Avec la Rodéo 4 et la Rodéo 6, Raoul Teilhol et Renault avaient tenté de répondre à l’offensive Méhari. Dix ans plus tard, l’offre a vieilli et se vend toujours moins que la Citroën. Il devient impératif de penser à un nouveau modèle, stylistiquement plus réussi et à l’allure plus moderne. D’autant que le contrat qui lie les Ateliers de Construction du Livradois (ACL), devenus Teilhol tout simplement en 1978, à Renault n’est pas si rentable que cela.

Depuis 1970, Raoul Teilhol produit des concurrents de la Citroën Méhari appelés Rodéo 4 et 6. Sur ce petit marché des véhicules de plein air à destination d’une double clientèle, professionnelle d’un côté, récréative de l’autre, la Citroën domine de la tête et des épaules, ne laissant que quelques miettes aux Rodéo pourtant badgées du losange et distribuées dans le réseau Renault.

La production auvergnate n’est pas moins bonne que celle des chevrons, mais elle doit composer avec un physique plus ingrat et un total abandon des concessionnaires qui ne font rien pour pousser le produit. La technique reste peu ou proue inchangée : il s’agit d’un châssis de Renault 4, renforcé par des tubes en acier sur lequel est greffé une mécanique bien connue, un 4 cylindres Cléon-Fonte de 1 108 cc et 34 chevaux à carburateur simple corps issu de la R4 GTL.

Les freins sont à tambour à l’avant comme à l’arrière et la voiture peut atteindre les 110 km/h grâce à un poids contenu à 720 kg. Rien de très nouveau sous le soleil du Puy de Dôme, mais la mécanique est éprouvée et amortie, permettant d’obtenir un coût relativement bas pour coller au tarif de sa principale concurrente, la Méhari. La vraie différence doit se jouer sur le design.

Raoul Teilhol fait appel au designer indépendant Robert Broyer, qui a longtemps travaillé chez Renault et à qui l’on doit le dessin de la R12 ou de la R14. L’homme n’est pas rancunier : il avait dessiné en 1969 ce qui aurait dû devenir la Rodéo, mais Renault avait privilégié la petite firme ACL, sous l’amicale pression du ministre des Finances de l’époque, Valéry Giscard d’Estaing, soucieux de pousser les entreprises de son fief électoral.

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Broyer a l’habitude de travailler avec des petites structures comme Teilhol (il vient de dessiner les premières voiturettes de Ligier) et il a quelques idées pour moderniser la Rodéo. Le Véhicule Vert Alpine (VVA) est une étude conjointe du Bérex à Dieppe et du Centre de Style Renault de Rueil-Malmaison. Jean-François Venet, Michel Jardin et Piero Stroppa signent un extérieur s’inspirant du Rancho, mais aux lignes plus modernes.

En novembre 1979, une maquette à l’échelle 1 est présentée, mêlant un profil 5 portes d’un côté, 3 portes de l’autre. Robert Broyer a-t-il participé à ce projet (indépendant depuis 1973, il continue pourtant de travailler occasionnellement pour Renault) ? A-t-il simplement été consulté pour le concept VVA ? Toujours est-il que le dessin qu’il propose à Teilhol a quelques similitudes avec celui du Bérex, notamment ce pilier B teinté si caractéristique. Les panneaux de carrosserie en polyester et polyuréthane injectés sont intégrés à une structure tubulaire (tout comme le pare-brise) qui assure une bonne rigidité à l’ensemble.

Le style est en tout cas beaucoup plus moderne et séduisant que celles des Rodéo 4 et 6. La voiture est présentée en juin 1981 sous le nom de Renault Rodéo 5. Le chiffre fait habilement référence à la R5 alors que le véhicule dérive de la R4, lui donnant un côté plus moderne encore.

Elle se présente en deux versions : Plein Air (un nom qui rappelle l’échec de la R4 Plein Air réalisée par Sinpar pour Renault en 1968) qui se dispense de portes et de vitres, et Quatre Saisons, un modèle plus civilisé. Pour abaisser les coûts, Raoul Teilhol décide de ne proposer qu’une seule teinte par millésime : Orange pour l’année modèle 82, Vert Tilleul pour 83, Ocre Jaune pour 84 et Ivoire pour 85 et 86. Les pare-chocs et le pilier central sont eux teintés en Brun.

Malgré l’intérêt de la Rodéo 5, la voiture subit les mêmes problèmes que les 4 et 6 précédentes : le réseau ne sait pas comment vendre le modèle. Les particuliers s’orientent vers le Rancho, plus cher mais plus valorisant, tandis que les professionnels privilégient encore la Méhari, ou de vrais utilitaires. Même la concurrente Citroën a du mal sur ce marché : en 1981 elle ne se vend plus qu’à 4 833 exemplaires. La Rodéo 5 est un beau produit, mais la niche espérée n’existe quasiment plus.

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Pour essayer de dynamiser la gamme, Teilhol propose à partir de l’été 1983 une option 4×4 développée par Sinpar (qui restera confidentielle, une centaine d’exemplaires) et déclinée en 1984 en une série spéciale appelée Hoggar (de couleur ivoire). Un malheur n’arrivant jamais seul, le partenariat avec Renault commence à battre de l’aile.

La situation financière de la Régie se dégrade sans cesse, et l’entreprise se retrouve dans une situation délicate. En cette année 1986, elle revoit un à un tous ses contrats et n’estime pas nécessaire de conserver cette gamme outdoor réalisée par un prestataire extérieur. Elle rompt donc le contrat qui la lie à Teilhol qui doit stopper la production de la Rodéo 5 en octobre 1986.

La situation de la petite entreprise, déjà pas très brillante (et plombée par des diversifications dans la voiturette électrique), devient intenable et elle doit déposer le bilan. Ce que nous apprend l’histoire de la Rodéo 5, c’est que la Méhari aura créé de toute pièce un marché éphémère, vulgairement appelé « voiture de plage », sur lequel de nombreuses entreprises se casseront les dents.

L’âge d’or des années 70 passé, il faut se rendre à l’évidence : il n’y a plus de clientèle désireuse d’investir dans ces voitures rustiques et peu confortables. Les chiffres de la Méhari le prouvent : 3 349 exemplaires vendus en 1983, 2 654 en 1984, 1 882 en 1985 et 669 en 1986.

On ne dispose pas de chiffres pour la Rodéo 5, tout juste une estimation totale depuis 1970 (comprenant donc les Rodéo 4 et 6) de 60 000 véhicules.

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Ventes de la Citroën Méhari (1983-1986)

Année Exemplaires vendus
1983 3 349
1984 2 654
1985 1 882
1986 669

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