Alors que les années 70 avançaient, les ambitions de Ford dans le segment des véhicules compacts semblaient enfler. En effet, si la mission de la Maverick, lancée pour le millésime 1970, était de battre la Volkswagen Beetle, celle de la Granada 1975 sera de concurrencer… Mercedes-Benz, rien de moins!

Les Origines de la Plateforme

C’est Robert McNamara, alors directeur général de la marque Ford, qui pousse dès 1957 pour la conception d’un modèle compact, capable d’endiguer le succès de Volkswagen en Amérique du Nord. Il veut un véhicule simple, pas cher et pouvant transporter 6 personnes. Pour réduire les coûts de matériaux, les ingénieurs conçoivent une structure monocoque solide et facile à fabriquer, un choix original à une époque où l’essentiel des autos repose sur un châssis séparé. Ford développe aussi pour ce modèle un tout nouveau 6 cylindres en ligne de 144 pouces cubes (2,4 litres).

La Falcon est lancée pour le millésime 1960 et rencontrera un grand succès commercial. McNamara quitte Ford le 1er janvier 1961 pour prendre le poste de secrétaire à la Défense du gouvernement Kennedy. C’est un autre personnage important de l’histoire de Ford qui va faire évoluer la Falcon et voir le potentiel de sa plateforme : Lee Iacocca. C’est lui qui demande des versions mieux équipées, de plus gros moteurs (dont des V8) et des variantes sportives. Lorsqu’il s’agit de développer la Mustang, il choisit la plateforme de la Falcon.

À l’instar de la Mustang, les intermédiaires Fairlane (de 1962 à 1970) et Torino (de 1968 à 1971) reposent également sur la structure de la Falcon. C’est sans surprise que sa remplaçante, la Maverick (présentée en avril 1969 pour l’année modèle 1970), reprend de nouveau les mêmes soubassements, histoire de limiter les coûts. Avec 2,1 millions d’exemplaires produits jusqu’en 1977, l’auto va s’avérer encore une fois un joli succès commercial pour Ford (sans compter les 476 000 Mercury Comet).

La Genèse de la Granada

Alors que la Maverick vient tout juste d’être présentée, les planificateurs de Ford commencent déjà à travailler sur sa remplaçante à partir d’octobre 1969. Ils observent une nouvelle tendance avec l’émergence de marques comme Mercedes-Benz, BMW ou Volvo : les compactes de luxe. Jusque-là, parce que nous sommes en Amérique du Nord et que « bigger is better », une voiture de luxe était forcément grosse. Mais l’arrivée des modèles européens commence à changer la donne.

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Ce sont des véhicules plus petits, mais correctement équipés et offerts à des tarifs plus élevés. Pour Ford, c’est l’opportunité de proposer des modèles compacts mais réalisant des marges plus importantes. Et c’est exactement le genre de concept qui plaît à Iacocca. Un véhicule de référence est choisi : la Mercedes-Benz 280 sur la plateforme W114 présentée en 1968, qui est en quelque sorte l’ancêtre de la Classe E actuelle. Le développement technique commence au milieu de 1970. Bien évidemment, pas question de concevoir un tout nouveau châssis. Celui de la Maverick 4 portes fera l’affaire, d’autant que son empattement est proche de celui de la berline à l’étoile (2,79 m pour la Ford contre 2,75 m pour la Mercedes).

Lee Iacocca suit personnellement l’avancement du projet. Le style est lui aussi fortement influencé par Mercedes-Benz. Iacocca insiste pour que tout soit fait pour que l’auto ait l’air chère. La calandre arbore une ornementation spécifique à la Granada mais pas le logo ovale bleu de Ford (le nom de la marque n’apparaît qu’en lettres). Seul le coupé semble plus américain avec une petite vitre (dite opéra) dans le montant arrière.

Caractéristiques Techniques et Finitions

Par contre, pour ce qui est des trains roulants, on est loin de la sophistication d’une Mercedes. Les 6 cylindres en ligne 200 pc (3,3 litres, non disponible au Canada en 1975 et 1976) et 250 pc (4,1 litres) viennent en ligne directe du 144 pc de la Falcon 1960, alors que les V8 Windsor de 302 pc (4,9 litres) et 351 pc (5,8 litres) sont étouffés par les systèmes de dépollution. La boîte de vitesses de série est une manuelle 3 rapports (sauf sur le 351 pc) tandis qu’une automatique Cruise-O-Matic à 3 rapports est optionnelle. Côté trains roulants, on retrouve une suspension indépendante à l’avant avec des bras de longueurs inégales et essieu rigide monté sur des ressorts à lames à l’arrière tandis que la direction est à recirculation de billes. Les freins sont à disque à l’avant et à tambour à l’arrière alors que les pneus sont radiaux.

Au lancement américain, seuls deux niveaux de finition sont proposés : de base et Ghia (nom d’un carrossier italien racheté par Ford en 1970). La version de base vient de série avec encadrements de vitres chromés, sièges baquets en vinyle, tapis de 12 onces, tableau de bord avec appliques en simili-noyer, boîte à gants verrouillable, tapis de coffre, allume-cigare et deux cendriers arrière (c’est important en 1975!). La version Ghia reçoit quant à elle toit en vinyle, moulures latérales avec bandes de vinyle, garnitures intérieures de luxe, tapis de 22 onces, volant de luxe, rétroviseur jour/nuit, montre à quartz numérique, garnitures extérieures et enjoliveurs distinctifs ainsi qu’une meilleure insonorisation.

Les options ne manquent pas, et certaines ne sont pas habituelles dans ce segment : ensemble Décor intérieur, sellerie en cuir (Ghia), climatisation, dégivrage arrière électrique, toit en vinyle, toit ouvrant électrique, freins et direction assistés, roues en aluminium, 4 types de radios, volant en cuir, vitres teintées, vitres électriques, porte-bagages sur le couvercle de coffre ainsi que différentes moulures extérieures.

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La Granada, comme la Monarch, est produite dans deux usines : Mahwah dans le New Jersey et Wayne dans le Michigan. L’accueil de la presse est mitigé. D’un côté, elle salue l’idée d’amener du luxe dans le segment des compactes, spécialement après le premier choc pétrolier d’octobre 1973 (qui permettra à la Maverick, que devait remplacer la Granada, de tenir jusqu’à la fin du millésime 1977). De l’autre, les prestations routières, les performances et l’économie d’essence n’impressionnent guère.

Publicité et Réception

Si la Mercedes-Benz 280 W114 a été utilisée comme véhicule référence, la publicité de Ford va comparer sa compacte avec les modèles germaniques jusqu’à l’obsession. La thématique est toujours la même : elle ressemble à une Mercedes mais elle coûte beaucoup moins cher! Et Ford appuie fort en comparant la Granada non pas à une W114 mais plutôt à une Classe S W116 ou une SLC C107. L’idée, c’est que vos voisins confondent l’américaine avec l’allemande.

Il existe une variante tout aussi farfelue pour le lancement en 1975 : la Granada coûte le prix d’une Golf mais ressemble à une Cadillac Seville, plus de trois fois plus chère. Un argument de vente massue apparemment… Est-ce la qualité de la communication, le positionnement astucieux de l’auto ou simplement le désespoir post-crise pétrolière des acheteurs, toujours est-il que le duo Granada/Monarch réalise un excellent démarrage avec plus de 400 000 exemplaires produits pour le millésime 1975.

Évolutions et Déclin

Les changements sont limités pour 1976 et visent surtout à réduire la consommation d’essence et améliorer le confort. Le nouvel ensemble Décor de luxe rehausse l’équipement et les garnitures intérieures, ajoute les roues en aluminium et permet d’avoir accès à une peinture deux tons (uniquement sur la Ghia 4 portes). Les ventes augmentent de plus de 46%!

L’année modèle 1978 apporte un lot d’évolutions significatives. Esthétiquement, la calandre est revue et intègre maintenant des phares rectangulaires, les feux arrière sont redessinés tandis que la vitre arrière des coupés incorpore une séparation. Techniquement, les blocs 200 et 351 pc disparaissent. Cependant, la principale nouveauté est l’apparition d’un troisième niveau de finition à tendance plus « sportive » baptisé ESS (European Sport Sedan), disponible en 2 et 4 portes.

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Malgré tout cela, la production baisse de 34,2%. La raison principale est la concurrence interne des remplaçantes des Maverick/Comet, les Ford Fairmont et Mercury Zephyr qui reposent sur la toute nouvelle plateforme Fox (qui servira également de base à la Mustang 1979). Nettement plus modernes, ces dernières réalisent un démarrage canon avec plus de 600 000 exemplaires fabriqués la première année.

À partir de là, les modifications sont mineures pour les millésimes 1979 et 1980. Les ventes dévissent : -24,4% en 1979 et -53,2% en 1980. La faute est en partie attribuée au second choc pétrolier. Si la Granada était jugée plus ou moins économique en 1975, ce n’est plus le cas au début de la nouvelle décennie.

La Fin d'une Ère

La Granada est remplacée par une seconde génération en 1981 alors que la Zephyr devient Cougar dans un tour de passe-passe un peu compliqué qu’il faudra raconter une autre fois. Ces modèles sonnent enfin le glas pour le châssis de la Falcon car ils reposent sur la plateforme Fox. Leur carrière sera de courte durée, seulement deux ans.

Ford Granada Coupé : Revenir à l’Essentiel de l’Automobile

La Granada Coupé, c’est l’audace de Ford de proposer, entre 1972 et 1994, une berline statutaire déclinée en une élégante version deux portes.

  • Première génération : 1972-1977
  • Seconde génération : 1977-1985
Côté gabarit, on a affaire à une belle bête. Entre 4,57 m et 4,65 m de long, 1,80 m de large : le stationnement en centre-ville n’est pas sa tasse de thé, mais c’est une invitation à la balade. Confort : suspensions souples, sièges moelleux, planche de bord rectiligne. Look : longue ligne de toit fuyante, grandes portes, détails chromés, jantes classiques. Bref, la Ford Granada Coupé n’a pas volé son surnom de « GT populaire ».

Quel prix pour une Ford Granada Coupé en 2024 ?

Comparatif de prix réels pour Ford Granada Coupé d’occasion en 2024. À noter : les tarifs varient selon l’authenticité du modèle, son historique et les restaurations engagées. Pour vous faire une idée : un modèle sain, non restauré mais roulant, débute autour de 12 000 à 15 000 €. Les finitions Ghia, V6 ou exemplaires « sortie de grange » mais complets tirent facilement vers les 20 000-30 000 €.

Entretien d’une Ford Granada Coupé : Mode d’Emploi d’un Quotidien Zen

Franchement ? Pas de panique : à condition de respecter deux principes de base : anticipation et soin régulier.
Vidange moteur (huile + filtre : 10 à 40 € selon qualité) : tous les 5 000 km ou chaque année, impératif !
Réglage carburation & allumage : le cœur du plaisir sur ces anciennes ! Tous les 10 000-15 000 km.
Révision complète (diagnostic, vérifs, silent-blocs, freins, etc.

Points Faibles à Surveiller

  • Corrosion : le mal des anciennes Ford. Un conseil : lors de l’achat ou à la révision, passez chaque recoin méticuleusement. Les bas de caisse, intérieurs d’ailes, support de cric, et plancher de coffre doivent être nickels ou réparés proprement.
  • Électricité : rien de dramatique, mais les contacts vieillissent, les relais peuvent capricer.
  • Refroidissement : radiateurs, durites, pompe à eau : si la température s’emballe, c’est le signe d’un entretien à faire, ou d’une pièce fatiguée.
  • Enfin, les joints caoutchouc : avec les années, ils craquellent, ce qui peut causer des infiltrations d’eau ou des bruits de vent.

Conseils d’Achat et Restauration : S’Entourer et S’Informer

  • Inspecter la coque : la mécanique se refait, la tôle mangée par la rouille… c’est une autre histoire et un budget à prévoir.
  • Restaurer peu à peu : l’idéal reste de rouler tout en améliorant l’auto par petites étapes : freins, suspensions, puis sellerie, électricité, etc.

Ne vous découragez pas : la Ford Granada Coupé profite d’un excellent support “enthousiastes” en Angleterre et en Allemagne notamment. Nombreux sont les sites spécialisés qui proposent refabrications et NOS (new old stock) : silent-blocs, rotules, optiques, enjoliveurs, boutons, etc. En revanche, pour certains éléments de carrosserie ou sellerie, préparez-vous à chasser la bonne affaire dans les bourses d’échange ou à fouiller les petites annonces d’Europe entière.

Pourquoi la Ford Granada Coupé a (Toujours) la Cote auprès des Passionnés

  • Ligne intemporelle : une silhouette fluide, élégante, à la fois statutaire et discrète.
  • Conduite à l’ancienne : pas d’assistances envahissantes.
  • Cohésion communautaire : les propriétaires s’échangent astuces et bons plans avec générosité.
  • Patrimoine : rouler en Granada Coupé, c’est faire vivre une page méconnue de l’histoire auto franco-européenne.

Tableau des Motorisations

Moteur Cylindrée Puissance
6 cylindres en ligne 3,3 litres Non disponible au Canada en 1975 et 1976
6 cylindres en ligne 4,1 litres N/A
V8 Windsor 4,9 litres N/A
V8 Windsor 5,8 litres N/A

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