La voiture moyenne des Français est de plus en plus grosse, coûteuse et polluante. Face à l’urgence climatique, le triomphe du SUV apparaît comme un non sens. SUV est l’acronyme de Sport utility vehicle, littéralement véhicule utilitaire à caractère sportif, en français. Un croisement entre 4x4 et berline, caractérisé par la carrosserie d’un tout-terrain mais destiné à un usage tout à fait ordinaire.
L'essor et la définition des SUV
Encore symbolique il y a à peine 10 ans, aujourd’hui, ce modèle encombrant est plébiscité dans le monde entier. Dans l’hexagone, les ventes de SUV ont été multipliées par 10 en quinze ans et représentent aujourd’hui près de la moitié des ventes de voitures neuves. Depuis 10 ans, nos voitures prennent 1 cm en largeur tous les deux ans et 10 kg par an. Nous sommes passés de 1,7 m de large en moyenne en 2000 à 1,8 m en 2022. Côté poids, en 50 ans les véhicules ont gagné 500 kilos. Et si l’on remonte encore un peu plus loin, on constate un alourdissement de plus de 62%. En bref, un SUV par rapport à une voiture standard, c'est 200 kg, 25 cm de long et 10 cm de large en plus !
Impacts environnementaux et économiques
Un véhicule plus lourd pollue plus car il a besoin de plus de carburant pour déplacer sa masse. Un SUV consomme environ 15% de plus qu’une voiture standard. Ce surpoids combiné à une carrosserie souvent moins aérodynamique induit aussi un surplus de consommation. Du côté du climat, les SUV ont constitué, ces 10 dernières années, la 2ème source de croissance des émissions de CO2 françaises, derrière le secteur aérien. Le SUV pèse aussi sur le budget des ménages car son prix à l’achat est plus élevé que celui d’un véhicule classique. Les frais d’assurance d’un SUV et de ses pneus sont aussi souvent plus importants.
La tendance du marché des véhicules neufs se répercute également sur le marché de l’occasion, que les SUV envahissent progressivement. Ainsi, même en seconde main, l'achat d’une voiture est de moins en moins accessible. En 2035, les SUV représenteront, pour les ménages modestes, un surcoût annuel de plus de 400 € par an.
Sécurité et perception des SUV
Enfin, s’il procure un sentiment de sécurité parce que la position du conducteur est plus élevée que dans une voiture standard, être au volant d’un SUV s'avère en réalité plus dangereux pour soi… et pour les autres. Les chiffres en attestent. Un piéton a jusqu'à 2 fois plus de risques d’être tué en cas de collision avec un SUV par rapport à une voiture standard.
Influence de la publicité sur le marché des SUV
L’espace publicitaire est aujourd’hui saturé par les SUV. Sur les 4,3 milliards d’euros consacrés à ses dépenses de publicité en 2019, la filière automobile a consacré 1,8 milliards à la promotion des SUV en France. Sur la même période, les constructeurs automobiles ont dédié seulement 1,2 milliards à la promotion des citadines. De même, à la télévision, la pub pour SUV a cumulé en 2019 3h50 de diffusion chaque jour, soit l’équivalent de 2 matchs de football, ou de 6 journaux télévisés. Dans la presse, l’espace qui leur a été dévolu cette même année correspond à la publication d’une édition nationale de 18 pages, chaque jour. Une aberration face à la réalité que concourent à occulter ces publicités : dérèglement climatique, embouteillages, pollution de l'air, insécurité routière…
Tandis que la pub met en avant le sentiment de sécurité et nous vante les mérites d’un véhicule tout terrain permettant d’accéder à des espaces naturels préservés, la réalité est autrement moins flatteuse : un conducteur au volant d’un SUV à 25 % de plus de chances d’être victime d’un accident de la route et le SUV a déjà représenté, dans notre pays, la 2ème source de croissance des émissions de CO2 ces dix dernières années.
Les SUV électriques : une solution durable ?
Les SUV électriques consomment jusqu’à 5 fois plus de métaux critiques (cuivre, lithium, nickel, cobalt) que les petites citadines électriques, menaçant ainsi la transition écologique. Le WWF France appelle donc à des mesures visant à réduire la taille des véhicules électriques, ce qui pourrait abaisser de 40 % la demande en batteries d’ici 2035. Renault, Peugeot et Dacia figurent parmi les principaux responsables de la vague de SUV qui a submergé la France ces quinze dernières années, avec plus de 3 millions de modèles SUV mis en circulation.
Pourtant, si les constructeurs français font partie intégrante du problème, ce sont les premiers à pouvoir nous en sortir, tant ils en détiennent encore les bases industrielles pour produire des voitures plus légères, moins chères et moins polluantes. Si des constructeurs français peuvent encore stopper la vague de SUV qui plombe l’effort climatique de la France, ils doivent y être encouragés : le WWF France appelle le gouvernement à les y inciter en renforçant le malus poids pour décourager les véhicules inutilement lourds, qu’ils soient thermiques, hybrides ou électriques.
Ce qui permettrait également de générer des recettes fiscales supplémentaires : près de 1,8 milliards, dont 80% issus de modèles de constructeurs étrangers. Les voitures sont loin d'être un sujet secondaire : elles représentent plus de 50 % des émissions du secteur des transports, loin devant les autres modes de déplacement. Dans ce paysage, les SUV sont polluants : ils constituent la 2ème source de croissance de CO2 sur ces dix dernières années.
La fiscalité comme solution ?
La fiscalité est-elle vraiment une bonne solution pour réduire les ventes de SUV ? Nous proposons d’améliorer la fiscalité automobile aujourd’hui pour ne pas pénaliser les consommateurs demain. Si rien n’est fait, les consommateurs les plus modestes se retrouveront bientôt piégés : qu’ils se tournent vers des voitures neuves ou le marché de l’occasion, ils n’auront plus d’autre choix que d’acheter un SUV, qui coûte plus cher, à l’achat comme à l’utilisation (frais de carburant, frais d'entretien, frais d’assurance, etc.).
Plutôt que piéger les consommateurs sans leur laisser le choix, nous proposons de réorienter sans attendre l’offre de voitures vers des modèles plus légers et électriques. Depuis la crise de 2008, les constructeurs automobiles orientent progressivement le marché vers des voitures qui pèsent lourd sur le climat et sur le pouvoir d’achat. Aujourd’hui, alors que nous devons faire face à une succession de crises de plus en plus fréquentes et simultanées, ils ont la responsabilité de privilégier des modèles plus légers et électriques pour éviter de nous engager dans une nouvelle décennie de SUV.
Notre proposition vise à améliorer la fiscalité automobile uniquement au moment de l'achat de la voiture. Enfin, nous proposons d'améliorer la fiscalité automobile de manière très progressive, en réservant un traitement particulier aux petits SUV, moins lourds que les SUV les plus imposants : d'une part, le malus poids ne s'appliquerait qu'aux voitures de plus de 1300 kg (et à partir de 1600 kg pour les voitures électriques), soit uniquement la moitié des véhicules diesel et essence les plus lourds). D'autre part, le barème de tarification (€/kg) est modéré dans les tranches basses, majoré dans les tranches hautes (avec un plafond situé à 50 % du prix d’achat TTC), ne taxant fortement que les segments les plus lourds.
Ainsi, si cette mesure avait été appliquée en 2023, la très grande majorité des voitures neuves vendues en France (80%) n'auraient pas ou peu (moins de 5% du prix d’achat) payé de malus pour le poids. Une taxe sur le poids des voitures a été créée, comme le demandait le WWF France, et sera renforcée au 1er janvier 2025. Comme le WWF France le demandait après avoir publié plusieurs études sur les SUV, la France prélèvera depuis 2022 une taxe sur la masse des voitures dont le seuil de déclenchement sera abaissé à 1,6 en 2025.
Par ailleurs, le gouvernement instaure des exonérations pour les véhicules hybrides, avec des seuils de déclenchement du malus poids décalés, malgré leur poids plus élevé, le fait qu’ils sont majoritairement des SUV et que leurs performances en situation réelle de conditions soient dégradées. L'actuel barème reconnaît néanmoins la nécessité de prendre plus en compte le poids des voitures, et c’est un premier pas. Pour commencer à ralentir la progression fulgurante des SUV, il faudra néanmoins l’appliquer beaucoup plus largement.
Cela permettrait également de générer des recettes fiscales supplémentaires : près de 1,8 milliards. Les SUV sont-ils vraiment plus lourds que les berlines ? Ce n’est pas parce qu’une voiture est électrique qu’elle n’a aucune empreinte carbone. Pour une voiture électrique (qui émet très peu de CO2 en roulant), les émissions liées aux étapes de fabrication et de fin de vie, représentent environ 80 % de son empreinte carbone.
Alternatives et avenir
La voiture électrique n'est pas nécessairement vertueuse d'un point de vue environnemental. D’un point de vue des émissions de gaz à effet de serre, le constat est sans appel : en France, une voiture électrique émet en moyenne 3 fois moins de GES sur son cycle de vie. Cela étant, le véhicule électrique n’est pas parfait ni dénué de tout impact sur l'environnement. Autrement dit, nous ne pourrons pas nous satisfaire d'un avenir pavé de SUV électriques C'est pourquoi la voiture électrique doit être développée dans un cadre bien précis : d'abord, nos formes de mobilités doivent évoluer vers plus de sobriété. Ensuite, notre mix énergétique doit tendre vers un avenir 100% renouvelable.
Les SUV ne constituent qu’une offre familiale par défaut, qui s’est imposée au détriment de l’offre traditionnellement dédiée aux familles, à l’image des monospaces dont les ventes ont chuté de 20 % à 2% du total en 15 ans. Après avoir causé l’extinction des monospaces, les SUV remplacent désormais les berlines et les citadines, qui sont plus aérodynamiques et moins gourmandes en énergie. Les SUV ne nous protègent pas plus en cas d’accident : dans les moins bons résultats de crash-test, on trouve autant de SUV que de berlines.
Tableau comparatif : SUV vs Berlines
| Caractéristique | SUV | Berline |
|---|---|---|
| Consommation de carburant | Plus élevée (environ 15% de plus) | Moins élevée |
| Émissions de CO2 | Plus élevées | Moins élevées |
| Prix d'achat | Plus élevé | Moins élevé |
| Sécurité piétons | Risque accru pour les piétons en cas de collision | Risque moindre pour les piétons en cas de collision |
La Mairie de Paris organise une votation citoyenne ce dimanche pour mieux définir la place des véhicules lourds, encombrants et polluants dans la capitale. Ce dimanche, les Parisiens sont appelés aux urnes. Oui ou non sont-ils favorables à l’instauration d’un tarif spécifique pour le stationnement des voitures individuelles lourdes, encombrantes et polluantes dans la capitale ? Les véhicules visés sont bien évidemment les SUV (sport utility vehicle - tout-terrain de loisir). Ces « gros » véhicules sont depuis plusieurs années dans le viseur de la maire de Paris Anne Hidalgo.
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