L'Opel Manta est la réponse directe de Général Motors à Ford à la suite de la commercialisation de la Capri. Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, Opel décide de commercialiser un coupé plus abordable, un projet qui va être rapidement motivé pour apporter une réponse au groupe Ford qui avait lancé la Capri en 1970, sorte de Mustang à l’européenne qui arrive sur le marché à l’heure où les coupés sont en vogue.
Plus qu’un véritable coupé Ascona (qui connait par ailleurs une version deux portes), la Manta se veut être un modèle à part entière afin de participer à cette guerre du coupé en Europe. Plus d’un an après le lancement de la Capri, Opel est prêt : la Manta fait sa présentation à la presse au cours du mois de Septembre 1970. L’Opel Manta s’insère donc sur le créneau des « pony-car » à l’européenne et répondait à une véritable demande en Europe.
Indéniablement, les années 1960 puis 1970 ont constitué une forme d’âge d’or pour les coupés populaires et, à cette époque, rares furent les constructeurs généralistes à négliger ce segment de marché. De la sorte, Fiat, Peugeot, Ford ou Opel y ont tenté leur chance, souvent avec succès, car il existait alors une clientèle friande de différenciation et de style, non pas en circulant au volant d’automobiles prestigieuses, mais en jouant sur une certaine exclusivité, sans que celle-ci corresponde à des tarifs inaccessibles au tout-venant.
Basés sur des modèles de très grande diffusion et animés par des mécaniques souvent mièvres, ces coupés ont, le plus souvent, fait primer le plumage sur le ramage, ce qui ne les a pas empêchés de fort bien se vendre. Ainsi en a-t-il été de la première Opel Manta, diffusée à près de 500 000 exemplaires en moins de cinq années d’existence !
Design et Inspiration
On ressent l'influence des bureaux d'étude américains, avec des lignes très inspirées des Muscle-Car américains comme la Corvette C3. On retrouve également les lignes de l'Opel 1900 GT et ses quatre feux ronds à l'arrière eux mêmes inspirés de la Chevrolet Corvette, ce qui lui donne aussi des faux-airs de Ferrari. La partie arrière fut conservée et on demanda à Georges Gallion de construire une voiture avec un nez plus long pour la hausser en terme de gamme et lui donner une image propre.
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La Manta allie le côté sportif avec une ligne racée avec l’habitacle d’une berline, car une petite famille peut prendre place à son bord, la Manta s’offrait aux jeunes pères de famille qui souhaitaient conserver une voiture atypique. La carrosserie de la voiture est réussie, la presse est unanime sur ce point.
Caractéristiques Techniques
La base est celle d'une Ascona A. Bien que propulseur, le train arrière est à roues indépendantes grâce à l'utilisation d'un pont à cardan central, ce qui gage d'un confort certain. De fait, sa tenue de route était remarquable.
Dérivé de l’Ascona, les premières Opel Manta déçoivent un peu niveau mécanique, puisque la version de base est proposée avec un quatre cylindres de 1,6 litres de 68Cv, complétée par la Manta S et son 1,6 litres de 80Cv. Une Manta SR avec un moteur de 1,9 litres arrive toutefois à tirer son épingle du jeu avec une puissance de 90Cv, une version reconnaissable à son capot noir mat.
Les deux moteurs d'origine sont de 1,6l et 1,9l de 75 et 90 chevaux. S'ils font illusion jusqu'en 3è, le passage de la 4è est fatal, laissant apparaître un trou béant dans l'accélération. Même si la vitesse de pointe est d'environ 170 km/h et 175 km/h, elle est surclassée par la Capri dont les V6 offrent une cavalerie bien plus nombreuse.
Venant coiffer le haut de la gamme Manta, la 1900 emprunte son moteur à l'Ascona. Avec 90 ch pour 950 kg, le petit coupé se montre très alerte sur les trois premiers rapports. La longueur de la 4è très surmultipliée provoque alors un trou à l'accélération et il faut alors attendre que la vitesse de pointe grimpe doucement jusqu'aux 170 km/h annoncés.
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La tenue de route est correcte avec un pont à cardans à l'arrière qui permet d'éviter la rudesse et le manque d'adaptation du train à la route des essieux rigides. Mais la version ultime, avant l'arrivée de la 1900 GT/E de 105 ch, c'est la Berlinetta en janvier 1973 (notre modèle). Une version très richement dôtée avec son toit en vinyle.
Mais sous ses airs de sportive, la Manta ne donne pas le change. Quant à la Manta 1200 qui sort en 1972, il la transforme en véritable veau. Les 60 chevaux hérités de la Kadett, ne sont pas à la hauteur de l'allure sportive de la Manta.
Il faut attendre 1974 pour voir arriver une version injection du 1900 dans la Manta GT/E. Cette première Opel à injection électronique peut s‘exprimer librement dans la catégorie des sportives, des décorations noir mat confèrent à la carrosserie une agressivité supplémentaire.
Évolution et Fin de Production
Avant, la gamme Manta A voit la puissance de ses modèles baisser : la Manta 1,6 passe de 68 à 60Cv, la 1,6S développe désormais 75Cv au lieu de 80, et la Manta SR perd deux chevaux pour afficher un 88Cv.
En 1975, la puissance du moteur 1900 est réduite à 88 ch en janvier. Opel remplace en septembre la Manta A par la Manta B après presque 500 000 exemplaires vendus.
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Peu de temps après, la Manta A s’efface après cinq années de carrière, et 498.553 exemplaires commercialisés ! Une très belle réussite pour un coupé, dont certains exemplaires se sont même écoulés jusqu’aux Etats-Unis, ce qui est assez rare pour être souligné.
Performances
- 1000 m D.A. : 33,7 s
- Capacité du réservoir : 45 litres
- Poids : 970 kg
Prix et Positionnement
Comme on pouvait s’y attendre, le modèle est adroitement positionné face à la Capri, sa concurrente de référence. En 1971, il faut ainsi débourser 15 100 francs (environ 18 000 euros de 2023) pour rouler en Manta 1900 S, versus 16 715 francs pour une Capri 2000 GT XLR, 28 000 francs pour une Peugeot 504 coupé, 20 900 francs pour une Alfa Romeo GT 1300 Junior ou 17 600 francs pour une Renault 15 TS.
En revanche, Opel prive délibérément son coupé de tout moteur six-cylindres, alors que la Capri dispose de moteurs V6, certes peu sophistiqués mais disponibles en plusieurs niveaux de puissance.
Les Chevaux de Peu
Somme toute, la Manta A n’aura pas vécu longtemps (sa remplaçante sera présentée dès l’automne de 1975), mais ses quelques millésimes d’existence lui permettront tout de même de profiter de plusieurs développements, vers le bas avec une variante animée - si l’on peut dire - par l’antédiluvien 1200 cm3 à arbre à cames latéral de la Kadett, dont les 60 chevaux ne risquent pas de mettre votre permis en danger, et vers le haut avec la GT/E, version autrement plus ambitieuse et nantie d’une injection Bosch L-Jetronic.
Forte de 105 ch, c’est bien sûr la Manta A la plus désirable et la plus convoitée par les collectionneurs (sur le marché allemand, il n’est pas rare de voir des exemplaires se vendre au-dessus des 20 000 euros). Ses performances sont en net progrès par rapport à la 1,9 litre à carburateur, et Opel le fait tapageusement savoir par le truchement d’une décoration propre à éveiller les soupçons de la maréchaussée : capot noir mat, spoiler avant, projecteurs additionnels, pneus de 185 et logos « GT/E » répartis un peu partout donnent le ton mais, au volant de cet engin, il vous faudra du métier pour franchir la frontière qui sépare la conduite du pilotage.
Si vous êtes d’humeur bienveillante, vous pourrez toujours considérer que l’auto constitue un excellent outil pour l’apprentissage du contrebraquage… Vous l’aurez compris, la Manta aura davantage marqué l’histoire de son constructeur par son design que par ses performances ou ses qualités routières.
À tel point, d’ailleurs, que la firme (tombée dans l’escarcelle de Stellantis, ce qui signifie que le pire est à craindre pour son avenir) s’est basée sur la Manta A pour développer, en 2021, un improbable restomod tristement électrifié, inaugurant au passage le style « Vizor » adopté ensuite par l’ensemble de la gamme.
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