Les Portugais aiment l'automobile. Mais le pays ne dispose d'aucune marque nationale. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Un jour, nous pourrons peut-être voir émerger une marque portugaise d’automobile. Avec la globalisation, un coût de main d’œuvre bas, et une jeunesse très qualifiée aux nombreux ingénieurs, il ne manquerait qu’un peu d’investissement pour y parvenir.

Les Tentatives Passées

ATA, voiture belge, créée par des Portugais

Les Ateliers Teixeira Automobiles, ATA, n’ont construit qu’un seul modèle d’automobile, en Belgique. De fait, les deux frères Dias Teixeira, avaient déjà tenté de le faire au Portugal, eux qui y vendaient déjà des vélos. Mais le manque de main d'oeuvre qualifiée et de matières premières les ont fait partir en Belgique. Leur idée : créer un modèle compatible avec la réalité portugaise. Il fallait donc que ce soit une voiture pas chère et simple, obligatoirement. Le premier modèle sera présenté en 1914 au Palais de Cristal, à Porto, lors de ce qui fut le premier salon automobile du pays. Malgré les 25 commandes, ATA ne survivra pas à la Première Guerre Mondiale. Il semble qu’aucune ATA n’est survécu jusqu’à nos jours, ne restant que de rares photos…

Felcom

Felcom, ce n’est pas vraiment d’une entreprise de fabrication d’automobiles. Il s’agit plutôt de l’histoire d’un pilote des années 1930, Eduardo Carvalho. Il rachète deux voitures de course à un collègue pilote qui modifiait des voitures, Eduardo Ferreirinha. Les deux voitures de compétion de Ferreirinha, une Ford A et une Turcat-Méry seront fusionnées par Carvalho en 1933, pour devenir la Felcom. L’automobile participera alors aux compétitions automobiles nationales… sans jamais de succès. Il ne s’agit donc pas d’une voiture destinée au grand public. Il s’agit d’un cas unique, le plaisir d’un pilote automobile, qui aimait mettre les mains dans le cambouis.

Edfor

En 1937, Eduardo Ferreirinha, qui développa son entreprise de pièces automobiles EFI (Eduardo Ferreirinha & Irmão), se lance dans la création d’une nouvelle automobile, l’EDFOR Grand Sport. Habitué des modifications des automobiles Ford comme nous l’avons vu précédemment sur la Ford A, sa « marque » EDFOR le signale : EDuardo FORd. Cette nouvelle automobile est un notable progrès si on la compare au Felcom. Dotée d’un V8 Ford amélioré, sa carrosserie et son châssis sont en aluminium, une nouveauté pour l’époque. Sa beauté esthétique est une très belle réussite. Pour l’anecdote, le cinéaste Manoel de Oliveira, qui était originaire de Porto comme Ferreirinha, fut pilote automobile dans sa jeunesse. Et la voiture qu’il utilisait et qui lui permit de monter sur plusieurs podiums était une belle Grand Sport de fabrication nationale ! Seuls quatre exemplaires ont été produits, l’entreprise n’ayant malheureusement pas survécu.

FAP, Fiat-Adler-Palhinhas

Après la Seconde Guerre Mondiale, et la fin des aventures portugaises automobiles, surgit une nouvelle marque, FAP, destinée aux courses de voitures. C’est le pilote Fernando Francisco Palhinhas, qui, après de longues années en tant que pilote et mécanicien, va créer un nouveau modèle de voiture, partant d’une base FIAT et en la fusionnant avec une Adler, ancien constructeur allemand. Mais il s’agit d’une voiture déjà dépassée dans le monde de la compétition automobile. En 1951, pour mieux profiter de l’excellent moteur FIAT, Palhinhas change complètement la carrosserie. En 1953, un nouveau modèle, le FAP 53, fera une tentative d’être autre chose qu’une voiture de compétition. Une voiture destinée aux particuliers, désireux d’avoir une voiture sportive et sympathique à conduire sur les routes nationales.

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DIMA / DM

Il s’agit au départ d’une voiture datant de 1951, produite par le catalan Dionisio Mateu et l’entreprise Auto Federal Lda. Habitant à Porto depuis 30 ans, et, comme ses prédécesseurs, c’est sa passion pour la compétition automobile qui l’ont fait créer cette voiture, venue concurrencer directement FAP. Il s’agit en fait d’un châssis de FIAT 1100 et son moteur, amélioré pour les courses automobiles. La voiture fut un succès sportif immédiat. En 1952, un nouveau modèle est construit, avec une carrosserie fermée. Malgré ses succès, la petite entreprise fera faillite en 1955, par manque d’investisseurs et une mésentente avec ses fournisseurs… Originellement nommée Dima, la marque changea en DM. La marque automobile française Panhard, qui commercialisait à l’époque la Dyna, trouvait que les dénominations étaient trop proches… Sept carrosseries différentes seront produites pendant les quatre années d’existence de DM.

A savoir : un changement de règlement des compétitions automobiles portugaises en 1954, permettant des moteurs de 1500 cm3 au lieu de 1100 cm3 dicta la fin de la compétitivité des automobiles portugaises nationales comme DM ou FAP. Ce nouveau règlement permis l’arrivée d’un nouveau participant, Porsche, qui ne laissa pas le temps aux Portugais de rattraper leur retard… et précipitant leur faillite.

MG Canelas

Encore une voiture de compétition des années 1950. Produite en 1952 à Lisbonne par l’ingénieur aéronautique José Jorge Canelas, son châssis était une production purement nationale, contrairement à ses concurrentes. Un châssis tubulaire d’acier et portugais, certes, mais un moteur britannique MG de 1500 cm3.

Alba, et le premier moteur portugais

Les années 1950 furent fastes pour l’automobile portugaise, avec l’apparition de plusieurs marques produisant des voitures de sport. Alba est une de ces marques, originaire de la ville de Albegaria-a-Velha. Cette voiture, produite à partir de 1952 par António Augusto Martins Pereira au sein de son entreprise métallurgique, disposait d’un moteur FIAT de 1089 cm3. C’est inspiré par DM et FAP que Martins Pereira, grand amateur d’automobile, décida lui aussi de se lancer dans l’aventure. DM et FAP avaient démontré que c’était possible de produire une voiture de compétition au Portugal.

Avec la concurrence des Porsche à partir de 1954 et le changement de réglementation, il fallait réagir, et trouver un moteur plus efficace. Après avoir demandé un devis à Maserati, Martins Pereira affirme, face au tarif italien bien trop élevé : pour moins que ça, je fais moi même un moteur dans mon atelier. Et il l’a fait. Une nouvelle Alba voit ainsi le jour en 1955, avec un moteur créé et fabriqué au Portugal, l’Alba 1500. Les succès de ses débuts seront malheureusement rapidement éclipsés par les progrès réalisés par le reste de l’industrie européenne. Faute de moyens, les Albas seront de moins en moins compétitives, participant pour la dernière fois à une course automobile en 1961. Les années 1960 marquent la fin de cet âge d’or de l’automobile portugaise.

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Olda

Apparue en 1954, cette automobile de Águeda est une championne des circuits automobiles portugais. Il s’agit ici, encore une fois, d’un châssis et moteur FIAT. Son concepteur, Joaquim de Oliveira, était également un pilote de grande qualité. Olda vient de la contraction de « Oliveira de Águeda ». Oliveira, pour développer son automobile, put compter sur l’aide précieuse de Ângelo Costa, qui travaillera par la suite sur le moteur 100% portugais de Alba.

A.R

Basé à Castelo Branco, cette automobile de 1955 très élégante est le fruit du travail de Joaquim Nunes Ribeiro et António Alcobia. Ils fondent ensemble A.R, de Alcobia e Ribeiro. Partant sur une base de Peugeot 203 et un châssis tubulaire « fait maison », cette voiture ne participa que très peu aux compétitions automobiles du pays. C’est ce qu’on appellerait en anglais un « one shot ». Il n’empêche que même unique, elle montre le savoir faire des artisans de Castelo Branco. Comme pour ses concurrentes, aucune suite industrielle n’aura été donnée.

PE

La Fábrica de Produtos Estrela (PE), fondée par Adérito Parente à Porto dans les années 1940, essaie véritablement le développement industriel d’une automobile grand public au cours des années 1950, en collaboration avec Panhard. En parallèle, PE développe des carrosseries pour autocars et, bien sûr, des automobiles de compétition. Il n’y a malheureusement pas eu de suite aux automobiles grand public. Usine PE. Elle n’existe plus aujourd’hui, les installations ayant fermé dans les années 1990. Si cette belle entreprise à l’époque n’avait pas réussi à mener son projet d’automobile pour tous jusqu’au bout, qui d’autre aurait pu le faire?

Marlei

Le projet de Mário Moreira Leite, « Marlei », contraction de son nom, nait à Porto, en 1952. Leite, en tant que chef des mécaniciens du garage António Sardinha, reçoit une Opel Olympia Caravan, entièrement détruite. Cette épave lui servira pour construire sa Marlei. Il lui fallu deux ans pour créer son véhicule, et quasiment autant pour l’homologuer, en proie à une bureaucratie kafkaïenne. Ce n’est qu’en 1955 qu’il pourra enfin s’en servir sur les routes portugaises et bien sûr, en compétition. Même si la carrosserie n’a rien gardé de l’originale, le logo Opel des années 1950 a été conservé. Comme presque toutes les autres productions « nationales », cette Marlei est en fait basée sur de la technologie étrangère. Tant et si bien que le logo Opel est clairement mis en évidence sur la voiture. Plutôt que d’affirmer qu’il s’agit de voitures portugaises, nous pouvons plutôt affirmer qu’il s’agit de « préparations automobiles portugaises ».

AGB et IPA

Le Portugal présente deux visages automobiles. Un visage riche, fait de belles voitures et de compétitions automobiles, représentées par les Alba, DM et autres Edfor, et un visage pauvre… majoritaire. Le Portugais moyen des années 1950 ou 60 ne pouvait pratiquement que rêver d’automobile. Difficile pour lui de s’en acheter une, même une vieille FIAT d’occasion, c’était compliqué. Dans cette optique, un projet de « voiture pour tous » allait naitre, sous la houlette de António Gonçalves Baptista, fondateur de l’entreprise AGB. Cette voiture destinée au marché portugais devait être à des années lumières des voitures sportives produites jusqu’à présent. Un concept fut développé en 1954, la « Lusito ». Malheureusement, une bureaucratie idiote tua dans l’œuf ce premier projet national. Le véhicule, à cause de certaines faiblesses mécaniques, ne sera jamais homologué. Mais le concept allait connaître une suite inattendue.

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Alors que António Gonçalves Baptista parcourait le pays avec sa Lusito pour démontrer les capacités du véhicule, une panne l’immobilise à Porto de Mós. Il sera secouru par un ingénieur local, João Monteiro Conceição. Celui-ci, surpris par la qualité du véhicule, décide de reprendre à son compte le projet. IPA, pour Indústria Portuguesa de Automóveis était née. Inspiré par la Lusito, Conceição va en 1956 recréer un nouveau véhicule, sans les problèmes mécaniques et bureaucratiques qui avaient empêché AGB d’homologuer la Lusito. Cette IPA, utilisant un petit moteur British Anzani de 300 cm3, sera enfin présentée en 1958 lors d’un salon de l’industrie portugais. Deux modèles avaient été présentés : un coupé deux places, et une version familiale, ici en photo, de quatre places, l’IPA 300. Tout semblait bien parti pour enfin produire industriellement une voiture au Portugal. Mais le secrétaire d’état à l’Industrie en a décidé autrement. L’autorisation de produire fut tout simplement refusée. Le Portugal d’alors préférait produire sur son territoire des véhicules étrangers. L’investissement étranger semblait une meilleure solution pour l’avenir que de parier sur un constructeur portugais. Nous ne saurons jamais s’ils avaient raison ou tort. Mais pouvions-nous croire qu’il y avait de la place pour les deux?

Sado

A la fin des années 1970, un nouveau projet reprendra l’idée de la production d’une microvoiture au Portugal. Le groupe industriel Entreposto, spécialisé jusqu’à alors en remorques et caravanes, décide de construire, et y parvient, une voiture portugaise. Le moteur serait japonais, un Daihatsu. Le premier véhicule sort des lignes de montage de l’entreprise de Setúbal en 1982, et sera un succès commercial. En le regardant, nous nous apercevons qu’il s’agit d’un ancêtre, dans l’esprit, de l’actuelle Smart. Comme la Smart, il n’y a que deux places. Il ne s’agit pas d’une voiture sans permis, mais bien d’une voiture « comme les autres », à part sa taille réduite. La production de Sado, malgré un succès d’estime, ne parviendra pas à survivre aux voitures étrangères, meilleures et surtout, moins chères. La production s’arrête en 1985, et la maison mère, Entreposto, importe simplement des véhicules étrangers pour les vendre au Portugal…

Portaro

Aux côtés des microvoitures, les Portugais pouvaient se porter clients de 4×4 à bas prix. Au vu de l’état des routes du Portugal des années 1970 et de son encore très forte ruralité, ce n’était pas un mauvais pari. Voyant une opportunité dans le Portugal en pleine reconstruction après les longues années de dictature, l’entrepreneur portugais Hipólito Pires va négocier avec les Roumains de ARO l’importation de leurs châssis, donnant vie à Portaro en 1976. Portaro est la contraction de « Portugal + ARO ». Cette collaboration donnera vie à un élégant 4×4, emblématique des années 1980. Sur le châssis roumain, on adapta un moteur japonais Daihatsu pour le Diesel, et un moteur Volvo pour l’essence. Avec le temps et l’évolution des modèles, le véhicule devient de plus en plus « portugais », et de plus en plus abouti, s’éloignant ainsi de sa base roumaine. Et le Portaro ne pouvait pas échapper à la compétition automobile !

UMM

UMM est probablement la marque de voiture portugaise la plus connue. Fondée en 1977, UMM se spécialise dans la production de véhicules tout-terrain robustes et durables. Les modèles UMM Alter et UMM Cournil sont particulièrement célèbres pour leur capacité à affronter les terrains difficiles. Utilisés à la fois par les forces armées portugaises et pour des applications civiles, les véhicules UMM sont réputés pour leur robustesse et leur fiabilité.

Bravia

Bravia est une marque portugaise spécialisée dans les véhicules militaires et tout-terrain. Fondée dans les années 1960, Bravia a produit le modèle Bravia Chaimite, un véhicule blindé utilisé par les forces armées portugaises et d’autres pays. Le Chaimite est connu pour sa robustesse et sa capacité à opérer dans des conditions difficiles.

Edfor

Edfor (Empresa de Automóveis Ford) est une marque historique portugaise fondée dans les années 1930. La marque a produit des voitures de sport en petites séries, souvent en utilisant des composants Ford.

Vinicar

Vinicar est une marque contemporaine qui se concentre sur les véhicules électriques et les solutions de mobilité urbaine.

Les Tendances Actuelles du Marché Automobile Portugais

Classement des voitures neuves les plus vendues

Au premier semestre 2021, Renault est la marque automobile préférée des portugais, et de loin. Les chiffres sont de l’ACAP, Association Automobile du Portugal. Les chiffres sont en hausse par rapport à la même période en 2020, comme on pouvait s’y attendre en période de pandémie et de télétravail. Autrefois reine du classement, La Clio cède la place à une autre Renault. C’est désormais la Captur qui caracole en tête des ventes d’automobiles au Portugal.

Voici le top 10 des ventes au premier semestre 2021 :

ModèleNombre de voitures vendues
Renault Captur3613
Renault Clio3051
Peugeot 2082943
Peugeot 20082897
Mercedes Classe A2572
Citroën C32383
BMW série 12169
Toyota Yaris2028
FIAT 5001801
SEAT Ibiza1598

Nous sommes très loin des grosses berlines allemandes fantasmées. Il n’y en a tout simplement pas dans le top des voitures neuves. Les SUV continuent leur progression. Au Portugal, ils représentent une vente sur trois.

Voitures d’occasion préférées au Portugal

Le marché de l’occasion est bien sûr bien plus important que celui du neuf, beaucoup plus de voitures sont achetées en seconde main. Pour se faire une idée, nous nous appuyons sur l’observatoire de la vente d’occasion INDICATA et des chiffres disponibles pour le mois de mai 2021. Le classement des voitures les plus vendues en occasion est catégorique :

  • Renault Clio, 2393 voitures
  • Renault Megane, 1361
  • Peugeot 308, 1035
  • SEAT Ibiza, 819
  • Mercedes Classe A, 725
  • Renault Captur, 716
  • BMW série 1, 677
  • SEAT Leon, 628
  • Volkswagen Golf, 582
  • Nissan Qashqai, 542

Pas de trace non plus de grosse berline allemande. Nous restons sur de petites voitures en général.

Voitures de luxe au Portugal

C’est un fait, il y en a. Et peut-être bien qu’elles sont même plus visibles au Portugal. C’est peut-être surprenant si on pense au Portugal comme étant un pays pauvre, ce qui est le cas. Mais dans un pays pauvre où il y a de fortes inégalités. Les riches y sont très riches. Et n’hésitent pas à le montrer. Nous sommes dans un pays où la voiture est reine, elle représente encore un statut social. Même ceux qui ne sont pas riches sont prêts à faire des sacrifices pour avoir une belle voiture.

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