L'histoire de Volkswagen est souvent entourée de mythes et de controverses, notamment en ce qui concerne ses liens avec le régime nazi. Sur les forums automobiles, on trouve des théories affirmant que les initiales de Volkswagen seraient un hommage discret à Adolf Hitler (HA : Hitler Adolf, ou HAA : Hitler Adolf Aloïs). Cet article a pour but de démêler le vrai du faux, en explorant l'histoire complexe de cette entreprise emblématique.
Les Origines de la Volkswagen : Une Voiture pour le Peuple Sous l'Ère Nazie
Il est indéniable que des liens existaient entre Ferdinand Porsche et Hitler. L'ingénieur répondit au souhait du führer de créer une voiture destinée au peuple, la future «Typ 1», qui deviendra affectueusement Käfer en allemand, Beetle en anglais, Coccinelle en français, ou Fusca au Brésil. Il s’agissait de proposer une voiture simple, efficace et pas chère pour motoriser le peuple allemand, d’où le nom de VolksWagen (voiture du peuple).
C’est sous la houlette de l’organisation nazie KdF (Kraft durch Freude, le « travail par la joie ») que fut lancé l’appel d’offre pour cette KdF Wagen. La construction de l’usine destinée à la production de la KdF Wagen commencera en mai 1938 dans la ville nouvelle de KdF Stadt (qui deviendra en 1945 Wolfsburg). C'est la proposition de Ferdinand Porsche qui l'emporte, et en 1938 est lancée la société Volkswagenwerk GmbH.
Entre 1938 et 1945, très peu d’exemplaires de la KdF Wagen sortiront des chaînes, l’usine se recentrant rapidement sur un véhicule militaire destiné à la Wermarcht, le Kübelwagen !
Ivan Hirst : L'Anglais Qui a Relancé Volkswagen Après la Guerre
Les vrais débuts de l’entreprise Volkswagen en tant que constructeur de voitures civiles sont dus à… un anglais qu’on ne peut pas taxer de nazisme : Ivan Hirst. Officier du génie de l’armée britannique, Hirst intègre Royal Electrical and Mechanical Engineers (REME) en novembre 1942, et rejoint KdF Stadt au printemps 1945 lorsque l’armée britannique libère la ville (aussitôt rebaptisée Wolfsburg donc, le 26 mai). Son job ? Utiliser les usines présentes à Wolfsburg pour le compte du REME avec deux objectifs : réparer les matériels ennemis récupérés, afin de s’en servir en ces temps où chaque véhicule compte ; et réparer les matériels alliés par la même occasions.
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Malgré les bombardements, l’usine Volkswagenwerk est encore utilisable, et les outils de production intacts. Mais le premier boulot de Hirst sera de déminer l’usine, une bombe s’y trouvant encore, n’ayant pas explosé à l’impact. C’est en tout cas sous l’impulsion de Hirst, conquis par les châssis Volkswagen, que la production de la KdF Wagen renommée Volkswagen va redémarrer, pour le compte des britanniques administrateurs de la zone ! Rejoins par un autre ingénieur de l’armée fondu d’automobile, le Colonel Charles Radclyffe, il va contribuer à reconstruire les fondations du futur géant de l’automobile.
Les premières Volkswagen seront destinées à l’armée britannique ! L’usine Volkswagen devait être récupérée par un industriel « allié » à titre de dédommagement de guerre. Lorsqu’en 1948, Hirst et Radclyffe cherchèrent un « repreneur », aucun n’en voulut ! Sir William Rootes ira même jusqu’à dire que « construire une telle voiture serait un non sens économique ». Henry Ford II fera le déplacement à Wolfsburg mais déclinera lui aussi la proposition pourtant gratuite.
C’est ainsi que Volkswagen sera tout bonnement repris par le Lander de Basse Saxe, avec à sa tête un ancien cadre de chez Opel, Heinz Nordhoff : une sorte de nationalisation. Autant dire que les origines nazis, après une utilisation et un relancement exclusivement britannique, étaient passées de mode depuis longtemps. On peut toujours creuser dans l’histoire pour dire que Volkswagen était une entreprise nazie (ce qui est une évidence puisque dès le début, elle était une entreprise sous l’emprise du parti), mais ce serait faire un raccourci que l’étude plus profonde de l’histoire permet de balayer. Le Volkswagen nouveau qui émerge en 1948 n’a plus rien de nazi ! L’usine va produire pour les anglais avant d’être cédée au Lander de Basse Saxe en 1948 !
Les Clés Volkswagen et le Mythe des Initiales Nazies
L’apparition des lettres HA et HAA sur les clés Volkswagen ne pouvait être qu’un message subliminal nazi ! Pourtant, les clés et serrures ne sont pas fabriquées par Volkswagen. En l’occurence, le fournisseur depuis les années 50 s’appelle HuF. Kezako ? Tout simplement les initiales de Hülsbeck und Fürst GmbH, entreprise créée en 1908 par Ernst Hülsbeck and August Fürst en 1908. L’entreprise commença à livrer en serrures et clés Mercedes Benz dans les années 20, pour devenir aujourd’hui l’un des principaux fournisseurs de l’industrie automobile avec pour clients l’ensemble des marques du Groupe Volkswagen, mais aussi Mercedes, BMW, Volvo, Peugeot ou Hyundai !
La marque HuF ne fut pas particulièrement nazie. Heinz Nordhoff prit la succession de Hirst en 1948, et venait de chez Opel ! Mais alors, pourquoi ces lettres, HA ou HAA ? Il s’agit tout simplement de lettres référençant les types de clés. On trouve des clés VW fabriquées par HuF avec d’autres référence : A, L, VA, H, SC et il en existe sûrement d’autres. Il est donc faux de dire que « toutes les clés VW » ont un HA ou HAA gravés, même si elles sont les relativement courantes.
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Volkswagen et la Confrontation avec son Passé Nazi
Les constructeurs automobiles s’affranchissent de diverses manières du poids de l’Histoire. Tandis que Volkswagen ne cache rien de ses liens avec le parti nazi, chez Renault, c’est la question des motivations de la nationalisation de 1945 qui fâche. Aujourd’hui encore, la firme au Losange - privatisée en 1996 - se garde bien de prendre part au débat jamais éteint, qui oppose syndicalistes et héritiers autour de la détermination de l’ampleur de la collaboration de Louis Renault avec l’Occupant.
Volkswagen s’efforce de faire depuis 1986, au sein du service “Corporate History Department”, où le conservateur se double d’un chercheur et le documentaliste devient historien. Aucun autre constructeur n’évoque avec autant de franchise et de lucidité son rôle durant les années 1930 et 1940. Daimler et BMW ne nient pas avoir bénéficié des largesses du parti nazi envers les industriels, encore moins d’avoir été de grands pourvoyeurs d’engins militaires. Mais ils ne se reconnaissent pas la même vocation que Volkswagen à éduquer les foules quant à la perversité du fascisme, de l’antisémitisme et du racisme.
Le mois de décembre 2019 marque le vingtième anniversaire de l’ouverture d'une galerie du souvenir du travail forcé à Wolfsburg, cité idyllique imaginée par le ministère nazi du Travail par la Joie. Il s’agit d’une exposition permanente installée dans les vestiges d’un abri anti aérien niché sous la halle de montage numéro un de l’immense usine de Wolfsburg, érigée pour fabriquer la fameuse « Voiture du Peuple » voulue par Adolf Hitler. Cette collection de photographies, d’objets personnels, de vêtements, d’outils, d’affiches et de documents officiels s’efforce de décrire le quotidien lugubre et harassant des quelque vingt mille travailleurs déportés à Wolfsburg par les Nazis, entre 1943 et 1945.
La firme Volkswagen finance la publication de travaux de recherche d’historiens chevronnés. Un ouvrage intitulé “Place of Remembrance” rassemble ainsi les témoignages et les clichés-souvenirs recueillis au cours des années 1980 auprès de deux cents ouvriers russes, polonais, yougoslaves, italiens, néerlandais ou français.
Les Défis et les Scandales : Dieselgate et Autres Controverses
Rien ne va plus pour le géant Volkswagen, coupable d'avoir truqué les émissions polluantes de ses moteurs Diesel. Retour sur l'incroyable saga de cette entreprise phare du made in Germany. Un symbole de la domination économique et technologique du pays, dont la légende a survécu à plus d'une sortie de route. Coupable de tricherie sur ses moteurs Diesel, Volkswagen vacille, et c'est toute l'Allemagne qui est ébranlée.
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En ce mois de septembre 2015, le constructeur de Wolfsburg a dû reconnaître qu'il avait truqué les tests antipollution de ses véhicules Diesel aux Etats-Unis, grâce à un logiciel caché dans leurs moteurs. Et voilà que le groupe est rattrapé par son histoire au Brésil, où il est accusé de collaboration avec l'implacable dictature militaire, au pouvoir de 1964 à 1985.
L'Évolution du Logo Volkswagen : Un Symbole à Travers le Temps
Au panthéon des logos automobiles, peu d’emblèmes sont aussi instantanément reconnaissables que celui de Volkswagen. Simple, équilibré et intemporel, le monogramme « VW » encapsulé dans un cercle est bien plus qu’une simple signature de marque. C’est le symbole d’une histoire industrielle, sociale et culturelle hors du commun, marquée par des heures sombres, une renaissance spectaculaire et une adaptation constante aux défis de son temps.
En 1937, la « Gesellschaft zur Vorbereitung des Deutschen Volkswagens mbH » (Société pour la préparation de la voiture du peuple allemand) est fondée par le Front allemand du travail (DAF), une organisation nazie. Pour sceller l’identité de cette nouvelle marque, un concours est organisé en interne. L’histoire officielle, longtemps communiquée par Volkswagen, attribue la paternité du logo à Franz Xaver Reimspiess, un ingénieur employé au bureau d’études de Porsche.
Dès 1945, la roue dentée et toute référence au DAF disparaissent. Il ne reste que l’essentiel : les lettres « V » et « W » superposées à l’intérieur d’un simple cercle. Ce design épuré, débarrassé de son passé politique, devient la matrice de toutes les évolutions futures.
En 2019, au Salon de l’automobile de Francfort, Volkswagen opère la refonte la plus radicale de son logo depuis 1945. Ce changement n’est pas qu’esthétique, il est hautement stratégique. Le mot d’ordre est « Retour à l’essentiel ». Sa simplicité le rend parfaitement adaptable à tous les supports numériques, des écrans de smartphones aux tableaux de bord des voitures.
La Volkswagen Coccinelle : Un Emblème du Miracle Économique Allemand
La Coccinelle, simple et robuste, fait un malheur. En 1950, Wolfsburg franchit la barre des 100000 modèles produits. Celle du million d'unités, trois ans plus tard. Au début des années 1950, la gamme s'élargit au "combi" Volkswagen, future icône du mouvement hippie.
"Elle est devenue l'emblème du Wirtschaftswunder, le miracle économique allemand", rappelle Hervé Joly, historien et sociologue. En 1968, les studios Disney en font la vedette du film The Love Bug (Un amour de Coccinelle), premier d'une série de sept longs-métrages.
L'Expansion de Volkswagen : De la Golf à un Groupe Tentaculaire
En s'appuyant sur le savoir-faire de Audi, le groupe de Wolfsburg renouvelle sa gamme de voitures: il lance la Passat en 1973, puis la Golf, un an plus tard. Avec celle-ci, la firme a trouvé sa nouvelle poule aux oeufs d'or. Deux ans et demi plus tard, elle célèbre déjà son millionième exemplaire, paré de peinture dorée pour l'occasion.
Aujourd’hui, Volkswagen (Das Auto, comme on l’appelle en Allemagne, soit « la » voiture) est un géant. Le groupe allemand, qui a connu bien des déboires au fil de son histoire, regroupe sous sa coupe 12 marques : Volkswagen, Audi, Porsche, Seat, Skoda, Bentley, Lamborghini, Bugatti, Ducati (motos), Man (camions), Scania (camions) Nutzfahrzeuge (véhicules militaires). Il emploie 590 000 personnes dans 119 usines dans le monde. Le groupe a vendu 10,14 millions de véhicules en 2014 pour un chiffre d’affaires de 200 milliards d’euros.
Chiffre d'affaires du groupe Volkswagen en 2014
| Marque | Type |
|---|---|
| Volkswagen | Voiture |
| Audi | Voiture |
| Porsche | Voiture |
| Seat | Voiture |
| Skoda | Voiture |
| Bentley | Voiture |
| Lamborghini | Voiture |
| Bugatti | Voiture |
| Ducati | Moto |
| MAN | Camion |
| Scania | Camion |
| Nutzfahrzeuge | Véhicule militaire |
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