Qui ne s’est jamais retourné pour détailler une Renault 8 Gordini qui passait dans la rue ou allait simplement se stationner sur un rassemblement ? La petite bleue, car c’est sa couleur la plus courante, est ancrée dans les mémoires de bien des passionnés, d’automobile comme de course.
Les Origines de la Renault 8
Tout commence avec la Renault 8. En 1962, Renault présente celle qui doit remplacer son best-seller, la Dauphine. La nouvelle auto en reprend la recette et même la base technique. Les différences viennent du style, avec une ligne plus carrée et plus moderne. Dès l’année suivante, on ajoute une version un peu plus haut de gamme : la Major. C’est d’ailleurs de la Major que va partir l’histoire de la Renault 8 Gordini. C’est bien elle qui va lui prêter sa caisse et la base de son moteur : le cléon-fonte avec 1108 cm³ de cylindrée.
Amédée Gordini : Le Sorcier Derrière la Légende
Pour comprendre l'histoire de la légendaire Renault 8 Gordini, il faut d'abord connaître celle de son créateur : Amédée Gordini. Ce mécanicien italien, passionné de la France et de mécanique automobile, immigre à Paris dans les années 1930, où il commence à travailler dans différents ateliers. Très vite, il se spécialise dans la préparation de moteurs Fiat, montés sur des Simca-Fiat, la filiale française de Fiat. Amédée Gordini fait ses débuts aux 24 Heures du Mans dès 1935, et remporte une victoire de catégorie en 1939. Il s'illustre également en gagnant le Bol d'Or automobile en 1936 et 1938.
Après la Seconde Guerre mondiale, Gordini ambitionne de construire ses propres voitures de course. Il s'associe à Simca pour obtenir des pièces mécaniques, mais ses créations artisanales connaissent des résultats contrastés sur les circuits. En 1951, Simca se retire du partenariat en raison de l'absence d'exploits marquants. En 1957, à bout de souffle, Gordini se retire du monde des courses automobiles. À 56 ans, il se tourne vers de nouveaux horizons et rencontre Pierre Dreyfus, directeur de la Régie Renault. C'est à cette époque que Renault, désireux de renouer avec la compétition automobile, propose à Gordini de développer des versions sportives de ses voitures de série.
La Naissance de la Renault 8 Gordini
En juin 1962, la Renault 8 prend la relève de la Dauphine dans la gamme Renault, restant fidèle au moteur en porte-à-faux arrière et à la propulsion. Ce modèle rencontre un franc succès. Dessinée par Gaston Juchet et Philippe Charbonneau, la Renault 8 bénéficie, en 1964, d'une version sportive qui va révolutionner le monde de l'automobile sportive. Le dossier de presse de l'époque annonce clairement l'objectif : « La Renault 8 Gordini doit permettre à toute une clientèle d'enthousiastes et d'amateurs de conduite sportive de satisfaire leur passion sans pour autant devoir investir plus que le prix d'une voiture de grande série.
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Caractéristiques Distinctives
Ce qui rend la R8 Gordini immédiatement reconnaissable, c'est son esthétique unique : une carrosserie en bleu de France ornée de deux bandes blanches parcourant l'ensemble du véhicule. La Renault 8 Gordini 1100 repose sur la carrosserie de la R8 Major, reconnaissable par le "L" inversé sur le montant arrière du toit. Bien qu'elle soit aujourd'hui perçue comme une sportive minimaliste, la Renault 8 Gordini offrait à l'époque un équipement relativement complet avec un tableau de bord incluant : un compteur de vitesse, un compte-tours, des indicateurs de température d’eau et de niveau de liquide de frein.
Le Moteur Magique
Ce qui fait la magie de cette R8 Gordini, c’est son moteur. Amédée Gordini, fidèle à sa réputation de "sorcier", transforme le moteur 4 cylindres de 956 cm³ des Renault Caravelle et Estafette en une version beaucoup plus puissante. La culasse est redessinée et la cylindrée portée à 1108 cm³ (moteur type 804-00). La boîte de vitesses à 4 rapports n'excelle pas en termes de guidage. Amédée Gordini ajoute un radiateur d’huile, ce qui permet à la R8 Gordini de produire 77,5 ch DIN (95 ch SAE) sur cette version R1134.
Évolution et Améliorations : La Renault 8 Gordini 1300
Devant la pression des passionnés, des sportifs et de la presse, la Régie fait évoluer sa star dans le bon sens. Ainsi en 1966 apparaît la Renault 8 Gordini 1300 (type R1135). En Septembre 1966, la Renault 8 Gordini passe la seconde. Avec 2626 voitures vendues en deux ans, on ne peut pas dire que le succès soit énorme. On fait donc évoluer l’auto et cette fois le côté haut de gamme n’est plus la priorité.
Première étape : le moteur. La Renault 8 Gordini devient 1300 avec l’adoption d’un cléon poussé à 1255 cm³. Toujours équipé de la mythique culasse, il reçoit cette fois des Weber 40DCOE 25/30 pour grimper à 88ch DIN (110ch pour les optimistes adeptes du SAE). Ces roues sont d’ailleurs plus larges, c’est un des signes de reconnaissance de la nouvelle 1300. Reconnaissable extérieurement à sa calandre 4 phares et ses jantes plus larges, son capot arrière bleu bardé des deux mythiques bandes blanches abrite un nouveau moteur type 812-00.
Mais ce qui marque le plus à l’extérieur ce sont les 4 phares à l’avant. Mais on en a pas fini avec la partie technique. La caisse est encore renforcée sur des points clés, et on utilise des tôles plus fines pour la carrosserie. Après de nombreux tests et essais effectués par Amédé Gordini, une nouvelle augmentation de cylindrée à 1255 cm3 permet d'atteindre 88 ch DIN (soit 110 ch SAE) avec 2 carburateurs double-corps Weber 40DCOE de type 25/23 (puis 29/30). Le passage au 1300 accroît très sensiblement les performances de la bombinette bleue.
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Signalons également plusieurs particularités propres à la R8 Gordini 1300, en commençant par une caisse renforcée (passages de roues, jonction du dessus de pied des portes avant avec la joue d'aile, encadrement supérieur de pare-brise). La carrosserie est allégée par l'utilisation de tôles plus fines pour les portes et ailes arrière. Notons également l'ajout d'un petit réservoir d'essence supplémentaire à l'avant , autant pour rééquilibrer le poids qu'augmenter l'autonomie. Un petit robinet fixé au plancher entre les 2 sièges avant permet de basculer de l'un à l'autre.
La Renault 8 Gordini en Compétition
Si la Renault 8 Gordini est devenue une icône, c’est en grande partie grâce à son statut de petite sportive abordable. Cependant, ce qui a vraiment marqué les esprits, c'est son engagement dans les rallyes et son propre championnat dédié, la Coupe R8 Gordini. Dès son apparition en 1964, la Renault 8 Gordini s'impose dans le monde des rallyes en participant à la 9e édition du Tour de Corse. La R8 Gordini impressionne dès le départ par ses performances exceptionnelles et son comportement routier singulier, dû à son poids à l'arrière, qui lui permet d’enchaîner rapidement les épingles des routes de montagne.
La R8 Gordini fait la une des journaux et révèle des noms de pilotes jusque-là inconnus. L’idée d’un championnat mono-modèle, la Coupe R8 Gordini, émane de Georges Fraichard, ancien rédacteur du magazine Moteurs et ami d’Amédée Gordini. Enthousiasmé par ce concept, il en parle à Alain Bertaut et Pierre Allanet du magazine Action Automobile, qui accueillent l’idée avec enthousiasme.
La Renault 8 Gordini s’est illustrée en rallye dès 1964 avec une extraordinaire performance au « Tour de Corse », 4 véhicules dans les 5 premiers dont la victoire de Jean Vinatier. Il s’en suivra un palmarès impressionnant jusqu’en 1970. Fort de ce succès, c'est en toute confiance que les Renault 8 Gordini s'alignent au prestigieux Rallye Monte-Carlo en janvier 1965. Hélas, ce sera l'échec, très vite oublié après les victoires au classement général de Jean Vinatier au "Rallye Lyon Charbonnières" et de Pierre Orsini au "Tour de Corse".
Pour 1966, Jacques Féret confie une auto bleue à un pilote suédois Bengt Jansson en complément de Jean Vinatier, incontournable pilote français. Malgré ce choix judicieux, ce ne sera guère mieux au Monte-Carlo mais, par contre, lors des "24 Heures de Spa Francorchamps" Vinatier/Bianchi, Piot/Andruet et Orsini/Vacca enlèvent la très médiatique "Coupe du Roi" avec leurs trois Renault 8 Gordini quasi de série. Quelques semaines plus tard, le parisien, Jean-François Piot, après avoir terminé brillamment quatrième lors de la redoutable "Coupe des Alpes", enlève à son tour le "Tour de Corse" signant donc la troisième victoire consécutive de la Renault 8 Gordini sur les terres corses.
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En 1968, Jean-Pierre Nicolas remporte le Rallye du Maroc et en janvier 1969, Jean-Luc Thérier signe un autre authentique exploit : la victoire en Groupe 1 (Tourisme de série) doublée d'une extraordinaire cinquième place au classement général lors du Rallye Monte-Carlo. Ce sera le point d'orgue de cette Renault 8 Gordini, désormais icône du sport automobile français.
La Fin d'une Ère et l'Héritage de la Gordini
Les dernières Renault 8 Gordini sortent en Mai 1970. Sa remplaçante, la Renault 12 Gordini est lancée le « Jour G », le 19 Juillet 1970. Sa remplaçante va être importante pour comprendre l’aura de la « Gord ». La R12 sera une traction, plus lourde, plus pataude, moins joueuse et au palmarès moins fourni. On a surtout gardé à l’esprit son côté sportif de la R8 Gordini, en éclipsant le côté haut de gamme.
La dernière R8 Gordini a quitté les chaines de montage en mai 1970, tandis que la R8S est sortie du catalogue en 1971. Après en avoir écoulé 1 329 000 unités, Renault a mis fin à la production de sa Renault 8 en aout 1973. Par la même occasion, elle a fermé le chapitre du tout à l’arrière… ou presque !
Tableau Récapitulatif des Modèles Renault 8 Gordini
| Modèle | Type | Cylindrée | Puissance (DIN) | Années de Production |
|---|---|---|---|---|
| Renault 8 Gordini 1100 | R1134 | 1108 cm³ | 77,5 ch | 1964-1966 |
| Renault 8 Gordini 1300 | R1135 | 1255 cm³ | 88 ch | 1966-1970 |
Conseils pour l'Achat d'une Renault 8 Gordini
Alors acheter une Renault 8 Gordini, histoire sans problème ? Non bien entendu, car il faut éviter les pièges avant de se précipiter : tout d'abord, être certain d'acheter une vraie Gordini (!) et non une Renault 8 S maquillée, et acheter une auto complète car certains accessoires sont difficiles à trouver ou très chers. Le type constructeur et le N° de série (de 0500001 à 0502626 pour les R1134 et de 200000 à 214160 pour la R1135) sont frappés sur le plancher le long du rail du siège avant droit. On trouve en plus une plaque losange avec le N° de série et une plaque ovale avec le type constructeur (R1134 ou R1135) dans le coffre avant. Autre point à inspecter, comme sur toute ancienne, la corrosion.
La plupart du temps, les fausses Gordini s’annoncent comme telles. Dans tous les cas vous retrouverez très souvent de fausses Gordini avec des moteurs qui n’ont rien à voir. Certains ont greffé des Cléon de R5 Alpine, d’autres des Cléon plus ou moins bricolés. Les fausses Gordini s’embarrassent rarement de la culasse créée par le sorcier. Ensuite il faudra inspecter la caisse. Le type de l’auto (R1134 pour les 1100 et R1135 pour les 1300) ainsi que le numéro de série sont frappés sur le plancher, le long du rail du siège avant droit. Ensuite, on vous l’a dit, les renforts sont nombreux, sur les 1100 déjà, mais encore plus sur les 1300. Niveau carrosserie, la face avant à 4 phares n’est pas spécifique à la R8 Gordini puisque les S, apparues en 1969 en sont également équipées. Inspectez les phares intérieurs, s’ils sont d’origine, ils doivent comporter une languette et non des trous.
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