Quand on pense à une voiture statutaire, on pense aux anglaises et aux allemandes (pour les françaises il faut remonter un peu plus dans le temps). De fait, c’est difficile de ne pas valider cette idée avec notre voiture du jour. La Mercedes 220 SE Cabriolet n’a rien à voir avec un roadster anglais au petit moteur et prêt à filer en toute légèreté. Ce n’est pas complètement non plus un cabriolet Rolls avec tout le luxe que ça sous entend. Non, la Mercedes 220 SE Cabriolet, c’est une voiture un peu à part, qui peut faire penser à une américaine dans sa définition.
Les Origines et l'Évolution
Pour faire les présentations correctement, remontons à la base : le nom. Notre Mercedes 220 SE Cabriolet est une W111. C’est la deuxième génération de berlines d’après-guerre chez Mercedes, celle qui remplace les « Ponton » (W120, W121 et W105 selon les motorisations) et se présente comme une grosse berline. Elle aura son surnom : Heckflosse. La Mercedes 220 SE Cabriolet apparaît plus tard, en 1961. D’ailleurs, on ne peut pas vraiment l’appeler Heckflosse puisqu’elle ne propose pas d’aileron ! Autre différence entre la berline et le duo Coupé / Cabriolet, ces derniers sont signés Paul Bracq.
Au mois d’août 1959, Mercedes présente ses nouvelles berlines à la presse spécialisée, conviée pour l’occasion sur le circuit de Solitude, près de Stuttgart. Par rapport à la gamme « Ponton » apparue en 1953, la rupture stylistique est indéniable ; aux formes rondouillardes de sa devancière, celle qui va bientôt recevoir le surnom de Heckflosse (en référence à ses timides ailerons arrière) oppose un design plus tranchant, plus opulent, et qui ne cherche pas à dissimuler l’influence américaine. À l’époque, les constructeurs états-uniens sont lancés dans une course au gigantisme et à l’outrance décorative dont le millésime 1958, en particulier chez General Motors, aura été particulièrement représentatif.
Bien sûr, les stylistes Mercedes se sont bien gardés de pousser le curseur aussi loin mais la série W110/111/112 demeure pourtant la plus baroque des berlines d’une firme ordinairement traditionaliste. Ce dessin, qui fera couler beaucoup d’encre, va de surcroît s’étendre à tous les échelons de la gamme. De la sorte, de la rustique 190 (variante utilitariste très appréciée des chauffeurs de taxi) à la luxueuse 300 SE à empattement long, la cellule centrale est identique ; les différents typages s’expriment au travers de nombreux détails esthétiques qui vont du format des optiques avant et arrière à la quantité de chromes répartis sur la carrosserie.
Naissance d’un chef-d’œuvre
En 1957, un jeune styliste bordelais nommé Paul Bracq est engagé par la Daimler-Benz pour travailler aux côtés de Karl Wilfert, alors designer en chef de la firme. C’est à lui qu’échoit la tâche consistant à concevoir des dérivés à deux portes - un coupé et un cabriolet - sur la base de la future berline. Ces autos sont destinées à prendre la suite des W128 et W188 ; sous des carrosseries identiques, elles vont donc, au fil des ans, abriter un éventail de mécaniques susceptible de répondre aux attentes d’une clientèle plutôt diversifiée, allant des anciens possesseurs de coupés 220 SE (tarifés 23 500 DM à la fin de leur carrière) et de 300 S vendues 50 % plus cher.
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Design Extérieur : Élégance et Massivité
Quand on rentre dans le détail, on peut enlever le mot finesse de notre vocabulaire. La Mercedes 220 SE Cabriolet est élégante, mais la finesse n’est pas forcément son fort. La raison principale reste à l’avant. Comme toute bonne Mercedes ancienne (en tout cas son image d’Epinal), la calandre est massive, chromée et occupe une bonne place à l’avant. Mais pour le reste de l’avant on perd cette descendance. La Mercedes 220 SE Cabriolet montre ainsi une nette démarcation entre la calandre et les ailes qui surplombent les feux verticaux. Le capot retombe de chaque côté et les ailes remontent.
Pour en rajouter sur le côté massif, on peut aussi parler du pare-chocs. Le profil de la Mercedes 220 SE Cabriolet est beaucoup moins massif. Certes, à l’avant, ça démarre verticalement et ça monte haut, mais justement, après, ça redescend tout doucement. Deux plis de carrosserie viennent renforcer cette impression et la forme des passages de roue aide aussi à « projeter » la ligne vers l’avant. Ajoutons que, même capotée, la Mercedes 220 SE Cabriolet est élégante. Oui, ça fait une masse sombre au-dessus mais avec le dessin global, la ligne de la capote ne nuit pas à l’élégance générale.
On passe à l’arrière maintenant. C’est là où la Mercedes 220 SE Cabriolet diffère le plus de la berline et où Paul Bracq a le plus travaillé. Le large coffre occupe une bonne partie de l’espace. C’est surtout de chaque côté qu’on voit une différence. Les ailes oublient les fins ailerons et on retrouve plutôt des ailes épaisses et carrées. Cependant, ça n’alourdit pas l’arrière. On ajoute également que les feux sont plus petits et perdent leur gros entourage chromé. Le pare-chocs est, lui, plus massif et doublé sur les côtés. Autre différence, on passe d’une plaque carrée à une plaque rectangulaire. Là encore, l’arrière s’allège une fois la capote enlevée.
En bref, la Mercedes 220 SE Cabriolet n’est définitivement pas fine dans son dessin mais elle est définitivement élégante. En débarrassant l’auto des fameux ailerons - déjà datés au début des années 1960 -, en supprimant le montant B et en abaissant la ligne de caisse, Bracq parvient à conférer une grâce inédite à une carrosserie désormais veuve des lourdeurs ostentatoires qui la caractérisaient sous certains angles.
Intérieur : Luxe et Raffinement
Quand on pense aux voitures allemandes, deux choix s’offrent à nous. Le premier est basé sur la sportivité, les sièges baquets et les intérieurs typés sport. Et bingo, nous sommes dans les années 60 qui plus est avec une Mercedes 220 SE Cabriolet. Ainsi, auprogramme, pas de baquets briseur de colonnes vertébrales ou d’intérieurs au plastique (avec revêtement « Carbone ») craquant. En plus de ces véritables canapés, une banquette arrière toute aussi accueillante et nappée de cuir vient se présenter pour les passagers (limité aux plus petits sauf si vous décapotez).
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Pour accompagner le cuir noir en très bel état des assises, on retrouve ce même habillage sur la planche de bord. A ce somptueux tableau de bord sont ajoutés deux beaux compteurs. Un pour la vitesse, trèèès optimiste et gradué jusqu’à 220 km/h et un second pour le régime moteur. Les chiffres sont eux indiqués par de belles aiguilles, pas en plastique. Entre les deux compteurs, on retrouve également la jauge à essence et le kilométrage parcouru mais aussi et c’est surprenant, le rapport engagé.
Pour parfaire l’intérieur haut de gamme de la voiture, on ne retrouve quasiment pas de plastique(chouette). Les commodos sont en aluminium tout comme le centre du volant (en cuir) entouré d’un jolidemi-cercle lui aussi en alu. A cela on retrouve un allume cigare à côté du volant et l’autoradio. Toutefois sur notre Mercedes 220 SE Cabriolet, la dénomination “250 SE” vient le recouvrir. Enfin on retrouve le levier de la boite de vitesse lui aussi sobre mais élégant. C’est une belle boule noire qui vient prendre place en haut d’une simple tige permettant le changement de vitesses.
Bien évidemment, le point culminant de la voiture, c’est son toit. Enfin son haut, quand il y est ! A l’aide de deux poignées qu’il suffit de tourner, il n’y a qu’à ensuite repousser la capote en arrière et la ranger sous sa protection, elle-même sortie d’une protection dans le coffre. Le système se veut simple, rapide et étanche.
Mécanique et Performance
On a une impression de rusticité qui traîne quand on évoque une Mercedes ancienne. C’est aussi parce que ce terme va souvent de pair avec la fiabilité et, sur ce point, on ne trouvera pas grand chose à la Mercedes 220 SE Cabriolet. Quand on ouvre le capot, on retrouve cette impression de rusticité. Mais ce serait oublier que Mercedes possède aussi une réputation d’être une marque pionnière niveau technique.
On explique : lorsque l’air chauffe, le mélange se dilate car ses molécules possèdent plus d’énergie et sont globalement plus excitées, ce qui fait qu’il y a moins d’air qui peut rentrer dans des espaces clos, à tout hasard : un moteur. On cherche donc à les refroidir et à les comprimer pour pouvoir en rentrer un maximum dans le moteur et optimiser ses performances (plus d’air = meilleure explosion dans le moteur avec l’essence). Donc, sous le capot, on trouve un 6 cylindres en ligne essence à injection de 2,2L de cylindrée (d’où le 220) développant environ 120ch. Surtout il sort 206 Nm de couple.
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C’est exactement ce que l’on recherche dans une telle voiture : un moteur rond, efficace, coupleux pour pouvoir emmener dignement la voiture sans être trop brusque pour ne pas perturber ses passagers avec une légère touche de performance. Autre détail intéressant, à partir de 1961, les Mercedes 220S puis SE sont équipées de freins à disques à l’avant, nouvelle technologie étant popularisée par Jaguar au Mans 1953. Les voitures étaient jusqu’alors intégralement freinées (ou… ralenties) par des tambours étant clairement moins efficaces. Cela ajoute une meilleure sécurité à la voiture et renforce encore son côté haut de gamme (pour l’époque…). Sinon, côté trains roulants, on fait dans le classique mais aussi le performant.
Une dernière anecdote côté technique : les modèles W111 furent parmi les voitures les plus sûres de leur époque : on l’a dit, il s’agissait de la première automobile au monde possédant des structures avant et arrières déformables, la violence des chocs y étant alors absorbée.
Expérience de Conduite
C’est parti pour aller faire un tour. La Mercedes 220 SE Cabriolet étant un cabriolet, on va tester ce qu’elle donne cheveux au vent… En fait, non, cheveux sous le bonnet, le mercure étant désespérément planté dans la partie négative du thermomètre, on ne va pas se geler les oreilles. L’occasion, au passage, de tester le chauffage. L’installation se fait bien (capote en place c’est tout aussi facile d’ailleurs). Le moteur de la Mercedes 220 SE Cabriolet démarre sans aucun souci, ni même l’aide du starter puisqu’elle a tourné il y a peu de temps.
Premier constat : la Mercedes 220 SE Cabriolet reçoit une boîte manuelle. Dit comme ça, c’est banal mais quand on parle d’une grosse Mercedes ça ne l’est pas tant que ça. Même si la boîte auto proposait alors quatre rapports, bien mieux que sur les américaines concurrentes, la boîte manuelle est agréable. On évolue à 50, en ville, en 3e et sans souci. Au moment de s’extraire de la ville par un rond point, on engage la première et la Mercedes 220 SE Cabriolet détale. Honnêtement, je ne m’attendait pas à ça avec notre auto du jour. D’un cabriolet à 6 cylindres, on peut l’attendre, mais il ne faut pas oublier qu’on culmine à 120ch ! Mais la boîte tire court et le couple est disponible tôt. Du coup, l’accélération est bonne.
On sort vraiment de la ville pour entrer dans la forêt. Le revêtement se dégrade et ça permet de juger des trains roulants de la Mercedes 220 SE Cabriolet. Côté suspensions, c’est souple, très souple. Sans avoir regardé la fiche technique avant, on aurait pu croire que, comme une américaine, on aurait droit à des ressorts à lame et pont rigide à l’arrière. Sauf que la technique est plus évoluée. Si l’amortissement est vraiment souple, on ne ressent pas de rebond. Cette impression de manque de ressenti s’applique aussi à la direction. La Mercedes 220 SE Cabriolet propose une direction assistée. On pourrait même dire déconnectée. Aucun retour d’information tandis que le volant est suffisamment léger pour qu’on emmène les 1500kg avec un seul doigt. C’est déroutant et ça peut faire peur en arrivant dans une série de virage. Et bien même pas ! La précision est exemplaire.
Le freinage dans ce tableau ? C’est certainement la partie qui accuse le plus son âge, comme sur la majorité des voitures anciennes. Le système est assisté mais l’ensemble disques avants et tambours arrière demande une certaine anticipation pour éviter les sueurs froides. Dans toutes ces qualités, est-ce qu’on peut ajouter le dynamisme. La réponse est plutôt non. Certes, la Mercedes 220 SE Cabriolet est précise et contient les mouvements de caisses. Certes, son moteur et sa boîte permettent de bonnes relances. Mais le poids et l’encombrement de l’auto limitent de facto son dynamisme. Un reproche ? Si ça l’est pour vous c’est que vous vous êtes trompé au moment de choisir votre monture.
Pour autant, si la Mercedes 220 SE Cabriolet n’est pas dynamique, elle est performante. Même au milieu de quelques SUVs pressés, elle ne se change pas en chicane roulante. On tient les 90 quand on peut et les 110 sont atteints facilement. Par contre les 110 sont atteints à plus de 3500 tours et mieux vaut avoir bien accéléré en 3e, la 4e rompt avec les premiers rapports en étant beaucoup plus longue. Globalement, ce moteur demande à prendre un peu de tours pour être performant.
La route défile devant nous. Le chauffage fait son office et le pare-brise aussi. La prise au vent est faible et on peut rouler décapoté même quand il fait -2° ! Pour autant, la Mercedes 220 SE Cabriolet sera certainement beaucoup plus agréable pour cruiser aux beaux jours en bord de mer. Mais l’y cantonner serait une erreur ! En tout cas le confort est quasi impérial. Certes, les sièges n’offrent aucun maintient, mais on y est bien assis. La conduite est douce, reposante. La Mercedes 220 SE Cabriolet a tout pour plaire (enfin presque, on y revient). Elle est conforme à son statut. Son statut de grosse auto confortable d’abord et puis son statut d’allemande. Oui, sur bien des points elle peut faire penser à une américaine.
Rareté et Valeur
Attention, rareté ! On a l’impression d’en voir régulièrement mais c’est faux. Seules 2729 Mercedes 220 SE Cabriolet ont été produites entre Septembre 1961 et Octobre 1965. Globalement, les prix démarrent autour des 60.000€ pour des exemplaires en bon état. On monte autour des 75.000€ pour un très bon état et on dépasse les 100.000€ pour les plus beaux exemplaires. Notre auto du jour fait partie de cette dernière catégorie avec une restauration complète et un parfait état de fonctionnement. Elle sera proposée aux enchères le 1er Février en Haute-Marne et elle est estimée entre 90 et 110.000€.
On notera, à toutes fins utiles que la voiture a évolué en 250 SE Cabriolet et que ces dernières sont encore plus rares (954 exemplaires) et plus chères (autour des 100.000€) puis en 280 SE Cabriolet (1390 ex. ±120.000€) et même avec un moteur 3.5 Litres (200ch, 1232 ex. Sur toutes ces autos, l’injection sera un point à vérifier. C’était une innovation mais son réglage demande plus de travail qu’un carburateur et les performances prennent un sacré coup de rabot en cas de souci.
La Mercedes-Benz « Ponton » 220 Cabriolet
La Mercedes-Benz « Ponton » 220 cabriolet est présentée au salon de l’Automobile de Francfort en 1955. C’est la première voiture à structure monocoque et carrosserie ouverte de Mercedes-Benz. De ce fait, ce modèle reçoit de nombreux renforts, notamment dans le soubassement, qui l’alourdissent considérablement en comparaison de la berline dont il dérive. D’où l’appellation de « Ponton ».
Avec cet embonpoint, les performances de la voiture auraient été médiocres avec le moteur 6 cylindres de puissance maxi 85 ch monté au moment de sa présentation. Malgré une forte demande, Mercedes-Benz décide de retarder la commercialisation du cabriolet 220 pour lui permettre de disposer d’un moteur plus puissant. Ainsi la 220 S cabriolet dotée d’un moteur affichant une puissance maxi de 100 ch est lancée à l’été 1956. Ce nouveau modèle haut de gamme est assemblé à la main par les ouvriers de l’usine de Sindelfingen. Ceci explique pourquoi, il coûte 75% de plus qu’une berline 220 S et deux fois plus qu’une berline 219. Il dispose d’une finition de très haut niveau à la limite du segment des voitures de luxe.
La Mercedes-Benz « Ponton » cabriolet reprend la plate-forme et la partie avant de la berline 220. Elle s’en distingue par un pare-brise plus incurvé sur les bords, des ailes avant sans pli de carrosserie, des épais joncs chromés courant le long des flancs de la voiture et servant de limite aux carrosseries bicolores et enfin des longues ailes arrière recevant en leur bout des feux intégrés similaires à ceux de la Mercedes-Benz 300d limousine. La Ponton cabriolet dispose enfin d’une lourde capote facilement manœuvrable et totalement escamotable. Ceci permet à la voiture de présenter une ligne très fluide une fois décapotée.
Malgré ses qualités indéniables, ce modèle n’a été produit qu’en 3 290 exemplaires au cours de ses cinq ans de carrière. Le prix de la voiture a été un facteur limitant sa diffusion.
Tableau Récapitulatif des Modèles et de leur Production
| Modèle | Années de Production | Nombre d'Exemplaires |
|---|---|---|
| 220 SE Cabriolet | 1961-1965 | 2729 |
| 250 SE Cabriolet | N/A | 954 |
| 280 SE Cabriolet | N/A | 1390 |
| 280 SE 3.5 Cabriolet | N/A | 1232 |
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