Le mois de Nissan occupe une place particulière dans la Bible et le calendrier juif. Il marque le début de l'année religieuse et est associé à des événements fondateurs de l'histoire du peuple juif. Cet article explore la signification de ce mois, son lien avec des fêtes importantes et son rôle dans le récit biblique.
Origines et Évolution du Calendrier Juif
Beaucoup d'indications sur le calendrier juif et son évolution sont données par la Torah. Encore une fois, l'origine de ce calendrier est à rechercher dans le calendrier babylonien. N'étant pas eux-mêmes de bons astronomes, les Hébreux adoptent, lors de l'exil à Babylone, le calendrier babylonien et font leurs les noms des mois babyloniens en les adaptant à leur propre langue.
Un petit rappel si vous m'y autorisez : la « Torah écrite », - celle qui nous intéresse - pour sa plus grande partie, correspond à l’Ancien Testament de la bible des chrétiens. L'année comportait douze mois lunaires. Il semble que ce soit Moïse qui ait donné aux Juifs un calendrier religieux. Le calendrier civil, lui, faisait débuter l'année le septième mois du calendrier religieux.
L'ajout d'un mois intercalaire pour faire correspondre l'année lunaire à l'année solaire existant dans le calendrier babylonien, le calendrier juif de l'époque repris ce principe. Cette intercalation d'un mois supplémentaire se faisait à la fin de l'année religieuse et donc après le dernier mois de cette année, le mois Adar.
Je cite Chauve-Bertrand dans son livre La question du calendrier : "Un tribunal de plusieurs membres décidait s'il y avait lieu d'ajouter un treizième mois. Le Talmud de Jérusalem a conservé trois signes remarqués par les pâtres et admis par les sages :
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- Au mois d'Adar, la température doit être assez avancée pour que les céréales commencent à mûrir et que les arbres fleurissent
- En ce mois le froid diminue tant qu'en présence même du fort vent d'Est l'haleine le réchauffe
- A cette époque le boeuf est transi de froid au matin, tandis qu'à midi il va à l'ombre du figuier se détendre la peau.
Or, quand le mois d'Adar n'avait pas ces signes, il y avait lieu d'intercaler un treizième mois. La décision d'intercaler un treizième mois était, en dernier ressort, prise par le Sanhédrin, institution suprême, politique, religieuse et judiciaire du peuple d’Israël, à savoir une assemblée de soixante et onze membres.
Une des fonctions du Sanhédrin (encore lui) était aussi de proclamer le nouveau mois. La méthode était tout aussi empirique que celle de la fixation du début de l'année. Elle ressemble beaucoup à la méthode babylonienne : aux environs de la fin du mois, les voyageurs arrivant à Jérusalem sont minutieusement interrogés. Si deux d'entre eux déclarent avoir vu la lune naissante (néoménie ou molad) et si leurs témoignages concordent, le nouveau mois est proclamé et comportera donc 29 jours. Si aucun témoin ne se manifeste, le mois en cours est déclaré avoir 30 jours.
Comme nous l'avons vu jusqu'à maintenant, le calendrier hébreu était basé sur des observations (moisson, lune nouvelle, coucher du soleil.) qui ne pouvaient prospérer. La solution arrive par le Sanhédrin en 359 (ou 358) de notre ère et en la personne de Hillel II qui le préside à cette époque.
Mais, auparavant, une courte parenthèse pour évoquer la notion de calendrier religieux et de calendrier civil : il n'existe pas deux calendriers juifs, mais bien un seul dont le début de l'année change. Pour prendre un exemple simple, c'est l'équivalent de notre calendrier grégorien qui débute en janvier et du calendrier scolaire qui débute en septembre.
Il comprend 24 heures et chaque heure est divisée en 1080 parties ou scrupules appelées halakim ou chalakim numérotés de 0 à 1079. On dit que les Hébreux ont inventé la semaine de sept jours, mais, à y regarder de plus près, on voit les prémisses d'une telle semaine chez... les Babyloniens. En revanche, ils n'ont pas adopté des noms de jours liés aux astres et se sont contentés de les numéroter sauf le dernier jour qui est jour de repos (sabbat ou shabbat) et qui correspond à notre samedi (du vendredi soir au samedi soir). Le sixième jour, lui, s'appelle parascève (préparation au sabbat). Quant au dimanche, c'est le premier jour de la semaine.
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La Tékoufa (pluriel : Tékoufot) correspond à un trimestre solaire de 91 jours 7,5 heures. Comme dans tout calendrier lunaire, si on veut rester en phase avec l'année solaire comme c'était la volonté des Juifs, il faut rajouter un mois tous les trois ans environ. Le patriarche Hillel II s'est appuyé sur le cycle de Méton de 19 ans (à moins que ce ne soit encore une fois sur les babyloniens qui connaissaient déjà ce cycle) et place des années embolismiques (de 13 mois) aux rangs 3, 6, 8, 11, 14, 17 et 19 du cycle. Le mois supplémentaire, quand il est inséré à l'année l'est après Adar comme nous l'avons déjà vu et comporte 29 jours. Quant aux autres mois, ils auront 29 ou 30 jours pour faire en sorte qu'une « année moyenne » contienne le nombre de jours de l'année solaire calculée.
Mais, malheureusement, le religieux va mettre son grain de sel dans la conception du calendrier « nouveau » et une de ses règles (nous les verrons toutes un peu plus loin) veut que les fêtes soient des sabbats (comme le samedi) et que deux sabbats ne peuvent être consécutifs. Du fait de ces règles, la nouvelle année (1 tishri) ne peut commencer un dimanche, un mercredi ou un vendredi. On se voit donc, de temps en temps, obligé d'augmenter une année de un jour (voire deux si on tient compte de toutes les règles) et de diminuer l'année qui précède du même nombre de jours.
Sachant que si on doit ajouter un jour à une année ce sera à la fin du mois heshvan et que si on doit en enlever un ce sera au mois kislev, on peut fixer la règle suivante de dénomination :
- Si heshvan et kislev comportent 30 jours, l'année sera dite Abondante (shelema)
- Si heshvan comporte 29 jours et kislev 30 jours, l'année sera dite régulière (sedura)
- Si heshvan et kislev comptent toutes deux 29 jours, l'année sera dite défective (hasera).
Quant à adar, il aura 29 jours les années communes et 30 jours les années embolismiques. Après ce gros effort d'assimilation des six types d'années, nous avons bien mérité un petit intermède : les calendriers juifs suivent une convention qui consiste à décrire une année par son « caractère » (qevi'a) qui comprend trois lettres hébraïques. La première donne le jour qui commence l'année, la seconde indique la longueur de l'année (H pour Haser : défective ; K pour Kesidra : régulière ; S pour Shalem : abondante), la troisième le jour où la Pâque a lieu.
Un exemple : 2H5 signifie que la nouvelle année commence le second jour (2), que l'année est défective (H=hasera) et que la Pâque est le cinquième jour (5). Du fait des décalages du début de l'année, le molad (nouvelle lune la plus proche de l'équinoxe d'automne) qui correspond au début de la première lunaison théorique de la lune ne commence pas forcément avec le début de l'année. Le patriarche Hillel II a indexé le calendrier juif sur une lune théorique dont il estimait la lunaison moyenne à 29 jours 12 heures 793 halakim (29,530 594 136 jours) soit une année moyenne (compte tenu des années embolismiques) de 365, 246 822 205 977 907 jours contre 365,2425 jours pour l'année grégorienne (ou l'année tropique).
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(Anno Mundi) ou lizira. 2) Le premier molad (Molad-Tohu) qui a été fixé à 2-5-204. Traduisons : le premier chiffre correspond au jour (1=dimanche) ; Le deuxième correspond à l'heure et le troisième au nombre d'halakims. Avant d'appliquer tout ce que nous venons de voir à un exemple, prenons connaissance des fameuses règles édictées par Hillel II.
- Règle 2 : si molad de tishri survient à partir de l'instant 18h 0p, on décale de un jour.
- Règle 1 : applicable.
- Règle 2 : non applicable.
- Règle 3 : non applicable. La nouvelle lune ne tombe pas un mardi.
- Règle 4 : non applicable.
Nissan : Premier Mois de l'Année Religieuse
NISAN, subst. masc. Septième mois de l'année civile des Hébreux et premier mois de leur année sacrée, correspondant à une partie de nos mois de mars et d'avril.
Le premier mois de l'année représente le mois de la Pâque, c’est le mois de la sortie d'Égypte qui s'effectua la nuit du 14e au 15e jour du premier mois de l'année : Exode 12-2 : Ce mois ci sera pour vous le premier des mois ; il sera pour vous le premier des mois de l’année.
Lévitique 23-5 : Le premier mois, le quatorzième jour du mois, entre les deux soirs, ce sera la Pâque de l’Eternel. Exode 12 -6- 7 et 14: Vous le tiendrez en réserve (l’agneau pascal) jusqu’au quatorzième jour de ce mois ; toute l’assemblée de la communauté d’Israël l’immolera à la tombée du soir. On prendra de son sang et on en mettra sur les deux montants et sur le linteau de la porte des maisons où on le mangera. Ce sera pour vous un jour d’évocation ; vous le célébrerez comme une fête pour le SEIGNEUR, vous le célébrerez comme une prescription perpétuelle, pour toutes vos générations.
Pour les Juifs cet anniversaire, marque la fin de l'esclavage, la pâque (passer outre, épargner, ou passer au-dessus, la mort est passée au-dessus) la nuit de libération de la mort, c'est une fête de joie. Ce décret nous montre comment le diable sait venir voler et détruire, nous tenir dans la désobéissance par la peur, voler la joie, de cette fête qui devait être célébrée à perpétuité.
Car la sortie d’Egypte annonce la sortie du tombeau pour jésus, c'est-à-dire sa résurrection, qui se produira le lendemain du sabbat de la pâque. Ce décret va être annulé par un autre décret publié le 23e jour du troisième mois de l'année qui correspond à la grande fête de Shavouot ou Pentecôte pour les Juifs.
La Pâque Juive (Pessa'h)
La Pâque juive commence le 15 nissan. Le calendrier juif est lunaire : le mois commence avec la nouvelle lune. Le jour de Pâque correspond au jour de la pleine lune (le jour juif commence au coucher du soleil).
Pourquoi la pleine lune ? à l'origine, la Pâque est fixée par les juifs au 15 du mois de nissan. Le mois commençant le jour de la nouvelle lune, le 15 du mois correspond alors à la pleine lune.
À l'origine, la fête de Pâque חג הפסח [ḥag ha-pesaḥ] est une fête pastorale. un agneau, on prenait son sang pour oindre le pourtour des portes d'entrée de la tente ou de la cabane. ainsi la famille. Le mot pâque désignait aussi l'agneau pascal que l'on sacrifiait. Ce sacrifice était encore pratiqué au temps de Jésus mais ne l'est plus depuis la destruction du temple de Jérusalem en 70.
À ce rite a été ajouté une autre célébration, la fête du pain sans levain חג המצות [ḥag ha-matsoth]. C'est une fête agricole célébrée par un peuple sédentaire au début de la moisson. ἂζυμος de ζύμ (levain). Selon la Bible, à l'époque des pharaons, les Hébreux vivaient en esclavage en Égypte. L'exode représente la sortie d'Égypte, la libération du peuple hébreu. Dans la Torah, Dieu annonce le dixième fléau qui allait frapper les Égyptiens : le sang autour des portes devient le signe qui allait lui permettre d'épargner les maisons des Hébreux.
« Le sang sera pour vous un signe sur les maisons où vous vous tenez. En voyant ce signe, je passerai outre et vous échapperez au fléau destructeur lorsque je frapperai le pays d'Egypte. La Pâque est donc devenue la célébration de la libération du peuple hébreu. C'est la traversée de la mer Rouge qui sépare le pays de la servitude de la terre promise. C'est le passage de l'esclavage à la liberté. Le pain sans levain et le vin occupent une place essentielle.
Le Livre d'Esther et le Mois de Nissan
Pourquoi la bible attache-t-elle tant d'importance en nous précisant les jours et les mois des événements ? Par exemple dans l'histoire d'Esther ? Pour plusieurs raisons.
Le décret d'exécution des Juifs a été écrit le treizième jour du premier mois de l'année, c'est-à-dire le mois de Nisan, ce qui signifie commencement. Ce décret devrait être exécuté le 13e jour du 12e mois de l'année, c'est-à-dire le mois d'Adar, ce qui signifie : gloire.
Esther 3-7 : Au premier mois, qui est le mois de Nisan, la douzième année du roi Assuérus, on jeta le pur, c’est-à-dire le sort, devant Haman, pour chaque jour et pour chaque mois, jusqu’au douzième mois, qui est le mois d’Adar. Avec l’objectif de détruire le peuple juif.
Esther 3- 12 : Les secrétaires du roi furent appelés le treizième jour du premier mois, et l’on écrivit, suivant tout ce qui fut ordonné. Esther 3-13 : pour qu’on détruise, qu’on tue et qu’on fasse périr tous les Juifs, jeunes et vieux, petits enfants et femmes, en un seul jour, le treizième du douzième mois, qui est le mois d’Adar, et pour que leurs biens soient livrés au pillage.
Est-ce par hasard que ces dates nous sont données avec tant de précisions ? Non La bible est un livre qui s’explique toujours par elle-même. Souvent pour la comprendre, par exemple, dans le sujet de ce jour retournons au début de la bible.
Ce décret va être annulé par un autre décret publié le 23e jour du troisième mois de l'année qui correspond à la grande fête de Shavouot ou Pentecôte pour les Juifs. C'est-à-dire la date où Moïse et le peuple se tinrent devant l'Eternel autour du Sinaï et reçurent la loi ou les 10 commandements. Cette fête annonce Pentecôte pour nous. C'est-à-dire la venue du Saint-Esprit pour nous.
Exode 19-1 : Le troisième mois après leur sortie du pays d’Égypte, les Israélites arrivèrent ce jour là au désert du Sinaï. Le 13e jour du 12e mois date de l'exécution, les Juifs prennent leur revanche le 13 et célèbre dans la joie cette victoire le 14 et le 15. C’est une victoire accordée par Dieu et non une vengeance.
Tableau des Fêtes et Jeûnes du Calendrier Juif
Ces fêtes sont fixes puisqu'elles sont liées au même quantième du mois. À noter que, dans les années embolismiques, les fêtes religieuses d'adar (13,14,15) ont lieu aux mêmes dates en véadar.
| Date | Nom | Commentaires |
|---|---|---|
| 1 - 2 Tishri | Rosh-Haschana | Nouvel an. Célébré 1 ou 2 jours (selon que le mois précédent compte 29 ou 30 jours) avec interruption des travaux. |
| 3 Tishri | Guedaliah | Jeûne en ma mémoire d'un saint homme. Fixée au 4 si le mois commence par un jeudi. |
| 10 Tishri | Yom Kippour | Fête du pardon. Journée la plus solennelle de l'année juive. Commence le 9 à 6h du soir. |
| 15-21 Tishri | Soukoth | Fêtes des Tabernacles |
| 21 Tishri | Hoschana Rabba | Jour du décret du Jugement |
| 22 Tishri | Schemini Atsereth | Fête de l'intimité des juifs avec Dieu |
| 23 Tishri | Simha Torah | Fête de la Loi |
| 25 Kislev | Hanouka | Victoire des Maccabés sur les persécutions grecques |
| 10 Tebeth | Assara be Tebeth | Jeûne. Début du siège de Jérusalem par Nabuchodonosor |
| 13 Adar | Ta'anit Esther | Jeûne d'Esther. Si le 13 Adar est sabbat, le fête est fixée au 11. |
| 5 Sivan | Omer | intervalle entre la sortie d'Égypte et le don de la Torah |
| 18 Iyyar | Lag baomer | 33ejour de l'Omer |
| 6 Sivan | Schebouoth | Don de la Torah |
| 17 Tammuz | Tsom Tammuz | Jeûne de la chute des murs de Jérusalem en 70 |
| 9 Ab | Tisha be Ab | Jeûne du double anniversaire de la destruction des 2 premiers temples. Fête reportée au 10 si le 9 est sabbat. |
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