Le Grand Prix de Pau, un nom qui résonne avec passion dans le cœur des amateurs de sport automobile, est bien plus qu'une simple course. C'est une légende vivante, un témoin privilégié de l'évolution du sport automobile à travers les âges. Avec son tracé urbain unique, il est le seul circuit de ce type encore en activité en France, et l'un des rares au monde à avoir conservé ses trajectoires d'origine.
Les Origines : Une Passion Automobile Née à la Fin du XIXe Siècle
La longue histoire qui lie Pau à l’automobile débute à la fin du XIXe siècle. À l’époque, la capitale du Béarn est une ville mondaine et attire les riches touristes. C’est aussi l’un des rares endroits où l’on peut admirer des automobiles. Alors en 1898, le jockey américain William Knapp Thorn et le Comte Georges Nitot (membre de l'Automobile Club de France), tous deux installés à Pau, décident de créer le tout premier Automobile-Club Béarnais.
Dès l'année suivante, l'ACB organise sa première course : un aller-retour Pau-Bayonne-Pau. Le vainqueur fera tout le trajet, au volant de sa Peugeot 10 cv, à l’époustouflante vitesse moyenne de 52 kilomètres à l'heure ! Devant le succès de cette première compétition, de nouvelles courses sont organisées au fil des années entre Pau, Tarbes, les Landes et la côte basque.
La Naissance du Circuit Urbain : L'Inspiration de Monaco
En 1933, un tracé est imaginé au cœur même du centre-ville, inspiré par le circuit du Grand Prix de Monaco né dix ans plus tôt. Les bases du « Grand Prix de Pau » sont posées ! Ce circuit urbain, considéré comme particulièrement complexe même par les meilleurs pilotes, séduit en effet très vite. Et si son attrait ne faiblit pas, la compétition connaîtra de nombreux rebondissements.
Les Premières Éditions : Entre Exploits et Anecdotes
C’est la première édition urbaine du Grand Prix de Pau. Avant cette date, il y a eu plusieurs courses, dès 1899. Mais sur des boucles plus larges, reliant des villes. Pas facile de faire des recettes, alors que la logistique grève le budget. En 1929, Monaco a l’idée révolutionnaire de créer un circuit en ville. Pau se met dans sa roue en 1933. Le Grand Prix se tient le 19 février, avec seize pilotes sur la ligne de départ et un invité surprise : la neige. Le Français Lehoux remporte cette première édition, à 73,035 km/h de moyenne. C’est en 1935 que le circuit éphémère prend sa forme définitive. Les bolides passeront désormais à gauche du Palais d’hiver. Les épiques virages de Beaumont font leur apparition.
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De la victoire de Philippe Etancelin sur Bugatti en 1930 à celle d’ Hermann Lang sur Mercedes en 1939, les premiers Grands Prix de Pau seront marqués par les exploits des grands pilotes de l’époque. Marcel Lehoux s’impose ainsi sous la neige du mois de février 1933 face au vainqueur de l’édition précédente, Louis Trintignant et le grandissime favori René Dreyfus. L’Italien Tazio Nuvolari (Alfa Romeo) domine, lui, l’édition 1935 à plus de 83 km/h de moyenne. Et, lâché par sa mécanique l’année précédente, Jean-Pierre Wimille emmène cette fois sa Bugatti jusqu’au bout en 1937 pour monter sur la première marche du podium devant Raymond Sommer (Talbot) et René Dreyfus (Delahaye), qui obtiendra enfin sa revanche l’année suivante.
L'Après-Guerre et l'Ère de la Formule 1
Le Grand Prix de Pau réapparaît après guerre en 1947 quasiment en même temps que la F1. Si les deux premières éditions rencontrent un vrai succès populaire, c’est celle du 18 avril 1949 qui marquera les esprits avec la victoire de Juan Manuel Fangio . Nouveau venu sur le circuit européen, le pilote argentin, qui n’est pas encore le quintuple champion du monde que l’on connaît, impressionne au volant de sa Maserati n° 4. Il bouclera les 110 tours de piste en 3 h 35’ 11’’ 09.
Surnommé le « Petit Monaco », le Grand Prix de Pau n’a pourtant jamais fait partie du championnat du monde de F1 créé en 1950. Les courses qui s’y sont disputées l’ont toutes été en marge des points distribués pour la couronne mondiale. Mais cela n’a pas empêché les meilleurs pilotes de venir tester leurs réflexes entre les rails étroits de la capitale béarnaise. A commencer par l’Italien Alberto Ascari (champion du monde 1952 et 1953), l’Australien Jack Brabham (champion du monde 1959, 1960 et 1966) ou encore l’Anglais Jim Clark (champion du monde 1963 et 1965), dont le record de victoires à Pau (1961, 1963, 1964 et 1965) n’est toujours pas tombé.
L'Âge d'Or de la Formule 2
De l’avis de nombreux spécialistes, Pau a vécu ses plus belles années avec la F2. Apparue pour la première fois en 1953, elle s’impose durablement en 1964, l’année du troisième succès de Jim Clark. Le Grand Prix y gagne en intérêt et sert de tremplin aux jeunes pousses tricolores que sont alors Jean-Pierre Beltoise , Jean-Pierre Jarier , Jean-Pierre Jabouille , Patrick Depailler ou encore Henri Pescarolo qui ferraillent avec Graham Hill, Jackie Stewart, Jack Brabham, Ronnie Peterson et Emerson Fittipaldi, tous anciens ou futurs champions du monde de F1.
C’est aussi l’époque du règne des pilotes français, marqué par les victoires de François Cevert sur Elf II (1973), Patrick Depailler sur March (1974), Jacques Lafitte (1975) et René Arnoux (1976 et 1977), tous deux sur Martini. Dans leur sillage, se trouvent également deux futurs pilotes de la scuderia Ferrari: Didier Pironi, vice-champion du monde de F1 en 1982, et Patrick Tambay.
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Les Années Formule 3000
Ce n’est pas dans sa combinaison de pilote qu’ Alain Prost se présente à l’entrée du circuit, le 25 mai 1985, mais dans son costume d’homme d’affaires pour mesurer sur place l’investissement qui a permis de sauver le Grand Prix, déficitaire, d’une mort certaine. C’est aussi le début des F3000 qui succèdent aux vieillissantes F2.
Très proches des F1 par leurs performances, elles deviennent logiquement l’antichambre de la reine des monoplaces et Pau joue de nouveau son rôle formateur. Ce sont les années Christian Danner (vainqueur en 1985), Yannick Delmas (1987), Jean Alesi (1989, notre photo), Pedro Lamy (1993) et Juan Pablo Montoya (1997 et 1998).
L'Ère Moderne et le Grand Prix Historique
Exit la F3000, bonjour la Formule 3 européenne. De 1999 à 2005, les monoplaces tiennent encore le haut du pavé avec un certain Lewis Hamilton sous les palmiers. Puis, après une année de transition marquée par la victoire de Romain Grosjean au volant de sa F3, le Grand Prix change de catégorie pour accueillir le championnat du monde des voitures de tourisme (WTCC). La mayonnaise ne prend pas vraiment et l’édition 2010 doit être purement et simplement annulée pour raisons financières.
Le Grand Prix renaîtra difficilement en 2011 avant d’enregistrer un vrai succès populaire l’année suivante grâce à la présence du champion du monde des rallyes Sébastien Loeb en Porsche Carrera Cup. Mais le succès sera de courte durée. Raison pour laquelle l’Asac Basco-Béarnais mise aujourd’hui sur le retour des F3 pour remettre l’événement entre les rails de sécurité.
Désormais, plusieurs courses se déroulent dans la capitale béarnaise. D’abord, parce que depuis 2001, la ville organise le Grand Prix Historique, dédié aux Formules 1 d’époque : Alfa Roméo, Ford et autres Bugatti transforment Pau en musée à ciel ouvert ! En 2018, le Grand Prix de Pau s’est déroulé entre le 10 et le 21 mai : 2 week-ends d’animations avec parades, expositions, démonstrations, entre le Grand Prix « Moderne » puis le Grand Prix « Historique ».
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Le week end dernier avait lieu le Pau Classic Grand Prix ». Et quel événement !Avec une telle continuité, le Grand Prix de Pau a vu rouler du beau monde. Dans le désordre et ne pouvant les citer tous, Juan Manuel Fangio, Maurice Trintignant, Jack Brabham, Jackie Stewart, Jacques Laffite, René Arnoux, et plus récemment Juan Pablo Montoya, Romain Grosjean et Lewis Hamilton.
Pau Classic Grand Prix
Se déroulant 15 jours après le GP moderne, le Pau Classic Grand Prix mettait à l’honneur Lotus (comme Monaco une semaine avant) et Jim Clark avec un jubilé. La très belle affiche des éditions Fricker également. Vous pouviez visiter également une bourse d’échange et voir des artisans et exposants, à l’image de Junior Cars Europe, fabricant de répliques à échelle réduites. Ces petites autos sont équipé d’un moteur 125cm³, Vmax 60km/h, freins à disques… pour enfants et grands enfants de 7 a 77 ans. Il faut compter le prix d’une petite citadine moderne tout de même.
Au parc Beaumont, en milieu de matinée du Samedi, un concours d’état et de restauration FFVE avait lieu. Treize automobiles joliment exposé, réparti en cinq classes (les belles post-Vintage, le rêve américain, Sixties sportives, À nous les anglaises et Hors catégorie) se faisaient scruter sous le moindre détail par le jury composé de six membres.
Au nombre de 9, ils permettaient au spectateurs de voir des autos de tous types et époques. Ce plateau regroupait GT et voitures de Tourisme d’avant 1976. On y retrouvait des monoplaces de la période courant de 1967 à 1981, avec une grande variété dans les marques des châssis, mais toutes avaient en commun un moteur Ford Kent accouplé à une boîte Hewland.
Sur les 3 jours, pendant la pause repas du Pau Classic Grand Prix, il y avait baptême et parade. Le club Lotus France était particulièrement en vue.
Le Pau Classic Grand Prix a attiré plus de 60.000 spectateurs sur ce seul week-end ! Ajouter à cela les 100.000 spectateurs du GP moderne 15 jours avant, faites l’addition et vous avez une belle preuve que Pau a réussi son pari.
Hommage à Alberto Ascari
Pour finir, ce documentaire sur le Grand Prix de Pau 1955 met particulièrement en valeur la personne d’Alberto Ascari, personnage sympathique et volubile. Si on considère que la Maserati de Behra avait largement dominé les deux autres Lancia conduites par Castelotti et Villoresi, le déroulement de la course témoigne de l’immense talent d’Ascari qui domina l’essentiel de la course de la tête et des épaules.
Les Dates Clés du Grand Prix de Pau
| Année | Événement |
|---|---|
| 1898 | Création de l'Automobile-Club Béarnais. |
| 1933 | Première édition urbaine du Grand Prix de Pau. |
| 1949 | Victoire de Juan Manuel Fangio. |
| 1964 | La Formule 2 s'impose durablement. |
| 2001 | Première édition du Grand Prix Historique. |
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