Le premier constructeur automobile français, PSA Peugeot Citroën, a provoqué un choc en annonçant la fin de la production en 2014 à l'usine d'Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, où travaillent plus de 3 000 salariés, et un plan global de 8 000 suppressions de postes en France.

Un Coup de Tonnerre dans l'Industrie Automobile

Cette décision représente un véritable coup de tonnerre dans l'industrie automobile hexagonale, où la dernière fermeture de site - Renault Billancourt - remonte à vingt ans. La fin de la production de voitures à Aulnay est la première fermeture d'une usine automobile en France depuis celle de Renault à Boulogne-Billancourt, en 1992.

Les Chiffres Clés de la Restructuration

En plus des 3 000 emplois que représente actuellement l'usine d'Aulnay, PSA compte supprimer 3 600 emplois de structure - administration, recherche et développement et commerce - par départs volontaires, et 1 400 emplois dans son usine de Rennes. Sur ces 8 000 suppressions de postes, le constructeur prévoit 6 500 départs nets, a indiqué son directeur industriel, Denis Martin.

Le constructeur automobile avance le chiffre de 1 500 reclassements, "essentiellement à Poissy". "Un nombre comparable de salariés se verrait proposer des postes dans le bassin d'emploi d'Aulnay grâce aux actions de reclassement externe", promet le groupe. Il évoque aussi un "redéploiement des effectifs" dans l'usine de Rennes, sans donner de chiffres précis.

Les Difficultés Financières de PSA

Le groupe PSA Peugeot Citroën a toutefois annoncé qu'il avait enregistré une perte nette au premier semestre, plombé par les mauvaises performances de sa division automobile. Le constructeur français s'attend à une perte opérationnelle courante de l'ordre de 700 millions d'euros pour sa branche automobile, à cause d'une dégradation de la conjoncture selon lui. Il table à présent sur une baisse du marché européen de 8 % cette année, et de 10 % en ce qui le concerne.

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Le premier constructeur automobile français souffre depuis l'été dernier d'une chute de ses ventes en Europe, notamment du Sud. Les ventes européennes de PSA ont chuté de 15,2 % au premier semestre, alimentant un désaveu en Bourse qui se traduit depuis le début de l'année par une chute de plus d'un tiers du titre, après un recul de près de 60 % déjà en 2011. La capitalisation boursière du deuxième constructeur automobile européen (quelque 2,5 milliards d'euros) a ainsi fondu comme neige au soleil.

Pour réduire sa dépendance vis-à-vis d'un marché européen atone, où il réalise encore 61 % de ses ventes, le groupe se développe à marche forcée à l'international, notamment en Chine et en Russie. Mais les difficultés financières de PSA menaçant également cette stratégie, le groupe a été contraint en février de s'allier à l'américain General Motors, ce qui constitue la première entorse au principe d'indépendance que la famille fondatrice a toujours jalousement défendu.

L'Histoire de l'Usine d'Aulnay

Citroën s’est installé en Seine-Saint-Denis en 1973, après la délocalisation des usines du quai de Javel, dans l’ouest de Paris. Le nouveau site est réputé pour sa modernité, avec ses 168 hectares bordés des grands axes de transports, ses espaces verts et ses ateliers lumineux.

C’est aussi l’ »une des premières usines où les caisses de voiture pivotent pour que les ouvriers puissent travailler à hauteur d’homme », souligne Jean-Louis Loubet, professeur d’histoire contemporaine à l’université Evry-Val d’Essonne et auteur de « La maison Peugeot ».

Recrutement et Conditions de Travail

PSA-Aulnay naît sous les auspices du choc pétrolier de 1973 et la fin des Trente Glorieuses. Les lignes de production sont gourmandes en main d’oeuvre. Des émissaires de Citroën recrutent dans un premier temps des travailleurs à l’étranger, notamment au Maroc. A leur arrivée en France, ils logent dans des foyers de travailleurs ou les tours de la toute nouvelle Cité des 3.000.

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Le Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE)

PSA voulait faire à travers ce PSE la démonstration d'un « dialogue social exemplaire », pour reprendre les mots de son ancien PDG Philippe Varin. « Le groupe a pris l'engagement de proposer à chaque salarié une solution d'emploi, pas de licenciement sec », expliquait-il au lendemain de l'annonce de la fermeture du site. Sur les 250 millions d'euros consacrés au dossier, environ 110 millions ont été dépensés en indemnités de départ et en aides au reclassement (une dizaine de millions d'euros).

Deux ans plus tard, le bilan du PSE se résume en trois chiffres :

  • 1.100 mobilités internes (dont 600 à l'usine de Poissy, en région parisienne)
  • 600 congés seniors, départs à la retraite et autres congés de reclassement
  • plus de 1.200 mobilités externes

Un résultat a priori satisfaisant, mais qui est pourtant vivement contesté par les syndicats. Selon eux, l'espoir d'un emploi stable pour chacun des ex-salariés d'Aulnay a été déçu.

Les Contestations Syndicales

Tanja Sussest, secrétaire du comité d'entreprise de l'usine et responsable du syndicat « participatif » SIA (Syndicat indépendant de l'automobile, 44 % des voix), majoritaire à Aulnay, estime qu' « au moins 500 de ses anciens collègues se retrouveront sans emploi à la fin du premier trimestre 2015 ». Pour elle, l'engagement de Philippe Varin d'éviter tout licenciement sec ne sera pas tenu.

Le syndicaliste de SUD dénonce en particulier l'accord de fin de conflit signé par la CGT (deuxième syndicat avec 27 % des voix) le 16 mai 2013. Cet accord, qui a mis un terme à une grève de quatre mois, très minoritaire (de 300 à 400 salariés grévistes en moyenne), a ajouté une prime de 19.700 euros aux indemnités de départ des grévistes.

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Plus du tiers d'entre eux ont même saisi la justice pour dénoncer la façon dont les choses se sont passées. Portées par SUD et la CGT, deux procédures ont en effet été ouvertes auprès du conseil de prud'hommes de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour contester les termes des licenciements.

La Fermeture de MA France

Le 13 mai, l’entreprise sous-traitante de Stellantis, dernière usine automobile de Seine-Saint-Denis, a été placée en liquidation judiciaire, laissant 400 salariés et intérimaires sans emploi. L'équipementier MA France, emploie 280 personnes en CDI, ainsi que 120 à 150 intérimaires.

Les salariés étaient en grève depuis le 17 avril pour défendre leurs emplois dans cette entreprise, qui emboutit des pièces essentielles de carrosserie pour les petits utilitaires Peugeot ou Citroën et aussi pour Renault. Les activités de l'entreprise ne sont pas maintenues en attendant sa liquidation par des mandataires.

CLN (le groupe italien propriétaire de MA France) a demandé à son principal client une réévaluation des prix de 12% au titre de l'inflation des coûts de production, mais Stellantis a refusé, obligeant son fournisseur à mettre la clé sous la porte.

Perspectives de Réaménagement du Site

Plus étendu que la Défense, jouxtant l'autoroute A1, filant vers Lille et la Belgique, et idéalement placé entre les aéroports de Roissy-Charles-de-Gaulle et du Bourget, le terrain de PSA attise toutes les convoitises. Plusieurs groupes étrangers ont exprimé auprès de la mairie leur intérêt pour certaines de ses parcelles.

Dans le cadre du projet du Grand Paris, la ligne 16 du métro desservira effectivement la Seine-Saint-Denis. En 2023, la RATP ouvrira une station au Carrefour de l'Europe, à moins de 1 kilomètre du site de PSA.

Constructa a été choisi en mai dernier par PSA « pour accompagner les réflexions du groupe, en tant qu'assistant à maîtrise d'ouvrage, sur la mutation économique et urbaine du site à court, moyen et long terme ».

A la mi-octobre, Constructa a présenté La Fabrique. Un projet de long terme, qui semble avoir séduit toutes les parties prenantes. L'idée, explique Bruno Beschizza, est de faire de ces 180 hectares « la cité de la mobilité en préservant les racines industrielles du site et en les métissant avec des installations logistiques, des centres de formation continue (notamment dans les métiers des transports) et des logements ».

Des syndicalistes prédisent le déplacement, ici même, de l'usine PSA de Saint-Ouen (ferrage, emboutissage et outillage), située aux portes de Paris.

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