Louis Renault, né le 12 février 1877 à Paris et décédé le 24 octobre 1944 dans la prison de Fresnes, est un inventeur, pilote de course et chef d'entreprise emblématique de l'industrie automobile française.

Jeunesse et Premières Passions

Né au 14 place de Laborde à Paris 8e, Louis est le dernier de cinq enfants d'une famille bourgeoise parisienne. Son père, Alfred Renault, avait bâti une fortune dans le commerce de tissus et de boutons, tandis que sa mère, Louise Berthe Magnien, était issue d'une famille de commerçants.

12 février 1877: Naissance de Louis Renault, cadet des cinq enfants issus de l’union d’Alfred Renault et de Louise Berthe Magnien. Son père, un commerçant aisé d’origine saumuroise, exploite alors un négoce de draperie, place des Victoires, et une fabrique de boutons, place Laborde. « Je me rappelle », confiera l’industriel en 1935, « , le temps où mon père avait sa petite fabrique de boutons où travaillaient une douzaine d’hommes.

Dès son plus jeune âge, Louis Renault se passionne pour la mécanique et les inventions techniques. Enfant, il rencontre souvent l’industriel Léon Serpollet qui fabrique des moteurs de voitures à vapeur. Âgé de 21 ans et pour le plaisir, il bricole et termine en 2 mois dans la maison de campagne familiale à Billancourt, sa 1ère voiture.

En 1891, à l'âge de 14 ans, il installe un atelier au fond du jardin de la résidence secondaire familiale à Boulogne-Billancourt. Il modifie un moteur Panhard, multiplie les inventions, dépose ses premiers brevets et s'enferme dans sa solitude créative. Sa passion le pousse à négliger ses études.

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Louis Renault est un enfant solitaire et curieux. Son père, absorbé par son travail, est souvent absent, tandis que sa mère, meurtrie par la mort successive de deux de ses enfants, trouve refuge dans la religion. Il est probable que l’envie de captiver l’attention de son père ait joué un rôle dans l’engouement du petit Louis pour les créations techniques.

Il étudie au lycée Condorcet où il côtoie un certain André Citroën, qui deviendra son rival. Il abandonne les études après le baccalauréat et compte sur son imagination, son intuition et son pragmatisme.

La Première Voiture et la Naissance de Renault Frères

Avant cette date, Renault a tout de même essayé de créer sa première entreprise, mais ce n'est qu'en 1898, à l'âge de 21 ans, qu'il construit sa première voiturette, la Renault Type A, en modifiant un tricycle De Dion-Bouton pour y ajouter une quatrième roue, une transmission par cardan, une boîte à trois vitesses avec la troisième en « prise directe » de son invention, et une marche arrière, le tout capable de rouler à 50 km/h.

Nous sommes le 24 décembre 1898, soir de Réveillon, et Louis vient de réussir brillamment l’ascension de la butte Montmartre par la rue Lepic avec sa voiturette pétaradante. Équipé d’une boîte à vitesse à prise directe de son invention (qui remplace la transmission par chaîne), cet engin révolutionne le monde de l’automobile.

Le 24 décembre 1898, lors du réveillon de Noël avec ses frères et des amis, en gravissant au volant de sa petite voiture devant une foule épatée, toute la rue Lepic, il empoche ses douze premières commandes fermes assorties d'un acompte de soixante louis d'or et décide de devenir constructeur d'automobiles.

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Le 25 février 1899, ses deux frères Marcel et Fernand, qui gèrent la firme de textile paternelle « Renault Fils, tissus en gros » fondent la société Renault Frères au 10 rue du Cours à Boulogne-Billancourt (actuelle avenue Émile-Zola) en apportant chacun la moitié d'un capital de 60 000 francs-or et 60 employés sans croire véritablement ni à l'automobile ni au génie de leur frère. Louis n'est pas associé, simple salarié mis à l'épreuve et bénéficiaire de son brevet.

En bons commerçants, ces fils d’un négociant en draps et fabricant de boutons fondent le 25 février 1899, la société Renault Frères, où Louis n’est au départ qu’un employé mal payé mais cheville ouvrière de cette « start-up » familiale. La fabrication commence à Billancourt. « L’usine » est au bout du jardin potager familial. La Renault Type A est présente au second Salon de l’auto de l’histoire.

Marcel se charge de l'administratif et Louis se consacre complètement à la conception et la construction des voitures. À la fin de la première année, 76 voiturettes sont produites et vendues.

Les Courses Automobiles et le Développement de la Marque

Mais pour bien faire du commerce, il faut se faire connaître. Le 1er septembre 1899, nouveau succès dans la course Paris-Ostende (322km). De nouvelles victoires, non sans quelques péripéties héroïques, ensuite les courses Paris-Bordeaux et Paris-Toulouse suscitent 350 nouvelles commandes.

En août 1899, Louis s'aligne avec Marcel au départ de la course Paris-Trouville et obtient sa première victoire voiturettes (dite Coupe des Chauffeurs Amateurs) d'une série de courses disputées de ville à ville. Dans leur catégorie spécifique, les Renault n'ont désormais pas de rivale.

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Louis montre en course une exceptionnelle rage de vaincre, chez cet homme accrocheur et volontaire, que l’on dit solitaire, timide et effacé dans la vie.

En 1902 toujours, les usines Renault s'étendent sur 7 500 m² à Boulogne-Billancourt avec plusieurs modèles au catalogue. Louis présente son premier moteur Renault, 24 ch, 4 cylindres.

Le Deuil et la Direction de l'Entreprise

En 1903 Louis perd dramatiquement son frère Marcel âgé de 31 ans victime d’une sortie de route près de Couhé-Vérac en Poitou-Charentes lors de la course automobile Paris-Madrid. Traumatisé par cette mort, il abandonne définitivement la compétition et recrute des pilotes expérimentés pour piloter ses voitures partout dans le monde.

Marcel Renault, célibataire, ayant fait de sa maîtresse sa légataire universelle, son décès met alors l’affaire Renault Frères en péril. Elle est de fait copropriétaire de la société, avec une part évaluée à 5 millions de francs. Louis qui veut racheter ses parts tente auprès de la dame une opération de charme.

Dès juillet 1903, Louis Renault âgé de 26 ans, passe du statut de salarié à celui de copropriétaire de l’entreprise.

Après la mort de Fernand, en 1908, Louis Renault reste le seul maître de l’usine.

L'Ère Industrielle et les Innovations

En 1905 la société reçoit sa première grosse commande : 250 taxis. Louis transforme ses installations artisanales en industrie de production de série et devient le premier constructeur d'automobile français.

En 1910 il effectue un voyage aux États-Unis pour étudier les méthodes industrielles (fordisme) de son concurrent Henry Ford avec son modèle unique et pas cher de Ford T. Sa tentative d'appliquer le travail à la chaîne pour augmenter la productivité (taylorisme) en France se heurte à de sérieux problèmes sociaux et il essuie ses premières grèves en 1913 dans son usine de plus de 136 000 m2.

La société Renault, qui produit en 1903 près de 1 000 voitures sur les 11 500 fabriquées en France, dispose alors d’un réseau de 120 agents pour commercialiser ses nouveaux modèles. En créant les premières filiales en Angleterre, Belgique, Italie, Allemagne, Espagne et même États-Unis, Fernand joue un rôle important dans ce développement.

Renault pendant la Première Guerre Mondiale

Les usines de Billancourt sont en partie fermées au moment de la mobilisation, en août 1914. Mais les exigences de la Défense Nationale et la rapide avancée de l'armée allemande contraignent les autorités à rouvrir l'entreprise.

Pendant quatre ans, Louis Renault participe intensivement à l'effort de la guerre. En plus des voitures, camions, tracteurs, obus et fusées, il construit des éléments de fusils et de canons, des moteurs d'avion et même des appareils de reconnaissance (avion AR). Du torpédo 11 CV type « guerre » à la 6 cylindres du maréchal Joffre, Renault livre à l'armée à peu près tous les types de voitures de sa gamme de l'année 1914.

En 1917, avec l'appui du général Jean Estienne, l'industriel dessine et construit le premier char mitrailleur léger Renault FT dont les qualités remarquables contribuent à la victoire finale de 1918.

Cette participation à l'effort de guerre aurait été impossible sans le travail intensif du personnel des usines Renault. En plus des ouvriers mobilisés, rappelés du Front, l'entreprise bénéficie d'un contingent important de main d'oeuvre féminine, étrangère et coloniale.

Les conditions de travail pendant la Grande Guerre n'en demeuraient pas moins très pénibles et souvent dangereuses. L'effondrement d'un atelier provoque ainsi la mort de 26 personnes, en juin 1917.

C'est à la fin de la guerre que Louis Renault imagine plusieurs projets sociaux, notamment l'accession à la propriété de la classe ouvrière, le développement des transports péri-urbains, la création de cités-jardins ou encore l'institution de commissions régionales paritaires, patronales et ouvrières.

La contribution exceptionnelle de Louis Renault à la victoire des Alliés fait de lui un héros international et décuple l'image de l'entreprise Renault dans le monde. En 1918, il est nommé officier de la Légion d'honneur.

L'Entre-Deux-Guerres et la Crise

En 1919, les Américains, épargnés par la guerre, ont pris une considérable avance économique, industrielle et technologique sur l'Europe et sont entrés dans l'ère de la consommation, grâce surtout à Ford qui produit en série des véhicules bon marché démocratisés, moteurs de l'économie nationale américaine. L'âge d'or des voitures françaises est terminé.

En 1929, la marque est présente dans 49 pays partout dans le monde mais les américains assurent 85% de la production automobile mondiale.

Sur le plan industriel, Renault entre dans la crise avec des atouts certains : une intégration qu’il ne cesse de développer depuis la Grande Guerre, une assise financière solide, la diversification de ses fabrications, les commandes de l’Etat, et enfin la création d’installations ultra-modernes sur l’île Seguin. Renault enregistre une progression sensible de sa production alors même que l’industrie automobile française est en déclin, passant du second au cinquième rang de la production mondiale. Il existe 90 constructeurs français en 1929 contre 28 en 1935.

A l’instar des autres constructeurs, Louis Renault s’oriente vers une baisse du prix de l’automobile - tout en différant la création d’une voiture populaire - politique de baisse des prix qu’il s’efforce d’appliquer aux autres secteurs industriels comme le ferroviaire. En 1933, il veut orienter le ministre des Travaux publics vers la construction, en très grandes séries, de petites automotrices capables de transporter une trentaine de personnes.

La Seconde Guerre Mondiale et les Accusations de Collaboration

En mai 1940, Louis Renault s'envole pour les Etats-Unis afin d'y accélérer la production de chars de combat et résister à l'avancée allemande. Mais il est trop tard. En son absence, ses usines sont réquisitionnées par la wehrmacht et, une fois qu'il est de retour à Paris, deux ateliers, détachées de l'usine, sont contraints de réparer des chars de combat. Les usines Renault sont en effet passées sous administration Nazie et sous tutelle de Daimler-Benz.

Arrestation, Décès et Nationalisation

A la libération de Paris, il est accusé de collaboration et la presse écrite se déchaîne contre lui. Un mandat est délivré contre lui le 19 septembre 1944 pour « atteinte à la sûreté extérieure de l'État ».

Le 23 septembre 1944, rongé par la maladie, il se rend librement à la convocation d'un juge qui l'inculpe et le fait aussitôt incarcérer à la prison de Fresnes où il est mis au secret pour " commerce avec l'ennemi Nazi ". Sa santé se dégrade rapidement, il est laissé sans soin et se plaint d’être battu pendant la nuit. Sa femme réussit à le faire examiner début octobre par un médecin qui constate un traumatisme crânien et une crise d'urémie aiguë. Il est alors transféré dans un hôpital psychiatrique, puis le 9 octobre à la clinique Saint-Jean-de-Dieu à Paris où il sort un instant du coma pour murmurer à son épouse " et l’usine ? ".

Louis Renault meurt le 24 octobre 1944 dans la prison de Fresnes.

Le 1er janvier 1945, quatre mois après la mort de Louis Renault, une ordonnance du Gouvernement provisoire de la République française présidé par le général de Gaulle prononce la dissolution de la société Renault et sa nationalisation sous le nom de " Régie nationale des usines Renault ".

Dans l'exposition des motifs, Louis Renault était accusé de manière particulièrement vague, car en réalité, le dossier d'accusation demeurait vide. C'est en fait la première fois, dans un Etat de droit, qu'un homme était condamné sans avoir été jugé.

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