Le berceau de l'automobile est français, son premier salon également. Ce rêve est largement centenaire ; de la première voiture de Delamare Deboutteville et Maladin (1884) à la voiture électrique du XXIème siècle, un fabuleux chemin a été parcouru, jalonné par les Salons automobiles de Paris.
Les Débuts du Salon Automobile
C'est à l'initiative de l'Automobile Club de France que se déroule en 1898 la première exposition internationale d'automobiles sur la terrasse du Jardin des Tuileries. 140 000 visiteurs y admirent les modèles des 232 exposants qui ont subi avec succès le test d'un trajet aller et retour Paris-Versailles. Dès la première journée, plus de 30 000 personnes scrutent les nombreux modèles présentés. Inaugurée officiellement le 15 juin 1898, la surface couverte représente environ six mille mètres carrés et regroupe deux cent-vingt exposants répartis en plusieurs classes: «voitures, accessoires, moteurs, carrosserie, machines-outils, essences, omnibus et tracteurs». Pour agrémenter le tout, «bar, buffet, restaurant, orchestre sont disposés sous d'élégants vélums». Pour avoir le droit d'exposer, une règle stricte est stipulée: «Aucune voiture ne pourra figurer dans l'exposition si elle n'a préalablement effectué en présence d'un commissaire, le trajet de Paris Versailles et retour, à l'aide de ses propres moyens».
L'automobile soulève déjà l'enthousiasme général, qui ne cessera de croître, particulièrement à partir de 1901, lorsque le Salon obtiendra de se tenir au Grand Palais, en bordure de l'avenue des Champs-Elysées et dans un cadre digne du prestige de cette industrie. L'automobile devait, en quelques années, profondément modifier les activités humaines et accélérer le progrès.
L'Ère du Grand Palais
En 1900, la tenue de l'Exposition Universelle entraîne l'annulation du Salon, mais la course à la puissance est lancée : le moteur de Dion passe de 1,75 CV à 3 CV. Le Salon de 1902 est aussi celui de l'éclairage électrique : 230 000 visiteurs suivent le spectacle d'images et de lumière avec notamment la présence du cinématographe de Gaumont. Les voitures étrangères y sont très remarquées, surtout les Fiat italiennes, les Mercedes allemandes, les Locomobiles des Etats-Unis et les Napier d'Angleterre.
Désormais les progrès techniques seront permanents, et les perfectionnements multiples. Le Salon devient une institution dont l'évolution est soumise aux découvertes, notamment avec la généralisation du 4 cylindres, et l'apparition des premiers amortisseurs. A partir de 1904, le Grand Palais est trop petit. Les camions émigrent Cours la Reine dans les serres de la Ville de Paris. Au fil de ces expositions prestigieuses, la silhouette des automobiles se distingue de plus en plus de celle des voitures à chevaux dont elle s'était inspirée à ses débuts. Les capots s'abaissent et s'allongent, les lignes s'incurvent, les châssis sont surbaissés.
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Par ailleurs, la présentation en 1913 de la voiture américaine Ford T (premier véhicule à être construit sur chaîne et en grande série), inaugure l'ère de la consommation de masse.
L'Impact des Guerres et l'Ère Industrielle
Si le Salon est interrompu pendant le premier conflit mondial, l'automobile a largement participé à la victoire : on se rappelle les fameux "taxis de la Marne", et les chars Renault et Saint-Chamond qui contribuent à percer le front allemand en 1918, sans oublier la noria de camions alimentant Verdun.
En 1919 pour la première fois, l'exposition prend le nom de "Salon de l'Auto", et inaugure l'ère du stade industriel dans la construction automobile. André Citroën s'y impose avec la "type A", première voiture "démocratique européenne" (construite en série à 100 unités par jour).
L'effervescence des années folles n'épargne pas le milieu de l'automobile, et les salons, où le grandiose côtoie l'audace, se succèdent jusqu'en 1939 avec deux interruptions en 1920 et 1925, le Grand Palais étant occupé par l'exposition des arts décoratifs. Entre le début des années vingt et 1961, l'exposition adopte un style propre au Grand Palais : l'éclairage, la décoration mettent en valeur la présentation des véhicules. Au Salon de 1921, Citroën présente sa 5 CV. A partir de 1923, le Salon ouvre le premier jeudi d'octobre, et cette tradition perdure encore. Celui de 1926 voit le règne des 6 cylindres, où l'on note l'influence de la production américaine.
Avec les années trente, les lignes s'abaissent et la traction avant supprime les pièces de transmission les plus encombrantes. Mais la crise incite l'industrie automobile à rationaliser sa production et à amorcer des mutations vers la consommation de masse, alors que certains constructeurs de luxe, les plus fragiles, disparaissent (Ariès, Brasier, Charron, De Dion-Bouton...).
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Cependant, le Salon de 1932 est un festival de 8 CV (la "Rosalie" de Citroën, la 301 de Peugeot, la "Mona 4" de Renault) et un véritable concours d'élégance pour les carrosseries (Bugatti 57). Celui de 1934 voit l'explosion de ce qui demeure la petite "bombe" de Citroën (Traction avant "7A"), première voiture française avec une carrosserie monocoque intégrale en acier sans châssis, qui sera construite pendant 23 ans.
Malgré les incertitudes intérieures et extérieures (le Front Populaire, la guerre d'Espagne), le salon de 1936 remporte un grand succès avec la présentation de la Peugeot 302, de la Fiat 500 "Topolino", et des Panhard "Dynamic". Cependant, la guerre interrompt à nouveau la série des Salons, reléguant les projets à un lointain temps de paix.
La Renaissance d'Après-Guerre
En 1946, le Salon est de retour au Grand Palais. Son commissaire général, M. Mautin déclare : "J'arrivais par le Cours la Reine le matin de l'inauguration et je vis une queue sur plusieurs rangs s'étendant du portail d'honneur jusqu'à la Seine. On avait été tellement sevré d'automobiles que ce salon était un besoin. Sans lui la vie ne revenait pas à Paris ." Il y eut 809 000 visiteurs (le double de l'avant-guerre) pour admirer la Dyna Panhard et la 4 CV Renault, qui devint le symbole du redressement français, signe du désir d'accession à l'automobile des générations d'après-guerre. 1948 est l'année de la Peugeot 203, 1949 celle de la Citroën 2 CV ("quatre roues sous un parapluie"). Dès 1949, la production dépasse le niveau de 1939.
Les années suivantes, l'industrie automobile donne naissance à des nouveautés considérables, notamment en 1955 avec la DS 19, la Ford "continental" et la Peugeot 403 (première voiture française de grande série à moteur diesel), avec la "Dauphine" de Renault (1956), la Lloyd "Alexander TS", l'Austin A 40 "Sprite" (1958) et la "Vespa 400", devant laquelle le Général de Gaulle, à l'inauguration du 46ème Salon (1959), semble se demander comment il pourrait entrer dans la plus petite des voitures françaises.
Chaque année, le Salon est caractérisé par une idée directrice. Après le thème du nouveau code de la route, des puissances augmentées, des améliorations dans la sécurité et le freinage, 1957 est celui du Sahara qui inspire bon nombre de constructeurs de poids lourds.
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L'Ère de la Porte de Versailles
Le Salon de 1962 change de cadre en s'installant Porte de Versailles. Parallèlement à cet élargissement considérable (100 000 m² de stands), il change également de conception globale, avec le poids de l'Europe qui s'impose, et la première exposition de voitures d'occasion, caravanes, cycles, motocycles et équipements. En 1962, l’ensemble de l’événement émigre au Parc des Expositions de la Porte de Versailles, le Grand Palais étant décidément trop étroit pour accueillir la masse de visiteurs (et les embouteillages dans la capitale devenant intenables à chaque fois que se tient la manifestation).
Par ailleurs, la notion de "client-roi" s'est imposée. L'automobile se démocratise et les constructeurs privilégient la sécurité, l'environnement et l'économie. Le Salon de Paris apparaît comme la plus complète confrontation en matière automobile du monde entier et la concurrence reste source de progrès.
Les années soixante mettent en vedette la 404 Peugeot break, l'Opel "Rekord" (1960), la Renault 8, la BMW 1500 (1962), la Porsche 901 (1963), la Rover 2000, la Chrysler "Barracuda", la luxueuse DS-Pallas, le break Ami 6 (1964), et la Dyane de Citroën (1967). Le Salon de l'Automobile est désormais le "Salon du client", et le slogan inventé par Fiat en 1969 -"les temps changent, l'automobile aussi"- est devenu un véritable leitmotiv.
Les Années de Crise et la Biennale
L'austérité des expositions des années soixante-dix, dans un climat de crise économique et sociale, reflète ce principe. Néanmoins, l'apparition de la Citroën CX, de la Volkswagen Golf et de la Fiat 131 (1974), de la Ford Fiesta, de la Citroën LN et de l'Audi 100 (1976) forcent l'admiration de visiteurs de plus en plus nombreux.
En 1976, la décision est prise de rendre le Salon biennal. La majorité des constructeurs trouvait en effet que la multiplication des salons devenait excessive. En alternance avec celui de Francfort, le Salon de Paris, au rythme des années paires, regroupe voitures particulières et véhicules industriels, tandis que le Salon du Cycle et du Motocycle se tient les années impaires dans le même lieu.
Le Mondial de l'Automobile
En 1988, le Salon prend le nom de "Mondial de l'Automobile". Jamais le succès ne s'est démenti. Si le nombre de constructeurs a diminué par suite de concentrations en un petit nombre de sociétés industrielles importantes, le nombre des exposants a régulièrement augmenté : de 232 en 1898, ils atteignent actuellement le millier, tous secteurs d'activités confondus. La terrasse du Jardin des Tuileries avait accueilli 140 000 visiteurs en 1898, plus d'un million se pressent au Grand Palais en 1954 et ce nombre demeure très important tous les deux ans Porte de Versailles (1 027 666 très précisément en 1994).
Enfin, les Salons des années 90 s'organisent autour de thèmes spécifiques. Le Mondial de 1990 organise un "espace jeune" d'information sur les métiers du transport et de la logistique. Celui de 1992 ("Des Autos et des hommes") consacre un espace aux véhicules tout-terrain ainsi qu'aux voitures de collection. Le Mondial de 1994 ("On n'arrête pas un rêve qui marche") présente les voitures de cinéma et l'histoire de la compétition automobile. Sur la route d'un rêve qui n'en finit pas, ces expositions ne cessent de s'enrichir et d'innover à chaque édition : elles sont toujours plus internationales, avec des conditions de visite également améliorées, avec notamment l'utilisation de techniques modernes (son, éclairage, audiovisuel...).
Dès l'origine, le Salon remplit un rôle primordial en matière de connaissance et de promotion de l'industrie automobile. Pendant longtemps on y venait choisir et acheter sa voiture, et le nombre de commandes reçues pendant la première quinzaine d'octobre représentait un pourcentage important des ventes annuelles des constructeurs. Après avoir été un luxe réservé à un petit nombre de privilégiés, l'automobile est devenue accessible à des couches de plus en plus étendues de la population.
Aujourd'hui, cette exposition a une double vocation. Elle est non seulement une immense vitrine où le public peut admirer les modèles automobiles construits dans le monde entier, mais aussi un haut lieu de rencontre des professionnels de toutes les branches de l'industrie et du commerce de l'automobile.
Depuis 1898 bien d'autres salons ont vu le jour, mais le premier en date occupe toujours le premier rang aussi bien sur le plan français que sur le plan international. Les constructeurs choisissent encore souvent de présenter leurs nouveautés à Paris, qui fut longtemps la capitale de l'automobile. Avant 1914, la France occupait la première place par le volume et la qualité de ses productions, elle demeure aujourd'hui au premier rang sur le plan de l'intérêt de ses Salons.
Le Mondial Paris Motor Show
Il y a des manifestations qui attirent les superlatifs. Le salon de l’Auto est de celles-là : plus grand événement au monde dédié aux véhicules à moteur, avec un million de visiteurs en moyenne. Plus importante exposition médiatique pour un événement lié à la voiture, avec ses 10 000 journalistes en provenance des quatre coins du monde. Et plus ancienne grand-messe motorisée, puisqu’elle a pris le départ en 1898 au cœur de Paris. Ce qui fait du Mondial de l’Auto (ou du Mondial Paris Motor Show comme on l’appelle désormais) le rappel vibrant de l’importance des voitures et des cycles dans l’histoire industrielle et économique française.
Tous les deux ans (uniquement les années paires) à la même époque, en octobre, en alternance avec le salon de Francfort (qui détient, quant à lui, le record en termes de superficie), le salon de l’Auto ouvre ses portes au public et aux journalistes. Il se tient Porte de Versailles, au sein du Parc des Expositions, dont il occupe une majeure partie (neuf pavillons) avec ses 120 000 m2. Plus qu’un salon événementiel, le Mondial de l’Auto est une immense vitrine permettant aux constructeurs de présenter leurs nouveautés, de démontrer leur savoir-faire, et de gagner en notoriété aux yeux du public.
Chaque grande marque prépare sa participation avec soin, allant parfois jusqu’à retarder la sortie d’un véhicule pour le présenter en exclusivité lors du salon. Les constructeurs viennent également y présenter voitures de compétition, prototypes et concept cars.
Les Défis et l'Avenir du Mondial
Malgré son succès durable, le Mondial de l’Auto a dû affronter des périodes difficiles. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’événement a été annulé en raison du conflit et n’a pu reprendre qu’en 1946. Plus récemment, l’édition de 2020 a été annulée à cause de la pandémie de Covid-19. Le début des années 2020 a également vu un certain désenchantement de la part des constructeurs.
Plusieurs marques majeures, telles que Volkswagen, Ford et Fiat, ont décidé de ne plus participer régulièrement au salon, invoquant des coûts trop élevés pour les emplacements et une rentabilité limitée. L’édition 2022 du Mondial de l’Auto a été particulièrement pauvre, avec seulement une quinzaine de marques présentes et 400 000 visiteurs (contre 1 million en moyenne sur les éditions précédentes), une véritable hémorragie ! L’édition 2024 du Mondial de l’Auto de Paris sera fort heureusement plus riche que la précédente. À noter malgré tout l’absence de Mazda, Mercedes, Ferrari, Lamborghini, Maserati, Volvo, Hyundai, MG, Toyota, Bugatti, Aston Martin, McLaren.
Les transformations numériques et l’essor des conférences en ligne ont également joué un rôle dans ce désengagement. Bien que le Mondial de l’Auto ait perdu une partie de son éclat d’antan, il reste un rendez-vous incontournable pour beaucoup d’acteurs de l’industrie automobile. En 2024, le salon espère reconquérir son prestige d’autrefois avec une édition centrée sur les voitures électriques, les nouvelles technologies et la mobilité durable. Ce salon continue de porter en lui l’héritage de plus d’un siècle d’histoire automobile, tout en cherchant à s’adapter aux nouvelles attentes du marché et des consommateurs.
Les Salons Automobiles les Plus Populaires
Voici un aperçu des salons automobiles les plus populaires en termes de fréquentation :
| Rang | Salon | Lieu | Fréquentation (estimée) |
|---|---|---|---|
| 1 | Mondial de l'Auto | Paris, France | Plus de 1 million de visiteurs |
| 2 | IAA | Munich, Allemagne | Variable |
| 3 | International de l’Auto et Accessoires | Genève, Suisse | Plus de 700 000 visiteurs |
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