Le 26 juin 1967, Françoise Dorléac, au volant d'une Renault 10 de location, se pressait sous la pluie sur la bretelle d'autoroute menant à l'aéroport de Nice. Elle était en retard pour l'avant-première londonienne de « The Young Girls of Rochefort » (« Les Demoiselles de Rochefort »). Elle n'aura jamais 26 ans.

Si, en ce temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître, la France entière pleura Françoise Dorléac, bien peu ont su que la jeune actrice filait alors assister à l'avant-première londonienne de « The Young Girls of Rochefort ».

Tourné simultanément en français et en anglais un an plus tôt, le chef-d'œuvre musical de Jacques Demy aura ainsi tragiquement brisé le destin de la grande sœur de Catherine Deneuve au soir du 26 juin 1967. Vedette bien davantage encore que sa cadette, en huit ans de carrière, Françoise Dorléac aura enchaîné une vingtaine de films jusqu'à son dernier, si joyeux et coloré à l'ombre des vieilles pierres rochefortaises.

Funeste pour l'une de ses deux sœurs jumelles, le destin des « Demoiselles » aura en revanche réveillé toute une ville endormie. Flash-back. Une fin d'après-midi 1966, cinq années après « West Side Story », Georges Chakiris rechausse ici les fers avec Gene Kelly. Loin, bien loin de Manhattan, les deux stars font claquer leurs souliers vernis. Le Rochefortais en reste baba. Deneuve aussi : « C'était incroyable de les voir tous les deux dans cette ville », dira-t-elle encore vingt-cinq ans plus tard.

Ce jour est depuis considéré comme l'acte I de la renaissance d'une cité alors aussi grise que désenchantée. « En filmant Rochefort comme il l'a fait, Demy nous a rendu notre fierté », admet aujourd'hui l'ancien maire Jean-Louis Frot, par ailleurs oncle de la comédienne Catherine.

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L'Impact des Demoiselles de Rochefort sur la Ville

Au-delà d'un scénario mettant en scène deux ravissantes jeunes filles rêvant paradoxalement de quitter la ville à tout prix, le film passera aussi à la postérité grâce au mariage d'amour que le réalisateur parvint à célébrer entre sa troupe et les habitants. Piccoli, Gréco ou Danielle Darrieux, trois mois d'une union a priori contre nature et pourtant idyllique. Demy y tourne comme dans un rêve ce qui reste à ce jour la plus célèbre comédie musicale « made in France ».

« Il nous a réveillés en chansons », se rappelle un figurant du cru. Dès lors, tout s'enchaîne à l'ombre et surtout au soleil de ce vrai-faux studio hollywoodien.

Profitant d'un ravalement à l'œil sur plus de 40 000 mètres carrés, les riverains du centre-ville n'en reviennent pas de voir leurs austères façades s'égayer de jaune, de bleu et de rose. « Seul un grincheux a refusé que l'on repeigne ses volets », sourit l'archiviste de la ville.

Grand consommateur de figurants en tout genre, le réalisateur en recrute au débotté une cinquantaine à temps plein parmi la population. Reconvertis en agence de casting, les bureaux du journal « Sud Ouest » voient ainsi chaque jour défiler écoliers, mamies, marins et militaires priés de garder leur uniforme.

Rochefort Aujourd'hui : Un Lieu de Pèlerinage Cinématographique

En cet été 2012, Rochefort accueille encore par autocars entiers les pèlerins. Entrés dans l'histoire du cinéma sans vraiment souffrir du culte d'une certaine nostalgie kitsch, Demy et ses « Demoiselles » ont ici leurs reliques.

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Du pont transbordeur jusqu'à cette place Colbert dont aucun élu n'osa rénover le pavé vieillissant avant la fin des années 2000. Et puis enfin cette petite place « Françoise Dorléac » inaugurée en 1994 par Catherine Deneuve. Où l'on peut encore ici appeler une demoiselle une demoiselle.

(1) Seule Danielle Darrieux n'a pas été doublée. Des centaines d'auditions furent nécessaires pour trouver des voix chantées semblables aux voix parlées des comédiens.

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