Avec une ligne dans le vent, une mécanique à la fiabilité exemplaire et un relevage ultra moderne, le Renault 86 disposait d'arguments de poids pour séduire les agriculteurs. Le style général du 86 et des autres modèles de la série 72 provient du coup de crayon aiguisé du styliste Philippe Charbonneaux. Ce dernier est bien connu dans le monde de l'automobile pour être notamment l'auteur des formes générales de la Delahaye 235, de la Renault 8 et de la Rosengart Ariette.
Production et Évolution du Modèle
S'échelonnant de décembre 1967 à juillet 1973, la production globale de ce petit tracteur aux muscles d'acier s'élève à 8648 exemplaires. Marquant ses débuts en septembre 1967, la carrière du 86 au sein de la gamme Renault s'échelonne jusqu'en juillet 1973.
En octobre 1967, deux nouveaux tracteurs inaugurent la gamme des Renault 72, il s'agit des modèles 86 et 88. Ces deux modèles portent la griffe du styliste automobile Philippe Charbonneaux. Avec les 86 (R7281) et 88 (R7261), Renault revient à des dispositifs techniques des plus classiques après l'échec cuisant du 385.
En 1970, Renault apporte quelques menus changements à sa gamme. Les 51, 53, 55, 57, 58, 86, 88, 89 et 456 intègrent désormais une calandre à la livrée noir mat. Les logos latéraux disposent de lettres blanches sur un fond noir mat alors que la teinte des jantes s'approche désormais de l'ivoire... On notera aussi que le système de filtration d'huile de l'ensemble pont / relevage hydraulique diffère sur les modèles de seconde génération. Sur les premiers modèles, le filtre était constitué d'un système à lamelles qu'il convenait de nettoyer régulièrement. Cet élément était disposé sous le réservoir de carburant, ce qui n'avait rien de pratique pour l’utilisateur. Sur les modèles d'après 1970, le filtre se situe à proximité de la batterie et dispose désormais d'une cartouche filtrante interchangeable.
Les Variantes du Renault 86
Variante 4 x 4 du 86, le 486 (R7285) démarre sa carrière en février 1971. La diffusion de ce modèle sera relativement limitée. En effet, seuls 53 exemplaires de cette variante à pont avant moteur seront produits de février 1971 à juin 1972.
Lire aussi: Ford : Design et Lieux
Caractéristiques Techniques et Performances
Ces tracteurs sont tout deux équipés d'un moteur diesel. Refroidi par eau, le moteur du 89 puise ses sources chez MWM. D'une cylindrée de 2552 cm3, le 3 cylindres MWM est refroidi par air. Deux montages de filtres à huile ont existé sur le 86. Sur les premiers modèles comme celui-ci, il s'agit d'un filtre à cloche. Les modèles de seconde génération sont dotés d'un filtre à cartouche.
La voie avant du 86 est réglable par coulissement de la tête d'essieu. Celle-ci peut s'échelonner de 1,20 m à 1,90 m. Fixées en quatre points, les jantes avant du tracteur disposent de voiles pleins. Fixées en huit points, les jantes arrière sont dotées de voiles démontables et inversables. La voie arrière est aussi réglable sur une échelle s'échelonnant de 1,20 m à 1,80 m. A l'origine, les jantes arrière étaient chaussées de pneumatiques 11-32, 12-28, 13-28 ou 14-28.
Pour l'époque, le 86 faisait tout de même preuve de grandes qualités face à ses concurrents avec une direction précise, une boîte de vitesses très bien étagée et le relevage « Tracto-Control » qui était un must pour l'époque. Très apprécié de ses utilisateurs, le système de relevage Tracto-Control était des plus perfectionné à l’époque et offrait des capacités de levage étonnantes pour un modèle de ce gabarit.
Le Tableau de Bord
La planche de bord rassemble pas moins de trois cadrans sur un ensemble élaboré par OS. Parmi ces trois fenêtres indicatives, nous retrouvons à gauche la jauge à carburant, au centre le compte-tours (gradué jusqu'à 2500 tours / minute) qui fait également office de tachymètre et de compteur horaire et enfin, à droite, l'indicateur de température moteur. Au centre, à l'extrémité haute de cet ensemble, nous retrouvons le témoin des clignotants. Deux témoins sont aussi disposés de part et d'autre du cadran principal. A gauche, nous apercevons en haut le témoin lumineux bleu s'allumant lorsque le tracteur est en plein phares. Il domine le témoin de batterie. A droite enfin, nous retrouvons le témoin de pression d'huile.
Placé à l'extrême gauche de la planche de bord, le balancier du clignotant domine sur la molette dévouée à l'éclairage. Le levier de vitesses principal (à gauche) et le sélecteur de gamme (à droite) sont disposés sur un axe parallèle. Chacun de ces leviers est doté d'un pommeau en bakélite noir sur le lequel est apposé le schéma de chacune des grilles. En avant de ces deux leviers, nous retrouvons un autre duo de leviers. Celui de gauche -qui été rajouté sur cet exemplaire en 1971- permet d'actionner les freins hydrauliques de la remorque. Agissant lui aussi sur le distributeur hydraulique, le second levier permet quant à lui d'actionner le vérin auxiliaire d'une benne ou d'une remorque.
Lire aussi: BMW : Image de marque et histoire
La Restauration d'un Renault 86 : L'Expérience d'André Bouguyon
Petit-fils d'agriculteurs, André Bouguyon a toujours eu un attrait pour les mécaniques anciennes. Restauré intégralement par son propriétaire finistérien André Bouguyon, l'exemplaire qui fait l'objet de ce galop d'essai date de 1967. Il s'agit donc d'un modèle de première génération.
« Vacciné Renault », André nous conte l'aventure de son 86 : « Je l'ai déniché par le plus grand des hasards à Telgruc-sur-Mer, un village voisin. Alors que j'exposais mon Super 3D sur le Festival du Bout du Monde de Crozon, un visiteur est venu me proposer un 86 à restaurer. Nous avons convenu d'un rendez-vous dans la foulée et là je me suis retrouvé face à une véritable épave, incomplète de surcroît ».
Au vu de cet état de délabrement avancé, notre collectionneur était plus qu'hésitant. Mais le prix étant raisonnable, il a finalement craqué ! « Il ne me restait plus qu'à faire l'inventaire de l'étendue des dégâts ! La liste était plutôt conséquente, vous en jugerez par vous-même ! L'essieu avant était HS car l'axe du pivot avant avait lâché. Les phares et les feux avaient disparu, les ailes et le capot moteur étaient rongés par la rouille, la calandre était manquante, tout comme la caisse à outils et les masses avant.
La monte de pneus du tracteur d'André Bouguyon a été changée sur le fil de sa carrière dans la mesure où il est aujourd'hui chaussé en 16. Bref, André Bouguyon n’avait pas d’autre choix que de retrousser ses manches pour tenter d'offrir une seconde vie à ce petit Renault.
« La détermination était là ! Après démontage de l'ensemble du tracteur, je me suis penché sur la mécanique. Les joints de sortie de vilebrequin ont été changés, tout comme les injecteurs et les joints spi côté distribution et embrayage ». L'embrayage a été refait de A à Z. « En excellent état, la boîte de vitesses n'a pas nécessité d'intervention particulière, poursuit le propriétaire. Le relevage n'était pas fonctionnel et présentait un certain nombre de fuites, notamment au niveau des joints spi des bras de relevage. En acquérant une seconde épave de 86, j'ai pu me constituer une petite banque de pièces détachées. Ainsi, j'ai pu récupérer un essieu avant en parfait état et assurer la remise en état de mon relevage. Les joints de trompettes de pont ont également été changés.
Lire aussi: Choisir son camion Volvo
Les éléments de tôlerie irrécupérables ont fait l'objet de nombreuses recherches à travers la France entière. Tout ce que j'ai trouvé en la matière en Bretagne était sérieusement attaqué par l'air salin. Aussi le capot moteur revient-il de la Mayenne et les ailes de la Nièvre !
Toujours à travers l'exposition de mon Super 3D, tracteur par lequel tout a commencé pour moi dans le monde des mécaniques anciennes, un monsieur m'aborda en ces termes : « J'ai entendu dire que vous étiez en train de restaurer un Renault 86. Si ça vous intéresse, je dispose d'un jeu de masses avant ! » Et voilà comment j'ai trouvé ces éléments à quelques kilomètres de mon domicile alors que j'étais prêt à traverser la France pour en dénicher un jeu ! Le hasard fait parfois très bien les choses n'est-ce pas ? »
Très habile de ses dix doigts, André refabriqua un certain nombre de pièces de chaudronnerie par lui-même, à l'image des joues d'ailes, des marchepieds, du pare-chocs avant, de la calandre ou de la caisse à outils.
Au niveau de la carrosserie, André a dégrossi au maximum le travail par lui-même avant de confier la préparation et la peinture finale à son ami carrossier Michel Menez. Passionné lui aussi par les tracteurs d'hier, Michel -qui a restauré de fond en comble un Fendt Farmer Fix 2- a effectué un travail remarquable. Toujours référencée chez Claas, la teinte correspondant au RAL d'origine n'a pas posé de problème particulier. Perfectionniste, Michel Menez a accentué le brillant de la peinture au niveau du capot moteur et des ailes du tracteur.
L'ensemble du faisceau électrique a été refait par André lui-même. Si les pneus arrière présents sur le tracteur à son achat -monte non d'origine- ont pu être conservés, les pneus avant ont été changés. Pour parfaire l'ensemble, André a fait refaire les logos sérigraphiés « Tracto-Control » et « Renault 86 » à l'identique par un atelier spécialisé de la presqu'île de Crozon.
Démarrant au cours de l'été 2011, le chantier s'est achevé en août 2015. Le tracteur effectua sa première sortie lors du festival « Le labour est dans le pré » se déroulant à Crozon, à l'initiative de l'Amicale pour la Restauration du Patrimoine Mécanique de la Presqu'île de Crozon, association dont André est l'un des fondateurs. Ainsi, chaque année dans le cadre de cet événement, notre collectionneur utilise son 86 au labour. Le vaillant petit Renault se voit ainsi attelé à une charrue deux corps Huard.
« Le tracteur est tout à son aise en pareille situation. Dans le cadre d'une terre relativement souple, je travaille en première rapide. Lorsque la terre est plus meuble, il est préférable de faire évoluer le tracteur en quatrième lente. Dans les deux cas, le trois-cylindres MWM ne révèle aucun signe de faiblesse. Sur route, le 86 n'a aucun mal à tracter une remorque de 5 tonnes en charge, même si on peut regretter que les capacités de freinage du tracteur -un système à disques à expansion- soient relativement limitées.
Freinage et Évolutions
Côté freinage, la copie est un moins glorieuse sur les modèles d'avant 1970 : « Dans le cadre de la traction de remorques, le 86 marquait rapidement ses limites au niveau du freinage. A force d'être sollicités, les freins venaient à chauffer, ce qui les rendait totalement inefficaces », commente André.
En 1970, Renault a apporté une modification majeure au Tracto-Control avec l'adoption d'une valve de freinage hydraulique pour la remorque, imposé par l'arrêté ministériel du 5 février 1969 et conformément au Code de la route (article 41) en rapport avec les remorques de plus de six tonnes en charge. Ces dernières se doivent en effet d'être freinées par système redoublant d'efficacité. On notera que le constructeur au losange recevra pour ce procédé la médaille d'or du comité d'encouragement à la recherche du Sima 1970.
Conclusion
Offrant une vivacité et une polyvalence à toutes épreuves, le 86 - tout comme ses frères de gammes adoptant le même profil stylistique - mérite un intérêt tout particulier de la part des collectionneurs. Peu de ces tracteurs ont aujourd'hui fait l'objet d'une restauration intégrale. Comme sur la majeure partie des modèles estampillés du losange, l'aspect pratique a été favorisé sur le 86.
tags: #image #tracteur #Renault