Le nom de Henri Chapron est devenu indissociable de celui de Citroën, mais la carrière du carrossier remonte beaucoup plus haut dans le temps que son association avec le quai de Javel.
Les Débuts de Chapron
Si la marque Citroën va permettre à la Carrosserie Chapron d’assurer sa pérennité, la signature s’en était imposée en habillant d’un style classique mais identifié, des châssis de grandes marques, Delage, Delahaye, Hotchkiss, Talbot, les archives des concours d’élégance d’Enghien ou du Bois de Boulogne s’en souviennent encore.
A l’issue de la Deuxième Guerre Mondiale le monde avait changé sur le plan économique d’abord, sur le plan industriel ensuite : la clientèle capable d’assumer le coût d’une voiture exclusive se raréfiait et l’automobile se démocratisait à toute vitesse.
Une autre question se posait, technique celle-là, l’avènement des carrosseries monocoques rendait délicat les perspectives d’élaboration de cabriolets à partir de berlines.
L'Avènement de la DS 19 et la Collaboration avec Citroën
C’est à l’avènement de la DS 19 en 1955 que Henri Chapron a vu l’horizon s’éclaircir, la nouvelle Citroën posée sur une vraie plateforme semblait offrir des perspectives.
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Bien entendu au Bureau d’Etudes de Javel, le fameux Flaminio Bertoni, dessinateur de la voiture avait esquissé nombre de projets de DS en décapotable, mais pour l’heure les innombrables soucis liés au lancement hasardeux du futur requin des autoroutes, laissaient ces dessins dans les cartons.
Et Chapron va faire le premier pas, des contacts sont pris avec Citroën, une conclusion s’impose d’abord, la plateforme si rigide soit-elle a quand même besoin de renforts structurels, certains éléments de la charpente seront aussi maintenus, comme d’autres desiderata du constructeurs jugulant sans doute l’inspiration des stylistes de Levallois, mais garantissant le travail architectural.
A partir de ce moment l’Histoire est en route !
Le Cabriolet DS 19 au Salon de l'Auto 1958
Ainsi au Salon de l’Auto d’octobre 1958, parmi des Renault Mouette et Racing, un coach Peugeot 403, une Rolls-Royce Silver Cloud, sur le stand de la Carrosserie Chapron trône une belle décapotable, sobrement désignée ‘Cabriolet DS 19’.
La voiture ne manque pas d’allure dans sa couleur chamois associée à une sellerie en cuir naturel, fortement équipée en accessoires elle porte une grosse baguette chromée de l’aile avant à la portière, des bas de caisse gaufrés, des enjoliveurs de roues RAF, mais surtout une baguette chromée en vertical au niveau de l’aile arrière.
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Cet élément surprenant s’explique car Citroën avait imposé le maintien de l’aile arrière amovible comme sur la berline, le jonc chromé masque donc la césure entre l’aile et le panneau latéral.
Dans son dessin cette DS fait preuve d’une belle envolée, mais un dos bossu alourdit la composition, il est dû au maintien de la plage arrière dans une fonction de charpente.
Cette présentation ne passe pas inaperçue et Citroën en observe les réactions.
Elles seront favorables, le carrossier enregistre cinq commandes, suffisamment encourageantes pour envisager la conception d’un coach dérivé de ce cabriolet.
Le Coach 'Le Paris'
Le coach sort en février 1959, dépourvu de vocable au départ, il recevra ensuite le nom de ‘Le Paris’, sa conception reste proche de celle du cabriolet, il conserve l’aile arrière amovible de la berline, avec ou sans jonc d’habillage d’ailleurs, cet artifice étant en fait une option au catalogue Chapron, tous les usagers ne la prendront pas.
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Quant au pavillon, il souligne que le carrossier ne s’est pas encore affranchi de ses habitudes stylistiques pour venir vers l’œuvre de Bertoni, la cellule de la voiture conserve son intégrité mais elle reçoit un pavillon caractéristique attribué à tous les coaches Chapron, Peugeot 403, Renault Frégate, etc , un toit mollement arrondi à fenêtres latérales trapézoïdales et lunette arrière panoramique.
La Gamme de Modèles DS 19 et ID 19 par Chapron
En partant de ces deux créations, Henri Chapron dessine les perspectives d’une petite gamme de modèles sur base de Citroën DS 19 et ID 19, dont chacun recevra un nom de baptême adapté à son style.
Ainsi depuis l’été 1959 le coach s’appellera donc ‘Le Paris’ et le cabriolet ‘La Croisette’ définissant une voiture urbaine par rapport à un modèle prédisposé à la Riviera.
Mais au Salon d’octobre 1959 le stand reçoit trois Citroën, un cabriolet ‘Le Caddy’ basé sur ID 19 accompagne les deux modèles précités.
Il se différencie de la précédente décapotable par un habitacle plus court ne laissant que des places d’appoint sur la banquette arrière, le mode 2 + 2 ainsi dessiné se voulant d’allure sport.
Contrairement aux ‘Le Paris’ et ‘La Croisette’ dont la portière est rallongée, ce premier ‘Le Caddy’ n’a droit qu’à une porte de berline, lui laissant une aile arrière allongée comme un abdomen de guêpe, la baguette chromée qui part de l’aile avant traverse ici la porte sur toute sa longueur.
Les Spécificités de la Production Chapron
A ce stade la production Chapron répond à des critères bien spécifiques retrouvés sur chaque type de DS 19 ou d’ID 19 griffé du carrossier.
- En premier lieu la porte est allongée de 18cm par soudage de deux parties de portières de berline.
- Ensuite on trouve des placages d’aluminium gaufré sur les bas de caisse encadrés de baguettes chromées, les longerons de plateforme reçoivent aussi un habillage en aluminium.
La grosse baguette chromée qui court sur l’aile avant depuis le phare jusqu’à l’aplomb de la poignée de portière est de même une signature de Levallois, comme le cimier chromé qui coiffe en triangle la pointe des ailes avant.
Les pas de porte et le flanc du longeron sont garnis d’un élément en acier inoxydable porteur d’une plaque marquée ‘Henri Chapron - Paris-Levallois’.
En option les DS et ID Chapron peuvent être équipées d’un pare-brise rabaissé de 5cm, de même le montage de déflecteurs de fenêtres latérales demeure t’il un choix du client déjà très sollicité par tout l’accastillage chromé que le carrossier facture comme ‘Habillage Luxe’.
Des phares antibrouillard/longue portée complètent cet équipement, la proposition de garnir les jantes d’enjoliveurs Robergel ou RAF est aussi souvent retenue, mais on le voit sur les photos d’époque elle n’est pas systématique.
Un regard vers l’intérieur montre des planches de bord peintes de la couleur de la voiture ou associées à la sellerie, les Chapron sont souvent équipées d’autoradio, un luxe au début des années 1960 ; quant aux selleries garnies en cuir il va sans dire qu’elles bénéficient d’un soin tout particulier sur un dessin de couture original et très confortable.
Les capotages seront en tissu, en simili-cuir ou en alpaga, ils pourront bénéficier d’un mécanisme électrique au fil du temps.
Enfin la peinture : ce poste particulièrement soigné aussi, est quasiment au choix du client, sachant que Chapron offrait le nuancier Rolls-Royce puisqu’il avait dans ses activités la préparation de ces voitures pour l’importateur à Paris
Pour la réalisation de ces premières DS et ID, Chapron achetait des voitures complètes qu’il fallait déshabiller et trouver à revendre les éléments inutilisés, on reconnait ces premières séries au fait qu’elles portent des pare-chocs arrière de série, des boîtiers de signalisation arrière Seima et surtout, sur le longeron, un seul téton de cric.
Le Coupé 'Le Dandy'
Au cours de l’année 1960 Henri Chapron va trouver à enrichir son catalogue d’une manière bien simple, il coiffe son cabriolet ‘Le Caddy’ d’un joli petit pavillon aux angles vifs pour donner un nouveau coupé baptisé ‘Le Dandy’, reprenant comme pour le cabriolet un vocable déjà donné à des Delahaye avant-guerre.
L'Officialisation de la Collaboration et le Cabriolet 'Usine'
A ce stade Citroën se dit convaincu de la validité d’inscrire un cabriolet dans la gamme DS/ID, la prévision de cadences réduites pour une telle voiture ne suffisant pas à une réelle industrialisation, le modèle sera manufacturé et confié à Henri Chapron.
Et c’est là que tout va changer pour le carrossier, d’abord avec une garantie de commandes inespérée, ensuite pour le processus de construction de ses modèles.
En effet à compter de ce moment, Citroën va fournir des plateformes spécifiques à Levallois, mais surtout, va consentir à procurer les mêmes embases au carrossier pour sa propre production.
Ces plateformes préparées quai de Javel sont faites d’un plancher de berline assemblé à des longerons de break, sur lequel on remet des passages de roues arrière de berline et des bras de suspension arrière de break.
On reconnait ces embases aux deux tétons de cric apparents sur les longerons, des éléments valables donc pour la datation des modèles Chapron.
D’autres éléments stylistiques apparaissent aussi sur la production du cabriolet DS dit ‘usine’, des pare-chocs arrière aux retours rallongés ainsi que des doubles feux ronds de signalisation à l’arrière, ces éléments se retrouveront également sur les Chapron.
Le Coach 'Concorde'
L’aspect suranné du ‘Le Paris’ seulement produit à 9 exemplaires, avait motivé son remplacement par ce nouveau coach, baptisé ‘Concorde’ pour rester dans l’esprit parisien.
Cette fois le dessin a intégré un pavillon moderne aux piliers légers, parfaitement homogène dans son profil avec les lignes de la Citroën.
Le premier modèle, celui de la présentation est basé sur ID 19, de couleur beige métallisé et toit marron, il a une sellerie traitée en drap et cuir.
Durant l’année 1961 il semble qu’on se consacre d’un côté comme de l’autre au lancement du cabriolet ‘usine’, que Citroën désigne DS 19 ‘Décapotable’ et ID 19 ‘Décapotable’, un lancement sous le signe du luxe le plus raffiné de la part du constructeur, soutenu par un catalogue exceptionnel.
Mais cette décapotable officielle s’avère finalement très proche du cabriolet ‘La Croisette’ dont il a été réalisé 52 exemplaires entre 1958 et 1962, au point que Chapron va chercher à se démarquer ici plus nettement en donnant naissance à un nouveau cabriolet, le ‘Palm Beach’ présenté au Salon d’octobre 1962.
Le Cabriolet 'Palm Beach'
Souvent considéré comme une grande réussite dans la gamme, ce cabriolet de quatre vraies places a une longue capote et un profil agrémenté de petites glaces de custode donnant de la clarté aux places arrière tout en allégeant visuellement le capotage sur le profil de l’auto.
Ce ‘Palm Beach’ et le ‘Concorde’ partagent le même espace de voitures à quatre places, ‘Le Caddy’ et ‘Le Dandy’ étant des 2 + 2 , ils constituent ensemble une offre suffisamment large pour la clientèle de Henri Chapron dont les ateliers tournent à plein avec le lancement réussi du Cabriolet ‘usine’.
L'Évolution Stylistique et la Berline 'Majesty'
C’est à la fin de l’année 1963 qu’intervient une nouvelle étape dans l’évolution de cette famille, puisque le carrossier va différencier encore plus sa production par rapport à celle du quai de Javel en faisant dessiner des ailes arrière saillantes pour ses propres modèles.
D’un galbe extrêmement élégant cet élément d’une touche assez italienne évoque dans sa retombée les ailes arrière des Facel-Véga, on pourra leur reprocher d’imposer un profil plutôt rectangulaire aux DS et ID dont la poupe fuyante est originellement une signature forte.
Mais ce n’est pas tout et Chapron va s’attaquer à présent au créneau des berlines dont il a pu appréhender la clientèle en assurant pour Citroën l’agencement et la finition des DS ‘Prestige’.
De sorte que le catalogue de Levallois s’enrichit au millésime 1964 d’une DS 19 berline ‘Majesty’, ainsi baptisée en toute simplicité.
Une poupe aux ailes arrière saillantes la rallonge par rapport aux berlines d’origine, pour en faire une voiture distinguée, disponible en option avec habillage intérieur Prestige, c’est-à-dire dotée de la séparation chauffeur.
Le carrossier développera cette quatre portes sur les mêmes plateformes que celles de ses autres voitures, telles que fournies par Citroën, toujours reconnaissables aux deux tétons de cric apparents sur les longerons.
Un porte-à-faux arrière prononcé impliquera de longs retours de pare-chocs spécifiques.
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