Troisième génération d'après-guerre, l'Opel Kadett C faisait ses débuts il y a un peu plus de 50 ans. A l'origine, on ne peut pas dire que le sport faisait partie de l'ADN de l'Opel Kadett. Conçue comme une voiture populaire, économique et fiable, elle débute sa carrière en 1937 sans faire de vague mais arrive rapidement la guerre qui met fin prématurément à sa production. Il faudra ensuite 22 ans à l'américain General Motors, propriétaire de la marque de Rüsselsheim depuis 1929, pour relancer la Kadett après l'arrêt du modèle original en mai 1940.
La nouvelle Kadett, rebaptisée plus tard Kadett A comme pour faire oublier la Kadett 1 d'avant-guerre, utilise les mêmes recettes de simplicité et de fiabilité qui vont définir pour longtemps la philosophie du modèle. Elle est remplacée par la Kadett « B » en juillet 1965, une deuxième génération qui va même commencer à s'initier au sport. En 1970, porté par la vague de la mondialisation, GM lance le développement du World Car "Project 1865". La remplaçante de la Kadett B doit devenir une voiture mondiale adaptée à différents marchés. Un modèle qui réunit les qualités de simplicité, de fiabilité et de coût pour répondre aux attentes d'un maximum d'automobilistes.
Et effectivement, jusqu'aux années 1980, Opel écoulera plus de 7 millions de Kadett C sur tous les continents à travers 14 marques et 40 désignations de modèles différentes ! Pour accompagner des ambitions commerciales sans précédent, Opel, comme beaucoup de constructeurs à cette époque, décide de miser sur le sport automobile. Grâce à une couverture médiatique planétaire via la télévision, le sport auto est en effet un formidable vecteur d'image et de publicité pour les marques qui investissent avec des équipes officielles à gros budget. Opel engage alors des pilotes de talent dont un jeune espoir allemand du nom de Walter Rörhl.
Voiture polyvalente, fiable et économique, l'Opel Kadett type C est fabriquée sous différentes formes de carrosserie, berline, break, coupé et même un original cabriolet dénommé "Aero". Elle jouit déjà d'une grande popularité en Europe et ailleurs mais l'arrivée d'un vrai modèle sportif (contrairement à la trop sage version "Rallye" qui la précède) va transcender cette réputation. Baptisé "Coupé GT/E", avec un E pour injection (plus exactement Einspritzung en Allemand !), il est basé sur la carrosserie deux portes et dévoilé en août 1975, un an avant une certaine Volkswagen Golf GTI. Mais il faudra tout de même attendre l'année 1976 pour pouvoir s'offrir la voiture de série car les premiers exemplaires ont été réservés à la compétition afin d'assurer la publicité du modèle.
Design et Apparence de la GT/E
Le design de la GT/E polarise et séduit les amateurs de sports mécaniques. L'usine n'a pourtant ajouté qu'un modeste spoiler avant, un becquet arrière et de petites jantes en alliage pour transformer son coupé populaire en "bête de course". Les pare-chocs, les poignées de portes, les prises d’air et les entourages de vitres reçoivent aussi un traitement noir mat à la place du chrome. Mais la GT/E se distingue surtout au premier coup d'oeil par ses peintures de guerre, une déco de carrosserie distinctive qui a pour but de marquer les esprits. La ceinture de caisse de la GT/E sépare ainsi le haut peint en jaune du bas peint en noir, ce qui en fait un bolide au caractère bien trempé qui ne passe pas inaperçu.
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Il convient à ce propos de distinguer les deux séries de GT/E. La première, en jaune et noir produite entre 1975 et 1977 et la seconde (GT/E "2"), en jaune et blanc, produite entre 1977 et 1979. A l’intérieur de la Kadett C GT/E, le tableau de bord tout de noir vêtu suit la même logique de simplicité relevée par quelques détails judicieusement choisis. La GT/E adopte ainsi un compte tours et un ensemble de manomètres rapporté sous la planche de bord avec la température d'eau, la pression d’huile et le niveau de carburant. L'intérieur est par ailleurs resté intégralement noir, avec son volant trois branches et de minces sièges sport en guise d'équipement sportif.
Pas de radio (mais elle pouvait se rajouter), presque pas d'isolation thermique ou acoustique et encore moins de clim ou de vitres électriques, la GT/E est une voiture de sport pure et dure !
Caractéristiques Techniques et Performances
La Kadett C est conçue sur une architecture simple mais efficace, encore très courante à l'époque, composée d'un moteur longitudinal à l'avant et de roues arrières motrices. Alors que les moteurs de la gamme Kadett C sont tous des petits quatre cylindres en ligne, de 1.0 à 1.6 litres, sous le capot, la Kadett GT/E va employer une recette à la base même du phénomène des GTI : mettre un gros moteur dans une petite caisse ! Ainsi, elle reçoit le bloc quatre cylindres en ligne General Motors de la famille CIH pour "cam-in-head engine", une configuration atypique à mi-chemin entre l'arbre à cames latéral et l'arbre à cames en tête. D'une cylindrée de 1.9 litres, il se caractérise par une course courte (69,8 mm pour 93 mm d'alésage) mais sa botte secrète est surtout l'adoption d'une injection électronique. Ce "type 19E" développe alors 105 chevaux, garants d'un sacré bond en performances !
Le Kadett GT/E proposait également une option redoutable (mais chère !) pour booster ses performances : une transmission manuelle à cinq vitesses ZF. La suspension et le châssis de la Kadett GT/E ont également été optimisés avec soin par les ingénieurs Opel pour offrir une meilleure tenue de route et un comportement plus sportif que le coupé standard. La GT/E reçoit notamment des barres stabilisatrices nettement plus épaisses et des amortisseurs à gaz Bilstein, réputés pour leur compromis excellent entre tenue de route et confort. Le montage de freins à disques plus grands à l'avant et de tambours renforcés à l'arrière garantissait une puissance de freinage adaptée aux performances accrues de la voiture. Et ce sera le cas, puisque quelques grands noms du rallye vont faire leurs classes dans les épreuves régionales, nationales et mêmes internationales grâce à cette école de la glisse qui se pilote à l'ancienne, souvent en travers et par les portières !
A l'image de notre R8 Gordini nationale, la Kadett GT/E devient rapidement une icône sportive pour toute une génération et ses exploits, en dépit d'une mécanique modeste, vont en faire un modèle très populaire en Allemagne.
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Evolution et Restylage de la GT/E
En septembre 1977, pour le millésime 78, l'Opel Kadett GT/E s'offre une légère remise à niveau et un petit relooking visant à soutenir les ventes. A nouveau, Francfort est le salon où la nouvelle GT/E se dévoile au public. Comme précédemment, Opel ne prévoit initialement qu'une série de 1 000 exemplaires de sa sportive à des fins d'homologation mais le succès est tel que d'autres exemplaires suivront rapidement. La Kadett GT/E "série 2" se distingue facilement de la première à sa face avant restylée avec des ailes modifiées et des phares plus grands qui englobent maintenant les clignotants précédemment placés dans le pare-choc. Le logo Opel, chromé et agrandi, intègre le centre de la calandre. Opel fournit désormais en série la boîte courte ZF à cinq rapports et un différentiel autobloquant à 40 %.
Mais le changement le plus important est sous le capot avec l'introduction du moteur 1979 cm3 CIH ou type "20EH". Au lieu des poussoirs hydrauliques faciles d'entretien du moteur standard de deux litres, des poussoirs mécaniques sont utilisés qui, associés à des ressorts de soupape plus durs, permettent des régimes plus élevés. Avec son injection Bosch L-Jetronic, la puissance du 2.0 20EH grimpe à 115 chevaux à 5600 tours/mn et permet à la GT/E de 1978 d'atteindre 190 kilomètres à l'heure. Ainsi, la Kadett GT/E est presque 10 km/h plus rapide que ses concurrentes de Wolfsburg ou de Cologne - la VW Golf GTI et la Ford Escort RS.
Par ailleurs, il est important de souligner que l'entreprise de Rüsselsheim a pris en compte comme jamais auparavant les intérêts des pilotes de rallye. Walter Bresse, du développement sportif spécial d'Opel, indiquait ainsi qu'Opel avait "tout renforcé dans la Kadett GT/E, depuis les triangles jusqu'au tube de barre d'attelage de l'essieu arrière qui, selon notre expérience précédente en rallye, s'est cassé". Enfin, les 1000 premiers modèles produits reçurent des roues spéciales de 13" en alliage forgé de magnésium chaussées en 175 / 70 HR 13.
La Kadett Rallye
En septembre 1977, la Kadett Rallye fait son grand retour au catalogue de la Kadett C. Cette finition née sur la Kadett B est taillée pour le sport à prix d'ami. Sur la Kadett C, elle est proposée simultanément avec deux motorisations : un petit 1.6S à carburateur développant modestement 75 ch et le 2.0E injection de la GT/E, légèrement dégonflé avec un arbre à cames et un débitmètre différents qui ramènent la puissance à 110 ch à 5400 tr/mn. La Kadett Rallye 2.0E dispose aussi de la boîte 5 vitesses.
Esthétiquement, la finition "Rallye" comprend un bandeau noir avec lettrage "Opel Rallye" sur les flancs, le spoiler avant et le becquet de la GT/E ainsi que des poignées de porte et des pare-chocs noirs. Les roues en alliage Fuchs étaient disponibles en option. A l'intérieur, le pilote bénéficie d'un tachymètre, d'un volant sport à trois branches et de l'instrumentation complémentaire pour la température du liquide de refroidissement, la pression d'huile et la jauge à carburant. Outre le moteur, la Kadett C Rallye se distingue de la GT/E par un amortissement plus simple puisqu'elle ne dispose pas de l'abaissement de 20 mm.
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En performances pures, la Rallye 2.0E reste extrêmement proche de la GT/E et c'est ce qui fait tout son intérêt car sa production n'est pas limitée. Testées en 1978 par le célèbre magazine allemand Auto Motor und Sport lors d'un comparatif, les Kadett Rallye 2.0E et GT/E n'affichaient qu'une faible différence de performances en accélération (0 à 100 km/h en 10"1 pour la Rallye 2.0E) et une vitesse de pointe de 190 km/h légèrement plus favorable à la Rallye 2.0E grâce à un étagement un peu plus long.
L'Opel Kadett GT/E en Rallye
L'Opel Kadett GT/E (type "c") avec le moteur 1 900 cm3 d'abord et ensuite le 2 000 cm3, fut l'une des voitures de rallyes les plus populaires du milieu des années 1970 à celui des années 1980. Dès 1970, un certain Jean Ragnotti avait pu faire ses classes au Monte-Carlo avec une Opel Kadett Rallye en remportant le Groupe 1. Rapidement adoptée par les pilotes de rallyes, la GT/E se verra quant à elle déclinée jusqu'en version Groupe 4, une bête de rallye disposant de 16 soupapes et de 230 chevaux. L'équipe Opel Euro Handler notamment obtiendra de bons résultats avec la Kadett GT/E dans les championnats mondiaux de rallye (groupe 1) avec une troisième place en 1977 comme point fort.
Les pilotes les plus célèbres ayant oeuvré à son volant sont Walter Rôhrl, Anders Kullang, Bror Danielsson et Manuel Queirs Pereira. Les trois derniers ont atteint le podium en quelques courses avec la GT/E. En 1976, Walter Röhrl et Jochen Berger, le premier copilote professionnel d’Allemagne, remportaient une quatrième place sensationnelle au Rallye de Monte-Carlo, Opel s’arrogeant la deuxième place au classement général des marques.
Héritage et Valeur Actuelle
Marginale sur les 1,7 million d'exemplaires d'Opel Kadett C produits, la GT/E a pourtant marqué fortement les esprits de toute une génération d'amateurs de voitures compactes sportives. Appréciée pour son équilibre entre performances, coût et praticité, la Kadett GT/E a été produite dans sa première série à plus de 8800 exemplaires malgré un prix supérieur d'environ 30 % à une Kadett coupé 1.2 S. La deuxième série de GT/E a quant à elle atteint plus modestement 2234 exemplaires du fait d'une commercialisation moins longue mais il faut rappeler que pour chaque série, Opel n'envisageait produire que les 1000 exemplaires requis pour l'homologation !
Aujourd'hui, ce sont très logiquement les 1000 premiers exemplaires de Kadett GT/E 2 qui sont les plus recherchés, d'une part pour leur rareté, d'autre part car elles constituent la version la plus aboutie et la plus performante du modèle. Quoi qu'il en soit, il est de toute façon difficile de trouver une belle GT/E originale. Tout d'abord, car la conservation des Kadett C pose des défis en raison de sa sensibilité à la rouille mais aussi en raison du coût élevé des pièces spécifiques à la GT/E, comme les roues Fuchs et les boîtes de vitesses ZF. De ce fait, une remise en état complète devient très coûteuse.
Revers de sa popularité, la Kadett GT/E est souvent tombée entre les mains de sportifs amateurs qui ne l'ont pas épargnée, réduisant d'autant plus vite le nombre d'exemplaires survivants à ce jour... malgré l'apparition de nombreuses répliques. Pour toutes ces raisons, les Opel Kadett GT/E authentiques proposées à la vente ne sont plus bon marché avec une cote qui varie souvent entre 30 et 40 000 euros. Pour profiter de la dernière compacte propulsion Opel dans les rallyes historiques et VHC il faudra casser sa tirelire...
Chronologie des Événements Clés
- 1974 : En réponse à la crise mondiale du pétrole, Opel ajoute une motorisation 1,0 litre de 40 ch à la gamme Kadett C.
- 1975 : Opel démontre que la Kadett C peut également être sportive. La Kadett GT/E est dévoilée au salon IAA de Francfort avec un moteur de 1,9 litre équipé du système d’injection électronique L‑Jetronic signé Bosch, développant 105 ch.
- 1976 : Commercialisation du coupé GT/E. Walter Röhrl et Rauno Aaltonen rencontrent le succès au Rallye de Monte-Carlo et au Rallye du Portugal à bord d’une GT/E de 225 ch.
- 1977 : Restylage de la Kadett C, le coupé GT/E gagne en cylindrée avec le nouveau moteur 2.0 EH 115 ch. La face avant est remodelée. En septembre, la finition "Rallye" fait son grand retour.
- 1979 : Fin de production pour la Kadett C.
Tableau Récapitulatif des Modèles Sportifs Kadett C
| Modèle | Moteur | Puissance | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Kadett GT/E (1975-1977) | 1.9L CIH Injection | 105 ch | Peinture jaune/noir, suspension sport |
| Kadett GT/E "2" (1977-1979) | 2.0L CIH Injection | 115 ch | Face avant restylée, peinture jaune/blanc |
| Kadett Rallye 2.0E (1977-1979) | 2.0L CIH Injection | 110 ch | bandeau noir avec lettrage "Opel Rallye" sur les flancs, le spoiler avant et le becquet de la GT/E , roues en alliage Fuchs en option |
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