Dans le monde automobile, les productions italiennes ont une place à part. Malgré leurs défauts, elles suscitent souvent une émotion particulière chez les passionnés. La Fiat 2300 S Coupé incarne cette singularité, une histoire de potentiel non pleinement réalisé. Pourtant, tous les ingrédients du succès étaient réunis lorsque Fiat commercialisa son coupé 2300S en 1961.

Aux Origines du Projet

Après avoir envisagé un modèle à moteur V12 avant-guerre, Fiat dut revoir ses ambitions à la baisse après la guerre. L'Italie était exsangue et détruite. La priorité fut donnée aux utilitaires et aux véhicules peu chers. Mais le plan Marshall produisit rapidement ses effets, et l'économie de la péninsule connut un boom considérable dès les années 1950, à tel point qu'on parle de « miracle à l'italienne ».

Aux manettes de ce projet audacieux, on retrouvait un motoriste de génie, épaulé par un préparateur de renom. Je fais allusion à Aurelio Lampredi à qui l’on doit le fameux V12 des Ferrari 250, ou encore quelques bricoles en Formule 1. Abarth était aussi sur le coup afin d’optimiser une mécanique déjà bien née. Pour habiller cette mécanique d’orfèvre, Fiat fit appel à Ghia, un grand carrossier turinois.

Design et Caractéristiques

Quand un Italien et un américain se chargent de dessiner une GT qu’est-ce que cela donne ? Eh bien, une auto plutôt chouette qui ne ressemble à aucune autre. Cette ligne atypique on la doit à Sergio Sartorelli et Virgil Exner Jr pour le compte de Ghia. Ne partageant aucun panneau extérieur avec la berline, celui-ci se signale par un avant plus fin et surtout une originale lunette arrière panoramique en trois parties.

L’autre coup de génie, étant le brio avec lequel cette GT parvient à masquer ses dimensions généreuses. On retrouve une ligne tricorps assez basique mais superbement équilibrée. D’ailleurs la pureté c’est ce qui ressort vraiment de cette ligne. Les designers n’ont pas abusé des chromes ou autres arêtes vives. A la fois classique, originale, et superbement proportionnée.

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Les berlines Fiat six cylindres lancées au salon de Turin de 1959 constituent la base du coupé 2300 Ghia. Cette génération de voitures bourgeoises, dessinées par Pinin Farina, sont proposées en cylindrées de 1800 cm3 et 2100 cm3. Conçu par le célèbre ingénieur Aurelio Lampredi, dont c’est la première réalisation depuis qu’il a quitté Ferrari, leur six cylindres en ligne à arbre à cames latéral bénéficie d’une technique assez sophistiquée.

L'Intérieur

En ouvrant la porte de notre 2300S c’est la grosse claque ! L’habitacle de ce coupé est tout simplement magnifique surtout dans cette teinte caramel ! Bon il a surement fallu abattre la moitié du cheptel italien pour chaque auto produite, mais dieu que c’est de bon gout. Vous l’aurez deviné il y a du cuir partout, et le plastique est aux abonnés absents. Non à l’époque on préférait mettre de l’aluminium poli ou du bois véritable. Je suis dans une italienne et il n’y a rien d’arraché, ni de fils qui pendent, ou autres trucs branlants. Et le must, c’est que l’ergonomie est bonne ! Les pédales tombent en face, le levier de vitesses parfaitement placé, et toutes les commandes se trouvent là où elles doivent êtres.

Evidemment on est dans une auto des sixties, à part 4 sièges et un volant il n’y a pas grand choses à se mettre sous la dent. Pas même de ceintures de sécurité. M’enfin cet habitacle baigné par la lumière de la lunette arrière panoramique est tellement bien dessiné, qu’il se suffit à lui-même. Et puis il regorge de détails sympathiques, comme le grand volant en bois, le repose pieds passager, le rappel du modèle sur la planche de bord, ou le bloc compteur à la fois beau et lisible, etc… Ces éléments ne sont pas forcements utiles, mais ils sont canons, et participent à cette ambiance à part.

Motorisation et Performances

Qui dit GT, dit beau moteur. D’ailleurs Fiat n’a pas lésiné, en confiant sa conception à un ex gars de chez Ferrari, le tout peaufiné par un préparateur de renom. Ce 6 en ligne de 2279 cm3 on le doit à un certain Aurelio Lampredi ! Et une fois passé entre les mains d’Abarth, qui se charge de fignoler certains détails tels que le collecteur d’échappement, il en ressort 136 ch à 5600 trs/min pour un couple de 180 nm à 4000trs/min.

Côté technique, on retrouve une culasse 12 soupapes, coiffée par deux carburateurs double corps histoire de faire respirer cette mécanique d’auteur. Forcément, pour l’époque les performances sont de premier ordre, avec un 0 à 100 claqué en plus ou moins 11s, et 197km/h en pointe. La puissance est transmise aux roues arrières via une boite 4 rapports, et le freinage est confié à 4 disques.

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Lancé en 1961, le coupé Fiat 2300 se décline en deux variantes. La version standard, reprenant le bloc de la 4-portes (117 ch SAE - 105 ch DIN), et la S, forte de 150 ch SAE (136 ch DIN). Pourquoi ? Parce que le préparateur Abarth s'est occupé de son moteur : arbre à cames affûté, taux de compression relevé, allumage revu et installation de deux carburateurs Weber double corps. Du coup, la S pointe à près de 200 km/h, une vitesse extrêmement élevée en 1961.

En 1961, la Fiat 2100 est supplantée par la 2300 (2,3 l donc), plus rapide et dotée de 4 freins à disques. Bien dans son époque, cette propulsion a droit à une boîte 4 entièrement synchronisée mais conserve un essieu arrière rigide, étrangement suspendu par des ressorts à lames et hélicoïdaux… À l'avant la suspension recourt à des barres de torsion, avec l'avantage de dégager de la place sous le capot.

Production et Évolutions

Initialement, c'est Ghia qui devait en assurer la production mais suite à des revers de fortune, le coupé sortira de chez OSI, société fondée par Sartorelli. Cela grève le prix de vente, qui atteint 29 000 F en 1963, soit 42 500 € actuels selon l'Insee. C'est presque le double de celui de la berline dont le coupé dérive. À titre de comparaison, une Peugeot 404 coûte alors 10 000 F.

Pourtant, cette excellente GT bénéficie d'évolutions en mai 1965 : volets d'aération d'habitacle sur les ailes avant, enjoliveurs de roues redessinés et baguettes latérales notamment. En 1968, c'est la fin : le Coupé 2300 prend sa retraite, produit à environ 7 000 unités selon certaines sources, le chiffre exact n'étant pas connu.

Expérience de Conduite

Etant un essayeur très factuel, le premier truc que je note, c’est la sonorité du Lampredi. Je n’ai pas dépassé les 2000 trs, mais j’ai le sourire tant cet organe ronronne bien ! Remarque venant du pays de Pavarotti et Caruso, heureusement que ce 6 en ligne a de la voix. Ensuite viennent des considérations plus pragmatiques. Comme la boite de vitesse un peu capricieuse, la sensation de flou dans le cap, ou encore les freins qu’il faut littéralement savater pour leur faire entendre raison (malgré 4 disques). Et quand bien même, ils ne s’avèrent finalement pas d’un grand secours.

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Bon la Fiat 2300S ne s’est pas transformée en ballerine. La direction est toujours aussi dure, un peu floue et très démultipliée. Le comportement général est quant à lui plutôt équilibré, mais peut vite devenir scabreux, avec une nette tendance au sous virage puis survirage. La boite s’avère quant à elle agréable dans la gestuelle et les verrouillages, mais est une vraie plaie en terme de guidage. J’ai un mal fou à trouver cette satanée troisième !

D’ailleurs ce Lampredi me rappel un certain V12 Colombo. Bien plein en bas, il explose littéralement dans les tours, tout en offrant une sonorité qui ferait passer Caruso pour un castra. Ici, la voix est rauque, bien grasse, et franchement méchante lorsque les soupapes s’emballent passé les 4000 trs/min.

Malgré ces défauts tels que cette inertie, cette sensation de flottement, ces freins, je prends un pied pas possible à cravacher notre italienne à travers les bocages du bourbonnais. Il y a des autos dont on ressort avec le sourire, d’autres avec la larme et les mains tremblantes. Cette Fiat appartient à la deuxième catégorie. Belle à souhait, dotée d’un tempérament digne des meilleures officines italiennes, elle offre en plus de ça des sensations marquantes.

Pourquoi la Fiat 2300 S Coupé n'a-t-elle pas Pris Son Essor?

Aussi, même si elle se montre plus rapide et efficace qu'une Alfa Romeo 2600 Sprint ou qu'une Lancia Flaminia, autrement plus huppées (et lourdes, la 2300S Coupé s'en tenant à 1 290 kg), la Fiat ne se vend pas très bien, badge populaire oblige. Commercialisée à partir de la fin d’année 1961, malgré de grandes qualités dont la presse se fait le relais, la clientèle ne vient pas aux concessions Fiat pour la 2300S, la faute à l’image de Fiat, trop généraliste sans doute.

En effet, la 2300S reçut un bon accueil, et une excellente critique. Sa mécanique, son comportement routier, ses performances, et sa gueule en faisaient une des meilleurs GT de l’époque. Et pourtant, la sauce n’a pas prise. Le coupé 2300 était beaucoup trop cher pour son blason. Une bien triste histoire pour une auto qui avait tout pour elle.

La Fiat 2300 S Coupé Aujourd'hui

Aujourd'hui, cette GT de l'âge d'or italien, belle, performante, fiable et bien construite (elle souffre bien moins de la corrosion que les Fiat ultérieures) attire les collectionneurs avisés qui ont compris sa supériorité dynamique sur ses concurrentes. Méconnue, cette superbe voiture mérite d’être tirée de l’injuste anonymat où elle est recluse. Son péché ? S’appeler Fiat. La même amnésie frappe le coupé Dino du constructeur turinois, magnifique voiture oubliée de la cote et des collectionneurs.

Si vous entreprenez l’achat d’une Fiat 2300S Coupé, sachez qu’en bon bide commercial, c’est une auto rare. Et qui commence à être recherchée. En conséquence les cotes se sont envolées ces dernières années. Actuellement, comptez entre 25.000€ et 50.000€ suivant l’état. Faites preuve de bon sens, encore plus que d’habitude, car la plupart des pièces sont désormais introuvables ou vendues à prix d’or. Une erreur à l’achat peut se solder par des milliers d’euros de frais supplémentaires. A côté de cela cette fiat est réputée fiable et solide.

Tableau Récapitulatif des Caractéristiques Techniques

Caractéristique Détails
Moteur 6 cylindres en ligne, 2279 cm³
Puissance 150 ch SAE (136 ch DIN)
Préparation Moteur Abarth (arbre à cames, taux de compression, allumage, carburateurs Weber double corps)
Vitesse maximale Environ 200 km/h
Freinage 4 freins à disques
Poids 1290 kg
Design Ghia (Sergio Sartorelli et Virgil Exner Jr)
Production Environ 7 000 unités

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