L'usine Renault de Flins, située dans les Yvelines, est un site historique de l'industrie automobile française. Nichée contre la Seine à une quarantaine de kilomètres de Paris, elle s’étend sur 237 hectares, dont 67 sont occupés par des bâtiments, une surface supérieure à la superficie de Monaco !
Les débuts de la production automobile à Flins
La première voiture construite dans l’usine de Flins sort le 30 janvier 1952 : il s’agit d’une Frégate. Conçue par l'architecte Bernard Zehrfuss, elle est l'usine de la reconstruction nationale, faisant figure d'anti-Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le lieu historique et emblématique de la firme fondée en 1899. Située à la campagne plutôt qu'au coeur de la ville, « Flins » s'étale largement, au contraire d'une île Seguin cernée par la Seine.
En interne, l’usine de Flins porte aussi le surnom d’ « usine Lechaufeux », en hommage au directeur de Renault qui la fit construire. En plus de ce modèle haut de gamme (le seul de ce type fabriqué dans cette usine), les premiers véhicules produits dans l’usine de Flins sont la Juvaquatre et la 4CV, qui laisseront place à la Dauphine, puis la 4L, R8 et sa version Gordini, ainsi que la R16.
Au fil des années, les lignes de montage se sont modernisées, permettant l’augmentation de la cadence. « La mécanisation de la chaîne s’est améliorée de manière continue pour garantir un meilleur niveau de qualité, faciliter le travail des opérateurs ou réduire les délais de fabrication », insiste Dominique-William Jacson. Le responsable de la collection des véhicules historiques du groupe se souvient d’avoir « vu apparaître les robots qui automatisent les points de soudure ou l’application de la peinture ». Il poursuit : « Les opérateurs ont également eu davantage d’assistance pour réduire la pénibilité.
L'âge d'or de la production et les défis des années 1980
De 26 000 véhicules par an en 1952, la production accélère jusqu’en 1979, qui bat le record de 412 000 véhicules en une année. C’est la deuxième usine historique de Renault, après celle de Billancourt fermée en 1992. Jusqu’à 20 000 salariés y ont travaillé dans les années 1970. C'était en 1976 et plus de 21 000 salariés travaillaient sur le site.
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Elle connaît une expansion durant près de trente ans : passage d’une à deux équipes en 1969, jusqu’à trois chaînes de production, et une croissance des volumes et des effectifs. Son pic de volume annuel produit est atteint en 1976 (420 000 véhicules), suivi de celui des effectifs en 1977 (21 300 salariés). Mais après la montée en puissance, la crise qu’ouvrent les années 1980 cause son lent et inexorable déclin.
La première rupture porte sur les modèles produits. D’usine à tout faire (qui fabrique les R4, R8, R12 et même les R16), Flins se recentre sur les petites citadines : Supercinq, Twingo, Clio. Flins hérite donc des modèles qui font la majorité des ventes de Renault.
En 1989, la refonte des horaires exclut le repas de la journée de travail des opérateurs, dégradant la vie sociale en supprimant ces moments partagés. La capacité de production quotidienne atteint alors des records, avec 2 050 véhicules sur une seule journée en 1994. Puis, avant même les 35 heures, l’usine annualise le temps de travail avec des périodes hautes et basses afin de limiter les aléas des ventes.
Puis vient la rationalisation des lignes : une première chaîne s’arrête en 1989, une seconde en 2007, avec encore la suppression de postes.
La principale variable d’ajustement, ce sont les salariés Renault, surtout les ouvriers qui passent de 16 793 en 1980 à… 1 924 en 2012. Cette baisse masque un recours massif à l’intérim, qui double même ses effectifs !
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La spécialisation dans les citadines et l'ère de l'électrique
Plus récemment, l’usine de Flins confirme sa spécialité « citadines » en produisant les modèles Clio, Twingo, et le véhicule électrique Zoé. Pendant plusieurs années, la plus vendue des voitures électriques en France, la Renault Zoe, y a été produite. Quelques mois plus tôt, l’usine avait déjà perdu la fabrication de la Clio délocalisée en Turquie et en Slovénie.
La décennie sera marquée par deux modèles qui, en dépit d’investissements et d’embauches pour réduire l’intérim, ne permettent pas de retrouver la performance passée. L’un, Zoé, est le premier véhicule 100 % électrique pour tous, mais dont l’usage s’impose trop lentement pour une rentabilité pérenne. Le second, la Nissan Micra, est censé symboliser le succès de l’alliance Renault-Nissan : premier modèle conçu par l’un et fabriqué dans une usine de l’autre.
La fin de la production de véhicules neufs et la reconversion vers l'économie circulaire
Avec l'arrêt de la production de la ZOE à la fin du mois, l'usine Renault de Flins, dans les Yvelines, cessera définitivement de produire des voitures. Ainsi se terminera une histoire longue de 72 ans, commencée le 30 janvier 1952 avec la fabrication du premier véhicule Renault, une Frégate, la seule voiture haut de gamme jamais réalisée dans l’usine. En 72 ans, près de 19 millions de véhicules auront été produits dans l’usine construite par l’architecte Bernard Zehrfuss.
Pour la direction, finie la voiture électrique à Flins, c’est maintenant le tour de « l’économie circulaire », aujourd’hui pas plus de 147 emplois maintenant déplacés vers une nouvelle filiale baptisée « The future is neutral ». Renault envisage maintenant de produire. Ah, si Di Meo savait créer autant d’emplois que de titres marketing pour attirer un « bon business profitable » !
Le secrétaire du syndicat CGT Renault Flins indique : « Sur l’activité de l’usine de Choisy (qui a fermé en 2022), 294 personnes étaient prévues. Aujourd’hui, on est à 147. Sur la Factory VO (le nom donné par la direction à l’entité de réparation et de reconditionnement de voitures d’occasion), on devait réparer 45 000 véhicules par an. On est à peine à 20 000 pour le moment. L’effectif devait être de 210 personnes sur trois équipes.
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L’économie circulaire est un terme emprunté à l’écologie qui vise à ne pas gaspiller les ressources naturelles. À Flins, comme dans les autres établissements Renault, s’ajoute la mise place au premier janvier 2024 d’une nouvelle grille de classifications de la métallurgie. Ce sera aussi l’envol des nouvelles filiales qui organisent le démantèlement de l’ancien Renault au profit d’entités appelant de nouveaux capitaux aux quatre coins de la planète des spéculateurs.
Rationalisation des productions, optimisation des organisations, automatisation du process, externalisation d’activités, et surtout pression sur les effectifs, l’usine taylorienne d’après-guerre ne peut faire plus avec des coûts d’exploitation trop élevés en raison de sa taille, de l’obsolescence de ses bâtiments et de la lourdeur de sa structure.
La Refactory : un nouveau chapitre pour l'usine de Flins
Place maintenant aux véhicules d’occasion. Désormais, l’avenir de l’usine ne rime plus avec voitures neuves, mais avec véhicules d’occasion. La direction espère en reconditionner 45 000 par an dès 2025. De nombreuses autres activités centrées sur l’économie circulaire (fabrication de piles à combustible, rénovation de batteries…) devraient permettre à l’usine d’embaucher de nouveaux salariés dans les années à venir. Le site ne se contente plus d’assembler des véhicules neufs.
Avec plus de 1 941 employés (chiffre au 31 décembre 2023), la Refactory s’appuie sur un large écosystème de partenaires industriels, startups et institutions académiques. Les activités de reconditionnement permettent aujourd’hui à des véhicules d’occasion de retrouver une seconde vie en moyenne en 8 jours, grâce au travail de 150 opérateurs dédiés. L’usine emploie actuellement 2 500 personnes, avec une projection de 500 emplois supplémentaires d’ici 2030.
L’engagement environnemental est au cœur de la stratégie de la Refactory : réduction des émissions de CO2, réemploi des matériaux, et recyclage systématique.
Les chiffres clés de l'usine de Flins
| Période | Événement/Chiffre |
|---|---|
| 30 janvier 1952 | Sortie de la première voiture, une Frégate |
| 1976 | Pic de volume annuel produit : 420 000 véhicules |
| 1977 | Pic des effectifs : 21 300 salariés |
| 1980-2012 | Baisse des ouvriers de 16 793 à 1 924 |
| Fin 2023 | 1 941 employés à la Refactory |
| Aujourd'hui | 2 500 employés, projection de 500 emplois supplémentaires d'ici 2030 |
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