Longtemps rêvé par les citroënistes, Marcel Allard achète au gré des budgets et des occasions une collection de véhicules remisés un peu partout dans Paris en songeant à un futur musée. Vous excuserez tout d'abord le retard de publication de ce reportage et très certainement son doublon (ou triplon) avec d'autres sites. Je ne louerai jamais assez le dynamisme du milieu associatif. La question revient lancinante à l'orée des années 90 au moment où s'ouvre l'Aventure Peugeot en 1988 : pourquoi Citroën n'a t-elle pas son musée ?

Je préfère nettement le mot "Conservatoire" à celui de musée qui évoque un peu la poussière. Le Conservatoire est - pour l'instant - toujours situé dans le cadre de l'ancienne usine Citroën d'Aulnay-sous-Bois abandonnée qui sert de lieu de stockage pour véhicules neufs. La visite se fait sur rendez-vous et notamment pendant la période de Rétromobile. Je m'y suis rendu grâce à l'Association les Sangliers en Deuche (08) pour une somme modique.

Les Défis et les Trésors du Conservatoire

Plusieurs petits bémols : par manque de place les véhicules sont serrés les uns contre les autres rendant difficiles les photos. Certaines voitures présentées comme telles ne sont en fait pas les premiers numéros de la série (par ex. n°3 ou 7). Quelques exemplaires ne présentent pas un état de conformité digne de la Marque qui devrait représenter LA référence.

Je sais que connaître par coeur presque 100 ans de production avec toutes les versions et dérivés requiert du travail et du temps et qu'un état de restauration parfait requiert de l'argent. Citroën pourrait s'appuyer largement sur les connaisseurs de la Marque pour augmenter son savoir mais elle ne le fait pas. Je rêve là aussi d'un réseau d'amis qui pourrait rendre service aux collectionneurs et à Citroën en aidant les uns et les autres. J'ai cru comprendre que le Conservatoire existait parce qu'il entre dans la logique commerciale de la firme qui est de vendre.

Pour finir la vie d'une usine est riche de thèmes différents : le Personnel, le Matériel Publicitaire, la Technique, etc. La firme accepte tous les dons qui ne sont pas toujours bien classés ou mis en valeur. Tout passionné devrait faire cette visite au moins une fois dans sa vie. J'en suis à ma troisième visite (18 février 2016) avec des nouveautés que je vais vous décrire non sans un choix partisan et avec une magnifique découverte quasi invisible du public et publié sur aucun site internet. Un emploi du temps chargé et le nombre de photos à poster a retardé la parution de cet article à placer quelques jours après la visite de la Villa Cavrois...

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André Citroën : Un Visionnaire

Ancien élève de l'École polytechnique, André Citroën commence sa carrière de mécanicien et d'animateur - certains le qualifieront plus tard de joueur - en fondant à Paris, à l'âge de trente-cinq ans, la Société des engrenages Citroën pour l'exploitation d'un brevet polonais sur la taille des engrenages à denture en chevron. En l'espace de quatre ans, la petite entreprise voit ses ventes multipliées par dix et André Citroën sera sollicité par Škoda, qui veut exploiter son brevet en Europe centrale. Sa réputation d'organisateur commence à s'établir et la Société des autos Mors fait appel à lui pour réanimer l'entreprise ; la production annuelle de Mors passera de cent vingt-cinq à douze cents véhicules par an, en dépit de méthodes de production extrêmement artisanales - il est vrai qu'elles sont d'ailleurs communes à toute la construction automobile européenne de cette époque ; Citroën gardera le souvenir de son passage chez Mors lorsqu'il créera sa propre usine.

André Citroën avait un bureau dans chacune de ses usines. En 1915, il s'engage envers le général Baquet, directeur de l'Artillerie, à construire une usine capable de produire 20 000 obus par jour et à en assurer l'approvisionnement en matières premières. En six semaines, l'usine du quai de Javel est construite sur l'emplacement d'anciens terrains maraîchers et sa production atteindra le double du chiffre initialement annoncé. Citroën reçoit dès lors la responsabilité de l'approvisionnement en charbon et en matières premières de toutes les usines travaillant pour la Défense nationale.

À la fin de la Première Guerre mondiale, Citroën peut enfin donner libre cours à son vieux rêve, celui de fabriquer une voiture populaire, véhicule qui n'existe pas encore en France et dont il est à peu près le seul à pressentir l'avenir. Ce modèle comporte un démarrage et un éclairage électriques, un volant à gauche et le symbole stylisé du double chevron polonais qui reste jusqu'aujourd'hui la marque de tous les véhicules de la firme. Après le type A de 1919, Citroën lance la B2 en 1921, la B10 en 1924 puis la B12 en 1925. La production de la firme passera de cent véhicules par jour en 1919 à trois cents véhicules en 1923.

Les Croisières Citroën : Une Aventure Publicitaire et Technique

Cette période est également celle des grandes croisières Citroën, dont l'effet publicitaire sera énorme et qui, sur le plan technique, démontra la validité du véhicule « tout terrain » semi-chenille :

  • traversée du Sahara de Touggourt à Tombouctou en 1922-1923 ;
  • première traversée de l'Afrique de Colomb-Béchar à Tananarive en 1924 (croisière Noire) ;
  • traversée de l'Asie de Beyrouth à Pékin par l'Himalaya et le désert de Gobi en 1931-1932 (croisière Jaune), au cours de laquelle le R.P. Teilhard de Chardin étudie la géologie des déserts de l'Asie centrale ;
  • traversée de l'Amérique du Nord entre Chicago et l'Alaska en 1934 (croisière Blanche).

C'est aussi l'époque des grandes illuminations de la place de la Concorde et de l'Arc de triomphe, offertes à la Ville de Paris, et de la publicité lumineuse sur la tour Eiffel en lettres de trente mètres de haut. En France, André Citroën et Louis Renault prennent la mesure de ce processus et investissent massivement dans leurs usines automobiles localisées, respectivement, quai de Javel, à Paris, et à Boulogne-Billancourt.

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Les Prototypes et les Découvertes

Le plus intéressant peut-être réside dans l'exposition de maquettes de prototypes plus belles les unes que les autres. Prototype Karin de forme pyramidale. Le 23 avril 1989, elle s'était déplacée dans la concession de ma ville. Je connaissais déjà tellement l'histoire de Citroën que ce jour-là les visiteurs m'avaient pris pour un guide. La Traction anglaise a notamment deux ailes avant de différente taille. La notice de Citroën sur son "esthétique extérieure" est pour le moins...

Et là le choc, l'émotion, ce que personne n'avait ni vu ni photographié, car cachée derrière le magnifique autocar fraichement restauré : l'horloge du grand hall de Javel. Que n'a t-elle vécu depuis octobre 1933, jour de son inauguration : l'assemblage des Traction, l'occupation allemande, les DS jusqu'aux années 80 ! Que pourrait-elle raconter ! Et combien d'ouvriers ont levé les yeux vers elle en espérant partir déjeuner ou retrouver la chaleur de leur foyer...

L'Héritage de Citroën

Lancée officiellement en octobre 1948 lors du Salon de l’automobile de Paris, la Citroën 2 CV est un modèle de voiture qui a marqué l’histoire industrielle et culturelle de ce moyen de transport.

Pour finir, deux grands hommes (mais le premier un peu plus grand !) : André Citroën et Pierre Boulanger. A gauche, original du buste d'André Citroën par le sculpteur Gaumont (fondeur Alexis Rudier) exposé dans le hall de l'usine. Toute autre représentation est une pâle copie ou...

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