Les Tsiganes ont été l’un des groupes persécutés, à des degrés divers, pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur environ 700.000 Tsiganes qui vivaient en Europe avant la Seconde Guerre mondiale, entre 250.000 et 500.000 (selon les diverses estimations) sont morts entre 1939 et 1945. Des milliers d’entre eux ont par ailleurs été stérilisés.

Si des processus de type génocidaire ont été menés dans certaines parties de l’Europe nazie ou de ses alliés, ces massacres, ces persécutions relèvent cependant d’une autre « logique » que celle pratiquée à l’encontre des Juifs. Malgré les rafles, la déportation, le gazage de plusieurs milliers d’entre eux, malgré la persécution violente et criminelle dont ils furent victimes dans les pays d’Europe de l’Est, il ne semble pas qu’il y ait eu une politique systématique de type « solution finale » qui avait, elle, pour objectif la destruction totale des Juifs d’Europe.

Le contrôle des Nomades et l'assignation à résidence

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale va accentuer la surveillance et le contrôle exercé par les autorités sur les Tsiganes. C’est pour ne pas nuire aux déplacements des troupes et par crainte qu’ils ne deviennent des agents ennemis (durant leurs allées et venues, on a craint qu’ils ne recueillent des renseignements) que le décret-loi du 6 avril 1940 interdit la circulation des Nomades pendant la durée de la guerre. Ils sont alors assignés à résidence dans une commune (ou un canton). Durant le reste de la guerre, les Tsiganes connaissent un sort différent en fonction de leurs lieux d’assignation à résidence. On peut notamment distinguer la zone occupée et la zone non occupée.

Dans les Landes, l’application du décret du 6 avril 1940 se traduit par des assignations à résidence dans les cantons où les nomades se trouvent alors. Ils sont également recensés : 182 personnes, réparties en 33 « tribus » (c’est le terme utilisé par les autorités), pour plus de la moitié stationnés à Mont-de-Marsan (Hippodrome), les autres essentiellement à Dax et Peyrehorade.

Mais l’assignation à résidence semble difficile à faire appliquer, les Nomades circulent toujours, par exemple vers ou depuis le Gers ou les Pyrénées-Atlantiques, malgré un arrêté préfectoral du 10 mai.

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Les autorités proposent de leur procurer du travail : besoin de chaudronniers à Rion, de manœuvres pour le Service vicinal de Gabarret, pour des travaux sur l’Aérodrome (Ponts-et-Chaussées…). Il s’agit aussi de loger (dans des habitats sédentaires) ceux qui travaillent ou travailleraient, et de regrouper les autres à Dax ou Mont-de-Marsan, ce que le préfet refuse. On recommande plutôt de les envoyer à Sore ou à Pissos…

Ils sont plus que jamais indésirables, et les autorités militaires et le propriétaire des écuries proches de l’aérodrome de Mont-de-Marsan demandent aussi, pour des raisons différentes, à ce qu’on les éloigne. On envisage de les installer à côté des baraquements de réfugiés alsaciens à proximité d’un champ de tir utilisé par l’Armée (« à mon avis, tout danger de tir semble écarté » précise le Commissaire de police !).

Finalement, les Nomades sont installés sur un terrain appartenant à M. Mais les mouvements se poursuivent, puisque fin octobre 1940 ils ne sont plus que 8 recensés, résidant à Tartas. Le 4 octobre 1940, l’administration militaire allemande ordonne aux préfets de la zone occupée d’organiser l’internement des Zigeuner dans des camps familiaux pris en charge par les autorités françaises.

Les préfets publient donc des arrêtés préfectoraux intimant à la gendarmerie d’arrêter les Nomades se trouvant dans leur département et déjà assignés à résidence.

Le préfet des Landes transmet alors à la kommandantur les résultats d’un recensement, qui ne décompte que sept Zigeuner (ce que l’interprète de la préfecture traduit par « Bohémiens »). Face à ce petit nombre, et compte tenu du fait qu’il n’y a pas de camp susceptible de les interner dans les Landes, il propose de ne pas les arrêter, mais de les maintenir sous surveillance, ce que la kommandantur accepte. En revanche, entre le 17 novembre et le 1er décembre 1940, 319 nomades (dont certains originaires des Landes), des familles en majorité, sont arrêtés en Gironde et internés à Mérignac.

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Internement et camps pour Nomades

Si le gouvernement de Vichy obtient des Allemands la libération des forains pouvant justifier d’un domicile, les arrestations massives se poursuivent la première année, puis se produisent lors de contrôles d’identité, suite à une plainte, une dénonciation de particuliers ou de maires.

Dans un premier temps, les Nomades sont rassemblés dans des lieux hétéroclites : une carrière, un château abandonné, une usine désaffectée, un cinéma, souvent à l’écart des bourgs. Les conditions de vie sont très précaires : habitat insalubre, ravitaillement inexistant, surveillance plus ou moins étroite de la gendarmerie.

Passée l’urgence, les familles sont transférées dans des camps plus grands et, en principe, mieux organisés. En novembre 1941, environ 3.300 personnes sont désormais internées dans quinze camps pour Nomades. Les plus importants se situent à Jargeau (Loiret), Poitiers (Vienne), Moisdon-la-Rivière (Loire-Atlantique) et Coudrecieux (Sarthe). Cette réorganisation implique de multiples transferts. Des internés connaîtront ainsi cinq lieux d’internement en six ans.

Peu de « nomades » furent dans les faits déportés en Allemagne. Le 13 janvier 1943, 70 hommes quittent le camp de Poitiers pour celui de Compiègne, parmi lesquels 64 sont déportés vers le camp de concentration d’Oranienburg-Sachsenhausen, au nord de Berlin. Tous y trouveront la mort.

Pour les familles nomades se déplaçant dans la « zone libre », l’assignation à résidence reste la norme. La grande majorité des Nomades internés en « zone libre » viennent des espaces alsaciens et mosellans. Expulsés par les Allemands en juillet 1940, ces réfugiés nomades, de nationalité française pour la plupart, sont internés à l’instar des familles juives expulsées et de milliers d’étrangers fuyant l’avance allemande.

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A l’image de ce qui se passe en zone occupée, les premiers Nomades sont internés à partir d’octobre 1940 au même titre que les étrangers. Cette politique d’internement repose sur une législation lapidaire : seule une circulaire du ministère de l’intérieur du 28 septembre 1940 prescrit l’internement des « Nomades français » parmi huit autres catégories de réfugiés.

En 1944 six Tsiganes, évadés de Saliers, sont internés à Fort-Barraux (Isère), avant d’être déportés au camp de concentration de Buchenwald dans le convoi du 22 juin 1944 parti de Grenoble. On sait par ailleurs que 351 Tsiganes français et belges seront déportés à Auschwitz le 15 janvier 1944 dans le convoi « Z » (« Zigeuner ») quittant Malines, en Belgique.

Après la Libération : Maintien des mesures coercitives

La Libération ne signifie malheureusement pas la fin des mesures coercitives et humiliantes pour les Nomades.

Malgré tant de privations et de souffrances endurées, les Tsiganes libérés sont aussitôt assignés à résidence, avec interdiction de quitter la commune où ils doivent demeurer. Cette obligation touche tous ceux qui ont été internés en France mais aussi les survivants revenus des camps de concentration. Rien d’étonnant alors si, reprenant à son compte des propos tenus par le maire d’une commune contre une famille gitane durement meurtrie (plusieurs de ses membres, résistants d’un maquis, avaient été arrêtés, l’un des enfants fusillé par les Allemands, le père mort en déportation), un sous-préfet de la Gironde suggéra ni plus ni moins en septembre 1945 aux autorités préfectorales que, pour cette famille et tous les Nomades indésirables du département, « les terrains sablonneux des Landes seraient tout indiqués ».

Les Tsiganes landais, comme ceux des autres départements, restèrent donc assignés à résidence.

En ce 22 juin 1944, derrière l’église du petit village de Saint-Sixte (Lot-et-Garonne, 300 habitants), situé entre Agen et Valence-d’Agen, un petit groupe de Tsiganes campe pour la nuit entre la route de Dunes et le ruisseau de l’Auroue, au lieu-dit Pourrou. Venus d’Agen, ils voyagent dans deux roulottes, en route pour la foire de Valence (ou d’Agen).

Il s’agit de Rosalie Landauer, épouse Vaise (Weiss), 75 ans, de ses deux enfants avec leurs conjoints, ses 12 petits-enfants et 2 arrière-petits-enfants (familles Landauer, Vaise et Wanderstein). 19 personnes au total, dont la petite dernière, née 19 jours auparavant à Agen. Mais Rosalie Landauer et les siens ont le statut de « forains », et ils peuvent ainsi continuer à se déplacer, à condition de pouvoir subvenir à leurs besoins et de faire viser leurs carnets anthropométriques lors de leurs déplacements.

Le massacre de Saint-Sixte

Or le débarquement de Normandie a eu lieu une quinzaine de jours plus tôt, et début juin un parachutage d’armes a eu lieu à Dunes, à quelques kilomètres de là ; la Résistance multiplie les sabotages. Le 13 juin, la Milice, qui mène une opération contre des résistants à Astaffort, est défaite par les sections du Corps-Franc Pommiès venues notamment des villages voisins (Layrac, Dunes et Caudecoste). C’est l’intervention d’une unité allemande venue d’Agen, appelée au secours, qui renverse le rapport de force. Une dénonciation provoque une expédition de représailles menée par 200 SS de la 2e compagnie du bataillon de pionniers de la tristement célèbre division « Das Reich » cantonnés depuis le 13 juin à Valence-d’Agen, à 10 km. Une partie des soldats et officiers présents à Valence-d’Agen a pu participer à des massacres commis contre des civils - Juifs, communistes, Roms ou Sinti - à l’est de l’Europe.

Le matin du 23 juin 1944, ces hommes, commandés par le capitaine Hermann et le lieutenant Dwuret, se lancent dans une expédition punitive en direction de Caudecoste et Dunes. Ils traversent la Garonne à Lamagistère, suivent le fleuve vers l’Ouest pour arriver à Saint-Sixte vers 5 heures.

Les SS marchent prudemment en colonne sur le bas-côté de la route. Au carrefour à la sortie du village, les Allemands investissent le modeste campement des Tsiganes. Les chevaux et les mulets paissent en liberté. Le feu de campement allumé la veille pour le repas du soir fume encore. Un premier groupe d’Allemands se contente de demander s’ils n’ont pas d’armes, et poursuit vers Caudecoste. C’est le second groupe, qui se dirige vers Dunes, qui va accomplir l’irréparable.

Les portes des roulottes volent en éclat sous les coups de crosse, hommes, femmes et enfants sont jetés dehors, les pauvres hardes ou humbles objets ménagers sont éparpillés sur le chemin. Une fouille rapide permet de trouver les carabines à air comprimé de la baraque de tir exploitée dans les fêtes locales. « Terroristes, terroristes ! », hurlent les SS à la vue de ces armes.

Des soldats auraient d’abord reçu l’ordre d’aller chercher des cordes afin de pendre les présents. Seules des longes pour les chevaux ayant été trouvées, ils auraient finalement procédé à la fusillade.

Hommes, femmes et enfants sont alors poussés dans un pré voisin et forcés à se placer en demi-cercle.

Un des hommes, Paul Vaise, qui parle allemand et a compris les intentions des soldats, crie à tous de se laisser tomber et de faire les morts. Les soldats tirent presque aussitôt deux ou trois séries de rafales de mitraillettes sur le groupe qui s’effondre.

Deux hommes, cinq femmes, et enfin les sept enfants âgés de 14 ans à 19 jours tombent sous les balles. Les enfants disaient : « Monsieur, ne nous faites pas de mal ! ». Les Allemands les ont tués aussitôt pour ne plus les entendre crier.

Les victimes sont achevées à coups de crosses de fusils.

Les soldats s’acharnent, tirant au moins trois rafales, mutilant affreusement les corps…

Comprendre un tel déchaînement de violence

Comment comprendre un tel déchaînement de violence ?

En présence de plusieurs jeunes femmes et de nombreux enfants, sans doute terrifiés et que les adultes ont dû tenter de protéger, le contrôle a dégénéré, peut-être lors de la découverte des carabines à bouchons de liège. Cette découverte aurait pu servir de justification à une arrestation des adultes ou, sous prétexte de l’accusation de terrorisme, à l’exécution sur le champ des hommes présents. L’exécution de femmes et d’enfants est probablement rendue possible par les conceptions racistes des soldats (dont sans doute des vétérans du Front de l’Est), qui autorise à leurs yeux la cruauté de l’assassinat collectif par fusillade. À l’évidence, pour les officiers, l’opération militaire doit suivre son cours, elle ne peut s’embarrasser de prisonniers. De plus, les femmes et leurs enfants apparaissent probablement comme impossibles à séparer. La présence des armes de jeu semble alors un simple prétexte immédiat pour exécuter les familles, motif si faible qu’interviendra ensuite l’affirmation de la présence de nombreux pistolets et celle d’une participation récente des forains à un attentat sur la voie ferrée.

Marie Vaise est tombée à côté de son mari qui lui a recommandé : « Fais la morte ». Elle a aussitôt replié les bras sur son visage, ce qui lui a sauvé la vie. Tombés les premiers à terre, simulant la mort et en quelque sorte protégés par les corps de leurs parents, deux jeunes hommes et une adolescente ne sont que blessés, ils échappent ainsi au massacre. Deux de ceux-ci ainsi qu’une de mes cousines n’étaient que blessés, mais avaient l’air morts. Trois autres s’échappèrent en courant vers le village où ils trouvèrent un abri dans le grenier de l’école.

Tableau récapitulatif des camps d'internement pour Nomades en France

Nom du CampLocalisationInformations Supplémentaires
JargeauLoiretUn des plus importants camps pour Nomades.
PoitiersVienne70 hommes quittent ce camp pour Compiègne, dont 64 déportés à Oranienburg-Sachsenhausen.
Moisdon-la-RivièreLoire-AtlantiqueImportant camp d'internement.
CoudrecieuxSartheUn des principaux camps pour Nomades.
MérignacGironde319 nomades y furent internés.

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