L'hymne tient une place importante et remplit une fonction au cœur de la prière officielle de l'Église.
Christe qui lux es et dies
Cette hymne, Christe qui lux es et dies, fut au Moyen-Âge l’hymne chantée pour les complies durant le Carême, mais elle n’a pas été retenue par le Bréviaire Romain.
Il faut rappeler ici, ainsi que le suggère le mot lui-même, que le Bréviaire représente une abréviation de l’ancien office choral, afin de faire tenir celui-ci en un seul livre facile à transporter avec soi. Cette abréviation s’est faite principalement selon deux axes : d’une part en réduisant drastiquement la longueur des leçons des matines, d’autre part en diminuant radicalement la grande variété d’antiennes, d’hymnes et de répons qui existaient dans les livres de chœur plus anciens.
Le Bréviaire Romain - dont la réalisation première paraît être le fait de clercs de la chapelle pontificale sous Innocent III (1198 - 1216) - a ainsi considérablement simplifié l’office de complies (qui ne varie presque plus et reste quasi identique toute l’année), tout comme celui des vêpres, surtout en Carême (les jours de fête, des antiennes spéciales existaient autrefois pour les psaumes des vêpres ; le bréviaire romain reprend en général les antiennes des laudes ces jours-là ; les antiennes propres au Carême disparaissent au profit de celles des vêpres communes).
Toutefois, si cette hymne des complies qui nous occupe - Christe qui lux es & dies - n’a pas été reçue dans le Bréviaire romain, elle a été conservée plus longtemps par un grand nombre de rites et d’usages diocésains ou religieux (e.g. Sarum, Worcester, Paris, Cambrai, Tours, Utrecht, Tongres, Salzbourg, Aix-la-Chapelle, Mayence, Trèves, Esztergom, Benevent, Dominicain, Augustinien, etc.), généralement pour le Carême. Cette large diffusion peut s’expliquer, à mon avis par la vénérable antiquité de cette hymne.
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En effet, Christe qui lux es et dies est déjà citée dans la Règle des Vierges écrite aux alentours de l’an 500 par saint Césaire d’Arles, où elle était déjà assignée aux complies durant toute l’année (à l’exception du temps pascal pendant lequel elle est remplacée par Christe precamur annue).
Ce très beau texte a longtemps été attribué à saint Ambroise (cf. Pat. Lat. 17, 1176-1177), malheureusement son véritable auteur demeure inconnu.
On assista alors à cette époque à une fusion significative de l’hymnaire bénédictin d’origine italienne (où l’hymne assignée à complies durant l’année est Te lucis ante terminum) & du vieil hymnaire gallican, ainsi que le montre plusieurs manuscrits de ce temps. Par exemple, le manuscrit 2106 de Darmstadt (qui peut être du des VIIIème et IXème siècles) donne au choix : « Ad completorium Christe qui lux es et dies, item ad completorium Te lucis ante terminum ».
Le chant de Christe qui lux es & dies est construit autour de la tierce mineure (ré-fa) du second ton ecclésiastique, cette mélodie calme et méditative introduit parfaitement à la douce intériorité que le texte appelle.
Le chant Dominicain est quasiment le même que le Parisien, avec une seule note qui diffère : ré au lieu de do au commencement du second verset (et aussi la périélèse à la fin de l’intonation, tradition parisienne typique). On trouverait, en comparant ces deux traditions liturgiques & musicales, de nombreux autres points de contacts.
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Plusieurs compositeurs ont laissé de la musique pour cette hymne : citons Eustache du Caurroy, Charles de Courbes ou encore William Byrd.
Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) - F-Pn lat. 15181 - Cantus ID: 004550.
Audi benigne Conditor
Comme dans l’office romain, les premières vêpres du premier dimanche de Carême marquent un changement radical dans l’organisation de l’office parisien : entre autres, on quitte les hymnes ordinaires pour prendre à partir de ce moment les hymnes de Carême. C’est là un vieux souvenir de l’époque antérieure à saint Grégoire le Grand, où le Carême commençait à partir de ce dimanche.
Le répertoire parisien diffère ici du romain, qui utilise pour les vêpres de Carême l’hymne Audi benigne Conditor, attribuée à saint Grégoire le Grand. L’office parisien attribue cette hymne aux laudes et emploie pour vêpres l’hymne « Jam ter quaternis trahitur ».
Cette hymne a été peu étudiée car elle est relativement peu présente dans les usages médiévaux : on la rencontre à Cambrais pour les complies du temps de la Passion, pour les vêpres de Carême dans l’usage de Worcester, d’Evreux, d’Utrecht et d’Esztergom.
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Dans son recueil publié chez Ballard en 1612 pour la collégiale de Saint-Quentin, Jean de Bournonville propose un vaste matériel polyphonique essentiellement pour les vêpres, selon les nouvelles orientations de la musique d’Eglise au sortir du Concile de Trente. Le contrepoint fleuri en est quasiment exclu, au profit de faux-bourdons ou de formules proches du faux-bourdon, favorisant la claire intelligence des textes par les fidèles.
Le chant liturgique, généralement très simplifié, se retrouve en général au Tenor, comme c’est le cas ici. La polyphonie de Bournonville est conçue pour alterner avec un chœur chantant le plain-chant liturgique, aussi met-il en musique les versets ou les strophes paires des différents psaumes, cantiques ou hymnes.
Cet Audi Conditor voit ainsi la mise en musique des strophes 2 & 4 de l’hymne, la doxologie finale étant conclue par un magnifique Amen polyphonique. Notre partition fournit en page deux le plain-chant des strophes 1, 3 & 5, selon le chant en usage par Bournonville.
L’hymne dans le dynamisme de l’office
Dans l’office monastique traditionnel, celui pratiqué jusqu’à Vatican II, l’hymne occupe, suivant les heures, une place différente.
Dans un article intitulé : « L’hymne dans une liturgie rénovée1 », et paru en 1967, le Père Gelineau résume ainsi la question de la place de l’hymne :
« Dans l’office divin, à la différence de la Messe, l’hymne intervient comme un des éléments constitutifs à côté de la lecture, de la psalmodie et de la prière. Elle y remplit, selon les cas, trois fonctions :
- Fonction d’ouverture. C’est le cas des petites heures et de matines. L’hymne «situe» l’office dans le temps et « lance» la célébration.
- Fonction d’approfondissement et d’expression lyrique comme dans les deux grandes heures du matin et du soir, où l’hymne se situe après la lecture… À cette place, l’hymne déploie beau coup plus son efficacité propre qu’elle ne peut le faire au début de l’office.
- Fonction de conclusion, comme le Te Deum après les Vigiles. »
La réforme liturgique aura finalement privilégié la fonction d'ouverture de l'hymne. Ce changement de place sera officialisé par l’ « institutio Generalis de Liturgia Horarum » (IGLH), publiée par la S. Congrégation pour le Culte divin le 15 mars 1971, et qui mentionne cela par deux fois :
« La liturgie des heures… est construite de manière à comprendre toujours, après l’hymne d’ouverture, la psalmodie, puis une lecture plus ou moins longue tirée des Saintes Écritures, enfin des prières. » n° 33
« Aussitôt après les versets d’introduction, on chante ou on dit l’hymne qui convient. » n° 42
Dans des célébrations moins codifiées que celles des monastères, par exemple dans des offices paroissiaux, on peut, avec plus de liberté, distinguer des « hymnes d'ouverture » et des « hymnes de réponse à la Parole ».
L’hymne et le temps
Le rôle de l’hymne est de donner à chaque heure ou à chaque fête sa tonalité propre, et à rendre plus facile et plus joyeuse l’entrée dans la prière, surtout quand la célébration se fait avec le peuple. » n° 42
« Les hymnes, qui ont leur place dans l’office en vertu d’une tradition fort ancienne, gardent encore maintenant leur place. En vérité, non seulement par leur nature lyrique elles sont destinées expressément à la louange de Dieu, mais elles constituent un élément populaire, et même elles manifestent presque toujours d’emblée, mieux que les autres parties de l’office, le caractère propre des heures ou de chaque fête. » n° 173
C’était déjà une des fonctions des anciennes hymnes latines, les « incipit » étant, sur ce point, très caractéristiques : Nocte surgentes aux vigiles, Ecce jam noctis tenuatur umbra à laudes, Jam lucis orto sidere à prime, jusqu’au Te lucis ante terminum de complies.
Le rapport entre l’hymne et le temps est à prendre à deux niveaux. Il y a d’abord le niveau du temps « cosmologique » avec ses oppositions nuit/jour ; matin/plein-midi/soir. Depuis toujours, l’hymnographie chrétienne a célébré l’apparition de la lumière, l’aurore, en la liant, d’ailleurs, à la personne du Christ et à sa Résurrection à l’aube de Pâques.
En effet, il y a un second niveau, où le temps prend une dimension « sotériologique ». Ce temps est celui de l’Histoire du Salut, depuis la création du monde jusqu’à la Parousie, en passant par l’Incarnation, la vie terrestre de Jésus, la naissance de l’Église, etc.…
Tout au long de l’année liturgique, les hymnes de chaque « temps » célèbrent les divers aspects de cette Histoire du Salut.
Si l’hymne type l’heure et le temps, elle a aussi pour fonction, dans le Sanctoral, de typer la fête et le Saint célébré. L’hymnaire latin comprenait pas mal d’hymnes chantant, de manière fort imagée parfois, les mérites de tel ou tel Saint, à partir d’épisodes concrets de sa vie, fussent-ils légendaires !
Cette fonction de « typer » le temps et la fête justifie bien la place des hymnes au début de l’office. Cette fonction d’ouverture est d’ailleurs accentuée dans les offices où l’on a déplacé l’oraison pour la mettre tout de suite après l’hymne, comme conclusion du rite d’ouverture, retrouvant ainsi la même structure que le début de l’Eucharistie, avec introduction, chant du Gloria et collecte.
L’hymne et le chant
La Constitution de Vatican II sur la Liturgie dit ceci :
« L’action liturgique présente une forme plus noble lorsque les offices divins sont célébrés solennellement avec chant, que les ministres sacrés y interviennent et que le peuple y participe activement. »
Le Concile met ainsi en lien la solennité de la célébration et la participation active du peuple. Huit ans plus tard, en 1971, un autre document romain qu’est la Présentation Générale de la liturgie des heures reprend cela en l’appliquant aux hymnes :
« Les hymnes pourront aussi nourrir la prière de celui qui récite les heures, si elles ont une valeur doctrinale et artistique : cependant, elles sont, par elles-mêmes, destinées au chant. Il est donc recommandé de les chanter autant que possible dans la célébration communautaire. » n° 280
Si l’hymne est chantée, ce n’est donc pas simplement pour solenniser l’office, mais c’est bien plutôt pour qu’elle prenne tout son sens et qu’elle joue sa fonction de « sommet lyrique ».
Dans la célébration de l’office, la grande majorité des hymnes utilisées sont de forme « strophique » stricte, sans refrain, chantées soit en chœurs alternés, suivant l’ancien usage grégorien, soit, et c’est une tendance qui se généralise, en chorale par tous en même temps.
Au terme de ce parcours à travers les hymnes, où nous avons cherché à cerner leurs différentes fonctions, il peut être bon de synthétiser à gros traits le visage de l’hymne dans notre office aujourd'hui. Située au début, après le verset d’introduction et l’invitatoire (quand c’est le premier office de la journée), l’hymne oriente d’emblée notre prière dans le sens de l’heure, du temps ou de la fête célébrés.
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