Quand on parle de voitures classiques qui ont du caractère, l’Audi 100 Coupé S arrive souvent dans la conversation. Pour beaucoup, c’est un coup de cœur immédiat : ce n’est pas tous les jours qu’on croise une allemande au style si affirmé, avec cette petite touche d’élégance italienne et une mécanique bien pensée.

L'Histoire d'une Renaissance

Lorsque le groupe VAG réactive Audi en 1965, la marque aux anneaux n’évoque plus rien pour personne. Objectivement, la « nouvelle » Audi 60, qui n’est qu’une modeste DKW F102 replâtrée au niveau de la face avant (et équipée d’un plus conventionnel moteur 4 temps) n’a rien de sexy, et une simple Ford17M ou Opel Rekord de l’époque a une bien meilleure image de marque vis-à-vis d’un public qui devient de plus en plus exigeant. Les années de disette, nécessaires à la reconstruction, sont déjà loin, et chacun aspire à mieux vivre en ces belles années faites d’insouciance.

Cette Audi 100, vraiment inédite du carter au sommet du pavillon est, à défaut de briller par son avant-gardisme, véritablement le premier acte fondateur de la renaissance de la marque aux Anneaux, lui permettant de gagner en indépendance. En 1968, pour réussir et asseoir sa position sociale dans son quartier, il n’est pas encore question de rouler les mécaniques en 4×4 ou en SUV. La voiture à la mode, c’est la grosse berline trois volumes, très classique sur la forme, mais rassurante. C’est exactement la fonction de notre première Audi 100, statutaire avec ses 4m63 de long, et rationnelle en optant pour la traction avant avec un traditionnel moteur 4 cylindres 1.7 refroidi par eau.

En offrant initialement 3 niveaux de puissance (80, 90 et 100 ch), correspondants chacun à une finition (Audi 100, 100 S et 100 LS), notre grande Audi fait une entrée remarquée au royaume des berlines, et se pose en alternative crédible face à la nouvelle Peugeot 504 ou la plus décalée Renault 16, originale avec son hayon. Mais il n’est pas encore question de songer à rivaliser avec BMW ou Mercedes.

L'Apparition du Coupé S

Au salon de Francfort, la jeune marque aux anneaux présente, aux côtés de sa nouvelle « 100 » encore toute fraîche, un inédit coupé S à la ligne furieusement latine ! Bien que techniquement étroitement dérivé de la berline 100, chose logique pour limiter les coûts de développement, ce coupé s’en démarque toutefois nettement sur la forme, avec son arrière fast-back tronqué au niveau de la poupe, s’achevant sur un pan incliné. C’est d’ailleurs si convaincant que ce trait de style fort sera repris…40 ans plus tard, par la première A7 Sportback ! Pourtant, les plus observateurs reconnaîtront, au niveau de la face avant, l’héritage de la berline, et ce, jusqu’aux portières ! Mais plutôt que d’opter pour les grandes optiques rectangulaires, Audi intègre judicieusement les 4 phares ronds, réservés jusqu’alors au haut de gamme LS.

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Ainsi en cette belle année 1969, l’érotisme en matière d’automobile se perçoit à travers l’éclosion de coupés au look virils, tous plus aguicheurs les uns que les autres. On retrouve en chef de file la Ford Capri, mais aussi les Renault 15 et 17, Opel Manta, Fiat 128 Coupé, Peugeot 504 Coupé et autres Toyota Celica.

Caractéristiques Techniques

Coté transmission, Audi a préparé une boite à quatre rapport élaborée avec l’aide de Porsche pour la synchronisation. Au final, Audi annonce 185km/h de vitesse maximale et 11 secondes pour passer de 0 à 100km/h.

Sous le long capot, c’est un quatre cylindres en ligne de 1.870cm3 de cylindrée qui se loge, celui-ci est alimenté par deux carburateurs de marque Solex qui lui permet d’atteindre la puissance de 115Cv, la plus puissante des Audi jusqu’en 1976 ! Pour réduire une fois de plus les coûts de développement, les ingénieurs n’ont eu d’autre choix que de composer avec ce qu’il avait, à savoir le brave 1.7 de la berline 100, toutefois dans sa configuration la plus puissante. Bien que porté pour l’occasion à 1971 cm3 pour bénéficier de davantage de souplesse, ce paisible 4 cylindres se voit alimenté par 2 carburateurs, permettant de voir la puissance passer de 100 à 115 ch. Certes, en 1969, une écurie de 115 ch est tout à fait honorable, mais cela reste un peu court pour jouer aux sportives, y compris face à un simple 4 cylindres « double arbre » italien signé Abarth ou Alfa Romeo.

Le modèle embarque un moteur 1,9 litre de 115 chevaux, avec boîte manuelle 4 rapports ou automatique 3 rapports.

La Audi 100 Coupé S évolua assez peu au cours de sa carrière, notons en 1971 le retrait d’un carburateur pour répondre aux normes anti-pollution qui fait descendre la puissance à 112Cv mais les ingénieurs Audi arrivent à cantonner la baisse des performances (2km/h de perdu en vitesse de pointe…)

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Confort et Intérieur

Mais si cette voiture se veut un coupé, la voiture est d’avantage une GT avec son habitacle qui permet à quatre personnes d’y prendre place dans un confort très soigné : fauteuils en velours, accoudoirs sur les panneaux de porte, appuie-tête de série à l’avant… Le conducteur quant à lui dispose d’un volant réglable en hauteur !

Pour convaincre, la 100 S Coupé n’a d’autre choix que d’avancer d’autres arguments. Outre son esthétique, elle mise sur sa remarquable habitabilité. Bien que raccourci de 11 cm au niveau de l’empattement par rapport à la berline, ce châssis reste assez grand pour distribuer 4 vraies places et un coffre digne de ce nom. Vous savez quoi ? Cinquante ans plus tard, une A5 coupé ne fait pas mieux, et même moins bien serait-on tenté de dire !

Bien sûr, ce sont les places avant les plus enviables, notamment derrière le grand volant. On a une vue imprenable sur une planche de bord habillée d’un faux bois censé apporter de la chaleur dans cet univers pour le moins austère. Tout cela a le mérite d’être bien construit et agencé et, déjà, on sent la volonté d’Audi de bien faire dans le domaine de la qualité perçue. Les mauvaises langues avanceront le fait qu’il n’y a pas grand-chose à bord, ce qui n’est pas faux dans l’absolu, l’équipement de série étant du niveau d’une voiture de l’Est des années 80 ! Non, ne cherchez pas de raffinements particuliers, le vrai luxe à bord de ce coupé étant l’espace offert.

Sur la Route

Au moins, toute la puissance passe sereinement sur le train avant, sans le moindre débordement parasite ! Belle, mais pas rebelle, la 100 S Coupé aura permis à Audi d’acquérir une certaine respectabilité, en proposant une auto crédible à la plastique vraiment désirable, et, excepté quelques rares exceptions, elle était globalement du niveau technique de la plupart de ses rivales du moment.

En revanche, la presse critique la voiture pour son châssis, qui reprend celui de la berline 100 sans notables évolution, les trains roulants sont identiques et seules quelques éléments ont été renforcés. La suspension quat à elle a totalement été revu mais dans l’optique d’améliorer le confort, et non celui des performances, il en sort que l’Audi 100 Coupé n’est pas à son aise quand elle est poussée dans ses retranchements.

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Clairement, le confort prime sur tout le reste, du moins sur bon revêtement, car l’amortissement se montre sec en réaction sur les irrégularités de la route, les vénérables barres de torsion n’étant pas aussi efficaces que des ressorts hélicoïdaux. Et si l’auto est capable d’accrocher un très flatteur 185 km/h, force est de reconnaître qu’elle demeure paresseuse en accélération et reprises (0 à 100 km/h en 11,5 sec).

L'Audi 100 Coupé S Aujourd'hui

Avec moins de 31 000 exemplaires produits (précisément 30 687 entre 1970 et 1976), l’Audi 100 Coupé S n’a jamais été très courante, même à ses débuts. Aujourd’hui, elle est bel et bien devenue une perle recherchée par les collectionneurs.

Finalement, la production de la Audi 100 Coupé S s’arrête au cours du moins d’Août 1976 après plus de 30.000 exemplaires commercialisés. Un très bon score pour une voiture de sa catégorie, mais la Audi 100 Coupé S resta toutefois très discrète, il lui a manqué un petit quelque chose pour en faire une voiture culte !

Le marché bouge beaucoup, mais voici un point clé : contrairement à certaines concurrentes italiennes ou britanniques, le prix d’une Audi 100 Coupé S reste plutôt raisonnable, en tout cas au regard du rapport exclusivité/plaisir qu’elle procure.

Conseils pour l'Acquisition

Mon petit conseil : vérifiez bien la qualité de la restauration, l’absence de corrosion (c’est le point faible habituel), et la présence de pièces d’origine. Restaurer ou entretenir une Audi 100 Coupé S, ce n’est pas tout à fait la même chose que s’occuper d’une 2CV, mais on retrouve ce plaisir du défi technique.

La corrosion reste le principal écueil : inspectez les bas de caisse, passages de roue, pieds de portière.

  • Pièces moteur : On trouve encore des refabrications de certaines pièces, grâce à la communauté des passionnés Audi.
  • Électricité : Comme souvent sur les anciennes, les faisceaux finissent par prendre de l’âge.

Pour l’entretien courant, la base technique reste robuste : bonne huile, vidanges régulières, joints surveillés, et la belle peut prendre la route sans crainte.

Oui, à condition d’avoir quelques bases en mécanique. Les pièces courantes se trouvent encore grâce à la communauté Audi, mais certains accessoires spécifiques peuvent demander de la patience.

Héritage et Influence

Ce qui est fascinant avec la 100 Coupé S, c’est qu’elle a ouvert la voie à une nouvelle image pour Audi. On parle d’une époque où la marque s’affranchit de ses origines un peu sages (merci les berlines 100 !) pour oser une voiture à vocation sportive, sans tomber dans la caricature agressive. Les modèles sportifs comme les Audi Coupé GT ou même les premières Quattro doivent beaucoup à cette précurseure.

Ce n’est pas un hasard si, en 2025, Audi célèbre les 55 ans de la 100 Coupé S. Les clubs et forums spécialisés voient fleurir restaurations et reportages sur ces modèles, preuve que la passion ne faiblit pas.

Comparaison avec les Concurrents

On la compare souvent à des concurrentes comme la Ford Capri, l’Alfa Romeo GT ou l’Opel Manta. Mais, dans l’ensemble, l’Audi a ce petit plus : une discrétion raffinée, l’exclusivité allemande, et surtout une fiabilité qui inspire confiance avec les années.

La ligne fastback, le long capot et l’intérieur soigné (tableau de bord bois, sièges sport) témoignent du savant mélange d’influence américaine et italienne.

Si l’idée de (re)découvrir l’Audi 100 Coupé S vous titille, sautez le pas. Elle incarne cette époque où l’automobile savait marier plaisir de conduire, beauté des lignes, et robustesse technique.

Comme souvent avec les modèles peu diffusés et bien appréciés, la cote monte doucement mais sûrement, surtout pour les exemplaires en état concours.

En clair, si elle n’a pas été un grand pas pour l’automobile, elle fut un bon de géant pour Audi ! Car bien que plus douée pour le Grand Tourisme à allure de sénateur que pour affoler les chronos, la 100 S Coupé a le mérite d’avoir ouvert à Audi la voie du premium, et de donner à la marque des bases pour viser plus haut, plus loin. Ce sera une certaine Audi quattro, lancée en 1980.

L’envie vous prend d’en discuter ou de partager vos propres anecdotes sur la 100 Coupé S ? N’hésitez pas à laisser un commentaire ou à rejoindre la communauté sur le forum.

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