Elle se fait rare dans les rassemblements de voitures anciennes. Pourtant, généralement, les voitures haut de gamme, les vaisseaux amiraux de toutes les marques ont été bien préservés. C’est le cas de la Renault Frégate, mais sa rareté est à mettre en rapport avec sa carrière. C’est un exemple emblématique des tentatives des constructeurs français pour s’attaquer au segment des routières, voire des grandes routières. Une histoire qui, finalement, se répétera !
Genèse et développement
1945. À l'aube de l'après-guerre, la Régie Nationale des Usines Renault fraîchement créée s'interroge sur sa gamme. Pas grand-chose à proposer hormis les modestes Juvaquatre et les Primaquatre surannées. Il va falloir se renouveler.
Fraîchement nationalisée, la Régie Nationale des Usines Renault, RNUR ou tout simplement Renault, redémarre sa production en tablant sur son modèle le plus moderne, la Juvaquatre lancée avant le conflit mondial qui a l’avantage d’être prête mais aussi d’être un milieu de gamme au beau potentiel de diffusion. Mais pour créer une vraie gamme, il faut un véhicule plus haut de gamme, capable d’aller chercher la Citroën Traction en terme de prestations, notamment avec un moteur 2L, ce sera le projet 108.
Une fois la 4CV sur les chaînes, l’équipe de Fernand Picard, directeur des études de Renault, construit plusieurs prototypes. Un premier, au look de grosse 203 est vite abandonné car jugé trop peu moderne. Le second est plus calqué sur la 4CV est finalement assez peu novateur. Sa face avant ne rappelle pas vraiment la 4CV, hormis les phares, et fait plus penser à une Ford Vedette. Les tests réalisés à l’Automne 1949 prouvent que l’auto est bien conçue. Sa tenue de route est bonne.
Par contre son moteur est tout juste satisfaisant avec une consommation raisonnable mais la puissance est limitée de 55ch et son refroidissement sont problématique. Le projet est purement et simplement abandonné. Il faut repartir sur un concept plus conventionnel. En un mot : remettre le moteur à l’avant. Par contre on va conserver le moteur Type 668 qui va être retravaillé pour atteindre les 60ch. On conserve aussi les études sur les suspensions plutôt sophistiquées, avec quatre roues indépendantes, forcément adaptées au déplacement du moteur.
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Présentation et premières impressions
Heureusement d’ailleurs, le calendrier est très serré : la voiture doit être vendue à partir de 1952… et on avance même sa sortie à 1951 en cours de route ! Les prototypes sont à peine déverminés que la Renault Frégate est présentée au Palais de Chaillot, le 24 Novembre 1950. La voiture est saluée par la critique. Le style est bien plus conventionnel et il fait mouche au point que la Renault Frégate s’en ira glaner quelques prix en concours d’élégance ! L’habitabilité est également la source de remarques positives, l’espace est vaste avec ses deux banquettes (on peut donc emmener 6 personnes) et le plancher est vraiment plat, chose rare à cette époque, encore plus pour une propulsion. Ces remarques ne sont d’ailleurs pas immédiates : l’auto présentée n’est pas roulante et les journalistes ne peuvent l’approcher !
Néanmoins, l’auto n’est pas finie. La Renault Frégate définitive fait sa première sortie publique au Salon de Paris 1951. Son industrialisation a aussi pris du retard. On devait la construire à Flins mais l’usine n’est pas prête. Finalement c’est à Boulogne-Billancourt qu’on a casé une ligne de production.
Lancement et premières années
La première Frégate de série a été livrée le 22 novembre 1951 au baron Surcouf, descendant du célèbre corsaire malouin. La remise des clefs par M. Grandjean, directeur commercial de la R.N.U.R., a fait l'objet d'une cérémonie au magasin d'exposition des Champs-Elysées, avec maîtres d'hôtel habillés en corsaires. La première auto est livrée le 22 Novembre 1951 au magasin Renault des Champs Élysées. Pour faire honneur à son nom, Frégate, c’est au baron Surcouf, descendant du corsaire, qu’elle est confiée.
Très vite, la Renault Frégate se dote d’un semblant de gamme. La version haut de gamme, l’Amiral, est complétée par la version Affaire qui fait l’impasse sur l’allume-cigare et la radio, propose moins de couleurs et moins de chromes.
La commande de boîte est imprécise, mais on peut s’y faire. Les performances ? Elles sont limitées, le 2 litres n’est pas très puissant avec ses 60ch, et la Renault Frégate est tout de même lourde avec ses 1230 kg. Ce qui est plus problématique, ce sont les pannes à répétition. Découlant directement de la mise au point trop hâtive, ils sont vraiment problématiques et obligent le réseau à de nombreuses interventions. La presse s’en fait écho et cela nuit à l’image de l’auto.
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Évolutions et améliorations
Cependant, les évolutions sont rares mais contrebalancées par diverses opérations visant à montrer la Renault Frégate au plus grand nombre. Ainsi entre la mi-décembre 1953 et la mi-janvier 1954, lors des « Croisières Vérités » dix autos sillonnent la France et couvrent plus de 100.000km, dans les conditions d’alors avec neige et brouillard au programme. Des opérations comme celle-là atténuent les critiques, notamment celles de l’Auto-Journal, qui commencent également à dater. Tant et si bien qu’on vend 50.590 Renault Frégate en 1955 !
Par contre, il va falloir faire évoluer la voiture. La concurrence n’est pas restée amorphe. La Renault Frégate visait la Traction mais celle-ci, comme toute la production française de l’époque, est ringardisée par l’arrivée de la nouvelle Citroën DS.
Après avoir été mise de côté pour le lancement de la 4CV, la Renault Frégate a subi le même sort avec la Dauphine. Pour la façade, on modernise le style. Exit la calandre découpée à barres horizontales et place à une vraie bouche ovale, plus élégante et surtout bien plus moderne. La grosse nouveauté se passe sous le capot. Le moteur 668 est remplacé par l’Étendard de 2141 cm³. Plus gros, plus moderne, il permet d’offrir enfin une puissance acceptable à la Renault Frégate qui affiche désormais 77ch.
1956 marquera un tournant décisif dans la carrière de la Frégate : cette année verra l'adoption du nouveau moteur " Etendard ", dont la cylindrée affiche près de 2,2l au lieu de 2l, avec une puissance portée à 77 Ch.
La gamme se complète avec la sortie de la Grand Pavois, version plus luxueuse reconnaissable à sa peinture bi-ton tandis qu’en bas de gamme on renomme l’Affaire « 2 litres » et elle conserve l’ancien moteur.
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La Renault Frégate n’en restera par là. En 1957 la grosse nouveauté on note l’arrivée d’une boîte de vitesse totalement synchronisée, faisant disparaître l’un des principaux défauts de naissance de la grosse berline.
En 1957, adoption d'une boîte de vitesses entièrement synchronisée avec 4 ème en prise directe ; cette caractéristique fera de la Frégate une des meilleures tractrices de caravanes de l'époque.
D’ailleurs, on ne s’arrête pas là et en 1958 on peut commander une Renault Frégate Transfluide. C’est le nom d’une transmission semi-automatique avec convertisseur de couple.
En 1958, apparition de la berline Transfluide, équipée d'une boîte 3 rapports semi-automatique à convertisseur de couple, qui sera suivie un an après par le très chic break Manoir doté de la même transmission et de la même finition.
Si le progrès est bienvenu, les ventes s’effritent. Environ 20.000 exemplaires sont vendus cette année là. En 1959, le break Manoir, en fait un Domaine avec la finition et la technique de la Transfluide, ne relance pas les ventes maltraitées par la concurrence.
Fin de production et héritage
En Avril 1960, la Renault Frégate quitte définitivement le catalogue. Le projet 114, censé lui donner une descendante est abandonné devant la peur d’écouler peu d’autos. La production est restée faible et les Renault Frégate ne sont pas si courantes sur le marché.
Dans tous les cas, vous trouverez des Renault Frégate roulantes et dans un état correct pour moins de 10.000 € mais pour un modèle état concours, il faudra viser plus haut.
La Frégate est une grande voiture confortable, spacieuse, élégante. Elle a une excellente tenue de route et un freinage hors du commun. Un vrai vaisseau de la route, en somme ! Quelques défauts de jeunesse ternissent un peu le tableau : mise au point hâtive, commande de boite de vitesses imprécise, moteur insuffisamment puissant pour le poids de la voiture.
Le Frégate Club de France
Il n'y a pas si longtemps que ça, rouler en Frégate relevait de l'aventure. Ils décidèrent, en 1997, de se regrouper et fondèrent le Frégate Club de France. Fort de plus de 170 adhérents, le Frégate Club de France s'est donné pour mission de faire mieux connaître et reconnaître cette superbe auto, et de permettre à ses possesseurs de rouler sans soucis.
C'est pourquoi le Club propose en refabrication certaines pièces introuvables comme les axes de pivots de roues avant, les cylindres de freins avant, les silent-blocs de transmission et bientôt de boite de vitesses, les échappements, etc … Le Club organise aussi des sorties et participe à des rassemblements, contribuant ainsi fortement à valoriser l'image de celle qui fut considérée comme le Navire Amiral de la Régie Renault.
Tableau récapitulatif des versions et motorisations
| Modèle | Années de production | Moteur | Puissance |
|---|---|---|---|
| Affaire/2 Litres | 1951-1956 | Type 668 | 60 ch |
| Amiral | 1951-1960 | Type 668 puis Étendard | 60 ch puis 77 ch |
| Grand Pavois | 1956-1960 | Étendard | 77 ch |
| Transfluide | 1958-1960 | Étendard | 77 ch |
| Manoir | 1959-1960 | Étendard | 77 ch |
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