Coproduction soignée de Brad Pitt et des frères Ridley et Tony Scott, le deuxième film d’Andrew Dominik (Chopper) est un nouveau coup de plumeau moderniste donné au gisant d’un genre, le western, qu’on jure pourtant mort et enterré. À l’image de ce lifting esthétique, les sujets, le traitement des rapports humains se veulent réactualisés, détachés des stéréotypes d’antan, plus proches surtout des attentes du public contemporain.
Comme le révèle d'emblée son titre à rallonge, L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford montre bien comment le célèbre Jesse James a été tué par Robert Ford le 3 avril 1882 d'une balle tirée dans son dos. Mais l'acte en soi n'importe pas tant que les événements qui y ont conduit ou que la relation qu'ont entretenue ces deux hommes avant cet instant fatidique qui a changé leur destin, c'est exactement ce qu'Andrew Dominik raconte avec grâce et sensibilité dans son film porté par Brad Pitt et Casey Affleck.
À l'inverse, plutôt que de s'intéresser au glorieux passé du criminel, fait de braquages et de fusillades spectaculaires, Andrew Dominik déconstruit le mythe de celui qui est devenu une des plus grandes figures du western à travers les yeux de son futur assassin. Fidèlement adapté du roman éponyme de Ron Hansen publié en 1983, sur lequel le réalisateur est tombé par hasard, le scénario (écrit par Andrew Dominik) s'intéresse aux derniers mois de la vie de Jesse James et nous fait comprendre qui il pouvait être.
Un Western Révisionniste
Avec sa photographie hivernale, ses paysages enneigés, son atmosphère naturaliste comparable au cinéma de Terrence Malick (notamment à ses deux premiers films, La Balade sauvage et Les Moissons du ciel) et ses personnages ambivalents, L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford détourne tous les codes du western classique et appartiendrait plus au western révisionniste ou à l'anti-western. Contrairement aux archétypes du cow-boy et du bandit sanguinaire, aucun des deux hommes ne peut être considéré comme le héros du film, l'un et l'autre étant tout aussi pathétiques, misérables et perdus.
Avec sa démarche psychanalytique autour des deux personnages, L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford est un western qui tend plus vers le drame historique, voire la tragédie shakespearienne à la Jules César. Andrew Dominik tend un miroir à la société américaine, avec un message autour du culte de la personnalité, de l'iconisation des célébrités et de la toxicité des fans qui trouve encore plus de résonnance dans une époque où n'importe qui peut accéder à la notoriété du jour au lendemain pour n'importe quoi, avec tout ce que ça implique.
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En vérité, L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford montre ce qu'il se passe quand le rêve américain n'est plus qu'une désillusion, quand le mythe se confronte à la réalité, quand l'Histoire révèle ce qu'est l'être humain, dans toute sa beauté et sa mesquinerie.
Jesse James : Entre Réalité et Légende
Jesse James est une légende aux Etats Unis. Le film d’Andrew Dominik tente de réhabiliter Robert Ford ou du moins d’expliquer son geste dont les circonstances restent toujours si mystérieuses. Le Jesse James qu’il nous montre n’est à aucun moment glorifié, son altruisme n’étant qu’à peine évoqué.
Dans sa forme, L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford se déroule avec une langueur envoûtante, assez beau dans ses images, avec de belles scènes nocturnes. Pour reprendre les mots d'une ballade populaire du 19e siècle intitulée « Jesse James », le célèbre bandit « était connu à travers tout le pays. Parce que Jesse, il était vif et courageux. » Et, dans une certaine mesure, Jesse James était à la hauteur de ces paroles.
Au cours des douze années qui séparent 1869 de 1881, Jesse James aurait participé à dix-neuf braquages, de banques, de trains ou de diligences, sur une zone délimitée par le Mississippi au sud, la Viriginie-Occidentale à l'est et le Minnesota au Nord. Les autorités et les détectives privés échouèrent à plusieurs reprises dans leur tentative de coincer Jesse et son gang, ce qui valut au Missouri le surnom d'État des voleurs.
Cependant, bien avant le Jesse vif et courageux, le Jesse mythique des ballades, des romans à dix cents et des films, il y avait un garçon aux yeux bleus, fils d'un pasteur baptiste et d'une mère dévouée, entré à l'âge adulte dans un pays déchiré par l'esclavagisme et les conflits de loyauté.
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L'Enfance et les Origines de Jesse James
Nés dans le Kentucky, les parents de Jesse se sont rencontrés en 1841. Son père, Robert, étudiait au Georgetown College et sa mère, Zerelda Cole, fréquentait une école catholique près de Lexington. L'année suivante, alors en visite chez la mère et le beau-père de Zerelda dans l'ouest du Missouri, le couple est séduit par cette contrée fertile et se dit que la Frontière aurait bien besoin d'un nouvel homme de Dieu.
Lorsqu'il retourne auprès de Zerelda cet été-là, elle porte dans les bras leur premier enfant : Alexander Franklin James. L'étudiant brillant, jadis maladroit, devint rapidement un personnage puissant dans la région. Lorsqu'il prit ses fonctions de pasteur au sein de la New Hope Baptist Church, sa communauté ne comptait que 20 membres mais sept ans plus tard, ils sont près de 300. Mais en 1850, Robert décida de laisser derrière lui femme, enfants et paroissiens pour se joindre à un groupe de résidents du comté de Clay en partance pour la Californie.
Une histoire transmise dans la famille raconte comment le petit Jesse s'était agrippé à son père en le suppliant de ne pas partir. Une fois parti à l'Ouest, Robert écrivait consciencieusement à sa famille. Cette année-là, les lettres ont cessé à l'automne, Robert James venait de succomber à une maladie inconnue dans un campement minier de Californie.
Malgré les temps difficiles suscités par la mort de Robert et un bref second mariage avec un homme peu affectueux envers les enfants (et mort d'une chute à cheval), Zerelda fit tout son possible pour permettre à la fratrie James de vivre décemment de la ferme familiale, notamment en s'assurant que celle-ci reste sa propriété et celle de ses enfants. Zerelda est même allée jusqu'à exiger la rédaction d'un contrat prénuptial auprès de son troisième et dernier mari, Reuben Samuel, un médecin également originaire du Kentucky qu'elle épousa en 1855.
La Guerre de Sécession et les Débuts Criminels
Les bois et les champs du comté de Clay étaient le terrain de jeu des frères James mais la vie à cette époque et dans cette région était loin d'être idyllique. En tant que propriétaires d'esclaves originaires du Kentucky, le choix de la famille de Jesse ne laissait aucune place au doute. D'après un de leurs voisins, lorsque la nouvelle de la guerre arriva aux oreilles de la famille, Frank James « était enragé, tirant des coups de feu et hurlant le nom de Jeff Davis. » Il n'avait que 18 ans.
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Jesse était bien trop jeune pour s'enrôler. Frank alla quant à lui gonfler les rangs des Confédérés en rejoignant la Garde de l'État du Missouri et en cinq mois à peine il participa à deux batailles majeures, Wilson’s Creek et Lexington, toutes deux des victoires confédérées. Au mois de mai 1863, Frank alla rejoindre la troupe de guérilleros menée par le sudiste William Clarke Quantrill.
Les hommes de la milice étaient persuadés que Frank se cachait dans les environs avec d'autres bushwhackers et sommèrent le jeune Jesse d'indiquer leur position. Lorsqu'il refusa de parler, il fut battu et fouetté sans merci, puis ils torturèrent son beau-père, Reuben Samul, le soulevant par une corde accrochée au cou jusqu'à ce qu'il accepte de les mener au campement des bushwhackers. La milice n'était pas venue pour faire des prisonniers et ouvrit immédiatement le feu, faisant deux morts. Frank prit ses jambes à son cou en échappant de justesse aux balles qui sifflaient de toutes parts. « À partir de ce jour, Jesse ne pensait qu'à une seule chose : se venger, » allait plus tard raconter Frank.
Les frères James commencèrent à mettre leur vengeance à exécution en juin 1864. Les témoignages divergent, mais certains affirment que Jesse aurait lui-même tué Brantley Bond, l'un des miliciens auteurs des coups de fouet et responsables de la torture de son beau-père. Jesse fut blessé à deux reprises cet été-là. En septembre, Jesse et Frank avaient rejoint la guérilla de William T. Anderson, dit « Bloody Bill » (Bill le sanguinaire), dont les hommes étaient tristement célèbres pour leur tendance à arracher le scalp de leurs ennemis.
La Vie de Hors-la-Loi Après la Guerre
Après un nouvel hiver passé au Texas, les guérilleros regagnèrent le Missouri au printemps pour un nouvel épisode de pillages et de massacre des troupes de l'Union, mais la Confédération n'était plus, tout comme le rôle de Jesse dans la guerre. Le 15 mai, au cours d'une fusillade avec une patrouille fédérale près de Lexington, dans le Missouri, une balle de revolver transperça le poumon droit de Jesse à l'endroit même où il avait été blessé l'année précédente. Cette fois en revanche, il faillit y laisser la vie.
Il faudra plusieurs mois à Jesse pour se remettre totalement de ses blessures. À son retour dans le comté de Clay, il constata que ses voisins unionistes n'avaient pas l'intention d'oublier le passé. Le 13 février 1866, entre 10 et 12 hommes arrivèrent à Liberty, dans le Missouri, et dévalisèrent la Clay County Savings Association de son or, de sa monnaie et de ses obligations d’État pour un butin total de 60 000 dollars, essentiellement le fruit de l’épargne des Unionistes. Un passant fut tué pendant le braquage.
Quant à savoir pourquoi les James et les Youngers se tournèrent vers le banditisme après la guerre de Sécession alors que leurs compagnons d'armes regagnèrent par milliers leurs foyers pour mener une vie pacifique, la question est délicate. Le nom de Jesse apparut dans liste des participants à de nombreuses attaques mais les preuves solides de sa participation sont aussi évasives que l'était lui-même le hors-la-loi. Le premier braquage de banque auquel Jesse James peut indéniablement être rattaché eut lieu trois ans après l'affaire de Liberty, mais ce « vol » aurait en fait servi de couverture à un assassinat.
La Fin d'une Légende
L'attaque ratée de la banque de Northfield en 1876 marqua la fin des nombreux braquages commis par le gang des frères James et Younger. Suite à ces péripéties, Jesse et Frank James s’installèrent dans des fermes du Tennessee sous de faux noms (Jesse Howard et Frank Woodson). Ils menaient, avec leurs femmes, une vie confortable grâce au butin accumulé. Dès 1879, ils se livrèrent à de nouvelles attaques de banques et de trains.
La nouvelle bande formée par Jesse fut active dans la région jusqu’en 1881. À cette date, celui-ci fut obligé de fuir à Saint-Joseph, où il s’installa avec sa famille. C’est dans ce contexte que Jesse paya le prix de ses crimes. Un membre de sa bande, séduit par la perspective de gain et de renommée, trahit le hors-la-loi, en lui tirant une balle dans le dos le 3 avril 1882. Lorsqu’il fut abattu, celui-ci, désarmé, était en train de nettoyer un tableau.
L’homme qui a tué Jesse James est Robert Ford, dit Bob Ford. Après la mort de Jesse James, son frère Frank se rendit aux autorités. Il fut finalement acquitté en août 1883.
Longtemps après sa mort, Jesse James continua de fasciner et d’inspirer, symbolisant une vision idéalisée de la vie de hors-la-loi pendant la conquête de l’Ouest.
Tableau Récapitulatif des Événements Clés de la Vie de Jesse James
| Année | Événement |
|---|---|
| 1847 | Naissance de Jesse James dans le comté de Clay, Missouri. |
| 1861-1865 | Participation à la guerre de Sécession en tant que guérillero sudiste. |
| 1866 | Première attaque de banque attribuée au gang James-Younger à Liberty, Missouri. |
| 1869 | Braquage de la Daviess County Savings Association à Gallatin, Missouri. |
| 1876 | Échec du braquage de la banque de Northfield, Minnesota. |
| 1882 | Assassinat de Jesse James par Robert Ford à Saint-Joseph, Missouri. |
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