Trop souvent négligé, le choix de l’huile pour nos voitures anciennes est pourtant d’une importance capitale pour garantir le bon fonctionnement du moteur. L’entretien et notamment la vidange de l’huile moteur d’une voiture ancienne est une opération assez simple et réalisable par n’importe quel amateur disposant d’un minimum d’équipement. Mais encore faut-il savoir choisir la bonne huile pour son moteur ! Et là, ça se gâte… Quel type d’huile choisir ? Quelle viscosité ? Quelle norme ? Pour quelle marque opter ? En résumé, comment bien choisir l’huile adaptée au moteur de son ancienne ? Nous allons tenter ici de trouver les réponses à toutes ces questions !
Le rôle de l'huile moteur
Avant de s’intéresser aux différentes caractéristiques de l’huile, il convient de voir quel est son rôle dans nos moteurs.
Lubrification
C’est, de loin, le principal rôle de l’huile dans nos moteurs. L’objectif est de créer un film d’huile protecteur sur toutes les pièces en mouvement.
Refroidissement
De la même manière que le liquide de refroidissement, l’huile contribue à la bonne montée en température et au refroidissement du moteur. L’huile intervient donc en complément du liquide de refroidissement, là où ce dernier ne peut pas aller.
Nettoyage
Pour un fonctionnement optimal du moteur, les pièces mécaniques qui le composent doivent rester les plus propres possibles. Or, des dépôts et des impuretés se forment lors de la combustion et du contact des pièces entre elles.
Lire aussi: Quelle huile pour Toyota Prius 2 ?
Protection contre la corrosion
Les gaz brûlés issus de la combustion du carburant forment des particules acides à l’intérieur du moteur favorisant la corrosion des pièces métalliques.
Étanchéité
Les surfaces des segments, des cylindres (chemises) ou des soupapes ne sont pas tout à fait lisses. Elles présentent une légère rugosité ou des micro-rayures qui vont permettre la constitution d’un film d’huile. L’huile moteur va donc remplir les rugosités sur les parois et surfaces des ainsi permettre de conserver les pressions de compression et de combustion.
Huile Monograde
Ce sont les huiles les plus anciennes dont la viscosité évolue de manière proportionnelle à la température. Plus l’huile sera chaude, plus elle sera fluide. Plus l’huile sera froide, plus elle sera visqueuse.
L’huile monograde ne possède donc qu’un seul indice de viscosité à froid comme à chaud, soit un seul “grade”, d’où son appellation monograde. Les huiles monogrades sont assez contraignantes puisqu’elles nécessitent d’être remplacées selon les saisons. En effet une huile monograde “été” assez épaisse aura tendance à se figer à froid et ne conviendra donc pas pour les faibles températures de l’hiver.
L’intérêt principal des huiles monogrades est sa composition 100% minérale et sa très faible teneur en détergent ce qui la rend compatible avec les joints en papiers, feutres et tissus des moteurs anciens.
Lire aussi: Quelle huile pour Citroën C8 ?
Revers de la médaille, ces huiles étant moins performantes et contenant peu d’additifs et détergents, elle provoque une formation importante de suies et de calamines dans le moteur et l’encrasse plus rapidement qu’une huile multigrade.
Huile Multigrade
On l’a vu, l’huile monograde présente l’inconvénient de ne pas être adaptée à toutes les plages de températures. A froid, l’huile doit être suffisamment fluide pour lubrifier l’ensemble des pièces mécaniques, déposer un film partout le plus rapidement possible et éviter de se figer.
Contrairement à la monograde, l’indice de viscosité de l’huile multigrade est double : on a donc un indice de viscosité à froid (exemple 20W) et un indice de viscosité à chaud (exemple 50). Cela nous donne les indices que l’on connaît bien : 15W40, 20W50 etc. Nous avons donc deux “grades”, d’où son appellation “multigrade”.
Les huiles multigrades peuvent être aussi bien minérales que synthétiques (ou semi-synthétiques). L’huile multigrade, plus récente, est aussi plus performante que la monograde et possède des agents qui permettent de limiter la formation de suies et de calamines : l’huile et le moteur s’encrassent moins, ou en tout cas moins rapidement.
Les vidanges peuvent donc être généralement plus espacées qu’avec une huile monograde. En revanche, les agents qu’elle contient font qu’elle a également un pouvoir détergent plus important qu’une huile monograde. L’huile multigrade est donc fortement déconseillée pour les véhicules d’avants-guerre, notamment à cause de la compatibilité avec les joints anciens.
Lire aussi: Guide Huile Moteur BMW Série 1
Comment décrypter le grade SAE ?
SAE 10W ou SAE 20W : Huile monograde, indice de viscosité de respectivement 10 et 20 à froid. Mais à quoi correspondent ces chiffres ?
- 20W = Indice de viscosité à froid de 20. Il s’agit d’un indice témoignant de la viscosité dynamique maximale en MPa.s à une température donnée. Pour la 20W, la viscosité dynamique maximale est de 4500 MPa.s à -10°C.
- 50 = indice de viscosité à chaud de 50. Plus l’indice est élevé, plus l’huile sera épaisse. Plus l’indice est faible, plus l’huile sera fluide. Pour les huiles multigrades, c’est un peu différent, puisqu’une huile peut-être plus fluide à froid tout en étant plus épaisse à chaud !
- 20W50 : L’huile “universelle” de loin la plus utilisée pour nos voitures anciennes à partir des années 50. Attention en revanche cette huile est très épaisse à froid et ne conviendra pas aux températures trop froides (en dessous de -5°C / -10°C) : dans ce cas, préférez la 15W40 !
- 15W40 : elle est arrivée un peu plus tard (à partir de la fin des années 60), elle est plus fluide à la fois à froid et à chaud par rapport à la 20W50.
Normes API et ACEA
Aujourd’hui, les huiles sont classées selon deux normes. La norme américaine API (American Petroleum Institute) et la norme européenne ACEA (Association des Constructeurs Européens d’Automobiles). Ces deux normes permettent de différencier et classer les huiles selon leur performance et leur qualité.
Norme API
C’est la norme la plus ancienne, et celle qui nous intéresse le plus pour nos voitures anciennes. La première lettre caractérise le type de moteur auquel est destinée l’huile : la lettre S pour les moteurs essence et la lettre C pour les moteurs diesel.
La seconde lettre définit les performances de l’huile grâce notamment à l’ajout d’additifs (anti-corrosion, anti-usure, anti-oxydation etc). La norme suit l’évolution de l’huile en fonction de l’évolution des moteurs au fil des années. La seconde lettre suit l’ordre alphabétique. En résumé, plus on va loin dans l’alphabet, plus les additifs seront nombreux dans l’huile et agressifs pour les anciens alliages.
Norme ACEA
En effet, mettre dans son moteur une huile répondant à la norme ACEA permet de respecter les valeurs d’émissions définies par les normes Euro (Euro 5, Euro 6…).
Huile Minérale, Synthétique ou Semi-Synthétique ?
Ce sont des huiles “basiques” ne présentant pas de technicité particulière. L’huile synthétique est plus raffinée que la minérale et sa composition se trouve additivée. L’huile semi-synthétique présente certain des avantages de l’huile synthétique mais à un plus faible coût. Elle est surtout intéressante pour les moteurs assez récents mais déjà bien kilométrés.
Quelle huile pour quelles voitures anciennes ?
- Avant les années 1930, les huiles multigrades n’existent pas encore. On utilise alors uniquement de l’huile minérale monograde, que l’on devra adapter selon les saisons. Les moteurs de technologie ancienne nécessite généralement de l’huile SAE 30 en hiver et SAE 50 en été. L’huile doit avoir un très faible pouvoir détergent pour trois raisons.
- Comme pour les moteurs avant les années 30, on utilise les huiles SAE 30 et SAE 50. L’huile SAE 50 sera trop épaisse en hiver et finira par mettre à mal la pompe. A partir des années 30, les moteurs ont été conçu pour recevoir des additifs, notamment anti-corrosion et anti-oxydants. On utilisera malgré tout une huile très peu détergente, avec une norme API SB si le moteur est d’origine ou API SC si le moteur a été restauré.
- Les années 50 voient l’apparition et la généralisation des huiles multigrades. L’huile 20W50 minérale est la plus utilisée s’il n’y a pas de préconisations constructeur (cela peut aussi être de la 15W40 ou 15W50). Idéalement, on utilise une huile de norme API SE / SF (voire SG maximum si le moteur est équipé d’un filtre à huile). Attention, n’utilisez pas de la 15W40 ou 15W50 si ce n’est pas explicitement préconisé par le constructeur : ces huiles sont dispersantes et emmènent donc les impuretés partout dans le moteur.
- A partir des années 1970 se généralise l’utilisation de la 15W40. Pour les moteurs restaurés ou qui n’ont jamais tourné à l’huile minérale, on pourra également utiliser une huile semi-synthétique comme de la 15W50. Concernant la norme API, privilégiez idéalement la norme API SH idéalement (SJ possible).
Huiles spécifiques pour voitures anciennes
Le secteur de la voiture ancienne est particulièrement porteur ces dernières années. Et les différentes marques de lubrifiants l’ont bien compris, comme en témoigne l’offre pléthorique d’huiles spécifiques pour voitures anciennes. Bon, on ne va pas se le cacher, les jolis bidons en métal au design “d’époque” des grandes marques attirent l’œil. En tout cas, c’est toujours plus sympa qu’un bidon en plastique gris de chez Norauto. Bon, OK, ça a moins de gueule que les bidons en métal que l’on a vu plus haut. Mais l’habit ne fait pas le moine… ce qui nous intéresse ici, c’est surtout le contenu !
Comparaison des prix et des caractéristiques
Entre une huile Norauto à 15,95€ et une Motul Classic à près de 50€, les caractéristiques “de base” sont équivalentes : on est bien sur de la 20W50, minérale, avec une norme API quasi équivalente (respectivement SF et SG). Qu’est-ce qui justifie alors un écart de prix aussi important ?
Réponse de Total (Elf) : “Pour revenir à votre questionnement, vous comprendrez aisément qu’il nous est difficile de nous prononcer quant à la formulation et aux performances de l’huile Norauto dont vous faites référence. Elf HTX Collection 20W-50, est un lubrifiant dont la formule a été spécifiquement développé pour garantir protection et longévité des moteurs des véhicules classiques. L’équilibre du grade de viscosité 20W-50 génère moins d’usure et permet d’assurer étanchéité et une plus grande protection, mais ce n’est pas le seul paramètre important. Notre centre de recherche a développé spécifiquement la gamme Elf HTX, pour assurer le bon équilibre entre huile de base et additifs pour permettre de répondre aux contraintes des carburants utilisés de nos jours tout en garantissant les performances des moteurs lubrifiés. Huile de Base et Additifs ont été soigneusement sélectionnés pour nettoyer impuretés et résidus de combustion sans pour autant altérer les niveaux de compressions nécessaire au bon fonctionnement du moteur. La compatibilité aux joints d’époque a été prise en compte et la « lubrifiance » de la gamme HTX a été renforcée pour limiter l’usure des pièces en mouvement.
Huiles premier prix : des huiles régénérées ?
Ces huiles sont généralement proposées à des tarifs défiants toute concurrence. 30% moins chère que de l’huile de marque Norauto et deux fois moins chère que de l’huile Castrol, on peut légitimement se demander ce que valent ces différentes huiles. “Les huiles premier prix sont des huiles recyclées donc moins chères.
Pour toutes les huiles premier prix, il s’agit en fait d’huiles “recyclées”, ou plutôt régénérées. Ce sont les huiles collectées dans les centres autos, déchèteries ou garages qui sont décantées puis à nouveau traitées. Malheureusement, ce n’est inscrit sur aucun packaging ni aucune fiche produit, impossible donc de le savoir au moment de l’achat. On comprend donc mieux la différence de prix. L’huile régénérée sera moins stable dans le temps qu’une huile “neuve” classique et s’encrassera plus rapidement. En revanche, on utilisera volontiers cette huile premier prix recyclée pour effectuer un rinçage moteur et pour être vidangée après seulement quelques kilomètres.
Comment choisir la bonne huile pour ma voiture ancienne ?
La première des choses à faire est bien entendu de consulter les préconisations du constructeur. Vous pouvez les trouver dans la notice d’utilisation ou le manuel entretien de votre voiture ancienne. Cela vous donnera une première idée du type d’huile dont votre moteur a besoin : minérale / synthétique ? monograde / multigrade ? quelle viscosité ? En revanche, les préconisations du constructeur ne vous donneront que très rarement la norme API de l’huile qu’il convient d’utiliser.
Tableau récapitulatif des huiles recommandées par type de véhicule
| Période du véhicule | Type d'huile | Viscosité | Norme API |
|---|---|---|---|
| Avant 1930 | Minérale monograde | SAE 30 (hiver), SAE 50 (été) | SB |
| 1930-1940 | Minérale monograde | SAE 30 (hiver), SAE 50 (été) | SB (SC si moteur restauré) |
| 1950-1960 | Minérale multigrade | 20W50 (ou 15W50 / 15W40) | SE/SF (SG possible) |
| Après 1970 | Minérale multigrade | 15W40 (ou 20W50 / 15W50) | SH (SJ possible) |
Que faire si le constructeur préconise une huile introuvable ?
Parfois, le constructeur recommande une huile qui se révèle être introuvable sur le marché. Ici la RTA préconise une huile 20W40 minérale pour des températures “normales”.
Choisir entre plusieurs huiles préconisées
Parfois, le constructeur préconise plusieurs types d’huile, avec généralement deux viscosités différentes. Dans l’exemple ci-dessus, le constructeur préconise indifféremment de la 15W40 ou 20W50 pour les températures modérées. Laquelle des deux huiles dois-je choisir ?
- Si vous faites surtout de petit trajets, optez pour l’huile la plus fluide (15W40 dans notre exemple), car celle-ci n’aura pas le temps de beaucoup chauffer.
- Si votre moteur est particulièrement sujet aux fuites d’huile, optez pour l’huile la plus épaisse (20W50 dans notre cas), cela permettra de limiter les pertes.
Conseils supplémentaires
- Vous venez d’acheter une ancienne, vous désirez faire l’entretien vous-même et vous avez bien raison ! Dans ce cas, il est préférable de faire une vidange à chaud puis ce qu’on appelle un “rinçage” du moteur avec une huile légèrement détergente (premier prix). débarrasser le moteur de toutes les impuretés qui ont pu être accumulés à cause d’une huile trop encrassée (intervalle de vidange non respectée). De bons conseils extraits de la RTA de la Renault Dauphine.
- On entend par un “changement de catégorie”, un passage d’une huile minérale à synthétique ou d’une huile monograde à multigrade.
- Une règle d’or pour redémarrer un moteur après de longues années d’immobilisations : évitez absolument les huiles détergentes ! Si vous avez bien suivi (:)) évitez donc les huiles synthétiques, qui vont décoller les boues et calamines accumulées avec le temps et venir obstruer le circuit de lubrification avec un risque de couler une bielle.
Huile premier prix ? Marque distributeur ? Grandes marques ? Huile spécifiques pour voitures anciennes ?
Si vous avez la moindre interrogation ou remarque concernant les huiles à utiliser pour nos chères voitures anciennes, n’hésitez pas à nous la partager en commentaires juste en bas de l’article !
tags: #huile #moteur #Renault #4L #type #et