50 ans de Ford Capri : au cours de cinq décennies, cette gamme a réussi l’exploit de mûrir, sans perdre de son charme ni de sa tension, de populaire voiture de sport pour le quotidien accessible à chacun en une classique recherchée. Tel est le bois dans lequel la Capri est sculptée. Avec ses formes enivrantes, elle a suscité des désirs et des rêves que l’on pouvait encore exaucer lorsque l’on se réveillait. Des rêves pragmatiques, tout simplement.

… Tel était l’intitulé d’un communiqué de presse mettant les médias dans l’ambiance pour la première génération de la Capri : La forme, la taille et les performances de cette voiture fusionnent en une notion inédite de sportivité. En effet, la Capri n’est pas un compromis entre voiture de sport et familiale, tout comme elle n’est pas non plus une berline revisitée. Pour faire simple, il s’agit d’un coupé fastback de taille moyenne à la forme extrêmement séduisante et sportive. Et pourtant, mesurée à l’aune des standards des voitures de sport, elle est des plus spacieuses - elle offre de la place pour quatre personnes et leurs bagages - et a cependant beaucoup des propriétés qui distinguent une véritable voiture de sport.

Les Origines et l'Inspiration Américaine

Qui l’a « inventée » ? Le styliste américain Philip T. Les lignes étirées de ce patrimoine culturel automobile, ses surfaces et ses contours d’une grande clarté n’étaient absolument pas le fruit de la créativité allemande. C’est bien au contraire le designer américain Philip T. Clark, celui même qui a aussi créé la voiture culte qu’est la Mustang, qui peut revendiquer sa paternité.

En ce sens, la Capri ne faisait que transposer à l’échelle européenne la recette américaine de la Ford Mustang, née en 1964. Elle croisait le fer avec la très populaire Fiat 124 Sport Coupé (1967) et l’Opel Manta (1970). Un an plus tard arrivait le duo des Renault 15 et 17, suivi de la Volkswagen Scirocco en 1974. Des véhicules valorisants mais bon marché, produits à des centaines de milliers d’exemplaires et devenus des pièces de collection aujourd’hui.

Après des études de marché détaillées, les planificateurs de ce modèle tablaient sur une proportion très supérieure à la moyenne de jeunes acheteurs âgés de 18 à 29 ans. Les spécialistes du marketing n’ont naturellement pas omis non plus de faire craquer les tempes grises pour ce coupé sportif.

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Au milieu des années 1960, chez Ford comme chez General Motors, son principal concurrent (tant sur le marché américain qu’au niveau mondial), les modèles qui sortent des usines américaines du groupe ont souvent une forte influence, sur le plan esthétique en tout cas, sur les modèles qui sortent des usines européennes du groupe.

Lancement et Premières Années (1969-1974)

La nouvelle auto a fêté sa première internationale devant le grand public au Salon de l’automobile de Bruxelles en janvier 1969. En février 1969, enfin, au prix de 8585 francs, la Capri est descendue dans l’arène, là où l’on remporte des succès et essuie des défaites : les salons d’exposition des concessionnaires, le marché suisse. Au fait, à l’origine, la Capri aurait dû s’appeler Colt.

La première année, Ford Suisse a vendu 4164 coupés de production anglaise pour l’AELE. En raison de la forte demande, le temps a manqué pour corriger les vices de qualité. C’est pourquoi, à partir de 1970, les coupés vinrent de Sarrelouis.

Capri 1300, Capri 1500, Capri 1700 GT, Capri 2000, Capri 2300 GT : lors de sa commercialisation, on avait le choix entre plusieurs variantes de modèles - jusqu’à 1,7 l de cylindrée pour le V4, plus pour le V6 . Les connaisseurs identifient tout simplement les six-cylindres à leur « bosse de dromadaire », un bossage sur le capot trahissant la présence du gros moteur. La plage de puissance respective allait du chiffre plutôt modeste de 50 à 108 chevaux - une valeur respectable à cette époque.

À cette époque-là déjà, ambitions sportives et boîte automatique ne constituaient pas une contradiction pour Ford. De plus, à cette époque-là déjà, la Ford Capri revendiquait un statut d’Européenne moderne.

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En un très bref laps de temps, la voiture aux racines colonaises a fait chavirer le cœur de son groupe cible, puisque, dès le Salon international de l’automobile de Francfort/M (IAA), en 1969, Ford pouvait annoncer fièrement: entre-temps, environ 75 000 Capri ont été fabriquées à Cologne. Et ce n’était pas fini.

Évolution et la Capri II (1974-1978)

Mais, avant cette date, diverses modifications et mesures de restylage avaient encore revalorisé la série. Une brise de fraîcheur avait aussi encore soufflé sur le programme de motorisations.

Avec la Capri II tout récemment présentée, les ingénieurs de Ford ont administré la preuve que même un best-seller pouvait encore être amélioré, a annoncé Ford au moment de la commercialisation de la deuxième génération en 1974. La gamme est la perpétuation moderne de l’idée de la Capri, un exemple de raison dans cette catégorie sportive-fonctionnelle … plus élégante, plus sûre, plus confortable et, cerise sur le gâteau, plus pratique que sa devancière plébiscitée dont plus d’un million d’exemplaires ont été construits en cinq ans et vendus dans le monde entier.

Diane, la déesse de la chasse, n’avait pas vraiment choisi le meilleur moment pour tirer une flèche dans le cœur de ses clients possibles sous la forme de la Ford Capri II (nom de projet : „Diana“) en février 1974.

Le caractère cool de la première génération de Ford Capri, son langage formel et ses proportions sont restés préservés par les mesures d’évolution : long capot moteur, basses lignes de toit et de ceinture, croupe courte et craquante - ce furent aussi des caractéristiques de la Ford Capri II.

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Pour l’aménagement de l’intérieur aussi, dont Ford Angleterre avait assumé la responsabilité, designers et ergonomistes avaient travaillé main dans la main et lissé visuellement, au diapason des formes extérieures, le cockpit et le tableau de bord.

Sur le plan technique, la Ford Capri II était également montée en gamme. Les trains roulants avaient, en prime, tiré le meilleur profit des expériences faites avec la première génération de modèles : Un train arrière à la voie plus large ainsi que des tarages revus et corrigés pour les ressorts et les amortisseurs amélioraient non seulement la tenue de route, mais aussi l’agrément de conduite.

Le programme de motorisations de la deuxième génération de la Capri était pratiquement identique à celui de la première. Les niveaux suivants dans la hiérarchie de la puissance étaient les motorisations bien connues et polyvalentes de 1,6 l développant 68, 72 et 88 ch, tandis que la 2600 GT disparaissait du programme.

Pour la deuxième génération de la Capri aussi, les ingénieurs de Ford se virent prescrire au cahier des charges l’aptitude au quotidien. Logiquement, une suspension plus souple améliorait le confort de conduite, tandis que de plus grandes surfaces vitrées garantissaient une meilleure visibilité générale et qu’un hayon de plus grandes dimensions remplaçait l’ancien petit couvercle de malle.

En mai 1976, le constructeur a complètement revu et corrigé la gamme de modèles pour la Ford Capri II. Hormis les modifications apportées à la structure d’équipement et aux détails de l’aménagement intérieur, un moteur V6 de 2,0 l développant 90 ch remplaça son homologue de 1600 cm³ et 88 ch, une décision qui fit l’unanimité.

Pour remplacer l’ancienne variante GT, Ford lance, en mai 1976, la Capri S, selon le constructeur une sportive performante avec le caractère raisonnable d’une Ford et sans les moindres fioritures, qui, avec son V6 de trois litres, est capable de faire la nique à des coupés à six-cylindres deux fois plus onéreux : Accélération de 0 à 100 km/h en 8,9 secondes, vitesse maxi 198 km/h.

Une auto avec un tel charisme était prédestinée pour des éditions spéciales et le tuning - ce dont l’on fit, d’ailleurs, richement usage. Ainsi, par exemple, Ford commercialisa-t-il en 1975 une série spéciale « John Player Special », vite surnommée « JPS » par les initiés de la Ford Capri, qui reprenait la livrée noire et or des Lotus monoplaces de Formule 1 de cette époque.

Sur le marché américain, la Ford Capri s’est également sentie chez elle dès sa première génération. Sur les terres de sa cousine américaine la Ford Mustang, où la vitesse est certes limitée, mais les possibilités en revanche, illimitées, la Capri s’est imposée souverainement et, un certain temps, a été promue deuxième meilleur modèle d’importation derrière la VW Coccinelle. Grâce à quoi la deuxième génération de la Ford Capri a pu administrer la preuve, noir sur blanc, qu’elle avait perpétué le succès de la première génération.

Quelle que soit la gloire, pour les héros de la locomotion motorisée aussi, vient un jour le moment de céder la place à un successeur. Pour la Ford Capri II, ce fut en 1976.

La Troisième Génération (1978-1986)

La troisième et dernière génération de la Ford Capri a été présentée au grand public en mars 1978 et affichait fièrement une partie avant complètement redessinée avec phares doubles à halogène et un capot proéminent à aileron intégré. Comme la calandre à lamelles mobiles occultant le radiateur, cette technologie était issue de l’étude « Modular Aerodynamic » à la proue « Droop-Snout » que Ford avait présentée au Salon de l’auto de Genève 1976 en tant que modèle annonciateur de la Capri III.

Une autre nouveauté était le pare-chocs se terminant à hauteur de l’arche de roue.

Les ingénieurs s’étaient aussi penchés attentivement sur le châssis de la Ford Capri III, ainsi que Ford le déclara dans un communiqué de presse à la mi-1977 : Le châssis de la Ford Capri, testé avec succès en compétition, est conçu pour offrir une puissance moteur enthousiasmante et des vitesses élevées. Il consiste en un train avant à jambes élastiques guidé par des bras transversaux et rigidifié à titre additionnel par une barre stabilisatrice transversale. Le guidage des roues arrière est assuré par un train arrière à voie et carrossage constants qui - nouveauté - est optimisé par des amortisseurs à gaz pour toutes les versions de la Capri. En combinaison avec une barre stabilisatrice transversale, on bénéficie d’un net gain de sécurité de conduite, de tenue de route et de stabilité en virage.

Le moteur de base de 1,3 l a été sacrifié sur l’autel de la sportivité à laquelle est dédiée la Ford Capri III. La palette de moteurs élaguée se composait désormais de deux quatre-cylindres en ligne de 1,6 l ainsi que de trois moteurs V6 de 2,0, 2,3 et 3,0 litres de cylindrée dont la plage de puissance allait de 68 à 138 ch.

Un véritable pétard à mèche courte est venu rejoindre, en 1981, la bande des excitées : la Ford Capri 2,8 Injection. Il s’agissait en l’occurrence d’une création de l’équipe « Special Vehicle Engineering ». Le couple, généreux, était développé par un inédit V6 de 2,8 l à injection qui transformait la puissance flatteuse de 160 ch en un concentré de dynamique et de sensations de conduite. En plus d’une vitesse maxi de 210 km/h, l’« Injection » exécutait la formalité du 0 à 100 km/h en tout juste huit secondes.

« Allez, encore une » se sont sans doute dit les spécialistes du marketing quand, toujours en 1981 (en juillet), ils ont porté sur les fonts baptismaux la Ford Capri Turbo dans une édition limitée à 200 exemplaires. Extérieurement, la « Turbo » se distinguait de ses sœurs plus paisibles par une monte pneumatique musclée de 235 mm sous des élargisseurs d’aile au profil aérodynamique ainsi que par un aileron avant et un becquet arrière destinés à générer l’appui indispensable.

En août 1981, la 2,8 Injection a été « dé-limitée » pour intégrer le programme normal, les variantes V6 de 2 et de 3 l partant quant à eux à la retraite.

En 1983, la palette des motorisations a à nouveau été modernisée. Le nouveau billet d’accès au monde de la Ford Capri fut désormais la 2,0 GT à moteur à quatre cylindres de 101 ch, la meilleure proposition était le 2,3 S de 114 ch, au-dessus desquels trônait la « super-Capri » 2,8 Injection.

Fin de Production et Héritage

Au total, environ 1,9 million d’exemplaires de Ford Capri auront été fabriqués - un chapitre au succès exemplaire de l’histoire de l’automobile européenne.

Si la carrière de la Ford Capri s’est arrêtée en 1986 en Europe, son nom a repris du service en 1989 pour désigner un petit cabriolet diffusé jusqu’en 1994 en Australie et aux États-Unis. Quoi qu’il en soit, cela fait un bail. Et toute la question pour Ford est de savoir quelle empreinte la Capri a laissée sur notre mémoire collective.

La Renaissance Électrique : Ford Capri en 2024

Avez-vous remarqué que les constructeurs d’automobiles ont tendance à invoquer l’esprit d’anciens modèles à succès, pour mieux vendre leurs électriques ultramodernes ? C’est le directeur du marketing de Renault qui explique le mieux ce phénomène : « L’objectif est de parvenir à vendre une voiture sur l’émotion plutôt que sur la seule fonction », résume Arnaud Belloni.

A son tour, Ford se résigne à employer ce procédé mercatique cousu de fil blanc. Ainsi lorsque son SUV électrique Ford Explorer s’habille d’une carrosserie mieux profilée qualifiée de « crossover sportif », il devient Ford Capri. Cette appellation était en usage en Europe de 1969 à 1986, pour désigner un coupé à la silhouette basse et ramassée, qui sacrifiait l’espace aux places arrière sur l’autel du style et de la sportivité. Pas grand-chose à voir, donc, avec la nouvelle Capri, une cinq-portes haute sur pattes au pavillon vaguement surbaissé. Ce que les pros de mercatique appellent un « crossover coupé ».

C’est à l’attention de ces défenseurs de la tradition, que le directeur du design de Ford Europe a élaboré un scénario plutôt probant, qui fait du crossover Capri de 2024 l’aboutissement logique de la lignée entamée en 1969. « Au commencement de nos travaux, nous nous sommes demandé comment la silhouette de la Capri aurait évolué après 1986, si Ford l’avait maintenue à son catalogue sans discontinuer », raconte Amko Leenarts. Il a donc mis son équipe au défi de dessiner une carrosserie par décennie, comme autant de jalons. A l’en croire, « il paraît évident que la Capri aurait suivi les évolutions de la mode, pour passer insensiblement de la silhouette basse du coupé traditionnel à celle, plus haute et massive, du véhicule de loisirs ».

Le résultat final s’étale sous vos yeux. Cette nouvelle Ford Capri est au Ford Explorer ce que l’ID.5 est au Volkswagen ID.4. Ou encore, ce que l’Audi Sportback et le Volvo C40 sont respectivement au Q4 e-tron et au EX40. Autrement dit, l’expression d’une mode assez peu rationnelle, qui consiste à raboter le pavillon d’un véhicule, tout en augmentant son empreinte au sol, pour réduire l’espace dévolu à ses passagers. Un pur caprice de style, donc, qu’Amko Leenarts espère rendre irrésistible en saupoudrant l’ensemble de références aux Capri d’antan.

De toute évidence, la découpe du panneau de custode évoque la vitre en ellipse du modèle originel. Quant à l’esquisse de quatre phares circulaires enchâssés dans une calandre noire, elle rend hommage à la variante à hautes performances, née Capri 2600 RS en 1970.

Preuve que la Ford Capri n’a rien de passéiste, sa planche de bord est celle de l’Explorer, la plus moderne de toutes les Ford. Elle se caractérise par un dessin qui - à l’exception de quelques commandes - gomme presque tout lien de parenté avec Volkswagen. Car ce dernier fournit la plateforme de l’Explorer et de la Capri, moteurs et batteries compris. Le tout étant assemblé chez Ford, à Cologne, pour produire l’Explorer et la Capri sur les mêmes chaînes.

L'Héritage du Nom Capri

Cette Ford aurait dû s’appeler Colt (le poulain), dans la veine équestre des Mustang, Maverick et Pinto. Mais le nom avait été déposé par Mitsubishi. La légende (infondée, écrivait l’historien Jeremy Walton en 1979) veut que le grand patron Henry Ford ait suggéré le nom de l’île de Capri, où il aimait séjourner. En vérité, le constructeur a choisi en novembre 1967 de réutiliser une appellation brièvement employée entre 1952 et 1959 pour désigner une Lincoln, puis une variante à deux portes de la Ford Consul Classic anglaise (1961-64).

Depuis l’entre-deux-guerres, le constructeur avait pour coutume de choisir des noms de lieux : Taunus, Eifel et Köln pour les Ford produites en Allemagne ; Cortina, Capri et Granada pour les Ford anglaises. Ces voitures étaient si populaires que la signification de leur nom finissait par s’estomper.

Résumé des Générations de Ford Capri

Voici un tableau récapitulatif des trois générations de Ford Capri :

Génération Années de Production Caractéristiques Principales
Capri I 1969-1974 Inspirée de la Mustang, large gamme de moteurs, versions L, X, R
Capri II 1974-1978 Hayon arrière, confort amélioré, Capri S
Capri III 1978-1986 Face avant redessinée, Capri 2.8 Injection, Capri Turbo

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