Deux ans et demi après avoir annoncé le « gel » de sa gamme puis finalement décidé de maintenir sa présence en Europe, Mitsubishi lance presque simultanément deux modèles : l’ASX, un SUV urbain apparu en avril, et désormais une septième génération de la petite berline Colt, disparue des radars depuis douze ans.

Ces deux véhicules révèlent immédiatement leur filiation. Le premier est un Renault Captur à peine modifié et le second n’est autre qu’une Clio, n’en déplaise aux grosses lettres formant en majesté le nom Mitsubishi sur le hayon arrière.

Le Rebadging : Une Pratique Courante

Connue sous le vocable de rebadging, la pratique du clonage n’a rien d’inédit dans l’automobile. Elle consiste à fournir un modèle clés en main à un constructeur ami, comme le fait aussi Toyota au profit de Mazda et Suzuki.

Un tel cousinage est vite apparu indispensable pour assurer sans perdre de temps le maintien en Europe de Mitsubishi, petit constructeur de SUV lié à Nissan et donc intégré dans l’Alliance franco-nippone.

Les Avantages pour Mitsubishi

La marque aux trois diamants, qui a rétabli ses comptes, peut désormais tourner la page des vaches maigres grâce à deux modèles à succès qui lui permettent d’élargir singulièrement sa couverture du marché.

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En Europe, ses modèles restent essentiellement des véhicules d’origine française, produits par Renault. La Colt de Mitsubishi n’est qu’une Renault Clio à peine restylée produite en Turquie aux côtés de la voiture française, son SUV ASX un Captur tricolore assemblé en Espagne, qui vient d’être revu à l’image du véhicule français.

En 2025, le Scénic électrique assemblé à Douai (Nord) sera également adopté, tout comme le Renault Symbioz - un Captur rallongé fabriqué également en Espagne. Les utilitaires sont pour leur part tous des clones des véhicules du constructeur au losange.

L'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi

Née en 1999, l’« Alliance » avait fait naître de nombreuses synergies entre les deux constructeurs : partage de plateformes, de motorisations voire de modèles entiers, centrales d’achat communes, usines partagées, etc.

Renault possédait 43,4% de son concurrent, tandis que Nissan n’avait droit qu’à 15% des parts du Français. Après des crises de gouvernance multiples et un point de non-retour franchi en 2018 avec l’affaire Carlos Ghosn, les deux partenaires ont coupé les ponts, ou presque.

Renault a abaissé sa participation dans Nissan à 15%, et l’alliance a fermé sa centrale d’achat commune, dernier vestige des rares partenariats qu’elle avait réussi à nouer.

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Depuis 2016, l’alliance Renault-Nissan s’appelle Renault-Nissan-Mitsubishi ! Le troisième larron, dont Nissan est l’actionnaire majoritaire (à 34%) a fait sa grande entrée grâce à son compatriote. À la clé, une stratégie « win-win » : d’abord permettre à Mitsubishi Motors de se relancer en Europe en le faisant profiter des dernières technologies de l’alliance, notamment électrifiées.

C’est chose fait aujourd’hui avec les nouvelles Colt et ASX qui sont des Clio et Captur rebadgées. Et à l’inverse, faire profiter à Renault et Nissan du savoir-faire de Mitsubishi Motors en transmission intégrale (4X4) et de sa popularité en Asie du Sud-Est.

Mitsubishi dispose de trois usines dans la région (à Taiwan, aux Philippines et au Vietnam), laquelle représente un tiers de ses ventes mondiales. Un gâteau intéressant pour Renault et Nissan !

Mitsubishi et l'Électrification

Mitsubishi avance ses pions dans Ampere. Car la marque ne dispose toujours d’aucun modèle 100% électrique, contrairement à Nissan (Leaf, Ariya) et Renault (Zoé, Mégane, Scénic) pour ne citer que leurs modèles européens.

Elle vient d’annoncer rentrer au capital d’Ampere, la nouvelle division du groupe Renault dédiée à la recherche et au développement de technologies électriques. Mitsubishi va injecter jusqu’à 200 millions d’euros dans la structure, pour être au premier rang des retours sur investissement. Nissan s’était de son côté engagé à investir 600 millions d’euros.

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Objectifs de l'Alliance

Les trois membres veulent faire passer ce taux à plus de 80% sur 90 modèles en 2026 pour réduire leurs coûts. À l’horizon 2030, les groupes souhaitent lancer 35 nouveaux modèles électriques.

« Nous avons fabriqué un million de voitures sur nos plateformes de véhicules électriques de 2009 à aujourd’hui. Nous prévoyons d’en produire plus de 1,5 million par an d’ici à 2026 », chiffre Luca de Meo, directeur général du groupe Renault.

Pour réussir cette accélération, l'Alliance compte passer de quatre à cinq plateformes communes de véhicules électriques. Baptisée CMF-BEV, la nouvelle plateforme doit être lancée en 2024 pour accueillir des modèles compacts comme la Renault R5, un modèle sur lequel Renault fonde de grands espoirs, et la remplaçante de la Nissan Micra.

Ce nouveau véhicule 100% électrique, qui remplacera la citadine japonaise, doit d'ailleurs être produit à l’usine Renault de Douai (Nord). « En nous appuyant sur le schéma leader-follower et en utilisant une approche de différenciation intelligente, nous allons étendre le partage des parties supérieures de la carrosserie, a développé Makoto Uchida, patron de Nissan.

Une mise en commun calibrée de la partie supérieure de la carrosserie permet d'atteindre des niveaux appropriés de réduction des coûts tout en protégeant le caractère unique de chaque marque. La structure de base CMF-BEV est déjà présentée comme « la plus compétitive du marché ».

« Elle équipera 250 000 véhicules par an sous les marques Renault, Alpine et Nissan », précise l’Alliance dans un communiqué. Très peu présente en Europe, Mitsubishi espère profiter de cette stratégie pour se relancer dans le Vieux Continent.

Renault et Mitsubishi : Une Coopération Élargie

La coopération déjà en cours entre Nissan et Mitsubishi est étendue à Renault, notamment dans les véhicules électriques. Le constructeur français produira aussi des berlines pour son nouvel allié nippon.

Renault discute avec Mitsubishi au sujet de deux nouveaux modèles de berlines tricorps (dotées d'un coffre). "Le premier modèle devrait être produit dans l'usine Renault-Samsung de Busan en Corée du Sud et sera destiné aux marchés du segment D [grandes berlines, à l'image de la Latitude de Renault, NDLR] aux Etats-Unis et au Canada", précisent les deux groupes.

Pour Renault, il s'agirait ainsi d'un retour en catimini sur le marché nord-américain, qu'il a quitté par la petite porte à la fin des années 1980 ! Un autre modèle de berline plus compacte, comme la Fluence de Renault, sera également commercialisé par Mitsubishi. La production de ce modèle sera assurée sur le site Renault de Bursa en Turquie.

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