L'action Tesla a connu une ascension fulgurante en bourse, dépassant la valorisation cumulée des géants américains de l'automobile. Cette performance exceptionnelle soulève des questions sur l'avenir de l'industrie automobile et les stratégies possibles de Tesla, y compris un potentiel rachat de constructeurs établis comme Ford.

L'ascension boursière de Tesla

L'action Tesla a bondi de près de 20% en une seule journée, la plus forte hausse journalière depuis mai 2013. Cette envolée a été déclenchée par l'annonce de Panasonic concernant la bonne santé de son usine commune avec Tesla, où le groupe japonais fabrique des batteries lithium-ion pour automobiles.

Alors que le titre du constructeur de véhicules avait atteint un nouveau sommet historique à 498 dollars, valorisant le groupe près de 90 milliards de dollars, celui-ci a poursuivi sa route vers de nouveaux sommets depuis lors. L'action de Tesla a ainsi poursuivi sa marche avec une flambée de près de 20% (+19,89%) pour atteindre un record à 780 dollars à la clôture, ce qui porte sa capitalisation boursière à 140 milliards de dollars.

À titre de comparaison, la valorisation cumulée du "Big Three" de l'automobile américaine (General Motors, Ford et Fiat Chrysler) atteint "seulement" 109,3 milliards de dollars. Seul Toyota dispose encore d'une plus grande capitalisation boursière (198 milliards de dollars) dans l'industrie automobile.

Le bond enregistré par Tesla a gonflé sa valorisation boursière de 23,3 milliards de dollars, ce qui représente 76% de la valorisation combinée des deux constructeurs tricolores (10,4 milliards d'euros pour Renault et 17,2 milliards pour PSA).

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Les raisons de l'optimisme des analystes

Tesla a notamment profité de la bonne santé de son usine commune avec Panasonic. La Gigafactory basée dans le Nevada a été rentable pour la première fois au quatrième trimestre 2019, a en effet annoncé Panasonic.

Vendredi, la directrice du cabinet de conseil en investissement ARK Invest Catherine Wood a déclaré lors d'une interview à l'agence Bloomberg que l'action de Tesla était "incroyablement sous-évaluée". Pour rappel, lorsque Elon Musk avait publiquement envisagé un retrait de la cote et un rachat des titres Tesla à 420 dollar pièce en août dernier, Catherine Wood considérait déjà que "Tesla devrait être évalué entre 700 et 4.000 dollars (par action, NDLR) dans cinq ans" et ajoutait que "privatiser Tesla à 420 dollars par titre reviendrait à grandement sous-estimer" le potentiel du groupe.

Ceux qui trouvaient la prévision de l'analyste audacieuse n'avaient toutefois encore rien vu puisque ARK a publié une mise à jour de son modèle d'évaluation de Tesla samedi et le cabinet d'investissement s'attend désormais à ce que le titre se négocie entre 7.000 dollars (scénario de base) et 15.000 dollars (dans un marché haussier) à horizon 2024.

Ce qui rend l'équipe d'investissement si optimiste, c'est qu'elle se base sur trois grandes variables lors de l'analyse du modèle économique de Tesla, à savoir les marges brutes, l'efficacité du capital et l'adoption de la conduite autonome. ARK est confiant quant à la capacité de Tesla à réduire ses coûts et à augmenter ses marges, attribuant une probabilité de 80% que l'entreprise atteigne 40% de marge, "en accord avec une marque dominante qui est un cycle d'innovation en avance sur les concurrents banalisés".

Les analystes sont en revanche moins confiants quant à l'adoption de technologies autonomes, estimant à 70% de chances la probabilité que Tesla ne parvienne pas à créer une voiture totalement autonome. Quant à l'efficacité du capital, ou au coût de fabrication des voitures, l'équipe est divisée, disant qu'il est tout aussi probable que Tesla puisse construire des usines dans lesquelles il produira des voitures pour 11.000 dollars par unité, que pour 16.000 dollars. Pour mettre les choses en perspective, la moyenne de l'industrie automobile à essence est actuellement de 14.000 dollars, indique ARK.

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"Le véhicule électrique va tomber en dessous du prix d'un véhicule à essence équivalent dans les 18-24 mois à venir, puis il continuera à baisser", prédit ainsi Catherine Wood dans une interview accordée à Barron's Market Brief. "Donc, ce sera une évidence.

Tesla face à Ford : un potentiel rachat ?

La capitalisation boursière de Tesla a dépassé celle de nombreux constructeurs automobiles traditionnels, y compris Ford. Cette situation soulève des questions sur les stratégies possibles de Tesla, y compris un potentiel rachat de Ford.

Bien qu'un rachat de Ford par Tesla puisse sembler improbable à première vue, il est important de considérer les avantages potentiels d'une telle opération. Tesla pourrait bénéficier de l'infrastructure de production et du réseau de distribution de Ford, tandis que Ford pourrait bénéficier de la technologie et de l'expertise de Tesla dans le domaine des véhicules électriques.

Cependant, un tel rachat serait également confronté à des défis importants. Les cultures d'entreprise de Tesla et de Ford sont très différentes, et il pourrait être difficile d'intégrer les deux entreprises. De plus, un rachat de Ford par Tesla soulèverait des questions antitrust et pourrait être bloqué par les autorités réglementaires.

Les défis et perspectives de Tesla

Tesla n’est plus tout à fait l’entreprise futuriste qu’elle était, centrée sur l’intelligence artificielle et la robotique. Le titre évolue dans un canal horizontal depuis mi-2023, avec des oscillations importantes entre support et résistance, reflétant l'incertitude des investisseurs quant aux perspectives de croissance et à la capacité de l'entreprise à concrétiser ses ambitions au-delà de l'automobile.

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Tesla fait face à une concurrence croissante sur plusieurs fronts, notamment de la part des constructeurs traditionnels et des nouveaux entrants chinois. L'entreprise doit également surmonter des défis techniques et réglementaires pour réaliser ses ambitions en matière de conduite autonome.

Malgré ces défis, Tesla conserve plusieurs avantages concurrentiels significatifs, notamment son intégration verticale, son avance technologique et sa marque forte. L'entreprise est bien positionnée pour profiter de la croissance du marché des véhicules électriques et de l'adoption de nouvelles technologies comme la conduite autonome et la robotique.

Les nouveaux secteurs en développement sont :

  • Optimus : Robot humanoïde pour les tâches générales.
  • Dojo : Superordinateur spécialisé pour l'entraînement IA.
  • Intelligence artificielle et réseaux de neurones.
  • Xai : Intelligence artificielle générale (développée par une entité séparée fondée par Musk).

Tesla maintient plusieurs avantages concurrentiels significatifs :

  • Intégration verticale : Maîtrise de l'ensemble de la chaîne de valeur, de la conception des batteries à la distribution.
  • Avancée technologique : Supériorité en matière d'efficience électrique, d'autonomie et de logiciels embarqués.
  • Infrastructure de recharge : Réseau mondial de Superchargeurs, progressivement ouvert aux autres marques.
  • Économies d'échelle : Volume de production permettant des coûts plus bas que la concurrence.
  • Marque et loyauté : Base de clients extrêmement fidèles et enthousiaste, NPS (Net Promoter Score) parmi les plus élevés toutes industries confondues.
  • Données IA : Plus de 5 millions de véhicules collectant des données pour améliorer les capacités autonomes.

L'entreprise fait face à une concurrence croissante sur plusieurs fronts :

  • Constructeurs traditionnels : Volkswagen Group, GM, Ford, Toyota, Hyundai/Kia.
  • Nouveaux entrants chinois : BYD, NIO, Li Auto, XPeng.
  • Acteurs technologiques : Apple (projet de véhicule), Waymo (Google/Alphabet pour l'autonomie).

Les opportunités de croissance sont :

  • Autonomie et robotaxis : Le marché potentiel de la mobilité autonome est estimé à plus de 1000 milliards USD d'ici 2030. Si Tesla parvient à déployer une flotte de robotaxis fonctionnels, cela pourrait transformer radicalement son modèle économique.
  • Véhicules compacts : L'expansion vers des segments de prix inférieurs pourrait augmenter significativement les volumes, particulièrement dans les marchés émergents.
  • Stockage d'énergie : La division énergie de Tesla connaît une croissance rapide (+65% en 2024) et pourrait représenter 20-25% du chiffre d'affaires d'ici 2028.
  • Robotique : Optimus pourrait ouvrir un marché entièrement nouveau estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars pour l'automatisation industrielle et domestique.
  • Services et logiciels : L'augmentation de la base installée de véhicules crée des opportunités de revenus récurrents via les abonnements, mises à jour et services connectés.

Les risques potentiels sont :

  • Intensification de la concurrence : Pression croissante des constructeurs traditionnels et chinois, avec compression des marges et parts de marché.
  • Exécution technique : Historique de retards dans la commercialisation des nouvelles technologies (FSD, Cybertruck, Semi).
  • Dépendance à Elon Musk : "Risque homme-clé" significatif, accentué par l'implication de Musk dans de multiples autres entreprises.
  • Pressions réglementaires : Scrutin accru des régulateurs concernant les allégations sur l'autonomie et la sécurité des véhicules.
  • Cycle économique : Sensibilité aux taux d'intérêt et aux conditions macroéconomiques affectant les ventes de véhicules.

Les forces relatives de Tesla sont :

  • Disruption et innovation : Vision la plus ambitieuse et disruptive des Mag 7.
  • Intégration verticale : Maîtrise de la chaîne de valeur supérieure aux autres constructeurs.
  • Croissance potentielle : Possibilité de transformer multiples industries (auto, énergie, robotique).
  • Culture d'entreprise : Capacité à attirer les meilleurs talents en ingénierie.
  • Marque iconique : Loyauté client et puissance marketing inégalées dans le secteur.

Les faiblesses relatives sont :

  • Valorisation : P/E le plus élevé des Mag 7 après Nvidia.
  • Gouvernance : Risques liés à la concentration du pouvoir et au "risque homme-clé".
  • Volatilité : Fluctuations de cours bien supérieures aux autres Mag 7.
  • Exécution : Historique de retards et promesses non tenues.
  • Concurrence : Face à une concurrence plus directe et intense que les autres membres.

L'importance des Master Plan d'Elon Musk

Près de 20 ans après son lancement, Tesla vend aujourd’hui plus d’un million de voitures électriques par an dans le monde, influence le goût des consommateurs et massifie le véhicule électrique. Mais dès 2006, Elon Musk avait tracé le sillon dans un premier master plan (« plan directeur », en français, ndlr.).

Concrètement, il s’agit de deux billets de blog écrits par Elon Musk sur le site de Tesla. Le premier a été publié en août 2006 et le deuxième en juillet 2016. Dans ces textes, il affirme ses convictions quant à l’avenir de la mobilité, définit la raison d’être de Tesla et explique la stratégie qu’il entend déployer.

Ces documents témoignent à la fois de clarté de la vision du dirigeant, mais aussi des limites qu’a rencontré la marque depuis une quinzaine d’années. Un troisième master plan devrait être présenté prochainement.

Conclusion

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