Le lancement de l’Ami 6 en 1961 permet à Citroën de développer sa gamme en essayant de combler le trou béant qui existe entre la 2CV et la DS depuis les années 1950. Désireuse de combler le fossé entre la 2CV, voiture rustique et utilitaire, et la DS, voiture du segment haut de gamme, la maison Citroën, sous la houlette de Pierre Bercot, son PDG, a missionné ses bureaux d’étude pour la création d’une voiture susceptible d’occuper le segment « milieu de gamme », segment que l’on nommerait segment C de nos jours.
Genèse et Conception de l'Ami 6
Les études qui vont mener à l'Ami 6 débutent à la fin des années 1950. A cette époque, 2 modèles cohabitent au sein de la gamme Citroën : dans le bas la 2cv et dans le haut la DS. Les contraintes techniques et économiques imposées par la direction, ne laissent pas d’autres choix que d’aboutir à la réalisation d’une « super 2CV ». La 2CV fournit sa plateforme, limitant par là-même la possibilité de proposer un accroissement de l’empattement.
Pour réduire les coûts, Citroën décide de réutiliser la plateforme de la 2CV. Mais cela limite l’empattement et contraint à des choix audacieux : la direction veut une berline tricorps, malgré une architecture qui conviendrait mieux à un break. Si au départ l'auto devait reprendre l'hydraulique de la DS, pour des raisons de coûts on va rapidement lui préférer la plateforme de la 2cv, avec toutefois un moteur plus puissant.
Un Style Innovant et Distinctif
Pour le style, il faut éviter de proposer un style trop utilitaire, mais plutôt quelque chose de plus cossu, excluant par la même un projet de hayon. La ligne d’une voiture à trois volumes est devenue une évidence. Flaminio Bertoni, le génial créateur des Traction Avant, 2CV et autres DS, chargé du style du projet M, innove en reprenant une idée initiée sur le prototype Packard Balboa X de 1953, puis reprise sur la Ford Anglia en 1959, celle de la lunette arrière inversée qui donne un profil arrière en Z.
C'est finalement Flaminio Bertoni qui trouve une solution venue des Etats-Unis et qui sera longtemps décriée : inverser l'angle de la lunette arrière. Il en résulte cette courbe arrière en Z assez rare dans l'histoire de l'automobile. Le style justement de l'Ami 6 sera tout aussi original que celui des Traction, 2cv et DS en leur temps. Aux Simca 1000 et Renault 8 au profil carré, Citroën va répliquer en 1961 avec une berline Ami 6 aux lignes plus qu'originales : à l'avant, on découvre un capot plongeant et des optiques rectangulaires entourés de chromes. L'autre choc viendra du profil, très particulier notamment à cause de la fameuse ligne en Z, avec la lunette inversée.
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Motorisation et Performances
Pour la mécanique, un surcroît de puissance doit être offert pour compenser la prise de poids de 80kg par rapport à la 2CV. On a donc augmenté la cylindrée du flat-twin de 425 cm3 à 602cm3 pas plus pour ne pas être classé en 4CV dont la limite est de 610 cm3, l’Ami 6 affiche donc une puissance fiscale de seulement 3CV. Par rapport à la 2CV, la puissance réelle fait un bon de 83% en passant de 12ch à 22ch, le rapport poids puissance tombant de 41,5kg/ch à 26,4kg/ch, et la vitesse maxi faisant un bond en avant de 33% en passant de 81 à 108 km/h (chiffres Auto-Journal spécial Salon de 1961).
Mais à 475 cm3, il n'est pas envisageable de le transposer dans l'Ami 6. En conservant le bas moteur, il est porté à la cylindrée maximale, c'est à dire 602 cm3 pour ne pas dépasser les 610 cm3 qui la feraient passer dans la catégorie des 4 CV. Le 425cm3 de la 2cv de l'époque laissera donc place à un 602 cm3 de 22cv, qui permettra à la voiture d'atteindre et dépasser les 100 km/h.
En mai 1968, le bicylindre de 602 cm3 passe de 22 à 28 ch. La puissance moteur passe de 28ch SAE à 35ch SAE (32ch DIN) grâce à une élévation du taux de compression (de 7,75:1 à 9,0:1) ainsi que par l’adoption d’un carburateur double corps.
Confort et Tenue de Route
Un des critères essentiels des études qui ont été menées : le confort. La future voiture, à défaut de reprendre certaines techniques propres à la DS, il faudra pour cela attendre la GS en 1970, devra au moins reproduire un confort proche du haut de gamme. Les premiers essais de l'Ami 6 confirment les dires de Citroën. La voiture se montre accueillante et confortable, tout à fait capable de transporter une petite famille et ses bagages dans un confort très honorable.
D’emblée le confort apparait comme une réussite grâce à l’action conjuguée de la suspension et des sièges. La voiture est stable et se couche progressivement dans les virages. L'inclinaison n'atteint pas celle de la 2CV dans les mêmes circonstances du fait de l’abaissement sensible du centre de gravité. Ce qui est plus frappant encore c’est la constance de l’assiette de la voiture. Avec l’AMI 6, il n’y a plus ni tangage ni « galop ». La voiture conserve rigoureusement son assiette pour le plus grand bien des passagers qui n'ont plus l’impression d’être en bateau.
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La direction sans à-coups, précise, quoiqu’assez ferme lorsqu’on prend très vite un virage serré. La tenue de route, qu'il nous fut impossible de prendre en défaut. Neutre jusqu’à un point que l'on a peine à imaginer, la voiture suit parfaitement sa trajectoire. Aucun problème de ce côté et peu importe si la voiture se couche.
Intérieur et Finitions
A bord, on retrouve des pièces venues de la 2CV et de la DS. Le levier de vitesses et le frein à main sont ceux de la 2CV, mais le volant à une seule branche rappelle celui de la DS. En revanche, le compteur de vitesse sera repris dans la 2CV 6 plus tard. Les poignées de portes intérieures sont celles de la DS.
Une fois installé au volant, on s'aperçoit que l’AMI-6 doit beaucoup à sa sœur aînée la DS 19. Ce sont d'abord les poignées de portières extérieures et intérieures, ces dernières placées de telle façon qu'elles prennent tout naturellement place dans la main des passagers s'ils utilisent l'accoudoir dont est munie chaque porte. Comme sur la DS 19, les portes sont très légères et le système de verrouillage est le même. Mais on pense aussi à la DS 19 grâce au dessin des banquettes dont les deux places sont soulignées par un creux dans le dossier qui maintient très bien en position dans les virages. Le rembourrage est copieux qui soutient bien sous les genoux.
Les Différentes Versions de l'Ami 6
En 1963, le carrossier Heuliez propose une déclinaison break à Citroën, une évolution qui conserve les portes arrière de la berline pour réduire les coûts du projet. Mais le constructeur préféra réaliser son propre break. En octobre 1964, l'Ami 6 break fait sa première apparition au Salon de l'Automobile de Paris.
3 versions et deux finitions sont disponibles au lancement : break 4 places, break 5 places et Commerciale, qui se distingue des deux autres par le montage d'un plancher de coffre amovible permettant d'obtenir une surface de chargement plate, voilà qui devrait plaire aux artisans... Quant aux finitions, comme sur la berline, elles se nomment Tourisme et Confort. En septembre 1967, arrière sur l'Ami 6 break la version Club, à la finition plus léchée.
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Ami 6 Club
Présentation de l’Ami 6 Club dont la finition est améliorée avec notamment les phares avant à double optique et une baguette en bas de caisse. La face avant intègre des doubles optiques ronds, les roues se parent des enjoliveurs Gala que l'on retrouve aussi sur la 2cv AZAM Export, la sellerie est spécifique et le coffre est garni des moquettes.
Succès Commercial et Production
Au final, l’Ami 6 break remporte un bien meilleur succès que la berline, qui permet au modèle de décrocher le titre de voiture la plus vendue en France en 1966. Dès 1965, elle représente près des 2/3 des ventes d'Ami 6. Près de 555 000 breaks Ami 6 sont produits en 5 ans, tandis que la berline s’écoule en moins de 500 000 unités en 8 ans de carrière.
L'ami 6 se sera écoulée au total à 1 039 384 exemplaires. Dans ce chiffre, on compte 555 398 breaks et 483 986 berlines.
Fin de Carrière et Remplacement
L'Ami 6 berline quitte la scène en mars 1969, à l'avènement de l'Ami 8. Seule la version break continue sa carrière en attendant les break Ami 8. Démodée ! Oui, en 1969, l’Ami 6 est démodée. La clientèle boude de plus en plus la berline. La ligne arrière en Z a fait son temps… oubliées les références à l’Amérique ! Pour Citroën, le message est clair : il faut tourner la page de l’Ami 6 et proposer une voiture nouvelle.
Tableau Récapitulatif des Données Clés de l'Ami 6
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Cylindrée du moteur | 602 cm3 |
| Puissance fiscale | 3 CV |
| Puissance réelle (avant mai 1968) | 22 ch |
| Puissance réelle (après mai 1968) | 28 ch |
| Vitesse maximale | 108 km/h |
| Production totale | 1 039 384 exemplaires |
| Production de breaks | 555 398 exemplaires |
| Production de berlines | 483 986 exemplaires |
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