L'histoire de Ford à Blanquefort est marquée par des hauts et des bas, depuis son installation en 1971 jusqu'à la fermeture de l'usine en 2019. Retour sur une saga industrielle qui a marqué la région.

L'Arrivée de Ford à Blanquefort : Une Période d'Espoir (1970-2000)

En 1970, la firme américaine Ford choisit Blanquefort pour sa première implantation en France et commence à équiper le site. C'est ainsi qu'Henry Ford II dévoile son projet d'usine et le choix se portera sur Blanquefort.

Le 6 avril 1984, Ford France décide d'investir un milliard de francs à Blanquefort pour fabriquer une nouvelle boîte automatique à courroie. Tout souriait à Ford qui gagne alors les 24 Heures du Mans. De fait, fabriquer des boîtes de vitesse pour les usines Ford européennes et nord-américaines s’intégrait dans cet essor de l’industrie automobile.

Le 26 juin 1998, le PDG de Ford, Alex Trotman, célèbre à Blanquefort le 25e anniversaire de l'établissement girondin, où l'entreprise américaine va investir 1,5 milliard de francs pour la fabrication d'une nouvelle boîte automatique. En 2000, Ford Aquitaine Industrie, à son apogée, compte 3 600 salariés, avec une production qui bat tous les records depuis sa création.

Les deux usines jumelles de Blanquefort équipent en boîtes de vitesse un véhicule sur cinq du constructeur automobile dans le monde. C'est le premier employeur de Gironde. L'équipe de Blanquefort est un exemple pour la qualité et l'efficacité de son travail.

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Le Déclin et les Tentatives de Reprise (2007-2014)

La suite sera moins florissante. Sept ans plus tard, fin 2007, alors que les effectifs de l’unité de Blanquefort ont déjà été dégraissés, Ford Motor Company annonce qu’elle va cesser la production des transmissions automatiques pour les 4X4 en décembre 2011.

Une mobilisation sans précédent des salariés s’ensuit, épaulés par les élus des collectivités locales et des comités de soutien locaux. En février 2008, le conflit social atteint son paroxysme : l’usine est bloquée pendant une semaine. C. En janvier 2009, après dix semaines de chômage partiel, les salariés reprennent le travail et le 2 février, le groupe allemand HZ Holding est officiellement repreneur de l’unité qui fabriquait les transmissions automatiques.

Porteur d’un projet de fabrication sur place de grandes couronnes éoliennes, avec son partenaire allemand Johann Hay, il garderait l’ensemble du personnel. En mai de la même année, Ford Aquitaine Industrie n’existe plus, c’est First Aquitaine industrie qui lui succède. Emblème historique, l’enseigne Ford de l'usine de Blanquefort est déposée à terre le 10 juillet 2009. Elle était là depuis 1972.

En 2010, il faut déchanter. Les repreneurs ne sont pas parvenus à ramener l’établissement sur le chemin de la pérennité. Le projet de fabrication de couronnes éoliennes a capoté, HZ et Johann Hay ne sont plus en mesure de jouer leur rôle d’actionnaires.

Sous la pression des salariés, de l'État français et des élus bordelais et girondins, Ford Europe annonce son retour à Blanquefort, le 18 octobre 2010. Vendue deux ans plus tôt, l'unité est officiellement rachetée en janvier 2011 et redevient Ford Aquitaine Industrie (FAI).

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En mai 2011, le constructeur s’engage à lancer quatre projets industriels, susceptibles de faire travailler à Blanquefort près de 1 000 personnes, dont, en 2013, la boîte automatique 6F35 (580 salariés). 150 à 200 emplois seront aussi utilisés dans les deux usines FAI et Getrag, dont Ford possède une partie du capital. En même temps débutent des négociations sur un plan social de préretraites et de chômage partiel.

Le 24 mai 2013, une réunion entre la direction de Ford, l'État, les collectivités locales et les syndicats entérine un accord visant à pérenniser pendant cinq ans 1 000 emplois sur le site de Blanquefort. Mais la production de Ford-Blanquefort est loin d’atteindre sa vitesse de croisière, même si le site a bénéficié de quelque 125 millions d'euros d’investissements, partiellement subventionnés par l’État, la Région et les autres collectivités.

Chômage Partiel et Nouvelles Perspectives (2014-2016)

Il y a bien deux Ford à Blanquefort, près de Bordeaux. Getrag-Ford, filiale à 50 % du constructeur américain et de l’Allemand Getrag, qui emploie près de 780 salariés. Elle produit des boîtes de vitesses manuelles et voit l’avenir avec optimisme. L’autre, Ford Aquitaine Industries (FAI), est spécialisée dans les boîtes de vitesse automatiques.

Sur ses 1 000 salariés à l’effectif, 200 sont, à tour de rôle, au chômage partiel depuis des mois, l’usine ne pouvant les occuper à plein-temps. Les cadences sont toujours restées en deçà des objectifs annoncés par l'industriel en 2013.

Le 3 juillet, Dirk Heller, le directeur industriel moteur et transmissions de Ford Europe, vient à Blanquefort annoncer aux syndicats la production d’ici à 2019 d’une nouvelle boîte de vitesse automatique pour petites cylindrées, qui prendrait progressivement la place de la 6F35 dont le pic de production est attendu pour 2017.

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Par ailleurs, la direction de Ford indique que les projets de développement de Getrag pourront permettre, à compter de l'automne, le transfert de 150 à 200 salariés de FAI vers Getrag, sur la base du volontariat et aux conditions salariales et d’ancienneté de FAI. Enfin, toujours pour l'automne, il annonce le lancement de négociations avec les partenaires sociaux d’un accord de flexibilité qui devrait inclure le volet salarial et les horaires de travail.

L'Annonce de la Fermeture et les Tentatives de Sauvetage (2016-2019)

Le 19 mai, Kieran Cahill, le nouveau directeur industriel de Ford Europe, annonce à Blanquefort que le groupe a l'intention de proposer au site girondin un nouveau projet industriel, en 2018, lorsque la production de la boîte automatique 6F35 aura stoppé. Par ailleurs, Ford veut investir 800 000 euros dans des infrastructures de production de FAI durant l’année 2016.

Alors que Ford avait annoncé 120 000 unités fabriqués en 2020, ce volume aurait été surestimé et ne serait que de 50 000 transmissions par an, malgré une demande devant s’établir en Europe à 500 000 transmissions en 2021. Le 22 janvier 2017, dans l'attente que Ford s'exprime sur les perspectives en matière d'emplois e de projets industriels après 2018, environ 400 salariés se mobilisent sur le site pour une journée "usine morte".

En février, l'intersyndicale (CFE/CGC, CFTC, FO et CGT) de Ford n’est plus désormais la seule à redouter la fermeture de Ford Aquitaine Industries en 2018. Elus et préfecture exprimaient aussi leurs craintes quant à l'avenir du site de Blanquefort qui employait 930 salariés en CDI.

Quant à la direction de Ford Europe, elle fait savoir qu'elle n'annoncerait pas le prochain prochain industriel de FAI "avant la fin 2017" ou début 2018. Peut-être la nouvelle boîte à vitesse de type 6F15 qui doit remplacer en 2019 l'actuelle 6F35, mais sans indiquer aucun volume de production. La fabrication de la nouvelle transmission 8 vitesses à FAI n’était pas économiquement viable.

La direction du groupe annonçait le mardi 27 février 2018 en comité d'entreprise, qu’elle ne réinvestirait pas sur le site de FAI, à Blanquefort, et qu'elle stopperait la production en 2019. Le géant américain qui assurait "que la fabrication de la nouvelle transmission 8 vitesses à FAI n’était pas économiquement viable" et rappelait son "engagement à chercher une solution viable et pérenne au maintien de l’emploi sur le site", aura investi environ 100 millions de dollars dans l'usine entre 2013 et 2018.

Le jeudi 7 juin 2018, alors qu’un comité d’entreprise extraordinaire sur l'avenir de l'usine Ford-Blanquefort se tenait sur le site girondin, en présence de dirigeants de Ford Europe, l'ouverture "d'une information consultation sur un projet de fermeture" était confirmée par la direction de Ford.

Si aucun repreneur n'est trouvé, le site girondin pourrait donc fermer ses portes. Annonce du jour, Ford lance un processus de fermeture de l’usine de Blanquefort dès fin juin (PSE). Ford manœuvre par étape depuis longtemps. L’Etat, le gouvernement, complices ou indifférents ont une grande part de responsabilité. Pas simple pour nous mais faut réagir.

Dans le communiqué, Ford précise toutefois qu’"il n’y aura pas de départs contraints avant septembre 2019" et que les salariés "en poste en septembre 2019 ne subiraient aucune diminution de leur paye jusqu’à la fin de l’année 2019".

Le 19 septembre 2018, pour la première fois depuis sa décision de ne plus investir dans le site girondin, Ford annonce le nom d’un candidat à la reprise - le Belge Punch Powerglide qui fabrique aussi des boîtes de vitesses automatiques - dans un communiqué de presse publié quatre heures et demie avant une réunion entre les syndicats, le préfet, les élus locaux et Jean-Pierre Floris, délégué interministériel à la restructuration industrielle, pour faire le point sur l’avancée de ce dossier hautement sensible. Si l'espoir renaît, aucun accord n'a encore été trouvé : la relance de l'usine girondine nécessite de lourds investissements.

Le lundi 15 octobre 2018, Bruno Le Maire est venu à Bordeaux dévoiler aux syndicats de Ford Blanquefort et aux élus locaux le contenu de sa discussion vendredi soir avec le président de Ford, qui lui a annoncé que le constructeur américain avait choisi de fermer son usine girondine, plutôt que d’appuyer la reprise par l’industriel belge Punch.

Mi-novembre 2018, le constructeur américain fixe un ultimatum à Punch, demandant au repreneur potentiel de son usine girondine d'améliorer sa proposition avant le 23 novembre, et prévoyant de donner son avis définitif sur le business plan de Punch le 10 décembre.

Après un ultime coup de pression de Bercy, appelant dans un communiqué Ford à accepter le projet de reprise belge, le 11 décembre, les salariés valident "un accord de principe" en faveur de Punch Powerglide, après la consultation organisée par trois syndicats (CGT, FO et CFE-CGC) lors d’une AG du personnel assez houleuse, devant l’usine Ford Aquitaine Industries (FAI) de Blanquefort, menacée de fermeture si le constructeur américain n’accepte pas le projet de reprise du Belge Punch.

Ford Aquitaine Industries (FAI) indiquait que son comité d'entreprise avait "décidé de ne pas donner de suite favorable à la vente du site de FAI à l'acquéreur potentiel". Elle ajoutait avoir "présenté un plan social complet" pour les 850 salariés du site.

A l'issue d'une journée décisive pour l'entreprise, ce lundi 28 janvier 2019, la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) Nouvelle-Aquitaine, a retoqué le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) de Ford, donnant un sursis d'un mois au projet de rachat de l'entreprise par Punch à Strasbourg.

Le lundi 25 février 2019, alors qu’une réunion sur le sujet de l’avenir de l’usine Ford de Blanquefort devait avoir lieu à 17h à Bercy, un représentant du constructeur américain a confirmé le rejet de l’unique proposition de reprise présentée par la société Punch Powerglide.

Le groupe automobile américain a officialisé sa décision ce jeudi à quelques jours de Noël. Ford a décidé de fermer son site girondin de production de boîtes de vitesse de Blanquefort qui compte 872 salariés. Ford estime que le plan du seul repreneur en lice, Punch, n'était pas assez solide.

La Fermeture Définitive et les Conséquences (2019-2020)

C’en est fini de 45 ans d'histoire industrielle. C'est Jacques Chaban Delmas, maire de Bordeaux à l'époque, qui avait obtenu l'installation de Ford à Blanquefort. L'usine avait été inaugurée en juin 1973 par petit-fils de son fondateur du groupe Henri Ford 2.

L 'usine a fermé ses portes le 30 septembre 2019, laissant plus de 400 des 849 salariés sur le "carreau". La production s'était définitivement arrêtée sur le site girondin deux mois auparavant, le mercredi 24 juillet, avec une semaine d'avance.

Clap de fin définitif pour Ford Blanquefort : le 28 août 2020, lors d'un Conseil social et économique (CSE) européen extraordinaire, les salariés de Getrag Ford Transmissions (GFT) ont eu confirmation que la coentreprise détenue à 50% par le constructeur automobile américain et l'industriel canadien Magna n'existerait bientôt plus.

Après de multiples rebondissements et tentatives de sauver l'usine et ses 850 emplois, le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) pour Ford-Blanquefort avait été acté dans la nuit du lundi 4 au mardi 5 mars 2019 par la direction du travail (Direccte).

L'Avenir du Site et la Reconversion

Ford à Blanquefort (Gironde), c’est bel et bien fini. La démolition de l’usine, qui a accueilli jusqu’à 4 500 salariés, vient de démarrer sur fond d’amertume. Au moment où les travaux de démantèlement du site Ford de Blanquefort (Gironde) viennent de démarrer il y a quelques jours, le géant américain de l'automobile vient d'annoncer un investissement record de 1 milliard de dollars dans son usine de Cologne en Allemagne, pour qu'elle produise d'ici dix ans toutes les voitures électriques de la marque qui seront vendues en Europe.

Une annonce qui suscite une grande amertume chez les anciens salariés de l'usine Ford de Blanquefort. 850 licenciements ont été prononcés en 2019 et 250 personnes n'ont toujours pas retrouvé un emploi.

Il faut donc enclencher un vaste programme de reconversion et de formation du millier de salariés de Ford, même si leur âge moyen (la cinquantaine) n’est guère propice à un tel mouvement. Protester ou manifester aura été une étape bien compréhensible d’expression collective du ressentiment contre la décision unilatérale d’une transnationale de clore son engagement dans le site.

Maintenant, il faut, de façon tout aussi solidaire et avec clairvoyance et résolution, faire preuve de volontarisme, et les politiques doivent se mettre à la tâche concrète : comment re-former les salariés, les réorienter, les soutenir dans leur reconversion ? Comment réutiliser le site industriel en le reconvertissant ?

Tableau Récapitulatif des Dates Clés

Date Événement
1971 Installation de Ford à Blanquefort
2000 Apogée de Ford Aquitaine Industrie (3600 salariés)
2007 Annonce de la cessation de production des transmissions automatiques
2009 Reprise par le groupe allemand HZ Holding
2011 Retour de Ford Europe à Blanquefort
2018 Annonce de la fermeture du site
2019 Fermeture effective de l'usine
2020 Fin de Getrag Ford Transmissions

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