Toute innovation représente une prise de risque qui peut se terminer par un succès ou un échec. Matra croyait dur comme fer à son nouveau modèle, le premier monospace européen, qui allait voir le jour sous le nom de Renault Espace.
Genèse et Développement
Le développement de celle qui allait devenir l’Espace débuta en 1979 au moment où Matra commença à étudier le modèle qui remplacerait la Rancho. Compte tenu des liens qui unissaient le constructeur de Romorantin au groupe PSA, Matra choisit la base de la prochaine Talbot Solara pour élaborer un premier prototype, le P16 fabriqué en juin 1979.
Le projet fut présenté à l’état-major de Peugeot fin 1979 qui se trouva désorienté mais néanmoins intéressé par cette voiture. De nouvelles propositions sont alors demandées et deux nouveaux prototypes sont réalisés en 1980 : un P17 court et un P18 long. Peugeot se montre favorable au P18 et se voit présenter un prototype roulant en avril 1981.
Bien que le président de Peugeot, Jean Boillot, soit convaincu que le monospace représentait un virage aussi important dans le domaine de la carrosserie que le diesel dans celui de la mécanique, la marque sochalienne tergiverse avant de finalement refuser la voiture.
Suite aux recommandations de Peugeot, Matra contacte alors Citroën en proposant un nouveau prototype P20 sur la base de la future BX. Ainsi, Matra dénonce l’accord existant avec PSA et cherche à s’associer avec Renault.
Lire aussi: Renault Espace Essence : Analyse de la fiabilité du moteur
Un nouveau prototype, P23, est donc fabriqué au cours de l’année 1982 sur une base de Renault 18 avec moteur longitudinal qui remplace celle de la Solara à moteur transversal utilisée sur le P18.
Au salon de Paris d’octobre 1982, Renault présente le Trafic Méridienne dessiné par Marc Held, inspiré des vans américains et construit par Chausson. Un tel véhicule montre que la marque au losange a plus de sensibilité aux tendances qui se développent outre-Atlantique, probablement aidée par sa filiale locale American Motors.
En décembre 1982, les présidents de Renault, Bernard Hanon, et Matra, Philippe Guédon, se rencontrent. Les choses se déroulent ensuite rapidement. En janvier 1983, PSA cède à Matra sa participation dans le capital de Matra Automobile. En avril 1983, le prototype définitif est achevé, puis en juin 1983, Renault et Matra signe un accord pour la production et la commercialisation de l’Espace.
Conception et Caractéristiques
Pour limiter les coûts de développement et le temps de réalisation, l’Espace reprend de nombreux éléments existant dans la gamme Renault : mécaniques des Fuego GTX et Turbo Diesel ; train avant de la Fuego ; sièges avant et pédalier de la 11 ; phares et cabochons avant du Trafic.
L’Espace se présente donc comme un véhicule familial, ludique et polyvalent disposant d’une carrosserie monovolume à la fois aérodynamique, compacte à l’extérieur et vaste à l’intérieur, qui abrite un habitacle modulable. Matra innove avec le principe d’une coque acier recouverte de panneaux de polyester stratifié, un plancher plat et l’installation de sièges arrière individuels, modulables et démontables.
Lire aussi: Problèmes et solutions : Fiabilité Espace 4
- Structure monocoque en acier galvanisé au zinc à chaud
- Carrosserie autoporteuse en polyester stratifié renforcé de fibre de verre (matériaux composites)
Lancement et Évolution de la Gamme
La presse découvre l’Espace en avril 1984, la commercialisation devant débuter en juillet. A l’origine, deux versions sont proposées, la 2000 GTS et la 2000 TSE, toutes deux équipées du moteur 1995 cc, 110 ch, à carburateurs.
La presse accueille de manière enthousiaste la nouvelle venue louant un rapport encombrement/habitabilité exceptionnel tout comme son confort, son élégance et ses qualités routières. Le public semble toutefois plus dubitatif avec des ventes qui démarrent mollement, tout en se situant au même niveau que celles de la feue Rancho à laquelle l’Espace succède.
Décembre 1984 : comme prévu au moment du lancement, deux versions turbo-diesel s’ajoutent au modèle à essence : les “turbo D” et “Turbo DX” équipées du même moteur 2068 cc développant 88 ch.
Mars 1985 : l’Espace reçoit le prix de l’innovation technique par l’Association française de la Presse automobile lorsque la sortie du 10 000ème exemplaire approche.
Juillet 1985 : Renault lance deux modèles dits “Société” bénéficiant d’une TVA réduite : les modèles 2000 GTS et Turbo D. En mai 1986, une première série de 20 Espace Taxi réalisées avec l’appuie de la Mairie de Paris et de la société G7 est mise en circulation.
Lire aussi: Analyse Fiabilité Moteurs Essence
Juillet 1986 : les modèles sont tous pourvus de roues en 14 pouces et d’une boîte de vitesse type NG3 empruntée à la R25, caractérisée par un verrouillage de la marche arrière avec une bague coulissante.
Il est prévu pour les modèles 1987 qu’ils seront dotés d’un volant plus moderne, de sièges avant à glissière courbe et un nouveau garnissage du pavillon. Les versions 2000 TSE et Turbo Dx bénéficient de nouveaux tissus et tapis, ainsi que des enjoliveurs en alliage léger. Sur la version 2000-1, les pneus MXL sont remplacés par les MXV.
Octobre 1986 : les disques de frein voient leur diamètre passer de 238 mm à 259 mm. Juin 1987 : un accord est signé avec Alpine pour mettre en place une production supplémentaire à Dieppe.
Restylage et Innovations de 1988
Janvier 1988 : d’importants remaniements sont effectués sur la gamme. La face avant est redessinée, les blocs optiques sont adoucis et inclinés. Les phares et clignotant avant ne proviennent plus de l’utilitaire “Trafic” comme ce fut le cas pour la phase 1 : ils sont maintenant spécifique à l’Espace et par la même mieux intégrés. Les boucliers avant et arrière sont plus harmonieux et comportent un bandeau en caoutchouc pour le haut de gamme, la poignée du hayon, qui a été retouché, a été déplacée vers le bas.
La principale nouveauté se trouve dans la nouvelle version “Quadra” dotées d’une transmission intégrale permanente : l’arbre de transmission est en matériau composite et entraine le pont arrière par un viscocoupleur, se qui assure la répartition automatique du couple entre les deux trains. De plus, cette version est dotée de pneus MXT4 spécialement conçu par Michelin pour ce type de véhicules.
En outre, la transmission intégrale, au delà d’améliorer la sécurité (freinage, motricité et tenue de route) procure une meilleure capacité de remorquage.
Les motorisations subissent également des changements, le moteur 2l 110 cv à carburateurs est abandonnée pour deux nouvelles versions de cylindrées identiques : un modèle 103 cv à carbu issu des R25 TS et GTS, et un moteur 120 cv à injection électronique emprunté aux R21 GTX, TX et TE et à la R25 TX. Cependant pour certains marchés, le 2l2 110 cv à pot catalytique continue à équiper les version GTX, TXE, 2000-1 et Quadra.
Compte tenu de la demande croissante, la capacité de production est augmentée : l’usine Alpine de Dieppe s’occupe du montage, de la peinture et de la finition d’environ 20 automobiles par jour (2000 TSE) ; la production atteint 130 véhicules par jour. En outre, Matra et Renault communique le 19 janvier la prolongation de leur accord de coopération pour 3 années.
Fin de production et héritage
Mars 1989 : le 100 000 ème exemplaire est produit à Romorantin et l’Espace continue d’obtenir des distincions : prix de la sécurité 1989 pour la Quadra.
Janvier 1990 : une série spéciale de la 2000-1 (injection, turbo diesel et Quadra) est commercialisée avec un intérieur en cuir Connolly : la sellerie grise habille les sièges bandeau de planche de bord, accoudoirs, soufflet de levier de vitesse, volant, médaillon de panneaux de portes, etc… La carrosserie existe en une teinte unique, le gris pluton.
Avril 1990 : une option “suspensions arrières pneumatique avec correcteur d’assiette” est prévue pour les versions TXE, Turbo DX et 2000-1, améliorant le confort et assurant une assiette constante.
Janvier 1991 : le dernier Espace sort des chaînes de Romorantin le 25 janvier : il s’agit de la 191 674 ème, une 2000-1, avec intérieur cuir, air conditionné et ABS, portant le numéro de série “VFBJ 116050R679070” ; elle entre directement dans la collection Matra.
La gamme se développe avec l’introduction rapide de versions diesel, puis de la version 2000-1 - une appellation faisant un clin d’œil au film de Stanley Kubrick : 2001, l’Odyssée de l’espace - et de variantes utilitaires (Société, Ambulance et Taxi). En 1988, un restyling élargit encore la gamme avec l’arrivée d’une version à injection et des versions Quadra à la transmission intégrale aux quatre roues. Dans le même temps, la finition progresse sensiblement, tandis que l’extérieur est agréablement modernisé et l’intérieur encore amélioré.
Au cours de sa carrière, les cadences de production de l’Espace sont passées de 23 voitures par jour à plus de 210 ! C’est un parfait témoignage de l’incontestable succès de l’Espace qui impose le concept du monospace en Europe.
Renault et Matra bénéficient désormais une confortable position de leader sur ce nouveau segment de marché que la 2e génération d’Espace, type J63, va consolider. Pour l’anecdote, le phénomène est si fort que l’Espace réussit à faire entrer le mot « monospace » dans le dictionnaire !
tags: #moteur #renault #espace #1 #caractéristiques #techniques