Août 1944. Les soldats allemands fuient Paris en direction de l'est. Dans ce contexte de débâcle allemande, Frédéric Noëllet, comptable parisien résidant aux Pavillons-sous-Bois, consigne ses observations dans un carnet intitulé « le Repli élastique ». Ce témoignage poignant, précieusement conservé par sa petite-fille Eliane, devrait rejoindre les archives du musée Carnavalet, à Paris.
Le Repli Allemand vu par Frédéric Noëllet
Du 12 août au 28 septembre, Frédéric Noëllet relate les journées incroyables de la Libération, le long de la route nationale 3, traversant l'actuel département de Seine-Saint-Denis d'ouest en est. Son écriture soignée offre un regard unique sur cette période tumultueuse.
Extraits du Carnet « Le Repli élastique »
- Samedi 12 août : « De la fourche des Pavillons-sous-Bois à l'église de Pantin (les trains ne marchent pas) j'ai compté sur la route allant vers l'Ouest six camions allemands plus un de la Croix-Rouge, et allant vers l'Est trente-huit camions, quatre de la Croix-Rouge, trois voitures à chevaux et deux camions en panne [...] ».
- Lundi 14 août : « Pour revenir de Paris, huit heures de poireau à la gare de l'Est pour prendre un train à 22 h 15, descendre à Bondy, arriver à la maison à 23 h 15. Sur la route nationale les voitures allemandes se dirigent toujours vers l'Est. »
- Jeudi 17 août : « [...] Les voitures des Frisés (NDLR : surnom péjoratif donné aux Allemands) en mettent un coup vers l'Est. Le soir au retour, la gare de l'Est est fermée aux civils français. Retour à pied. 15 km. »
- Vendredi 18 août : « J'ai remis ça à pied, aller et retour. [...] Vers 18 h 30 dans l'abri de la TCRP (NDLR : ancien nom de la RATP) où je m'étais assis pour me reposer et en rouler une, à l'arrêt de la Folie sur la nationale, j'ai essuyé par-derrière un coup de fusil d'un soldat allemand. Au travail à pied. [...] Cela devient intenable. Je demande à prendre mes vacances que je n'ai jamais prises depuis 1940. Au retour, vers 14 h 15, la mitraillade qui s'était un peu calmée reprend aux Halles. Impossible de rentrer aux Pavillons. Je vais dormir rue des Francs-Bourgeois . »
- Dimanche 20 août : « La matinée paraît calme. Vers 9 heures, départ pour les Pavillons-sous-Bois. Pour éviter les grandes artères et le voisinage avec les camions allemands je me propose de suivre le canal. Place de la République il y a eu un peu de casse. Les Fritz sont derrière leurs pièces et nous dévisagent d'un air peu affable. J'allonge le pas en serrant le c... Je longe le canal jusqu'à la hauteur de l'église de Pantin. Les Grands Moulins ont été incendiés la veille. [...] Ai repris le bord du canal jusqu'à la Grande Ceinture (NDLR : ligne de chemin de fer). Là, voyant des barbelés, je m'arrête. Un soldat fritz en sentinelle de l'autre côté de l'eau me fait signe de ne pas passer et me crie en français « Fermé ! » Je comprends très vite, surtout quand mon interlocuteur a un Mauser dans les pognes. Pourtant cela ne me dit rien la route nationale, car ça claque depuis un moment. Enfin ça se calme. Je passe ma tête derrière un mur et je vois quelques personnes sur la route. [...] Au moment de m'engager sur le pont du chemin de fer de Grande Ceinture, une salve crépite et je vois à une centaine de mètres derrière moi une femme à terre qui crie. En allongeant le pas je longe le petit marché pour rejoindre le canal. Arrivé au pont Pasteur, vu encore des Fritz. Obliqué à droite par un petit chemin vers la route nationale où une rangée de Fritz, l'arme au poing, barre et surveille la route. Je continue à serrer le t... du c.. et passe entre eux sans accroc jusqu'à la Fourche des Pavillons-sous-Bois. Là encore il y a des Fritz. Je m'arrête au bureau de tabac où je m'en mets un derrière la cravate. Le vin blanc, ça calme l'émotion. Puis par le canal, retour à la maison sans avarie... Et voilà !
- Dimanche 27 août : « Vers 19 heures, arrivée des Américains qui passent allée Monthyon en direction d'Aulnay-sous-Bois. Court arrêt d'une demi-heure. La voiture 4 249 125 S avait pour mascotte un superbe coq roux, souvenir de Cherbourg.
La Libération de la Seine-Saint-Denis
Il y a soixante-dix ans, les villes de l'actuelle Seine-Saint-Denis, dans l'ombre de leur grande sœur parisienne, se libéraient de l'occupation nazie. L'été 1944 fut marqué par la liesse populaire, la Résistance, la survie des familles juives cachées, les derniers épisodes d'une farouche répression, et le passage de relais entre l'administration de Vichy et les comités locaux de libération.
Le 17 Août, le drapeau tricolore flottait déjà sur la mairie des Lilas, mais il faudra attendre douze jours de plus pour voir partir les derniers uniformes allemands de Villepinte et Tremblay. La Libération de ce bout de banlieue n'a donc pas été simple, même si l'arrivée des chars de la 2e Division blindés et de l'armée américaine marque un tournant le 26 août.
Un Territoire Stratégique
L'armée d'occupation s'était solidement implantée sur ce territoire stratégique, voisin de Paris, traversé par des routes et des chemins de fer menant vers l'est, et abritant également l'aéroport du Bourget. L'armée allemande s'était installée dans les hôpitaux d'Aulnay, de Montfermeil, elle a ouvert des camps d'internement à Romainville, Saint-Denis, et la cité de la Muette à Drancy est devenue le sinistre « camp de transit » d'où 67 000 personnes (hommes, femmes, enfants) ont été déportées.
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Dès 1940, la répression s'est abattue sur la population. Ainsi, ayant subi de lourdes pertes sur la ligne de défense du canal de l'Ourcq, la Wehrmacht fusille, le 14 juin 1940 à Tremblay, 15 otages, arrêtés dans le quartier du Vert Galant. « Cet épisode contient déjà toutes les valeurs de la Résistance de l'été 1944 : la bravoure de militaires français qui tiennent en échec l'armée allemande, l'indignation face à la répression barbare qu'elle instaure », juge Hervé Revel*.
La Résistance en Seine-Saint-Denis
Cette Résistance a tissé sa toile au fil des années. Pas de maquis en banlieue parisienne : dans les grandes villes industrielles, comme Saint-Denis, Pantin, Aubervilliers, le combat prend la forme de grèves et de sabotage dans les usines. Dans les villes et villages de la Seine-et-Oise, on a parfois caché des familles juives en détresse, on stocke des armes, on répand des « crève-pneus » sur les routes...
Le travail de sape a donc commencé bien avant l'été 1944. « A ce moment-là, tout est déjà joué. Les gens ont suivi depuis juin la progression des troupes alliées, et on attendait cette Libération depuis longtemps », note Sylvie Zaidman, directrice des Archives départementales de Seine-Saint-Denis.
*« La banlieue nord-est de Paris dans la Seconde Guerre mondiale juin 1940-août 1944 », Hervé Revel, Ed. Fiacre, 2012.
*« La résistance en Seine-Saint-Denis 1940-1944 », Joël Clesse, Sylvie Zaidman, Ed.Syros, 1994.
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