Les films qui s’intéressent aux ateliers de fabrication de voitures et à leurs ouvriers, qu'ils soient films d’entreprise, de fiction, documentaires ou militants, permettent d’analyser l’évolution des regards portés sur eux. Les films qui s’intéressent aux ateliers de fabrication des voitures sont doublement précieux. D’un côté, ils sont des sources exceptionnelles qui nous renseignent sur des aspects inédits d’une activité industrielle fortement structurée par ses contraintes technologiques. De l’autre côté, les images animées participent d’un discours sur le monde industriel.

L'évolution des Métiers et des Techniques de Fabrication

La production automobile est marquée par deux traits essentiels. D’une part, elle s’effectue selon une combinaison de fabrications ou métiers spécifiques : la fonderie, la forge, l’usinage, puis l’assemblage des éléments mécaniques, l’emboutissage, la tôlerie, la peinture, l’habillage des carrosseries et leur assemblage appelé aussi montage final. D’autre part, chacun de ces secteurs connaît au cours du xxe siècle des transformations techniques et sociales qui affectent de façon particulière les métiers évoqués. L’analyse de films, documentaires et films d’entreprise principalement, fait ressortir les transformations que connaît cette industrie.

La Métallurgie : Fonderies et Forges

Dans les fonderies et les forges, le métal incandescent et le travail des marteaux-pilons offrent des images spectaculaires de fonte et d’acier étincelant dans des ateliers obscurs. Images que, jusqu’aux années 1960, de nombreux films prennent comme symboles du monde des « métallos ». Puis les constructeurs automobiles tendent à séparer les fabrications métallurgiques proprement dites des usines d’assemblage, qui deviennent le cœur de leur activité.

L'Usinage : Précision et Automatisation

L’usinage, qui consiste à façonner les pièces mécaniques des voitures, est un second secteur fréquemment présenté dans les films parce qu’il illustre remarquablement la précision des machines : engrenages, enchaînement de mouvements mécaniquement réglés, pignons à la géométrie parfaite. Dès les années 1950, les films montrent l’efficacité d’une automatisation qu’ils présentent comme absolue. Pendant que des images montrent longuement les machines transferts qui font la gloire de la Régie Renault, le commentaire énumère dans le détail les nombreux éléments qui participent au système technique.

L'Emboutissage : Puissance et Sécurité

Dans les ateliers d’emboutissage, les presses gigantesques servent à découper la tôle ou à la mettre en forme. L’emboutissage est « l’art de faire des trous et des bosses », résume une voix off. Cet art est fréquemment présenté en termes de puissance, laquelle peut, selon les films, suggérer l’efficacité bienveillante ou bien la force inquiétante imposant à l’ouvrier le bruit de la frappe et la menace de ses outils. Les films critiques ou contestataires de Louis Malle et Bruno Muel ou encore Marin Karmitz montrent ces postes où, jusqu’au milieu des années 1970, l’ouvrier - l’ouvrière chez Malle -, rivé à sa machine, amène ou guide la tôle, presse machinalement les boutons pour actionner la presse qui la découpera ou lui donnera sa forme. Bruno Muel montre un jeune opérateur pressant des deux mains des boutons situés derrière lui et pousse la métaphore en le filmant à travers le mouvement d’une presse voisine. Les films d’entreprises restent plus discrets sur le travail dans ces ateliers dangereux. Ainsi un film de 1952 se contente de présenter à distance un ensemble de presses alignées : les images, prises d’un pont roulant, montrent des vues aériennes des grandes presses Bliss et sont accompagnées par un à discours rassurant qui évoque, sans les montrer, les « dispositifs de sécurité les plus modernes » permettant « de travailler sans danger ». À partir du milieu des années 1970, les cinéastes peuvent montrer l’action automatisée des bras préempteurs, qui remplacent les manutentions manuelles. Dans les années 1990, les films d’entreprise vantent les immenses presses transferts automatisées et « insonorisées » pour leur productivité et leur précision en même temps qu’ils évoquent les techniques de découpage ou de « raboutage » au laser. Les ouvriers ont-ils pour autant disparu des ateliers ? Ces mêmes films s’appesantissent sur la professionnalisation des conducteurs d’installations chargés de ces machines.

Lire aussi: Comment choisir votre Renault d'occasion ?

La Tôlerie : Étincelles et Robots

Les gerbes d’étincelles dans les ateliers de tôlerie ont toujours fasciné les cinéastes. Jusqu’aux années 1960, ceux-ci ne montrent pas la peine, l’une des plus dures, qui accompagne le maniement des pinces à souder. Refusant de s’enfermer dans une dénonciation systématique, le film de Louis Malle livre des images rares d’opérations qui ont aujourd’hui disparu : meulage des tôles, soudure au chalumeau et à l’étain. Les films réalisés dans les années 1980 et 1990 mettent en valeur la danse des robots introduits massivement dans ces ateliers, suivant la foi des industriels d’alors dans les vertus du « tout automation ». Les films d’entreprise mettent constamment l’accent sur la quantité des points de soudure réalisés « sans difficulté ». De plus, « chaque robot, sur ordre d’un ordinateur » permet « un assemblage d’une parfaite régularité ». Les discours sur les bienfaits de la robotisation varient peu : ergonomie, qualité, fiabilité... Ils dessinent pour les hommes un rôle supérieur : « l’homme contrôlera son armée de robots » rassure une voix off dans Made in Renault. Pourtant, en creux, ils donnent à penser les imperfections humaines que les robots pallient désormais.

La Peinture : Automatisme et Cohabitation

Les ateliers de peinture ne sont pas oubliés. On y voit tantôt le peintre appliquant les laques au pistolet avec des gestes élégants tantôt les automates à bols électrostatiques, ou les robots à propos desquels la voix off souligne les « gestes habiles et adroits ». Comme en mécanique, l’automatisation est mise en scène dès la fin des années 1950, tandis que la cohabitation entre hommes et machines se perpétue jusqu’au xxie siècle dans les documentaires et, de manière plus discrète, dans les films d’entreprise. C’est une fois encore dans les années 1970 que le cinéma critique se concentre sur l’ouvrier. Louis Malle en montre un en 1972, le visage voilé de peinture bleue et le regard triste, répéter le même geste d’application de la laque au pistolet.

Le Montage : Chaîne et Gestes

Enfin, les ateliers de montage illustrent par excellence le travail à la chaîne où domine le spectacle d’opérations manuelles réalisées dans des temps de plus en plus courts. La comparaison de certaines opérations que les cinéastes montrent fréquemment (l’inévitable séquence d’intégration du bloc moteur dans la carrosserie, le montage des tableaux de bord, etc.), permet de faire la part des permanences gestuelles et de l’évolution des outils ou des matériaux employés. Ainsi, l’habillage des pavillons s’effectue à la main au cours des années 1970 et comporte des opérations délicates de tension et de fixation de la toile, de découpe aux ciseaux, que montre Bruno Muel. Des équipements automatiques apparaissent dans les années 1980 et permettent de coller sous le pavillon une plaque de feutrine moulée qui remplace désormais la toile. Autre évolution fréquemment présentée : la mise en place des vitres. L’opération est transformée par paliers avec, là aussi, l’apparition d’automates d’aide à la manutention, puis de robots quelques années plus tard. Pour souligner la modernité de l’usine, la représentation des opérations les plus automatisées apparaît comme un passage incontournable. L’évolution de telles opérations souligne l’automatisation de ces ateliers, à tel point que des films d’entreprise tentent de ne montrer que les opérations automatisées et d’effacer l’activité humaine. Mais, dans les films les plus récents, le geste manuel ne disparaît pas totalement. Au cours des années 1990, il est vrai, les constructeurs révisent leur croyance dans le tout automatique, et ressentent le besoin de souligner l’importance de la participation ouvrière.

La Cadence et la Pénibilité du Travail

Sur la chaîne, le défilement réglé des voitures impose une répartition des postes où chacun accomplit une tâche spécifique. Les films montrent ou disent les gestes répétés, mais aussi les habiletés dont font preuve les ouvriers. La cadence symbolise la vitesse imposée, l’intensité de l’effort, la répétition des tâches. Pour en rendre compte les cinéastes recourent à la parole des intéressés et aux techniques du montage.

Si dans les films d’entreprise on parlera plus volontiers de la « cadence » des machines ou du système global pour souligner l’efficacité industrielle, dans les documentaires et films militants, c’est le sort fait à l’homme qui est dénoncé à travers cette référence. Toutefois, les images directes du travail ne suffisent pas à elles seules pour représenter la cadence. Même le rythme de défilement d’une voiture par minute, si bref pour les ouvriers, est trop long pour la caméra, tandis que le concentré qu’a réalisé Chaplin pour immortaliser « les cadences infernales » dans les Temps modernes est une construction de fiction. Restituer le sens de la cadence suppose des détours cinématographiques : par les regards, les piétinements, zooms sur les mains, les agencements du montage. Louis Malle fixe ainsi le regard saccadé d’une ouvrière qui suffit à indiquer à la fois la vitesse, la contrainte et le rythme.

Lire aussi: Liste Modèles Renault Années 2000

Cependant dans la grande majorité des cas, de Camarades de Marin Karmitz (1970) à Chers Camarades (2004) de Gérard Vidal, c’est surtout par les mots que la cadence est décrite. La réaction du jeune héros d’un reportage TV, nouvel embauché chez Toyota visitant, début 2000, une usine au Japon, en dit long sur ce qui l’attend de retour en France : « Les cadences des mecs c’est impressionnant. »

Enfin, l’évocation de la cadence débouche souvent sur celle de la peine. Celle-ci est dénoncée dans les films militants, montrée par les documentaires et évoquée - mais uniquement comme rappel d’un passé révolu - dans les films d’entreprise. Elle s’exprime à travers la morne répétition vécue comme infinie, la difficulté de gestes exigeants, l’emprise du système sur les personnes. De même, la question des risques du travail est indissociable du thème précédent. Le travail peut être source d’atteintes à la santé ou à l’intégrité des corps.

Tableau des Films Mentionnés (1983-1984)

Année Réalisateur Durée Son Description
1983 Raoul SANGLA 00:11:00 Sonore Expression directe du 24 septembre 1983 consacrée au travail féminin sous forme de sketch joué par cinq comédiens. Deux jeunes femmes déménagent.
1983 Roger GOMEZ 00:15:00 Sonore Tribune libre de février 1983 Ce numéro de l'émission « Tribune Libre » a été réalisé un mois avant les élections municipales de 1983.
1983 Daniel LIBAUD 00:11:00 Sonore Expression directe du 29 septembre 1983.
1983 Michel HUILLARD 00:15:00 Sonore Tribune libre du 29 juin 1983. Avec Marie-France Cavallon, Sylvie Jan et Denise Vella.
1983 ANONYME 00:10:00 Sonore Expression directe du 23 juin 1983. Cette émission est en partie scénarisée.
1983 ANONYME 00:10:00 Sonore Expression directe avec Gisèle Moreau du 7 avril 1983.
1983 ANONYME 00:11:00 Sonore Expression Directe du Groupe Communiste au Sénat du 26 mai 1983 Un film qui dénonce la course à l'armement et la menace de guerre nucléaire.
1983 ANONYME 00:25:00 Sonore Film réalisé par le service Communication du PCF.
1983 Dominique MAUGARS 00:04:00 Muet Visite de Charles Fiterman à Saint-Pierre des Corps le 18 septembre 1982.
1983 ANONYME 00:04:00 Muet C’est le premier jour de travail dans les ateliers en tant que cheminots.
1983 Gilbert SÉCHÉ 00:35:00 Muet Ce film amateur relate un voyage en Ouzbékistan effectué par un groupe de communistes d'Indre-et-Loire.
1983 COLLECTIF UNICITÉ 00:29:00 Sonore La marche pour la paix du 19 juin 1983 organisée par l'Appel des Cent, sous un soleil radieux.
1984 ANONYME 00:17:00 Muet et sonore Le 13 avril 1984, plus de 50 000 sidérurgistes manifestent à Paris contre le deuxième « plan Acier » prévu par François Mitterrand.
1984 ANONYME 00:11:00 Sonore "Expression directe" du groupe communiste au Sénat le 29 octobre 1984.

Lire aussi: Conseils Leasing Renault 7 Places

tags: #ce #renault #douai #cinema #histoire

Articles populaires: