Plusieurs associations de Château-Renault dénoncent des relations compliquées avec la municipalité et l'obligation de quitter leur local. Témoignages.
Contexte des Tensions
L'avenir de certaines associations est-il en danger à Château-Renault ? Certaines sont obligées de quitter leur local, sur demande de la mairie. Plusieurs responsables d'associations dénoncent, souvent sous couvert d'anonymat, une "purge" de la part de leur édile, Brigitte Dupuis.
L'Affaire Baobab
"Ça ressemble à une chasse aux sorcières", selon Christian Benois. C'est lui le premier qui a donné de la voix publiquement, dans un communiqué, fin octobre, pour dénoncer le départ imposé de son local. Si à ce sujet, l'homme a bien rencontré à plusieurs reprises Brigitte Dupuis, il regrette "un dialogue compliqué à chaque fois". Des rencontres qui se sont soldées par la réception d'un courrier et une demande de quitter le local de la commune, dans un délai d'un mois. Un local qu'il occupait depuis près de 20 ans avec son association humanitaire Baobab. Une échéance qui est arrivée à terme, le lundi 20 novembre.
"Il y a beaucoup de colère et un sentiment de gâchis", affirme-t-il. L'association pourrait d'ailleurs ne pas survivre à ce déménagement forcé d'après lui. "On a décidé de maintenir notre activité jusqu'à la fin de l'année. On fera un point au début de l'année prochaine. On ne peut pas arrêter comme ça. Pour l'instant, on se réunit entre nous, chez les uns et les autres. Heureusement, il y a des personnes qui nous ont aidé, qui ont pris du matériel. Sans ça, on aurait tout mis à la déchetterie. C'est compliqué", souffle l'homme.
La mairie lui a bien proposé un nouveau lieu, mais trop petit selon lui. "On ne pouvait y mettre qu'un bureau et quatre chaises. En plus, il y avait dans ce local un passage pour aller dans une autre salle. C'était une sorte de grand couloir. Je pense que c'était dans le but qu'on le refuse".
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Depuis des semaines, Christian Benois s'interroge sur la volonté de la maire de Château-Renault. "Au départ, Brigitte Dupuis nous a juste dit qu'elle avait besoin du local. C'est tout." Depuis, la maire de la commune a annoncé que l'appartement qu'occupait l'association allait devenir un logement d'urgence pour accueillir "dès janvier" des personnes victimes de violences intrafamiliales, "le temps de la mise à l'abri et de réorienter ces personnes-là", précise l'élue interrogée par France Bleu Touraine. "Elle ne nous a jamais parlé de cela avant. Il aurait été évident que nous aurions pu comprendre le délai. Je pense que c'est pour faire passer cette décision impopulaire," nous écrit Christian Benois.
Mais Christian Benois pense sans doute payer sa proximité avec l'ancien maire. "Est-ce que c'est parce que je faisais partie de l'ancienne équipe, que des bénévoles faisaient partie de l'ancienne équipe municipale ? Est-ce que c'est délibéré, c'est contre nous ? Je ne sais pas, mais ça ressemble à une chasse aux sorcières", déplore le président de l'association Baobab qui assure ne pas être la seule association humanitaire dans ce cas.
"C'est une association que nous respectons et que nous accompagnons. Ils parlent de chasse aux sorcières. C'est parce qu'ils sont peut-être en lien avec l'opposition. Mais sachez que je ne fais pas de différence. Donc, je pense qu'il faut arrêter maintenant de parler de chasse aux sorcières", répond Brigitte Dupuis. De son côté, l'association Baobab assure ne recevoir aucune subvention de la mairie qui prenait, en revanche, en charge l'eau et l'électricité du local prêté.
Le Cas d'Arteact
Prenons maintenant l'association Arteact, gérée par une proche de l'ex-maire, qui proposait des ateliers de peinture et qui intervenait dans le cadre de l'opération Défi séniors. Dans un courrier en date du 27 juillet 2021, la municipalité lui annonce qu'elle ne participera plus à l'opération. "De ce fait, je vous demande de bien vouloir quitter ce local pour le 15 septembre 2021" peut-on lire. "Ce qui s'est passé me dépasse", assure la gérante de cette association qui affirme que son activité serait actuellement mise en péril par les pressions de la mairie. "Ils ont notamment appelé la MJC pour qu'elle arrête de travailler avec moi", précise-t-elle.
Autres Voix et Accusations
L'ancien maire, Michel Cosnier, président de Nous sommes tous citoyens, et surnommé "la bête noire de la maire", n'échappe pas non plus aux décisions de la mairie. En septembre dernier, il a ainsi fait savoir qu'il avait été interdit du forum des associations de la ville, au prétexte d'un manque de place.
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France Bleu Touraine a joint plusieurs gérants de structures, qui, pour certains, déplorent eux-aussi des relations difficiles avec une maire "méchante", selon eux qui "n'est pas trop association" et qui mettrait des bâtons dans les roues. Un exemple, les photocopies ne sont plus prises en charge par la mairie pour toutes les associations, nous affirme-t-on. "Elle n'aime pas le social", "elle nous dit d'aller voir ailleurs, dans d'autres communes", dénoncent certains qui ont refusé de s'exprimer à notre micro, de peur de représailles. C'est le cas d'un bénévole d'association. "Si je vous parle, elle va me pourrir et faire tout son possible pour me fermer. Je vais me prendre la foudre".
Réponse de Brigitte Dupuis
"Comment peuvent-ils dire cela ? répond la maire. Ce sont des gens qui sont contre moi tout simplement. Je suis vraiment au plus proche des associations caritatives. Il y en a plusieurs à Château-Renault que j'accompagne, que j'aide. Je viens de donner 600 euros pour les Restos du cœur qui traversent des difficultés. Comment on peut dire cela ? Ce n'est pas possible à entendre", s'insurge Brigitte Dupuis.
Depuis deux ans, un autre gérant de structure de notoriété nationale raconte des rapports compliqués aussi avec la municipalité. Une situation de plus en plus intenable. Son association a elle aussi du déménager il y a deux ans. La municipalité lui a bien trouvé une solution, "un taudis" selon ses mots, qu'il a accepté. Mais depuis trois mois, les galères s'enchaînent puisqu'une de ses annexes a été fermée au public par la mairie. L'argument avancée : une obligation de mise aux normes. Une fermeture qui lui a fait perdre 12.000 euros en trois mois précise-t-il. Une mise aux normes qui plonge aussi ce gérant dans la paperasse depuis des mois.
Autres Structures Affectées
Autre structure sous le coup d'une mise aux normes exigée par la municipalité : "Vesti humanitaire". Sa responsable nous a fait savoir qu'elle devra quitter son local privé fin décembre, faute de pouvoir financer les travaux et un accès aux personnes en situation de handicap.
Au sein de la vie associative, c'est un profond malaise qui s'est pourtant installé à Château-Renault, mais aussi de la colère. "La maire nous demande d'améliorer l'accueil des personnes handicapées alors qu'à la mairie, ça fait deux ans que l'ascenseur ne fonctionne plus", s'insurgent d'autres.
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À noter que sur la page internet de la mairie figure encore l'association Castelrenaudais Solidarité Ukraine, sauf que son président, qui ne souhaite pas s'exprimer sur les difficultés que rencontre les associations, n'est plus aux manettes. Il ne sait même pas ce que la structure est devenue depuis quelques mois. Enfin Entraid'addict, elle, mettra la clef sous la porte au 31 décembre prochain après 30 ans d'existence, faute de remplaçant à sa tête et une activité moins importante.
Guy Bertereau, son président, s'est vu retirer le local qu'il occupait en juillet 2023 après une fuite d'eau qui a inondé l'entrée. Un an auparavant, la maire lui avait déjà parlé de sa volonté de lui retirer la salle qu'il occupait pour ses groupes de paroles, jugeant son état insalubre. Il n'a pas eu depuis de solutions claires sur le prêt d'une nouvelle salle de la part de la municipalité. S'il assure que tout cela n'explique par forcément son départ, il précise que "cela l'a refroidi. Ça a précipité les choses et l'idée d'arrêter".
La Vision de la Municipalité
Selon la maire de Château-Renault, il y a bien un vrai problème d'insalubrité dans la commune. "Il y avait l'école Stéphane-Pitard que nous avons du évacuer car les locaux sont très dégradés. On nous a demandé d'évacuer les associations qui s'y trouvaient. Mais je peux vous dire que l'on a fait au mieux pour recaser tout le monde. On a toujours été là, à l'écoute. Je vous le dis, ce sont vraiment des personnes qui sont contre cette nouvelle municipalité depuis trois ans. Vous savez, j'ai des menaces, des insultes. Mais ne vous inquiétez pas, on avance. La ville montre une autre image et c'est peut-être ce qui les dérange."
Face à ce mécontentement, la maire s'interroge. "Je veux bien les rencontrer ces associations. En plus, ce sont les mêmes qui nous demandent des subventions, je suppose. Il n'y a pas de problème, notre porte est toujours ouverte." Brigitte Dupuis qui précise qu'elle reçoit chaque année, au mois de septembre, l'ensemble des associations pour faire un bilan. Le conflit continue entre l'ancienne et l'actuelle mairie à Château-Renault.
Conflits Politiques Connexes
Stéphane Chartier, collaborateur de Brigitte Dupuis, la maire de Château-Renault (Indre-et-Loire), a porté plainte pour injure publique contre l’ancien édile Michel Cosnier. Il l’accuse de l’avoir insulté de "balai à chiotte" pendant un événement. C’est un énième rebondissement dans les conflits qui opposent l’ancienne et l’actuelle mairie. Michel Cosnier, l’ancien maire de Château-Renault, avait en effet porté plainte en 2020 contre celui qui l’accuse aujourd’hui pour l’avoir traité d’imbécile. Les nouveaux faits se seraient déroulés vendredi 19 janvier, lors de l'Assemblée générale de l'association du musée du cuir et de la tannerie de la Ville. Stéphane Chartier a déposé plainte après cet événement.
Résultats des Élections Municipales
Avec 56,87 % des suffrages exprimés, Brigitte Dupuis a largement remporté le second tour des élections municipales dimanche. Elle sera la première femme de l’histoire de Château-Renault à mener la destinée de la ville. Sa liste (Les Républicains) a même amélioré son score du 1er tour de 250 voix (1.138 contre 888). « La campagne a été éprouvante mais les Renaudins ont vraiment choisi le changement. Ils souhaitent avoir une maire à leur écoute et Château-Renault va retrouver l’image qu’elle mérite », commentait, enjouée, la candidate entourée de ses soutiens, à l’issue de la proclamation des résultats.
Du côté de l’équipe de Nordine Boumaraf (divers gauche), arrivé en seconde position avec 37,18 % des suffrages (744 voix), c’était bien sûr une grande déception. « Nous avons fait un meilleur score qu’au premier tour (36,07 %, 655 voix), mais on n’avait pas prévu que la liste de Lucas Leroy ne réalise qu’un si petit score ». En effet, la liste emmenée par Lucas Leroy (divers droite) n’a récolté que 119 voix (5,94 %) contre 273 au premier tour (15,03 %). Des voix perdues en cours de route qui se sont sans doute reportées, pour une grande partie, sur la liste de Brigitte Dupuis. Une liste qui comptera 24 sièges dans le nouveau conseil municipal, les 5 restant revenant à la liste de Nordine Boumaraf.
| Candidat | Parti | Suffrages (2nd tour) | % (2nd tour) |
|---|---|---|---|
| Brigitte Dupuis | Les Républicains | 1 138 | 56,87% |
| Nordine Boumaraf | Divers gauche | 744 | 37,18% |
| Lucas Leroy | Divers droite | 119 | 5,94% |
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