Les Deux Cavaliers est un western réalisé par John Ford en 1961. Certes, ce n’est pas le film préféré de John Ford, mais on est tout de même loin d’un film oubliable comme l’est Tobacco Road.

L’histoire se déroule dans les années 1880. Le lieutenant Jim Gary et le sergent Darius Posey se présentent à Guthrie McCabe, le shérif de Tascosa. Ils sont venus sur l'ordre du commandant Frazer. Années 1880. Guthrie McCabe (James Stewart), l’égoïste et cynique marshal de Tascosa, vit dans le luxe grâce au pourcentage qu’il perçoit sur toutes les transactions effectuées dans son comté. Il est dérangé dans sa tranquillité par l’arrivée en ville d’un détachement de cavalerie conduit par le Lieutenant Jim Gary (Richard Widmark).

Les soldats sont venus le chercher car le commandant de Fort Grant, le Major Frazer (John McIntire), souhaite lui confier une mission: on le charge d’accompagner Jim chez les Comanches afin de négocier la restitution des prisonniers blancs qu’ils ont capturés au cours de ces dix dernières années. Le campement de la cavalerie est d’ailleurs entouré par les familles des disparus qui attendent avec impatience le résultat de ces tractations. Quand il apprendra ce qu’on attend de lui, négocier la restitution d’enfants blancs devenus grands maintenant, enlevés par les Comanches qu’il connaît bien, son refus initial ne sera altéré que par la perspective de négocier 500 dollars par tête auprès des familles qui se sont agglutinées autour du fort voyant en ce shérif leur dernier espoir.

McCabe accepte un peu à contre-cœur mais pour fuir le harcèlement de la tenancière de saloon qui cherche à lui mettre le grappin dessus, et à condition de recevoir 500 dollars pour chaque prisonnier qu’il réussira à "tirer des griffes" des Indiens.

Les personnages principaux

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  • Guthrie McCabe (James Stewart): shérif d’une petite bourgade de l’Ouest, cynique et vénal.
  • Jim Gary (Richard Widmark): un lieutenant de l’US Army, idéaliste et droit.

Un western désabusé

Les Deux cavaliers est un film mineur dans la carrière de Ford. Les Deux cavaliers apparaît dès lors comme une forme de remake à peine voilée de La Prisonnière du désert (The Searchers - 1956). Mais un remake très fade dont Ford a d’ailleurs lâché les rennes en cours de réalisation.

Les Deux Cavaliers apparaît comme une vaste entreprise de démythification du western et des propres classiques de Ford. Le cinéaste évacue ici toute tentation de lyrisme et se livre à une vision prosaïque et critique de l’Ouest. Le personnage de shérif interprété par James Stewart est un ersatz cynique et vieillissant du Wyatt Earp mis en scène par Ford dans La Poursuite infernale.

James Stewart : un cow-boy masochiste

Il y a deux périodes dans la carrière westernienne de James Stewart. Ou plutôt trois, car il ne faut pas oublier l’époque où personne n’imaginait qu’un jour il puisse se salir les mains pour interpréter un cow-boy, lui, le gendre idéal de l’Amérique, le grand escogriffe naïf des films de Capra.

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Puis les années 50 sont arrivées, et avec elles Anthony Mann, qui dirigea James Stewart et sa voix éraillée dans cinq westerns parfaits. Ensemble, ils inventèrent un héros inédit, reprenant la douceur inhérente à l’acteur, mais lui injectant une bonne dose de doute et de violence. Contre toute attente, James Stewart devenait la figure jamais égalée du cowboy masochiste, celui qui tue et pleure en même temps.

Vinrent les années 60 et tout changea. C’était l’heure des bilans et des relectures, James Stewart arrivait chez John Ford, qui se désintéressait alors cruellement de John Wayne. Ford reprenait à dessein le cowboy modernisé des films de Mann pour débuter sa démythification en règle du western et de ses codes. C’est on ne peut plus clair dans Les Deux Cavaliers, où Stewart joue un shérif vénal et cynique, un Wyatt Earp qui aurait mal vieilli, expliquant à des parents inquiets qu’ils devraient considérer comme morts leurs enfants enlevés par les Indiens. La Prisonnière du désert est déjà loin.

Jouant à choquer l’honnête Richard Widmark, Stewart l’entraîne dans une discussion au bord de l’eau, dans un plan séquence très « cinéma-vérité ». Où l’on réalise que ce qu’on avait pu prendre pour de la paresse dans Les Cavaliers était, en réalité, un art de la décontraction parfaitement maîtrisé.

Thématiques abordées

  • La restitution des prisonniers blancs capturés par les Comanches.
  • Le racisme anti-indien.
  • Le cynisme et la cupidité.
  • La difficulté de réintégration des captifs.

Une scène marquante : la discussion au bord de l'eau

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Le film est également célèbre, à juste titre, pour une séquence stupéfiante. James Stewart et Richard Widmark, les deux cavaliers, s’arrêtent au bord d’une rivière, s’assoient et entament une longue discussion en plan fixe, devant la caméra de Ford plantée en plein milieu du courant. Pendant trois minutes et quarante-cinq secondes, le cinéma comme enregistrement de la parole, mais aussi de l’eau qui coule et du vent qui souffle. On dirait du Pagnol, ou du Straub.

Ce plan incongru et digressif, où les deux acteurs semblent improviser leurs dialogues et leurs réactions, devient sublime tant il symbolise la liberté et l’inventivité de Ford au travail, capable de bouleverser une feuille de tournage et se moquer d’un scénario qu’il méprise pour donner libre cours à sa fantaisie.

Anecdotes de tournage

C’est en effet une chose connue que le cinéaste ayant appris la mort de l’acteur et ami indéfectible Ward Bond bâcla la fin du tournage et se remit à boire. Ford a d’ailleurs déclaré après coup que ce film était « la pire merde que j’ai tournée en vingt ans » (In le formidable bouquin À la recherche de John Ford signé Joseph McBride).

Aux dires de tous les participants, dès ce moment il déprima, se jeta sur la bouteille et se désintéressa totalement de son film et de ce qui se passait sur son plateau au point d’écourter son tournage pour se réfugier à bord de son bateau.

Malgré ses défauts et les difficultés rencontrées lors de sa production, Les Deux Cavaliers reste un film intéressant pour qui s'intéresse à l'œuvre de John Ford et à la déconstruction des mythes du western.

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