(Agence Ecofin) - Le gouvernement algérien œuvre à développer le secteur de l’industrie automobile pour réduire les importations des véhicules et diversifier le tissu économique.

Stratégie Gouvernementale et Incitations

Le gouvernement algérien accorde plusieurs avantages aux constructeurs automobiles, dont des exonérations fiscales sur les importations des intrants et la mise à la disposition des investisseurs de terrains à prix réduits, pour développer l’industrie automobile locale. Il exige en contrepartie un taux d’intégration locale, qui doit atteindre un seuil minimum de 10% à la fin de la deuxième année suivant l’entrée en production de l’usine et de 30% à la fin de la cinquième année.

Réduction des Importations et Réindustrialisation

Le choix de maintenir le marché automobile algérien sous tension s’explique par une volonté politique. Obéissant aux ordres de la présidence, les autorités s’efforcent de mettre en œuvre un ambitieux projet de développement économique fondé sur la réindustrialisation du pays. Ainsi, les contraintes infligées à l’import vont de pair avec une série de mesures incitant les constructeurs étrangers à implanter leurs usines en Algérie.

Cet effort répond à des impératifs bien connus tels que la réduction des déficits et du chômage (11,7 % en 2017, selon le FMI) ou la protection de la souveraineté nationale, tandis que les déséquilibres environnementaux et urbains sont relégués au second plan. Dans le même temps, il démontre aussi l’insertion du pays dans un système de concurrence mondialisée, marqué par la dépendance au capital transnational.

Soutenue par des partenaires étrangers soucieux de maintenir la stabilité régionale, cette diversification doit permettre de diminuer la dépendance aux hydrocarbures et de prévenir le gonflement de la dette extérieure (inférieure à 3 % du PIB en 2016). Dans ce cadre, l’industrie automobile est devenue un élément central de la stratégie gouvernementale.

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Mesures Incitatives et Avantages Fiscaux

Afin d’encourager la production sur le territoire national, le gouvernement ne s’est pas contenté de poser un certain nombre d’obstacles aux importations. Il s’est également attelé à attirer les constructeurs étrangers en leur octroyant des avantages fiscaux et en leur garantissant des parts de marché.

Les constructeurs automobiles ayant implanté leurs usines en Algérie ont ainsi bénéficié d’exonérations diverses et d’un tarif douanier préférentiel à 5 %. Pareillement, les sous-traitants intervenant dans la chaîne de production ont obtenu une exemption des droits de douane et de TVA pendant cinq ans. En plus de ces avantages, le gouvernement a octroyé des parts de marché aux constructeurs en échange de leur investissement.

Augmentation du Taux d'Intégration

Afin de renforcer les capacités de l’industrie automobile algérienne et de ses sous-traitants, le gouvernement veut augmenter le taux d’intégration, c’est-à-dire la part de l’assemblage ayant lieu directement en Algérie. L’un des enjeux était donc de diminuer la part des importations de kits prémontés (SKD pour Semi Knocked Down) au profit de nécessaires de pièces détachées (CKD pour Complete Knocked Down) qui seraient assemblées sur place.

De ce point de vue, le mélange de pressions et d’incitations gouvernementales a contribué à la hausse des importations de CKD au cours de l’année écoulée, pour un montant de 540 millions de dollars au 1er semestre 2017 contre 268 millions de dollars au même semestre 2016.

Exemple de Stellantis et l'Usine de Tafraoui

Moins de deux ans après l’inauguration de son usine de Tafraoui, Stellantis franchit une étape historique en Algérie avec le lancement de la première production CKD (Complete Knock Down) du pays. La Fiat Grande Panda, désormais assemblée localement selon ce procédé d’assemblage complet à partir de pièces détachées, avec ferrage et peinture réalisés sur site, illustre l’ambition du constructeur de faire de l’Algérie un hub industriel pour l’Afrique.

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L’usine de Tafraoui (Oran) affiche des performances en forte progression. Après 18 000 véhicules produits en 2024, le site vise 60 000 unités en 2025 et 90 000 en 2026. L’achèvement des installations de ferrage et de peinture permet désormais à Stellantis de revendiquer une véritable production locale, marquant une première pour l’industrie automobile algérienne.

Stellantis développe ce que ses dirigeants appellent une « localisation profonde ». L’investissement total du groupe dépasse 200 millions d’euros, incluant le développement de partenaires comme FERRUZ, IRIS TYRES, IDE-NET et SAREL INDUSTRIES. Dans ce sillage, le groupe a étendu son partenariat avec l’italien Sigit - en synergie avec l’ENPC/Siplast - pour produire des pièces plastiques en Algérie au bénéfice du site FIAT d’Oran.

Extensions et Partenariats

Au-delà de la production automobile, Stellantis étend sa stratégie aux services de mobilité. Le partenariat signé avec IDENET, entreprise algérienne spécialisée dans les systèmes GPS et taximètres, vise à moderniser le transport urbain.

La progression industrielle de Tafraoui impressionne par son rythme soutenu. Après avoir produit 18 000 véhicules en 2024, l’usine vise 60 000 unités en 2025, soit une croissance de 233%, avant d’atteindre 90 000 véhicules en 2026.

Stellantis consolide ainsi son pari algérien, transformant l’usine de Tafraoui en vitrine de sa stratégie africaine et en symbole d’une industrialisation automobile réussie au Maghreb.

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Autres Initiatives et Projets

L’Algérie intensifie ses efforts pour attirer les grands constructeurs automobiles en engageant des négociations directes avec des représentants de marques internationales. L’objectif est de définir des conditions d’investissement strictes, conformes à une vision nationale ambitieuse, tout en évitant les erreurs du passé.

Parmi les exigences figurent également la mise en place de normes de qualité strictes pour la production de pièces détachées et l’installation d’unités dédiées à leur fabrication. Les projets d’investissement dans ce secteur, classés comme « structurants », bénéficient d’avantages fiscaux et de facilités administratives.

Ces dernières semaines, l’Algérie a accueilli des délégations de plusieurs géants mondiaux de l’automobile, dont Chery, Hyundai, Geely et Volkswagen. Le ministre de l’Industrie a également reçu une délégation de Great Wall Motors (GWM), l’un des plus grands constructeurs chinois.

Projets d'Usines et Objectifs d'Intégration

L’année 2025 s’annonce comme un tournant décisif, avec le lancement ou la relance de plusieurs usines à travers le pays. En s’appuyant sur la relance de la production locale, avec des projets concrets, encadrés et structurés.

L’usine Fiat de Tafraoui (Oran), mise en service en décembre 2023 par le groupe Stellantis, a déjà produit 24 000 véhicules en quelques mois. Elle incarne ce que l’État souhaite désormais généraliser : un site moderne, aux normes internationales, avec un réseau de sous-traitance local et un taux d’intégration en hausse.

  • Kia à Batna: lancement en 2025, derniers ajustements techniques en cours.
  • Renault Algérie: usine modernisée, connectée, intégrant une unité R&D. Le groupe vise un rôle de transformation technologique de la filière.
  • Jetour à Bordj Bou Arréridj: la première voiture sortira des lignes en décembre 2025.
  • Baic à Batna: redémarrage prévu après modernisation. Objectif affiché : atteindre 30 % d’intégration locale dans les 5 prochaines années.
  • JAC Motors à Aïn Témouchent: projet très avancé, en partenariat avec Emin Auto.

Le constructeur sud-coréen Hyundai a officialisé en juillet 2024 son intention de construire une usine en Algérie. Le projet prévoit la production de 3 modèles de voitures de tourisme et 2 véhicules utilitaires. Le délai accordé est de 24 mois, ce qui laisse envisager un lancement vers fin 2025 ou 2026.

D’autres marques s’intéressent aussi au marché algérien, notamment dans les véhicules utilitaires, les engins agricoles ou les deux-roues. C’est le cas du coréen Daewoo, du chinois Shacman, ou encore de fabricants de motocyclettes.

Tableau des Objectifs de Production

Usine Production 2024 Objectif 2025 Objectif 2026
Stellantis (Tafraoui) 18 000 60 000 90 000

Transformation Technologique et Durabilité

Les constructeurs automobiles font face à des investissements conséquents, notamment dans le secteur de la voiture électrique, qui nécessite des adaptations stratégiques. Parallèlement, on s’attend à un rebond significatif des ventes de voitures électriques, dont la part de marché devrait atteindre entre 20 et 24% des voitures neuves vendues en Europe en 2025.

Les fabricants doivent également faire face à la transformation numérique de l’industrie, qui offre de nouvelles possibilités et nécessite des investissements dans la technologie et l’innovation. En outre, afin de soutenir ces transformations, le contrat stratégique de filière automobile 2024-2027 a été établi pour favoriser la reconversion et la relocalisation des moyens de production.

Électrification, Automatisation et Connectivité

Les constructeurs automobiles investissent massivement dans le développement de véhicules électriques (VE) qui promettent une réduction significative des émissions de CO2 et une dépendance moindre aux combustibles fossiles. D’ici 2025, les prévisions indiquent qu’un million de véhicules électriques et hybrides pourraient être fabriqués annuellement en France.

Parallèlement, l’automatisation est en plein essor avec le développement des véhicules autonomes. Ces technologies reposent sur des systèmes avancés de capteurs et d’intelligence artificielle qui permettent aux véhicules de naviguer sans intervention humaine. Le potentiel de sécurité et d’optimisation du trafic qu’offre cette innovation peut profondément transformer les déplacements urbains.

Les véhicules connectés peuvent communiquer entre eux et avec les infrastructures environnantes, améliorant ainsi la sécurité et l’efficacité des trajets. Grâce aux technologies de communication avancées, tels que le V2X (Vehicle-to-Everything), les voiture sont en mesure de recevoir des informations en temps réel sur le trafic, les conditions météorologiques et d’autres facteurs, permettant une conduite plus intelligente et réactive.

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