Elle fait partie de ces quelques voitures qui font rêver tous les passionnés d’automobile tant elles défient toutes les lois. Née d’une époque où tout était possible en automobile, elle est aussi et surtout la première de l’ère des hypercar, truffées de performances et d’innovations. Voici l’histoire de la McLaren F1. L’histoire de la McLaren F1 est remarquable.
L'Héritage de Bruce McLaren
Elle a été un tournant considérable au sein de la firme McLaren. Mais avant de vous détailler l’histoire de cette hypercar hors du commun, contextualisons un peu. Promis, on fera vite. Le fondateur de cette marque, c’est Bruce McLaren. Avant d’être le fondateur de la firme britannique, il était pilote. Bruce McLaren débute sa carrière de coureur à bord d’une voiture très opposée à la McLaren F1 : une Austin Seven Ulster. C’est au volant de cette petite voiture qu’il gagne son premier grand prix de F1 à seulement 22 ans.
Il était d’ailleurs le plus jeune pilote à n’avoir jamais gagné un Grand Prix à l’époque. En 1963, Bruce McLaren décide de créer sa propre écurie de course, avec comme pilote principal lui-même. Jusqu’à la fin des années 80, McLaren ne sera donc qu’une écurie de course et non un constructeur. Une McLaren de route, pourquoi-faire ? C’est donc à partir de 1989 que McLaren commence à produire des voitures de route. La première née de cette décision sera notre McLaren F1. Toutefois, l’histoire n’est pas aussi simple que ça.
Construire des voitures de route était déjà une volonté de Bruce McLaren, 26 ans plus tôt. Dans les années 60, aux débuts de la McLaren F1 Team, Bruce avait tenté d’homologuer une M6A pour courir en endurance, et surtout, au Mans. Les voitures d’endurance devaient évidemment être construites à partir de voitures homologuées pour la route. Ceci donna naissance à la M6 GT. Donc, techniquement, la McLaren F1 n’est pas la première voiture de route sous le blason McLaren, mais elle sera la première à aboutir et à être vendue sur le marché. Elle est l’aboutissement d’une pensée née plusieurs dizaine d’années avant.
La Collaboration entre Ron Dennis et Gordon Murray
L’idée de la F1 est issue de la collaboration entre deux hommes : Ron Dennis et Gordon Murray. A l’époque, Ron Dennis est à la tête de McLaren. En 1987, Gordon Murray passe les portes de l’entreprise après avoir quitté Brabham. Il convainc très vite Dennis de se lancer dans la conception de la meilleure voiture de sport de l’histoire. Rien que ça. Le projet de la McLaren F1 s’entame alors en 1989. Elle sera présentée pour la première fois en 1992 à Monaco devant très peu de privilégiés.
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Bien plus qu’une fiche technique, la McLaren F1 est une philosophie. Ce qu’il faut réaliser, c’est que Gordon Murray s’est vu donner la possibilité de construire une voiture de sport sans aucune restrictions, carte blanche et budget illimité pour construire la meilleure voiture possible. Pour cerner le personnage, je vais un peu vous parler de Gordon Murray. Cet ingénieur sud-africain n’en était pas à son coup d’essai lors de la conception de la McLaren F1. Les machines de course, ça lui connait. Dans les années 60, il conçoit et fait courir ses propres voitures sur les courses régionales britanniques avant d’être embauché chez Hawker-Siddeley, dans l’aérospatiale. Mais déjà à ce moment-là, Murray rêve de Formule 1.
Pari tenu, puisqu’il rentre chez Brabham, chez qui il fera des merveilles dans les années 70. Le premier chef d’œuvre de sa carrière c’est la Brabham BT46-B. Cette F1 dotée d’un immense ventilateur à l’arrière est collée au sol. Elle sera si efficace que le règlement va assez vite l’interdire. Gordon venait de créer la meilleure Formule 1 de l’histoire. Ensuite, il entre chez McLaren et participe aux meilleures années en F1 de l’écurie. Il créé notamment la McLaren MP4/4 de Alain Prost et Ayrton Senna, celle qui restera longtemps dans l’histoire pour avoir fait le quasi grand-chelem en 1988. Vous l’avez compris, lorsqu’il décide de construire la McLaren F1, on s’attends à un avion de chasse.
La Recherche du Moteur Parfait
Nous y sommes, la création de la toute première hypercar du marché automobile. Pendant un long moment au cours de la mise au point du modèle, le moteur n’est pas entré en jeu. Le design de la voiture a même été pensé sans que les ingénieurs ne connaissent ces dimensions, ce qui devenait compliqué. Pour Gordon Murray, le coeur de la McLaren F1 est cependant une préoccupation qui commence dès le début du projet. L’enjeu est grand. La meilleure voiture du monde doit avoir le meilleur moteur possible. Il devait développer 450ch minimum pour pouvoir concurrencer avec la F40 de Ferrari ou la 959 de Porsche qui se plaçaient dans ces eaux-là. Si vous pensiez que c’était aussi facile que ça, ôtez cette idée de votre tête. Pour la McLaren F1, il fallait tout, le beurre, l’argent du beurre et la crémière. Pour son moteur, c’était pareil ! Il fallait qu’il soit puissant, mais petit. On en reparlera plus tard mais la McLaren est plutôt légère pour sa catégorie, il était donc impensable de l’alourdir de trop avec le moteur.
Aux ateliers McLaren, tout le monde est d’accord sur un point : ce sera un V12, et il sera atmosphérique. La liste des constructeurs capables de réaliser un tel moteur est très courte puisqu’ils sont trois. Il y a Ferrari, Honda et BMW. Ferrari est immédiatement éliminé pour des raisons évidentes de concurrence. Murray se tourne alors vers Honda. C’est assez logique puisqu’à l’époque McLaren et Honda sont en partenariat pour la compétition. Toutefois, les négociations prennent une mauvaise tournure et les motoristes japonais ne sont pas à la hauteur des attentes de Gordon Murray. Pendant ce temps, Bugatti et Jaguar sortent des voitures dépassant les 500ch, alimentée par des turbos.
Le "Miracle du V12" et l'Intervention de BMW
Ce que j’appellerai le « miracle du V12 » se produira au Grand Prix de Hockenheim. Gordon Murray croise un vieil ami, Paul Rosche. Il n’est autre que l’ingénieur en chef chez BMW Motorsport. A l’époque, BMW travaillait sur un moteur V12 destiné à la M8. Ce dernier finit par proposer au britannique de réaliser le moteur de la McLaren F1. Si un jour on peut voyager dans le temps, j’essaierai d’assister à cette conversation. Comme la M8 ne sera jamais commercialisé, BMW cède l’exclusivité à McLaren. Toutefois l’affaire n’était pas encore gagné puisque Gordon Murray est très exigeant. On l’a dit, le beurre, l’argent du beurre… vous avez compris quoi. Les premières propositions de Rosche ne conviennent pas, car le moteur est trop gros. BMW Motorsport va donc refaire un nouveau moteur spécialement pour la McLaren F1. Voilà.
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La McLaren F1 sera donc équipée d’un V12 atmosphérique BMW. Ce 6.1L à 48 soupapes développe 610ch pour une cylindrée de 6064 cm³. C’est un V12, il est atmosphérique, il n’alourdit pas trop la voiture et développe plus de chevaux que ceux de la concurrence. Well done.
Innovations et Design
La F1, ce n’est pas seulement un moteur. C’est une voiture entière qui n’est autre qu’un laboratoire d’innovations. Le premier prototype de châssis et de carrosserie monocoque de la première McLaren F1, appelé à l’époque XP1 en interne, aura nécessité 6000 heures de travail. Autant vous dire que les hommes qui travaillent sur ce projet n’ont pas souvent vu leur famille à l’époque. Mécaniquement parlant, la McLaren F1 est équipée d’une boite de vitesse manuelle. Là encore, les sensations de conduite sont le plus important et l’emportent sur la performance pure. Ce qui n’empêchera pas la F1 d’être la voiture la plus rapide du monde à sa sortie, avant d’être battue par les Koenigsegg CCR et Bugatti Veyron. Elle atteignait alors les 391km/h. Elle est toujours la voiture à moteur atmosphérique la plus rapide jamais construite.
L’ensemble monocoque châssis-carrosserie de la voiture est intégralement en composite. La structure est composée de 94 éléments moulés, soit sous forme de sandwich carbone-Nida, soit en simples panneaux de fibres de carbone. La McLaren F1 est la première voiture de route à posséder un châssis et une carrosserie entièrement en carbone. C’est ce que lui vaut son héritage de la Formule 1. Le design de la carrosserie est d’ailleurs dessiné par Peter Stevens. Grâce à cela, elle ne pèsera que 1.142 kg. On vous laisse imaginer le rapport poids/puissance que cela représente avec 610ch sous le capot. Pour la petite comparaison, la dernière A110 fait 1.102 kg.
Le design de la McLaren F1 a lui aussi nécessité énormément de travail. Les études de souffleries ont d’ailleurs été décisives puisque c’est l’aérodynamisme qui était l’élément majeur de conception du dessin de cette voiture. Encore une fois, il fallait qu’elle soit la plus plaisante à conduire possible, pas forcément la plus belle. Plus de 1000 séances dans la soufflerie ont été effectuée pour la F1. C’est pourquoi cette dernière est efficace sans aucun artifice aérodynamique : elle ne possède pas d’aileron ou de lame par exemple. L’aspect le plus complexe à mettre en place était les trois places à l’intérieur. Il fallait que l’agrément de conduite ne soit pas impacté par cette disposition, ni que ça ne créé d’angles morts. Peter Stevens était souvent chargé de maitriser la parfaite balance entre style et fonction dans la conception de la F1. C’est souvent la problématique des designers, mais pour cette voiture là, la performance passe en premier.
McLaren F1 GTR : La Version Course
Une fois la McLaren F1 lancée, les commandes se font rares. Et pour cause, la belle se vend 1 million de $ neuve, ce qui ne motive pas spécialement les potentiels acheteurs. Avec la fin du Groupe C, l’endurance veut faire honneur aux voitures dérivées de GT de route. Forcément, la plus performante d’entre elles doit pouvoir briller et Ray Bellm, pilote expérimenté évoluant en BPR avec une Porsche demande le développement d’une voiture de course à McLaren. Ami avec Ron Dennis, il proposa de prendre en charge les modifications sur la McLaren F1 qu’il avait en commande ! Seulement le prix de 1 millions de livres était trop élevé. Si bien que Bellm dut faire le commercial et trouver d’autres teams qui pourraient supporter le développement. En fait, sur la liste des futurs propriétaires de la F1, il trouva son bonheur avec notamment Thomas Bscher et Lyndsay Owen-Jones, le PDG de Loréal et également pilote (il avait participé aux 24h du Mans 1994 avec Bscher).
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Murray se remet donc à sa table de dessin pour améliorer une voiture sensée être déjà parfaite… mais pour la route ! Cette fois, ses contraintes sont moindres et il parvient à alléger la voiture de 120kg en enlevant les pots catalytiques, en supprimant tout élément de confort mais en ajoutant de nombreux instruments nécessaires sur la droite du pilote. La suspension est également plus raide avec la suppression de caoutchoucs sur les suspensions. Au passage, une bride d’admission est fixée sur le moteur ce qui lui fait perdre 30ch. La nouvelle auto est appelée McLaren F1 GTR et elle ne roule pas encore que deux autres sont commandées.
Les trois premières, fabriquées avec des structures prévues pour des autos de route, sont prêtes pour l’ouverture de la saison du BPR et la voiture de Bellm (associé à Nielsen) remporte l’épreuve avant de récidiver au Paul Ricard. La McLaren F1 GTR est bien née, domine les F40 LM et autres Porsche GT2 mais ce ne sont que des courses de 4h ! Arrivent les 24h du Mans où ce sont finalement 7 McLaren F1 GTR qui vont prendre le départ. En fait cette 7e auto est à part. Elle a été construite avec le châssis du prototype original de la McLaren F1 et reste la propriété de McLaren… malgré la promesse que toutes les voitures recevraient le même soutien de l’usine.
Malgré le bon début de saison, la classique mancelle fait la part belle aux protos qui squattent les premières places des qualifications. La course se déroule en majorité sous une pluie battante et les protos perdent leur avantage face aux GTs. 5 McLaren F1 GTR vont se hisser tour à tour en tête de la course. La 59 remporte donc la course et la 51 (au couleurs Harrods) de Wallace et des Bell père et fils accroche la 3e place devant la 24 de Blundell Bellm et Sandro Sala et la 50 de Giroix, Deletraz et Grouillard. La 42 de Maury-Laribière, Sourd et Hervé Poulain termine 13e tandis que les deux autres ont abandonné. McLaren gagne donc les 24 heures du Mans dès sa première participation comme Ferrari en 1948 !
Grâce à ce titre, McLaren obtient la « triple crown » : une victoire en championnat de Formule 1, une victoire aux 500 miles d’Indianapolis et la victoire aux 24 heures du Mans. La F1 GTR fait partie des voitures qui ont marqué l’histoire de l’automobile et notamment la catégorie GT1 aux côtés des Porsche GT1 et autres monstres.
Les McLaren F1 GTR ont encore une saison à terminer. Bellm, associé à Sekiya et Sandro Sala, l’emporte aux 1000km de Suzuka tandis que Wallace et Grouillard gagnent à Silverstone, Nogaro et Zhuhai. Malgré un développement intensif à l’intersaison, tant sur l’aéro que sur le moteur, les Porsche GT1 et le proto TWR empêchent les McLaren F1 GTR de bien figurer aux 24h du Mans 1996 (4e, 5e et 6e malgré tout plus les 8e, 9e et 11e places).
La saison 1997 voit le remplacement du BPR par le nouveau championnat du monde FIA GT malgré l’arrivée de la McLaren F1 GTR « Longtail ». Les McLaren F1 GTR sont engagées par BMW Motorsport, remportent les 3 premières courses plus deux autres victoires mais les Mercedes CLK-GTR remportent toutes les autres et le titre. D’ailleurs, la CLK-GTR a été développée… avec un châssis McLaren ! On vous en parle ici. En 1998 Mercedes dominera encore une fois, encore plus largement avec sa CLK-LM et la McLaren est larguée en championnat mais décroche une 4e place au Mans avec O’Rourke (le Manger des Pinf Floyd), Tin Sundgen et Bill Auberlen.
McLaren F1 LM : Hommage au Mans
Pour fêter la victoire mancelle de 1995, on en remet une couche et McLaren propose la F1 LM, comme « Le Mans ». Cette version rend évidemment hommage à la victoire aux 24 heures. Elle sera produite à 5 exemplaires, en honneur aux 5 F1 qui ont passé la ligne d’arrivée en 1995. En réalité, il y en a 6, si on compte le châssis de la XPLM, destiné aux testes et conservé par McLaren.
La McLaren F1 LM perd à peu près 80kg, en ôtant notamment quelques équipements de route superflus, elle gagne aussi des chevaux et améliore ses performances. Elle reçoit notamment un nouvel ensemble boîte-différentiel et quelques modifications aérodynamiques. Celle-ci a un aileron ! Son moteur elle la version améliorée qu’abrite les GTR mais sans les restrictions de course.
Production et Rareté
Finalement, les 300 exemplaires initialement prévus par la firme ne seront jamais produits, son coût en est certainement la cause. Au total, 106 exemplaires de McLaren F1 seront construits si on compte les versions de course. Il y a eu 69 exemplaires de la version de route, 6 LM, 32 GTR et 3 GT. Actuellement, la plupart des exemplaires de McLaren F1 sont concentrés aux Etats-Unis et en Angleterre. Il est donc plutôt rare d’en croiser, surtout sur nos routes. Toutefois, on a pu en observer une très belle concentration à Paris lors de l‘édition 2022 de Rétromobile.
Caractéristiques Techniques de la McLaren F1
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Moteur | BMW S70/2 V12 atmosphérique |
| Cylindrée | 6.1 litres |
| Puissance | 627 ch (618 hp) à 7 500 tr/min |
| Couple | 651 Nm (480 lb-ft) à 4 000 tr/min |
| Poids | 1 138 kg (2 509 lbs) |
| Rapport poids/puissance | 1,87 kg/ch |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 6 rapports |
| Vitesse maximale | 391 km/h (243 mph) |
| 0-100 km/h | 3.2 secondes |
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