Si, aujourd’hui, plusieurs constructeurs parviennent à décliner plus d’une vingtaine de modèles sur une même base, en faisant simplement du “badging” et un minimum de modifications esthétiques, il n’en était rien lorsqu’on remonte 50 ans en arrière. Mieux, on pouvait carrément tout reprendre de zéro ou presque et diffuser, dans une gamme identique, des voitures qui n’empruntaient rien les unes aux autres.

L’histoire commence en 1966 quand le constructeur turinois remplace sa berline 1500 par la nouvelle 124, un engin aux formes carrées bien dans le style de l’époque. La 124 est un produit bien pensé qui fait appel à des solutions éprouvées : moteur avant et propulsion avec pont rigide. La berline a du succès et se voit attribuer le titre de voiture de l’année en 1967. Malgré tout, la 124 fait modeste et la direction de Fiat va décliner le produit en break, en coupé et en spider.

C’est le cas de la 124 Sport Coupé qui a non seulement sa propre carrosserie, mais n’a conservé de la berline que ses suspensions et son empattement. Tout le reste est nouveau, à commencer par le moteur ! Difficile de faire plus différent de la berline que les coupés et spiders qui en ont été déclinés.

Chez Fiat, on n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, ce qui n’étonnera personne, le phénomène s’étant déjà produit avec la 850 et le Spider assemblé par Bertone. A la différence près que, cette fois, ce n’est pas un carrossier extérieur qui propose au constructeur turinois une nouvelle mouture, mais le Centre de style interne, dirigé par Gianpaolo Boano.

La 124 coupé possède sa propre carrosserie et n’a conservé de la berline que son empattement et ses suspensions.

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Design et Style

Avec sa calandre fine et étirée, ses phares ronds et ses petits clignotants, le coupé 124 reprend des idées stylistiques vues du côté de Maranello. Par contre, avec sa ligne racée et sa grande surface vitrée, la 124 coupé fait de l’œil aux pères de famille qui y voient une automobile à l’air sportif capable de transporter la famille en se donnant bonne conscience.

Quant au dessin de Boano, il s »éloigne à la fois de la berline qu »on aurait peine à retrouver et du cabriolet avec qui il partage cependant un petit air de famille.

Pour le coupé, le dessin de Fiat mêle élégance et sportivité, mais reste malgré tout consensuel. L’avant reprend les gimmicks des GT de Maranello avec une calandre fine et étirée, bordée de phares ronds et de petits clignotants. Le reste est plus original, notamment avec la grande surface vitrée, signe qu’à l’époque, les coupés faisaient rêver les pères de famille. Certains y retrouveront un peu de Maserati Mexico.

En tout cas, si elle rentre un peu dans le rang comparée à son aînée, la sublime Fiat 1500 Coupé (une Ferrari 250 GT Coupé échelle ½), elle présente l’avantage de garder un prix compétitif lui permettant de rencontrer le succès : 14 000 F en prix d’accès, comparés aux 18 500 F d’une Giula GT Junior 1300 aux performances similaires).

L’élégant intérieur des 124 Sport, bien équipé : rétro jour/nuit, aérateurs centraux…

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Motorisation et Performances

Prenez le moteur. Le sage 4 cylindres à cinq paliers et 1.197 cm3 est remplacé par une mécanique bien plus noble. Un double arbre à cames en tête étudié par Aurelio Lampredi. 1.438 cm3 pour une puissance portée à 90 ch DIN, et en prime un joli couple de 11 mkg disponible à partir de 4.000 tr/mn. Une petite merveille qui, soit dit en passant, n »est que le premier d »une longue lignée qui perdurera jusque dans les années 90, la Lancia K Turbo de 1994 étant la dernière à l »utiliser.

Le moteur du coupé (et du spider) n’a rien à voir avec le bloc de la berline et ses 60 ch. Sous le capot, se trouve un moteur 4 cylindres 1,4 l équipé d’un double arbre à cames en tête. Il est accolé avec une boîte 4 rapports ou cinq en option. La puissance s’établit à 90 ch.

C’est l’œuvre d’Aurelio Lampredi, un ancien ingénieur Ferrari. Le moteur se retrouvera notamment sur les Lancia Delta Integrale.

Elle est associée à une boîte 5 sur le cabriolet (cinquième surmultipliée), à une boîte 4 sur le coupé.

Au style et au prix contenu s’ajoute une dernière pièce de choix, le moteur ! Exit le 1.2 L à arbre à cames latéral de la berline et bienvenue au bloc musical du spider, dessiné par Lampredi (un ancien de chez Ferrari, moteur que l’on retrouvera dans les Delta Integrale). Ce bloc de 1.4 L est équipé de 2 arbres à cames en tête et peut être accouplé à une optionnelle boîte 5 vitesses. L’ensemble promet un alléchant 170 km/h grâce à ses 90 ch.

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Les Différentes Séries

Un coupé décliné En 1967, le coupé est une ingénieuse combinaison entre élégance et sportivité. Il sera décliné en 3 séries : les types AC, BC et CC.

Première Série (AC)

La première série, référencée sous le code VIN : ZFA124AC, est lancée au salon automobile de Genève, en même temps que le break. La 124, appelée Sport Coupé rencontre immédiatement un gros succès commercial qui se conclura par 113 000 ventes.

Paradoxalement, le prix de vente serré (14 000 francs) et le gros succès commercial de ce modèle font que ses propriétaires la considèrent comme une voiture commune et la gardent très longtemps. Elle est aujourd’hui extrêmement rare.

La 124 Sport Coupé première série, dites AC. Au style et au prix contenu s’ajoute une dernière pièce de choix, le moteur ! Exit le 1.2 L à arbre à cames latéral de la berline et bienvenue au bloc musical du spider, dessiné par Lampredi (un ancien de chez Ferrari, moteur que l’on retrouvera dans les Delta Integrale).

Deuxième Série (BC)

Vendu beaucoup moins cher que ses concurrents (1.490.000 lires contre 1.695.000 à la Giulia GT Junior notamment), le Sport Coupé rencontre un tel succès qu »il va rapidement évoluer en une deuxième série présentée en novembre 1969 au Salon de Turin.

Dès 1969, au salon de Turin, le coupé - qui a eu du succès - reçoit un profond restylage ; dans un souci d’uniformisation avec la Dino Coupé, la face avant est revisitée : quatre projecteurs, dont deux à iode, sont intégrés dans une grille de calandre qui court sur la largeur de l’auto.

L’arrière reçoit des feux plus larges mais la révolution se situe sous le capot : un bloc de 1,6 l vient épauler le 1,4 l de 90 ch. Il délivre 110 ch pour une vitesse de pointe de 180 km/h.

La planche de bord, qui reçoit une horloge, arbore une teinte mate au lieu du faux bois pour abriter les instruments ; les sièges sont recouverts de tissu en lieu et place du skaï.

C »est à cette même époque que Fiat épaule son Sport Coupé 1400 d »une version 1600 dont la mécanique dérive de celle de la 125 : 110 ch, deux carburateurs double corps à la manœuvre et un rapport volumétrique plus élevé pour une vitesse de pointe qui passe de 170 à 180 km/h.

Fiat vise les familles en ciblant le confort aux dépens de la tenue de route. Avec ses 98 000 exemplaires, cette version "BC" est aujourd’hui la plus recherchée en collection.

Chose assez rare, c’est cette version qui est souvent la préférée des amateurs. Force est de constater que la nouvelle calandre, comprenant deux optiques sur fond de grille courant sur la largeur complète de l’auto, se virilise telle une américaine. Cela se remarque d’autant plus avec le capot plongeant qui fronce le regard sportif de la nouvelle 124 Sport et la rapproche de sa glorieuse sœur Dino Coupé.

L’arrière reçoit des feux plus larges qui, une fois n’est pas coutume, donnent un peu plus de personnalité à l’ensemble. Mais l’évolution ne s’arrête pas là, puisqu’un 1.6 L vient épauler le 1.4 L, promettant 110 ch et une vitesse de pointe de 180 km/h ! Fiat semble par contre définitivement se tourner vers les familles puisque l’auto évolue vers plus de confort, voyant sa tenue de route dégradée.

L’avant est nettement plus agressif que celui de la première phase, et se rapproche de la Fiat Dino Coupé.

Troisième Série (CC)

Trois générations vont se succéder. La troisième et dernière série débute le 27 août 1972.

En août 1972, une troisième génération de la 124 Coupé baptisée CC est présentée ; elle sera commercialisée en janvier 1973. Ce n’est malheureusement pas la plus élégante des évolutions.

Si la carrosserie ne change pas, c’est encore une fois la face avant qui reçoit une calandre en trois éléments avec une partie centrale rectangulaire en relief.

L’arrière est aussi modifié avec un coffre à l’ouverture plus basse. L’intérieur adopte une sellerie velours luxueuse de très haute qualité. Plus de doute, la montée en gamme est assumée.

Esthétiquement, les changements sont discutables mais dans l »air du temps, à ce qu »il semble. La calandre rectangulaire à bords légèrement arrondis est encadrée par des doubles optiques montés sur panneaux séparés. Les pare-chocs sont en trois parties, les bananes équipées d »une protection en caoutchouc.

La face AR reçoit des blocs optiques trapézoïdaux, des pare-chocs plus imposants avec plage horizontale et la porte de malle AR est prolongée jusqu »au plancher, ce qui facilite l »accès au coffre. A l »intérieur, le fond du tableau de bord revêt un habillage métallique et la forme des sièges assure un meilleur maintien lombaire.

Techniquement, l »évolution est encore plus nette. Si, pour l »anecdote, on retiendra le retour de la barre antiroulis à l »AR (Fiat a reconnu son erreur), l »offre mécanique est totalement repensée. Le 1.400 passe d »abord à la trappe. En cinq années d »existence, il n »avait convaincu que 30 % des acheteurs du coupé.

Le 1.608 cm3 est remplacé par le 1.592 cm3 dérivé de la 132. Avec une conséquence d »importance, car il est nettement moins sportif, surtout associé à un unique carburateur double corps, à seules fins de réduire la consommation. La puissance est ainsi abaissée à 104 ch DIN et, bien que la vitesse de pointe soit inchangée, les reprises et les sensations sont plus bourgeoises.

A ses côtés débarque une nouvelle version équipée d »un 1.756 cm3 développant 114 ch, lui aussi alimenté par un seul poumon et produit jusqu »en mars 1976.

La face avant est notablement transformée sur la génération CC en alourdissant l’ensemble. Il n’y aura que 75 000 coupés de troisième série.

En 1972, la 124 évolue une nouvelle fois pour prendre la dénomination CC. Les moteurs suivent la cadence, Fiat reprenant les moteurs de la 132, avec en tête de file un 1.8 L de presque 120 ch. Le look devient plus disco avec une surprenante calandre, façon bouche de carpe affamée. On aime ou pas, elle donne néanmoins une nouvelle personnalité.

L’arrière voit les feux migrer en bord de malle et devenir verticaux, autorisant une malle plus basse pour améliorer le seuil de chargement. La découpe des fenêtres change un peu et continue de donner un aspect plus sportif. Ce qu’elle perd en charme, elle le gagne en modernité, sans devenir désagréable à l’œil pour autant.

Le second restylage est peut-être plus discutable… mais ne manque pas de personnalité ! Notez la migration des feux pour permettre une meilleure ouverture du coffre.

Fin de Course avec SEAT

Le Coupé Fiat se retrouve dans la catégorie des coupés de luxe. Avec des moteurs 1,6 l et 1,8 l provenant de la Fiat 132, le Coupé Sport affiche un prix double de celui de la première série.

En Espagne, la filiale de Fiat, la SEAT produit les séries BC et CC sous le nom de SEAT 124 Sport Coupé pour le marché espagnol. En 1970, il est commercialisé avec le 1,6 l de 110 ch puis, en 1973, c’est la série CC identique à l’original italien qui est commercialisée avec le 1,8 l de 118 ch. 23 611 exemplaires seront vendus.

Tableau Récapitulatif des Séries

Série Années de Production Code VIN Nombre d'Exemplaires Moteurs Particularités
AC 1967-1969 ZFA124AC 113,000 1.4L 90 ch Première série, calandre fine, phares ronds
BC 1969-1972 N/A 98,000 1.4L 90 ch, 1.6L 110 ch Restylage de la face avant, quatre phares
CC 1972-1975 N/A 75,000 1.6L 104 ch, 1.8L 114 ch Calandre en trois parties, feux arrière trapézoïdaux

Conclusion

Produite à 299.686 exemplaires, la Fiat 124 Coupé est une belle réussite, mais la palme revient à la première version et ses 113.000 exemplaires.

Alors, laquelle je préfère ? Difficile à dire. Les trois sont les mêmes et pourtant différentes, mais chacune donne l’impression de posséder un objet exclusif, ancré dans son époque, bien qu’assez bon marché. À l’AC le style pur et fluet, à la BC le look sportif, et à la CC le look disco.

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