Paradoxalement, les voitures n'ont jamais été aussi puissantes que ces derniers temps. Tous les constructeurs, allemands en tête, se livrent à une véritable guerre du cheval. Pourtant, par les temps qui courent, reprendre le volant d'une auto plaisir qui met les performances au second plan n'est pas une démarche aussi incongrue qu'il y parait.

L'Histoire de l'Audi 80 Cabriolet

Avec l'année-modèle 1988, l'Audi Coupé (type 8B) a été introduite en Europe, sur la base de l'Audi 80 B3 (aussi connue sous le Type 89) par le biais d'un empattement raccourci. C'est grâce au lancement de cette nouvelle version qu'apparaît également, deux ans plus tard, l'Audi Cabriolet (Type 8G) dont l'appellation commerciale officielle ne fait pas référence non plus à la gamme 80 et 90. L'Audi Cabriolet offre quatre places, à déguster au grand air et de préférence avec la mélodie du 5 cylindres comme c'est le cas avec la version 2.3 E essayée ici.

Annoncée au salon de Francfort en 1989 sous la forme du concept Audi Cabrio-Studie, l'Audi Cabriolet (Type 8G) reprend la face avant du coupé mais reçoit une partie arrière évidemment spécifique.

La 80 cabriolet est le tout premier du genre pour Audi. Si l’on fait abstraction des confidentielles et artisanales Audi 100 Crayford et Roadster quattro signés par Walter Treser, chacune assemblée à la main, la première Audi à tomber le haut c’est elle : la 80 cabriolet. D’une élégance rare, cette décapotable très chic et classique pose des fondamentaux toujours d’actualité.

Il aura fallu attendre l’arrivée de la troisième génération de berline 80, la « type B4 », pour en profiter au tout début des années 90. A l’époque, Audi commence enfin à bénéficier d’une image premium, encore porté par l’aura de l’Ur quattro, et par l’arrivée de modèles plus jeunes et ambitieux comme l’ambitieuse berline V8 ou le nouveau Coupé quattro. On est en plein bio design et, après l’équerre et le fil à plomb qui ont caractérisé les années 80, les stylistes commencent à (re)découvrir les courbes ! Ils se font justement plaisir avec le nouveau Coupé 80-90 lancé en 1988, décliné en une sulfureuse version S2, dotée du 5 cylindres 2.2 turbo 20v (poussé à 230 ch) et de la transmission intégrale quattro.

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Cette auto aurait dû rester à l’état de concept, sans lendemain, mais la commercialisation par BMW de sa Série 3 décapotable, produite en série par l’usine et non plus au compte-goutte par Baur, va précipiter les choses. Et ce qui va définitivement inciter Audi à passer la seconde, c’est l’excellente réaction du public qui réclame cette voiture !

A l’été 1991, on passe donc du rêve à la réalité, la 80 cabriolet devenant le nouvel ambassadeur du chic selon Audi.

Design et Esthétique

Le style du cabriolet d'Audi a été particulièrement soigné et se distingue avant tout par une ligne sobre et élégante, avec quelques prémices des rondeurs typiques des années 90. Ses principaux traits esthétiques notables sont un entourage de pare-brise en aluminium poli et un jonc chromé qui parcourt la ceinture de caisse jusque sur le couvre capote particulièrement bien intégré.

A l’époque, de nombreux modèles décapotables sont encore affublés de disgracieux arceaux (Ford Escort cabriolet, VW Golf cabriolet, Fiat Ritmo cabriolet, Jaguar XJ-SC…), ce qui n’est pas le cas de cette Audi, intégrant judicieusement les renforts dans les bas de caisse, ce qui, du coup, lui permet de se distinguer par une ligne affichant une grande pureté. Evidemment, les designers en sont pleinement conscients, et ils vont sublimer cette absence d’arceau en ceinturant tout l’habitacle d’une superbe applique en alu brossé, qui se prolonge dans les montants de pare-brise.

Même capotée, la 80 cabriolet brille par on élégance naturelle.

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Pour se passer d'un disgracieux arceaux, la structure du Cabriolet a été considérablement renforcée par rapport au Coupé.

Le cabriolet Audi 2.3E se distingue également par des jantes en deux parties au dessin spécifique avec un cache central qui imite un montage à écrou central. Ces petites jantes de 15" fournies par Speedline font aujourd'hui un peu désuètes mais l'ensemble ne manque pas de "chic". La pureté de la silhouette est préservée capote fermée grâce au système d'antenne radio intégrée dans le couvercle du coffre.

Intérieur

Intérieurement, l'ensemble respire le sérieux germanique et ne manque pas d'allure non plus. Les matériaux sont de grande qualité, les plastiques comme les bois du tableau de bord et les assemblages sont ce qui se faisait de mieux à l'époque à ce niveau de gamme. Impossible de se croire à bord d'une autre voiture qu'une Audi. Même si le cuir ne fait pas partie de la dotation de série, pas plus que la climatisation, on apprécie les excellents sièges baquets au maintien impeccable.

Et puis, l'autre atout de ce cabriolet, c'est d'offrir deux places à l'arrière pour emmener des bambins ou même des adultes (pas trop grands quand même). Mais le dossier de banquette est un peu trop vertical et ferme. Le coffre est assez vaste (240 dm3) et ne pâtit pas de la capote, quelle que soit sa position.

Dès 1995, la voiture gagne en série, sur toutes les versions, une capote électrique. Et en 1998, bien qu’en fin de carrière, Audi va lui offrir un léger restylage, une caractéristique qui concerne le sublime exemplaire qui illustre cet article, puisqu’il date de mars 1999. Ainsi, le bloc veilleuses-clignotants devient tout blanc et gagne quelques rondeurs aux extrémités, tandis que les phares adoptent une lentille au xénon. Et question standing, notre modèle d’essai fait un sans-faute, en embarquant notamment une superbe sellerie cuir (jusqu’aux contre-portes !), et des placages en bois précieux.

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Caractéristiques Techniques

Sous le capot du cabriolet Audi 80 B3, on retrouve un vestige de la belle époque Audi, époque où les motorisations n'étaient que très peu partagées avec les modèles Volkswagen. Il s'agit donc du 5 cylindres en ligne maison d'une cylindrée de 2L3. Peu poussé (59 ch/L !) avec sa culasse à 10 soupapes, ce percheron dans l'âme développe modestement 136 chevaux DIN à 5500 tr/mn et un couple maxi de 185 Nm à 3500 tr/mn.

Bien plus porté sur le confort et les apparences que sur la sportivité, la 80 cabriolet entame sa carrière avec un modeste 5 cylindres 2.3 litres de 136 ch, qui a fort à faire pour mouvoir cette auto accusant plus de 1400 kg à vide sur la balance. Audi ira d’ailleurs encore plus loin dans la médiocrité mécanique, en mettant un 4 cylindres 2.0 de 115 ch totalement poussif, et pire encore, un rugueux et sonore 1.9… diesel de 90 ch, digne d’un tracteur, totalement inapproprié ! Heureusement, à l’autre bout de la chaîne, Audi introduit à partir de 1993 un noble V6 2.8 litres qui nous intéresse. Un moteur bien en phase avec le positionnement toujours plus haut de gamme de ce cabriolet très BCBG.

L’année suivante, le placide 4 cylindres 2.0 de 115 ch est avantageusement remplacé par un plus alerte 1.8 20V de 125 ch.

Taillé pour embarquer confortablement 4 adultes, ce vaisseau de 4m37 de long se laisse conduire du bout des doigts, la seule chose « sport » à son bord étant le volant à 3 branches siglé « Audi Sport » !

Performances et Conduite

Autant le dire tout de suite, inutile de parler performances, avec un 0 à 100 km/h annoncé en 10 secondes on ne se faisait pas d'illusion. Le cabriolet Audi a la lourde tâche de mouvoir 1400 kg de qualité allemande, par les seule force des roues avant. Avec son rapport poids/puissance très quelconque, ce cabriolet ne vous enfoncera donc pas le dos dans les sièges mais il se déplace correctement, sans trop paraître à la peine. Son onctuosité et sa mélodie si particulière, bien mise en valeur par la double sortie d'échappement, compensent en bonne partie le tempérament qui lui fait défaut.

Pas sportive dans l'âme de par sa mécanique, l'Audi cabriolet trouve un châssis issu de les berlines 80/90 (plateforme B3) à la hauteur de ses ambitions : confortable mais peu dynamique. Pas la peine de travailler ses trajectoires et de passer à la corde, ce cabriolet vous incite plutôt à suivre tranquillement votre route, chose qu'il fait plutôt bien en gommant ses imperfections. De plus la suspension trop molle ne se prête guère au jeu d'une conduite sportive. La direction très assistée, isole également le conducteur de la route et de tout effet de couple dans le volant. Elle manque cependant de feeling pour offrir un plaisir de conduite comparable à celui éprouvé au volant d'une BMW série 3.

Malgré de petites roues de 15" chaussées en 205/60, le 5 cylindres profite d'une bonne motricité pour une simple traction avant dont la conception de trains roulants remonte au début des années 80, même si elle a été légèrement améliorée en 1991. Il faut dire aussi que le couple modeste de cette version n'a pas de quoi saturer le train avant... L'Audi Cabriolet est donc très sûre de comportement, d'autant que le freinage s'en sort bien aussi malgré le poids.

Dès les premiers kilomètres, on cerne rapidement le tempérament de cette belle décapotable qui préfère - et de loin - rouler à un paisible rythme de sénateur, plutôt que d’enchainer tambour battant les virages sur une départementale. Il est vrai que les 1455 kg n’aident pas, pas plus que l’amortissement trop lâche, privilégiant le confort à l’efficacité, ce qui génère vite du roulis lors des phases d’appui. Pourtant, en gagnant le billard plus rectiligne d’une voie rapide, ce cabriolet peut faire illusion, en effaçant d’une franche pression sur l’accélérateur le 0 à 100 km/h en 9,2 sec, pour filer ensuite à 221 km/h chrono.

Ainsi que vos passagers qui n’apprécieront que modérément l’exercice si vous roulez ainsi décapoté et qu’ils se trouvent assis derrière, en pleine « zone de turbulences ». Car clairement, les meilleures places restent devant, en restant protégé par le pare-brise. Après, pour mettre tout le monde d’accord, vous pouvez toujours recapoté, une formalité effectuée à l’arrêt automatiquement en quelques secondes, et qui permet de profiter de cette voiture sous un jour nouveau, en appréciant l’excellente isolation phonique. En revanche, pour le coup, on voit que le modernisme a parfois du bon, car capote fermée, la rétrovision est exécrable, rendant chaque marche arrière périlleuse, faute de ne pas bénéficier de radar de recul et encore moins de caméra.

Production et Évolutions

Du fait des modifications techniques importantes qu'impliquait la plateforme spécifique à cette version cabriolet, la "80 Cabriolet" resta en production jusqu'en 2000, soit bien après que les autres modèles B3 aient été remplacés par les Audi 80 B4 et A4 B5. Toutefois, la construction passa d'Audi à Karmann, de 1997 jusqu'à la fin de la production.

La motorisation 2.3 E, seul 5 cylindres en ligne proposé sur le Cabriolet Audi 80, a été progressivement remplacée par le V6 2.6E de 150 ch, un peu plus adapté à la masse conséquente grâce à son couple. Le 2.3 E s'arrête définitivement en juillet 1994.

Produite à seulement 71 534 exemplaires de 1991 à 2000, l’Audi 80 Cabriolet est, depuis, devenue un vrai collector, et un grand classique du genre. Les beaux exemplaires survivants se font rares et méritent d’être sauvés, surtout ceux qui bénéficient des meilleurs moteurs, à l’image de ce noble V6.

Chronologie des modèles

  • 1991 : Commercialisation en mai 1991 de l'Audi Cabriolet, basée sur la 80 B3.
  • 1994 : Arrêt du Cabriolet 2.3E en juillet.
  • 1995 : Version 1.9 TDi 90 ch à l'automne. 2.0E 16V de 140 ch en juin.
  • 1996 : Arrêt du 2.0E 16V en juillet.
  • 1997 : 1.8 20V 125 ch en janvier. Arrêt du 2.0E 115 ch. La production du modèle 80 Cabriolet est arrêtée en août.

Conseils d'Achat

Malgré cette carrière plutôt longue, l'Audi Cabriolet "Typ 8G" a connu une diffusion assez confidentielle en France en raison d'un prix de vente mal étudié et d'une palette de moteurs peu convaincante face à la concurrence. Il en résulte qu'on s'est finalement moins lassé de ses lignes et qu'il apparaît moins "populaire" que le cabriolet BMW E36, son concurrent d'alors.

Les prix s'échelonnent de 3000 à 5000 € pour un cabriolet 2.3E et jusqu'à 7500 € environ pour le V6. Il conviendra de bien vérifier l'entretien général (factures, carnet) ainsi que l'état de la capote.

Grâce à sa carrosserie traitée par application d'une couche de zinc en usine (une première sur ce segment pour l'Audi 80 B3 de 1986), le cabriolet Audi n'est que très peu sujet à corrosion, à moins d'avoir laissé pourrir un mauvais coup pendant de longues années. On n'en dira pas autant des jantes Speedline dont le vernis s'écaille comme une peau après un coup de soleil...

L'ensemble de l'habitacle vieillit parfaitement à l'exception du bourrelet de siège conducteur en tissu qui peut se râper et s'affaisser un peu et de quelques petits bruits parasites qui finissent par s'installer, comme sur de nombreux cabriolets. Les 100 000 km au compteurs sont souvent franchis mais il ne faut pas craindre à la robustesse de ce bon vieux 5 cylindres 2L3 dont l'entretien est très simple (vidange tous les 15000 km).

Vérifier également le remplacement de la courroie de distribution (env. 150 euros) en fonction de son âge (tous les 5 ans maximum), plutôt que des kilomètres, avec changement de pompe à eau éventuellement. Seul son ralenti peut être perturbé avec l'âge en raison du vieillissement des injecteurs. Quelques soucis de pompe de direction assistée peuvent aussi se faire sentir vers 100 000 km. Consommation d'huile à surveiller sur les V6.

Seule ombre au tableau de la "deustch qualitat" , la vitre de lunette arrière en plastique vieillit très mal et une pièce en verre avec dégivrage aurait été bienvenue vu le standing du cabrio Audi. Enfin, sachez que le hard-top optionnel peut constituer un avantage pour ceux qui voudront rouler en hiver. Il préserve la ligne épurée de ce beau cabriolet.

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