moins de 560 kg!). Le train d’atterrissage est fixe.
Le Rafale C 460 était motorisé par un bloc Renault 6 cylindres en ligne inversé équipé d’un compresseur qui portait la puissance au décollage à 370 ch. L’hélice bipale provenait de Ratier et disposait d’un pas variable à deux positions. Le train d’atterrissage rétractable par air comprimé était fourni par Messier.
Les Exploits et Records du Caudron-Renault Rafale
Le 30 mars 1934, le pilote Raymond Delmotte bat le record international de vitesse sur 100 km à 292,018 km/h.
Les Caudron C 450 et C 460 sont construits pour participer à la Coupe Deutsch de la Meurthe de 1934. Ils sont tous deux issus d’une transformation du C 430. Seule différence, le C 460 dispose d’un train d’atterrissage rétractable. En 1934, c’est le C 450 qui remporte la coupe.
Le jour de Noël 1934, Raymond Delmotte établit un record de vitesse avec le C 460 ; 506 km/h avec un moteur de 300 ch. En 1935, la Coupe est remportée par Raymond Delmotte sur un C 450 modifié avec un train rétractable ; il est suivi par un C 460 et un autre C 450.
L’ensemble de ces avions appelés Rafale ont été produits à 33 exemplaires seulement. Le C450 est sans doute le plus célèbre puisqu’il atteint en 1934 les 455 km/h avec Hélène Boucher aux commandes. Pourtant, il ne sera produit qu’à un seul exemplaire.
En 1936, un seul C 460 (piloté par Michel Détroyat) va participer aux National Air Races aux Etats-Unis. Michel Détroyat va remporter les deux épreuves (Greve et Thomson Trophy) avec son appareil. Le C 460 était équipé d’un six cylindres en ligne inversé de 330 ch puis 380 ch.
Face à des avions plus puissants, le Caudron gagnera grâce à son poids, son train rétractable et son hélice à pas variable. Détruit en 1936, il va alimenter le rêve d’un américain qui va chercher, en 2008, à construire une réplique la plus fidèle possible du Caudron C 460.
Pilotes Emblématiques
Pour le piloter, la nouvelle société engage notamment la plus connue des aviatrices, Hélène Boucher qui signera de nombreux nouveaux records, et notamment le record international de vitesse toute catégorie sur 100 km avec un 412 km/h officialisé, mais aussi un autre record sur 1 000 km avec une moyenne de 409 km/h ainsi que le record du monde féminin à 445 km/h.
Alors que l’aviation commence à faire rêver, Hélène Boucher devient une icône pour promouvoir ses modèles sportifs ou de prestiges comme la Vivasport ou Viva Grand Sport. Malheureusement, l'idylle entre Renault, Caudron et sa pilote star sera de courte durée. Elle trouve la mort à bord de l’un de ces appareils, lors d’essais, le 30 novembre 1934. Son avion accroche les arbres proches de l’aérodrome et s’écrase un peu plus loin.
- Maryse Hilsz: Femme d'action dotée d'une forte personnalité, Maryse Hilsz détient de nombreux records de vitesse et de distance. Le 30 décembre 1938, elle bat le record de distance sans escale pour un avion de première catégorie, un Caudron Simoun, en rejoignant Port Etienne (Mauritanie) depuis Istres, soit un vol de 3 230 km.
- Madeleine Charnaux: Engagée par Caudron-Renault elle est la première aviatrice à obtenir un brevet de pilotage sans visibilité. Elle battra très vite de nombreux records aux commandes de son Rafale : records de vitesse féminin et général sur 1 000 km, sur 100 km à deux, puis seule.
- Maryse Bastié: Elle fut la première aviatrice française à accrocher de multiples records féminins à son palmarès. Un mois à peine après la disparition de Mermoz, elle traverse l’Atlantique sud de Dakar à Natal en 12 heures et 5 minutes, seule à bord d'un Caudron Simoun à moteur de 220 ch, record du monde féminin de vitesse sur ce parcours.
L'Héritage du Rafale
Si Renault base une grande partie de sa communication sur cet héritage aéronautique (avec raison et brio), allant jusqu’à exposer son nouveau SUV à côté d’un Caudron-Renault C460 Rafale au Bourget, cette explication reste trop simple, surtout quand on connaît un peu l’histoire de Caudron et de la Société des Moteurs Renault Aviation (SMRA).
Enfin, mettre en avant les exploits sportifs des Rafale de Caudron permet de rappeler ceux des célèbres pilotes Hélène Boucher, Adrienne Bolland et Maryse Bastié, mais aussi l’ingénieur Marcel Riffard, créateur des Caudron Rafale mais aussi de la Renault Viva Grand Sport (on le retrouvera après-guerre chez Panhard, mais cela, c’est une autre histoire).
Il est fort probable que la marque Rafale, tout comme Typhon, Cyclone ou Simoun, appartenaient à l’époque à Caudron.
L’influence de l’aérodynamisme aéronautique des travaux de Marcel Riffard, ingénieur qui a conçu l’avion Caudron-Renault Rafale, ont influencé le design de Renault Nervasport ou de Renault Étoile filante.
La marque au losange vient de dévoiler le patronyme de son futur SUV coupé haut de gamme positionné sur le segment D. Renault lève le voile sur le patronyme de son futur SUV coupé haut de gamme : Rafale. Il vient compléter la famille de modèles à motorisation E-Tech hybride basés sur la plateforme CMF-CD. Après Austral, le SUV 5 places, et Espace, le grand SUV 5 et 7 places, Nouveau Rafale se positionne comme le nouveau fleuron de la gamme Renault.
Aujourd’hui, Renault renoue une nouvelle fois avec son histoire en s’appuyant sur les forces du mythique Caudron Rafale pour incarner le haut de gamme de la marque.
Renault Classic espère obtenir rapidement un certificat de navigabilité (indispensable pour autoriser les vols). Ce serait le seul C 460 proche de l’état d’origine. Seul un C 450 entièrement d’origine est la propriété du musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.
Cet avion, propriété de l’aéroclub de Flabob, près de Riverside, à 90 km de Los Angeles, a même volé en 2009 au salon du Bourget. Renault a fait l’acquisition de la réplique de C 460 en 2023 après avoir convaincu les propriétaires de leur vendre. Rapatrié en France, le C 460 fait de la figuration à la sortie du SUV mais Renault nourrit de grandes ambitions pour le petit Caudron (6,75 m de long pour une envergure de 7,12 m) ; rien moins que le remotoriser avec un un moteur Renault en lieu et place du moteur tchèque actuel et d’obtenir un certificat de navigabilité (France et Europe) pour que le Caudron-Renault puisse voler dans sa configuration d’origine. Il rejoindra ensuite la collection Renault Classic.
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