La Fiat 124 Spider est un cabriolet à l’histoire particulière, puisqu’il aura connu trois vies distinctes, deux marques différentes et une longévité rare (presque 20 ans, de 1966 à 1985). Sa diffusion fut large avec 200 000 exemplaires produits. C’est le deuxième cabriolet le plus longtemps assemblé par Pininfarina, après l’Alfa Romeo Duetto.
Une longévité inhabituelle s’expliquant par la délicatesse d’une ligne qui ne s’est jamais démodée en 19 ans de production, mais également par les performances qui ont, petit à petit, donné un vrai tempérament sportif à une auto ludique.
Design et Inspiration
La ligne originale du Spider 124 de la Fiat est un exemple type du cabriolet italien des années 60. L’un des secrets de la réussite tient avant tout au style, créé par un jeune designer américano-hollandais : Tom Tjaarda. Suivant les indications de Franco Martinengo, il s’inspire de la Ferrari 275 GTS présentée au Salon de Paris de 1965 et du prototype Chevrolet Corvette Rondine conçu chez Pininfarina et sur lequel Tjaarda a très longuement travaillé.
On ne s’étonnera donc pas de retrouver un copier-coller pour la poupe, si caractéristique avec ses deux petits rebiquages d’ailes évoquant des nageoires. À l’AV, les phares semi-escamotables de la Rondine n’ont pu être repris, bien qu’on puisse les voir sur les premières esquisses. Ils ont été remplacés par des optiques rondes rejetées en arrière du museau, à la manière de la Ferrari.
Les grandes lignes sont déjà là lorsque Tjaarda quitte Pininfarina, mais il reste encore beaucoup à peaufiner : le capotage, le hard top, l’aménagement intérieur ou les détails de finition extérieure. Au final, le Spider qui est exposé au Salon de Turin de novembre 1966 a bien du mal à pouvoir être associé à la silhouette cubique de la 124, dont il n’emprunte guère que les trains roulants et sa suspension.
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Son empattement est raccourci de 14 cm, la direction reçoit un amortisseur, le freinage est assisté, les jantes élargies pour une chausse pneumatique majorée (165 SR 13) et il bénéficie d’une mécanique entièrement nouvelle : un 4 cylindres de 1.438 cm3 coiffé d’une culasse à deux arbres à cames en tête entraînés par une courroie crantée.
Une grande première sur une voiture de série, seuls Glas et Chevrolet ayant utilisé cette technique, mais sur des mono-arbres. Ce moteur, alimenté par un double corps vertical Weber 34 DHS 10, développe 90 ch DIN à 6.500 tr/mn, avec un joli couple de 11 mkg à 3.600 tr/mn.
Évolutions et Améliorations
C’est donc sans surprise que la première évolution, à l’automne 1968, s’attache à faire taire une partie de ces critiques avec l’adoption de l’essieu AR de la berline 124 Spéciale, guidé non par deux mais par quatre biellettes.
L’année d’après, aux côtés du 1.438 cm3 débarque un 1.608 cm3 dérivé de celui qui équipe la 125 Spécial. Un peu plus affûté, il développe 110 ch DIN et un couple de 14 mkg à 3.800 tr/mn, ce qui propulse le cabriolet à un enthousiasmant 180 km/h.
Une montée en puissance symbolisée par une calandre nid-d’abeilles intégrant le nouveau monogramme circulaire des Fiat “sportives”, des optiques AR redessinées pour recevoir des feux de recul et, pour la 1600, deux renflements de capot destinés à faciliter le passage des deux carburateurs Weber double corps 40 IDF. Cette version BS1 est souvent considérée comme la plus intéressante, avec son 4 cylindres de 1.608 cm3 encore dérivé du bloc 124 originel et son look marqué par l’arrivée de la calandre nid-d’abeilles et de feux AR agrandis.
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C’est l’un des exemplaires de cette série que Roberto voulait absolument, la “révolution” du 27 août 1972 qui a vu la suppression du 1400 et le remplacement du 1.608 par un 1.592 dérivé de la 132 ou par un inédit 1.756 cm3 constituant une sorte de crime de lèse-majesté à ses yeux.
La Transition vers Pininfarina
En 1982, Fiat décide d’arrêter la production dans ses usines et sous sa marque du Spider 124. Fiat va donc refourguer tout le matos à Pininfarina pour lui permettre de continuer à produire la 124 ! Une nouvelle ligne de production voit donc le jour dans les usines du carrossier italien.
En outre, Pininfarina va recevoir un deuxième cadeau de la part de son grand donneur d’ordre : un moteur 2 litres toujours, mais à injection, une mécanique plus moderne développant tranquillou ses 105 ch (pour l’Europe) et 102 ch (pour les USA).
Fiat offre aussi son réseau (notamment aux States) pour distribuer la nouvelle « machina », mais le logo tombe, pour ne laisser place qu’à celui de Pinin ! Dans la nomenclature des Fiat 124 Spider, ce nouveau modèle prend le nom de DS, et sa production commence en mars 1982, pour se terminer en novembre 1985.
Dépoussiéré, le Spider prend donc deux appellations : « Spider Europa » (qui comme son nom l’indique, se destine à l’Europe), et « Azzurra » (uniquement aux Etats-Unis). Il se distingue des modèles Fiat par une meilleure qualité de fabrication, un fameux volant 3 branches, et de nombreux détails cosmétiques (calandre noire, pare-chocs à l’américaine avec les clignotants intégrés, jantes « Cromodora », bossage de capot, vitres électriques). En outre, le Spider Europa / Azzurra devient une stricte deux places.
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En juillet 1983, Pininfarina va proposer une version « vitaminée » dénommée Volumex. Comme sur les Lancia, le Spider se voit doté d’un compresseur (et d’ailes élargies) pour une puissance s’envolant à 135 ch !
Petit à petit, le marché s’amenuise. Après un pic de production pour l’AM 1984 (2577 exemplaires), les ventes chutent, et Pininfarina ne produit que 1504 exemplaires en 1985. Il est temps d’arrêter.
Production et Exclusivité
Au total, 7450 exemplaires de la DS « classique » et 500 de la Volumex seront produits, soit 7950 voitures au total. Il semblerait que Pininfarina ait aussi continué à produire la version Turbo du modèle CS (dite CSO) avec son 1800 porté à 122 ch. 700 exemplaires seront produits entre mars 1981 (chez Fiat) et novembre 1985 (chez Pininfarina donc), sans que la répartition entre les deux marques soit connue.
Voilà, avec environ 8500 exemplaires en atmo, Volumex ou Turbo, on est déjà dans le domaine de l’exclusivité. Sans logo Fiat, mais avec celui du célèbre carrossier/designer, on approche de la classe absolue, et ce malgré un dessin modernisé moins pur que les 124 Spider du début.
Tableau Récapitulatif des Modèles Pininfarina (1982-1985)
| Modèle | Années de Production | Nombre d'exemplaires | Particularités |
|---|---|---|---|
| DS "Classique" | 1982-1985 | 7450 | Modèle standard Pininfarina |
| Volumex | 1983-1985 | 500 | Compresseur, ailes élargies, 135 ch |
| CSO Turbo | 1981-1985 | 700 | Produit par Fiat et Pininfarina, 122 ch |
Aujourd’hui, on peut s’offrir un Spider/Europa entre 10 et 15 000 euros. Le plus dur sera d’en trouver un exemplaire sans trop de corrosion, le mal des italiennes de ces années-là. Mais c’est un retour garanti dans les années 60.
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